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Lucien Bégule Maître Verrier lyonnais du XIX° a crée des vitraux dans le 1/4 S.E. de la France ainsi qu’à l’étranger.
Au siècle du romantisme, le passé, l’histoire nationale et l’archéologie, notamment médiévale, connaissent un regain d’intérêt qui se traduit par de multiples créations de musées, bibliothèques et sociétés savantes. Le parcours personnel de Lucien Bégule reflète parfaitement cette tendance. En effet, passionné d’archéologie, il est l’un des membres éminents de la société d’archéologie française et publie de nombreux travaux consacrés aux monuments historiques comme la Monographie de la Cathédrale Saint-Jean et surtout Les vitraux du Moyen Age et de la Renaissance dans la région lyonnaise. L’ouvrage de Martine Villelongue et Thierry Wagner vient opportunément rappeler la place occupée, non pas seulement par l’amateur d’art, par le maître-verrier dans l’art sacré.
L’œuvre de Lucien Bégule illustre la renaissance, voire le triomphe, du vitrail en France et plus particulièrement à Lyon. Cette ville est, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, en plein développement urbain. Elle annexe la Croix-Rousse, la Guillotière et Vaise. Sur le plan religieux, la consécration de la basilique de Fourvière en 1896 symbolise l’apogée du rayonnement catholique du primatiat des Gaules. Un grand nombre de chantiers sont ouverts pour la restauration des églises endommagées, lors ou à la suite, de la Révolution. Des églises sont construites dans les quartiers nouvellement annexés ou en cours d’aménagement.
Les collections du musée Gadagne, musée historique de la ville de Lyon, illustrent deux aspects de l’œuvre du maître liés, l’un à la « restauration », l’autre à une production originale et contemporaine. En effet, la copie d’une partie du vitrail de l’Annonciation de la cathédrale Saint-Jean, réalisée par Lucien Bégule et offerte par son fils Emile en 1951, révèle l’archéologue. Tandis que le vitrail acquis en 2000 et représentant la grande poétesse du XVIe siècle, Louise Labbé s’écarte de l’histoire et du Moyen-Age et s’apparente davantage à l’art nouveau. Il peut être rapproché du vitrail installé 23 cours de la Liberté et comparé, comme l’indique les auteurs, à « la Musique », réalisé par le maître-verrier parisien Félix Gaudin sur un carton d’Eugène Grasset. La verrière de Louise Labbé a obtenu une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1900.
Dans cet ouvrage, la personnalité de Lucien Bégule et le contexte dans lequel il a travaillé sont évoqués de façon sensible, notamment à partir de son livre de raison. Puis le lecteur est convié à effectuer un parcours-découverte des œuvres du maître-verrier dans les édifices religieux et civils lyonnais. Merci à Martine Villelongue et Thierry Wagner pour cette promenade colorée, allant du Vieux-Lyon à la rive gauche du Rhône, qui permet de participer à la redécouverte de l’histoire urbaine, du goût et des arts appliqués à Lyon au XIXe siècle.
Simone Blazy conservatrice du musée Gadagne
Maître-verrier, écrivain, historien, collectionneur, photographe, archéologue ……Lucien Bégule est tout cela à la fois; comme d’autres personnalités du monde de l’art, il conjugue de multiples talents. Sa vie est faite du développement continu et emmêlé de plusieurs carrières où, selon les étapes, l’une prime sur l’autre. Le maître-verrier, particulièrement actif dans les années 1880 et 1890, efface en partie l’écrivain dans ces mêmes années mais celui-ci réapparaît plus tard, publiant des ouvrages qui font autorité comme « Les vitraux du Moyen Age et de la Renaissance dans la région lyonnaise » (Rey, Lyon, 1911) ou « Antiquités et Richesses d’art dans le département du Rhône » (Rey, Lyon, 1925), et d'autres encore.
Une chose est sûre qui fait la force de son caractère : le goût de la nouveauté, l'attrait pour la recherche et une insatiable curiosité dans le domaine artistique tous azimuts, pour l' architecture, pour la peinture, pour la sculpture, pour l'orfèvrerie autant que pour le vitrail ou la photographie.
La photographie, dont il est un adepte rigoureux et perfectionniste, lui apparaît vite non seulement comme un mode d’expression artistique intéressant – la qualité esthétique de ses œuvres saute aux yeux – mais aussi comme un moyen de travailler et d’inventorier, plus rapidement et avec plus d’efficacité. On peut se laisser à penser que Lucien Bégule aujourd’hui aurait été féru des technologies informatiques les plus avant-gardistes. Là est la modernité de
son caractère.A ces qualités, la personnalité de Lucien Bégule en adjoint une autre : le sens du commerce, de l’entregent, du relationnel. Ses ateliers fonctionnent parce qu’il sait solliciter des entrevues, nouer des relations et cultiver des amitiés.
Dès 1880, Lucien Bégule dispose d'un certain nombre d’atouts. Il saura les développer et cet artiste protéïforme à la personnalité complexe et étonnante devient cet entrepreneur – artiste, ce dirigeant averti des ateliers qui porteront son nom pendant près de trois décennies. Et c'est l'artisan plus que l'écrivain-archéologue dont les écrits ont été à plusieurs reprises recensés et décryptés, que ces pages tentent d'étudier et de valoriser.
Les ateliers de peinture sur verre de Lucien Bégule ouvrent à Lyon, montée de Choulans dans la propriété de ses parents en 1880 sur les plans de Auguste Mauvenoux amis de la famille.
Situés sur les hauteurs de Saint-Just, avec une vue imprenable sur Lyon et les plaines dauphinoises, ils sont un modèle d’installation.
Ces ateliers sont organisés « aussi parfaitement que possible » afin de pourvoir à l’ensemble des techniques nécessaires: une grande pièce accueillante servant de pièce de composition et de bibliothèque, où Lucien Bégule dessine lui-même toutes les maquettes et les cartons de la production.
De part et d’autre, se trouvent d’un côté la salle des monteurs en plombs et de l’autre la salle des peintres sur verre.
La salle des metteurs en plombs, avec ses grandes tables de montage, ses casiers à calibres avec les verres découpés triés par couleurs, et, au fond, les casiers verticaux avec les centaines de feuilles de verre coloré de la Verrerie Saint-Just Saint-Rambert.
Dans les années 1890, les ateliers se composent de quinze à vingt personnes : deux apprentis, deux garçons de peine, quatre monteurs coupeurs, cinq dessinateurs, deux peintres, un contremaître…
Dans toutes les créations des ateliers Lucien Bégule, civiles ou religieuses, tournées vers l’histoire ou contemporaines, anecdotiques ou décoratives, la production est reconnaissable : clarté, lisibilité, pureté de la coloration en font sa marque distinctive entre toutes à laquelle s’ajoute aujourd’hui un état de conservation relativement bon, comparativement aux autres productions de la même époque. Au-delà de la diversité des commandes et des exigences de la clientèle, les ateliers impriment un label spécifique, de netteté et de transparence colorée.
L’éventail particulièrement large de la gamme colorée des verres teints dans la masse, la qualité de pinceau, le faible dosage des couches de peinture et la maîtrise de leur cuisson assurent cette transparence spécifique ainsi qu’avec le temps, une bonne conservation de ces pièces. Très tôt, les membres de l’atelier acquièrent cette maîtrise technique qui leur est reconnue par la presse régionale et contribue à la renommée de l’établissement.
Et c’est sans nul doute ce qui permettra aux ateliers d’évoluer stylistiquement au cours du temps, entre 1882 et 1905. D’abord fidèles aux principes passéistes en vigueur dans le vitrail religieux - copies serviles de verrières anciennes - ils s’en affranchissent ensuite pour laisser deviner les nouvelles tendances décoratives de la fin du siècle. C’est alors que les vitraux affichent un graphisme de plomb plus exacerbé et une recherche de couleurs tantôt plus contrastée, tantôt aux teintes plus subtiles.
Mais cette volonté de modernisation du vitrail touche moins le vitrail religieux que le vitrail civil dont Lucien Bégule prévoit le développement commercial. Il transcrit alors d’une manière spécifique et nuancée les audaces d’un courant que les villes de Nancy ou de Paris connaissent avec force au même moment. Il les adapte avec la modération qui le caractérise, conduisant la région lyonnaise aux portes de l’Art Nouveau et entraînant dans son sillage d'autres ateliers.
Les ateliers Lucien Bégule ouvrent à Lyon au moment où la renaissance du vitrail est amorcée depuis près de trente ans en France, à Lyon comme à Paris. De nombreux ateliers se sont constitués qui se consacrent à la restauration de verrières anciennes dans une période où s'engagent de très importants chantiers de restauration des monuments religieux. A Lyon la restauration en 1845 des verrières médiévales de la cathédrale par Emile Thibaud, de Clermont-Ferrand, est un fait marquant de l’histoire du vitrail. Mais le XIX° siècle voit aussi l'édification d'un grand nombre d'églises liée au développement urbain ainsi qu’à un profond renouveau du catholicisme. Qui dit construction dit décor et création de nombreux vitraux. A Lyon, les interventions de verriers extérieurs et parfois parisiens - ateliers Steinheil et Coffetier à la chapelle de l’Institution des Chartreux dans les années 1860, par exemple – marquent la première phase de ce renouveau du vitrail avant que ne se constituent les premiers ateliers. Le premier vitrail lyonnais du XIX° siècle encore en place est celui offert par Monseigneur de Pins administrateur du diocèse de Lyon en l'église Saint-Irénée, vitrail représentant les armoiries du donateur, signé et daté des ateliers Lesourd en 1833. Puis se mettent en place tout un certain nombre d'ateliers dont les ateliers Brun-Bastenaire qui travaillent notamment pour l’église Saint-Bonaventure, les ateliers Miciol pour Saint-Denis de la Croix-Rousse par exemple, les ateliers Sauris, ou les ateliers Sarrasin... Toutes les églises et la plupart des chapelles d'institutions religieuses construites au XIX° siècle reçoivent des vitraux.
Les ateliers Lucien Bégule bénéficient de ce contexte. Ils sont fondés en 1881 et se consacrent dans un premier temps à une production régulière de vitraux religieux qui fait leur réputation et assure leur succès commercial, au point d’éclipser d’autres structures régionales moins importantes.
Dans le domaine religieux, les ateliers Lucien Bégule sont en mesure de répondre à toutes les commandes : vitraux à médaillons dits « archéologiques » dans le style du Moyen Age, vitraux à figures dans l’esprit de la Renaissance, vitraux néo-gothiques de toutes tailles, vitraux à scènes historiques complexes …… Lucien Bégule connaît parfaitement l’histoire du vitrail en Occident, en a étudié méticuleusement tous les procédés techniques ainsi que leur évolution dans le temps. Il donne à ses ateliers les moyens de s’adapter à tous les types de commandes religieuses.
Cependant ses ateliers sont ceux qui conduiront le vitrail lyonnais au vitrail civil strictement décoratif et en assureront un relatif développement. Lucien Bégule voit dans le renouveau du vitrail civil la seule perspective économique possible des ateliers après que la recrudescence du vitrail religieux soit, d'une certaine manière, terminée. Il y travaille, vante les mérites esthétiques du vitrail d'appartement, publie sur cet art original et incite sa clientèle à succomber à ces tendances contemporaines. De ce fait, il tient, dans l’essor du vitrail civil de la région Rhône-Alpes, un rôle éminent.
1900
5, 00 x 2, 40 m
de bas en haut et de gauche à droite :
Un malade reçoit l’Extrême-Onction ;
Son âme est jugée par Dieu ;
Le Christ ressuscite le fils de la veuve de Naïm ;
La mort qui frappe des personnes de tout âge et de toute condition.
Dans ces deux verrières plus tardives, l'expression artistique n'est plus la même. Certaines scènes, comme l’enfer du mauvais riche ou la Mort brandissant sa faux, pratiquent un graphisme vigoureux du plomb, un dense morcellement des verres pour une coloration soutenue de formes enchevêtrées, dans une expression nouvelle se rapprochant des tendances décoratives de l’Art Nouveau.
Entre 1889 et 1900, le style de Lucien Bégule a évolué, y compris dans l’œuvre religieuse, tenant compte des aspirations esthétiques de son temps.
1896
5, 00 x 2, 40 m
vitrail signé et daté en bas à gauche
de bas en haut et de gauche à droite :
Jeanne, gardant son troupeau, à Domrémy en Lorraine, entend les voix de sainte Catherine et sainte Marguerite qui l’appellent;
Jeanne d’Arc à Orléans prend la tête des combats contre les Anglais;
Le sacre du roi Charles VII à Reims en 1429;
Jeanne est martyrisée sur le bûcher, le 30 mai 1431 à Rouen.
Ce n'est qu'à la fin du XIX° siècle que Jeanne d'Arc est reconnue comme héroïne et sainte nationale. Cette iconographie répond, en 1896, à un sujet d'actualité.
La scène représentant la vocation de Jeanne utilise un graphisme souple, des couleurs éthérées et une subtilité de lumière – comme dans la verrière de sainte Germaine, baie 13 - qui évoquent certains artistes lyonnais légèrement antérieurs à Lucien Bégule, comme Louis Janmot et Paul Borel
deux peintres qu’il admire profondément. Quant à la composition représentant les voix de Jeanne, elle sera réutilisée à l’identique par les ateliers Bégule dans d’autres vitraux, dont la grande verrière des archanges dans l’église Saint-Martin d’Ainay, en 1893. Lorsque Lucien Bégule se satisfait d'une composition qui fonctionne bien en formes et en couleurs, il la réutilise, l'exploitant dans certains cas à multiples reprises.
1899
2, 20 x 1, 10 m
signé et daté en bas
Le vitrail est présenté à l’Exposition Universelle de 19000 où il obtient une médaille d’or. Il est ensuite acheté par une famille lyonnaise. Sa trace est perdue jusqu’à ce que le musée Gadagne l’acquiert en 2000.
Il met en scène Louise Labbé, célèbre poétesse lyonnaise du XVI° siècle, en train de composer dans un jardin fleuri. Le thème fait la symbiose des passions de Lucien Bégule : l’histoire, Lyon, la poésie. La composition de Lucien Bégule s’inspire d’une composition antérieure d’Eugène Grasset. La comparaison avec le vitrail du « Printemps » exécuté en 1889 par Félix Gaudin, maître-verrier parisien sur une esquisse d’Eugène Grasset est éloquente : même encadrement végétal, même décor, attitudes similaires. La figure centrale, elle, est tirée de documents historiques précis. Dans cette œuvre, Lucien Bégule se défend de tomber dans les excès de l’Art Nouveau et affirme vouloir conjuguer le rôle décoratif, chatoyant et coloré du vitrail, et son rôle descriptif voire anecdotique, tout en gardant à la baie sa transparence. Les contrastes sont forts entre les parties subtilement peintes ou gravées et les parties utilisant des verres à forts effets.
Il apparaît dans l’œuvre de Lucien Bégule comme une sorte de chef d’œuvre. Par son iconographie, par sa maîtrise technique comme par son esthétique faite de combinaison des extrêmes et de sens de la modération, il représente tout l'art de son auteur.
Martine Villelongue 2005 pour le livre Lucien Bégule maître-verrier
Ci contre :
Vous pouvez contacter l'auteur à cette adresse : begule@free.fr
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