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Louis XV « le Bien- » ou « le Mal-Aimé » ...

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Louis XV « le Bien- » ou « le Mal-Aimé » ...
Publié le:12/02/2010

À l'occasion du tricentenaire de la naissance du roi


Louis XV
Louis XV

Louis XV, orphelin dès l'âge de deux ans, put d'abord compter sur la bienveillante sympathie de ses sujets. De cette enfance marquée par la mort de ses parents, de son frère, et enfin de Louis XIV, son arrière-grand-père tout-puissant, le roi devait conserver un caractère mélancolique. Il s'exprimait peu et fuyait souvent le faste de Versailles pour des châteaux plus intimes comme Choisy ou Compiègne, ce dernier au cœur d'une forêt giboyeuse qu'adorait cet amateur de chasse. Ses débuts furent prometteurs, et ce n'est que peu à peu que le roi, que l'on avait d'abord surnommé le « Bien-Aimé », lorsqu'en 1744 une maladie parut mettre sa vie en danger, devint le « Mal-Aimé » pendant les deux dernières décennies de son règne. Les difficultés, intérieures et extérieures, que le pouvoir monarchique ne parvint pas à résoudre suffirent sans doute à provoquer son discrédit, mais ses mœurs y contribuèrent également.

L'éducation du roi

La santé du roi constituait un enjeu politique majeur puisque son éventuel décès risquait d'ouvrir une guerre entre la France du Régent et l'Espagne de Philippe V pour la succession au trône, et elle fut toujours un sujet d'inquiétudes. Ainsi, à la mort de Louis XIV, le Régent décida de transporter le roi à Vincennes où l'air était réputé plus sain qu'à Versailles. Le séjour parisien du roi se prolongea aux Tuileries à partir de décembre 1715, et Louis XV ne regagna Versailles que le 15 juin 1722.

Dès 1714, le jeune prince reçut une instruction d'abord élémentaire, à laquelle furent ensuite attachés, à partir de 1717, des personnages prestigieux et compétents. Louis XV s'intéressa particulièrement à l'astronomie, à la géographie et aux mathématiques. Fidèle aux goûts de ses prédécesseurs, Louis XV se passionna pour la chasse. À partir de 1722, s'ajoutèrent des leçons de stratégie, avec l'étude des places fortes, et de politique, celles-ci dispensées par le cardinal Dubois lui-même jusqu'à sa mort. L'ancien évêque de Fréjus, monseigneur de Fleury, était son précepteur.

Pour des raisons de politique intérieure — abattre le parti hispanophile de la Cour, dont le duc du Maine était l'un des plus éminents représentants — et pour satisfaire les princes du sang et les ducs qui n'avaient pas accepté l'élévation des enfants naturels du monarque, le Régent fit retirer l'éducation de Louis XV au duc du Maine. Louis XV assista pour la première fois au Conseil de régence le 18 février 1720. Il fut sacré roi à Reims le 25 octobre 1722. Louis fut proclamé majeur par un lit de justice tenu le 22 février 1723, au cours duquel il annonça sa décision de conserver auprès de lui tant Philippe d'Orléans que le cardinal Dubois — la majorité selon la coutume, à l'âge de treize ans, n'impliquant pas que le roi s'émancipât aussitôt de la tutelle des hommes expérimentés. À partir des années 1740, Louis ne renonçant pas à ses maîtresses, il se tint éloigné des sacrements et refusa le toucher des écrouelles.

La vie privée du roi

Le roi était un chasseur impénitent. Homme d'esprit et volontiers railleur, il ne parvint jamais à dominer un penchant naturel à la neurasthénie. Ainsi, sa timidité devant la foule et les visages nouveaux le poussa à préférer les réunions entre intimes ; mal à l'aise sur le grand théâtre de Versailles créé par Louis XIV à sa propre mesure, il s'abandonna aux plaisirs dans ses « petits appartements », à la Muette, à Choisy, plus tard au Petit Trianon. Séducteur, « le Bien-Aimé » s'offrit ainsi aux railleries de la cour et de l'opinion publique en se montrant incapable de refréner son tempérament, et il dut à tout moment affronter l'hostilité de sa famille, qui ne tolérait que difficilement ses écarts de conduite.

Le mariage

Le mariage d'un roi était toujours l'objet de complexes questions dynastiques et politiques. Louis XV devait d'abord s'unir à mademoiselle de Montpensier, fille du Régent, projet qui fut annulé au profit de l'infante d'Espagne, Anne-Marie-Victoire. La jeune princesse, alors âgée de trois ans, arriva à la Cour en 1722 ; cependant, ces fiançailles furent à leur tour rompues en 1725. En effet, le frère de l'infante, Louis Ier, qui avait été marié à mademoiselle de Montpensier, mourut en août 1724, et son épouse fut renvoyée en France. À son tour, l'infante fut renvoyée en Espagne en 1725, la combinaison entre les deux branches des Bourbons n'étant plus équitable. Finalement, le 5 septembre 1725, à Fontainebleau, Louis XV épousa Marie Leszczynska, fille de Stanislas Leszczynski, qui avait été roi de Pologne de 1704 à 1709 avant d'être détrôné par Auguste II de Saxe avec l'appui du tsar. Le roi détrôné et sa famille vivaient dans la gêne, et l'union d'un roi de France avec une telle princesse put paraître peu glorieuse.

La famille

La reine donna dix enfants à Louis XV : deux jumelles nées le 14 août 1727, Élisabeth et Henriette ; Louise Marie, née en 1728 et qui ne survécut pas ; puis Louis, premier dauphin, né en 1729, et Louis Ferdinand, né en 1730 et titré duc d'Anjou, qui mourut en 1733 ; Marie-Adélaïde née en 1732, Victoire née en 1733, Sophie née en 1734 ; Félicité, née en 1736 et qui mourut en 1744 ; enfin, Louise-Marie, née en 1737. Seule parmi ses filles, Élisabeth, qui épousa l'infant d'Espagne en 1739, fut mariée. Louise, entrée au Carmel en 1770, y resta jusqu'à sa mort, en 1787.

Le 23 février 1745, le roi maria son fils avec l'infante d'Espagne Marie-Thérèse, qui accoucha d'une fille le 19 juillet 1746 et mourut trois jours plus tard. Dès janvier 1747, le dauphin fut remarié avec Marie-Josèphe de Saxe, nièce du maréchal de Saxe et fille du roi de Pologne, concurrent de Stanislas Leszczynski — les raisons diplomatiques l'emportèrent ainsi sur les raisons affectives qui auraient pu repousser un tel parti. La dauphine donna naissance à une fille en 1750, morte en bas âge, puis à cinq garçons, dont trois survécurent — les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X —, assurant ainsi la continuité dynastique, et encore à deux filles. Le dauphin mourut en 1765, de phtisie, puis l'année suivante, la dauphine. La reine mourut le 24 juin 1768.

Les maîtresses

La reine, fatiguée de ses grossesses incessantes et, à partir de 1733, amère des premières aventures galantes du roi, finit par refuser que le roi l'approchât, ce qui poussa celui-ci à satisfaire ses passions sans entraves, même s'il bravait ainsi l'Église et le parti dévot. Le roi s'afficha avec Louise Julie de Nesle, comtesse de Mailly, puis avec sa sœur, Pauline Félicité, marquise de Vintimille jusqu'à la mort de celle-ci en 1741, enfin avec une autre de ses sœurs, Marie-Anne, marquise de la Tournelle, faite duchesse de Châteauroux en 1743, qui mourut fin 1744.

En 1745, le roi fit de Mme de Pompadour sa maîtresse déclarée, et celle-ci le resta jusqu'en 1752 ; la marquise demeura sa confidente écoutée presque jusqu'à sa mort, en 1764, et fut durant toute cette période le centre de la cour et du pouvoir. Jouissant de l'amitié sincère du roi, intelligente, soutenue par le monde de la finance, elle occupa une place essentielle ; le roi l'appréciait parce qu'elle le secondait dans sa tâche de gouvernement, et il se confiait volontiers à ses inspirations. Il l'écouta et disgracia Orry, Maurepas, d'Argenson, Machault d'Arnouville, tandis que Bernis ou Choiseul virent leur carrière facilitée par la favorite. Hostile aux jésuites et au parti dévot qui, conduits par le dauphin et les filles du roi, vilipendaient sa conduite scandaleuse, la marquise, qui soutenait les physiocrates, Voltaire, Rousseau et les promoteurs de l'Encyclopédie, amena le roi à se montrer plus tolérant envers eux. En politique étrangère, Louis XV se laissa guider par la marquise et ses amis, et il se rendit à leurs vues lorsque, en 1756, il opta pour un renversement des alliances en faveur de l'Autriche, décision qui préluda à la guerre de Sept Ans et suscita parmi le peuple une violente hostilité contre Versailles.

Lorsque la marquise de Pompadour eut cessé d'être la maîtresse du roi, vers 1752, elle fut accusée de lui fournir, avec l'aide de valets, quelques jeunes femmes dont certaines devinrent célèbres. Citons : Marie-Louise O'Murphy, dite Morphise, une rousse de seize ans, qui lui donna une fille et un fils ; Lucie d'Estaing et Louise Jeanne Tiercelin, qui lui donnèrent également chacune un enfant ; Anne Couppier, dite mademoiselle de Romans, qui lui donna en 1762 un fils que le roi reconnut — ce fut le seul de ses enfants nés hors mariage —, Louis Aimé de Bourbon. Ces femmes étaient hébergées dans une maison que le roi avait fait louer dans le quartier du Parc-aux-Cerfs, dont le nom fut utilisé par une propagande souvent pornographique avide d'anecdotes sulfureuses ; de là, ses maîtresses se rendaient clandestinement au château.

La dernière liaison du roi acheva de le discréditer tout à fait. Il s'éprit de Jeanne Bécu, une mondaine que la propagande pamphlétaire présenta comme une ancienne prostituée de luxe et qu'un mariage de complaisance fit comtesse du Barry. Présentée à la cour en 1769, la nouvelle favorite se retrouva au centre d'intrigues complexes ; elle fut soutenue par le parti dévot, les ministres Maupeou et Terray, ainsi que par le duc d'Aiguillon, contre Choiseul, qui fut finalement disgracié. L'ex-ministre et son parti n'épargnèrent pas le roi et la comtesse, et déclenchèrent une vague de littérature pornographique qui les visait directement. Ces œuvres dénoncèrent de plus belle un monarque rendu ridicule, qui portait lui-même atteinte au prestige de la fonction qu'il était censé incarner. En cela, Louis XV faillit là où son arrière-grand-père était parvenu à imposer sa propre volonté. Le renvoi de la du Barry par Louis XV, quelques jours avant sa mort, n'atténua pas le discrédit jeté sur la monarchie.

Le roi en son Conseil

Le roi travailla assidûment en ses divers conseils. Dans les premières années, le Premier ministre assistait toujours au « travail du roi », réunion du roi avec tel ou tel de ses ministres. Louis XV, qui ne voulait pas d'un secrétariat, écrivait le plus souvent de sa main sa décision aux nombreux dossiers et demandes auxquels il devait apporter une réponse. Le cardinal de Fleury avait inculqué à son pupille une dévotion religieuse sincère, et lui avait enseigné la prudence, voire le secret, dans les affaires du gouvernement — secret dont le roi usa durant tout son règne et qui n'eut pas que des effets positifs en laissant libre cours à de fausses interprétations de sa politique.

Dans les dernières années de son règne, alors que se produisirent des événements essentiels et lourds de menaces potentielles pour l'avenir, Louis XV ne chercha pas à associer son petit-fils et successeur Louis XVI à la direction du royaume.

La mort

L'annonce de la dernière maladie du roi mit la cour en effervescence, cependant qu'à Paris et dans les principales villes du royaume, l'indifférence prévalut. L'agonie du roi commença le 30 avril 1774. Elle fut marquée par l'expulsion de la favorite, madame du Barry, le 4 mai. Des prières furent ordonnées, mais les églises restèrent « désertes ». Le roi mourut de la petite vérole : « Le corps du roi, mort le mardi 10 mai, fut tellement corrompu par la nature du mal qu'il fallut l'enterrer au plus tôt », écrivit l'abbé de Véri. « Il fut porté sans pompe à Saint-Denis le jeudi suivant et mis dans le caveau. Il n'emporta les regrets de qui que ce soit comme souverain ; il les emporta de quelques-uns de ses alentours comme bon maître. […] La très grande majorité des courtisans et des peuples en eut de la joie. »

Aux yeux des pamphlétaires de la fin du siècle, Louis XV incarna ainsi l'exemple achevé des rois despotiques et dévergondés, qui n'avaient pas su éviter de devenir, au fil des années, la cible privilégiée d'une opinion publique prompte à lui attribuer, à tort ou à raison, la responsabilité des malheurs qui accablaient le royaume.

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