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Little Bighorn

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Little Bighorn
Publié le:24/12/2011

(25 juin 1876) - Territoire du Montana


La campagne contre les Sioux

Au début de l’année 1876, le président Grant demande au général Sheridan, commandant de la division militaire du Missouri, de mettre sur pied une vaste campagne contre les Sioux et leurs alliés Cheyennes et Arapahos destinée à préparer la confiscation des Black Hills. En effet, les Black Hills, les collines sacrées des Sioux, referment d’importants gisements aurifères. Sheridan préconise d’attaquer les Indiens en plein hiver, au moment où ils sont les plus vulnérables. Mais des conditions météorologiques particulièrement épouvantables, vont retarder les opérations militaires jusqu’en juin. Les ordres du général Sheridan sont de contraindre les Indiens encore libres à regagner les réserves du Territoire du Dakota. Le général Terry est chargé de coordonner le mouvement des troupes.

Le 21 juin 1876, sur la Yellowstone River, à bord du vapeur « Far-West », Terry expose son plan de campagne. Sheridan lui a donné des moyens considérables : le colonel Gibbon arrive de l'ouest, le long de la Yellowstone River, avec mille hommes d'infanterie et de l'artillerie, tandis que Terry, lui-même, remontera la Bighorn River avec plus d’un millier de soldats. Le général Crook doit arriver du sud avec près de mille trois cents hommes. La jonction de toutes ces troupes qui doivent prendre les Indiens dans une immense tenaille est prévue pour le 26 ou le 27 juin. Le major Reno rapporte que ses éclaireurs ont repéré les traces d'un grand rassemblement d’Indiens le long du cours supérieur de la Rosebud River. Le général Terry décide d’envoyer l’impétueux lieutenant-colonel Custer et son fameux 7è régiment de cavalerie en reconnaissance pour retrouver la piste des Indiens. Accompagné de Reno, il devra remonter la Rosebud River puis poursuivre en redescendant vers le nord la Little Bighorn River, un petit affluent de la Bighorn River. Lorsqu’il aura débusqué les Indiens, il a l’ordre d’attendre les troupes de Terry, de Gibbon et celles de Crook qui complèteront l’encerclement. Mais Terry ignore encore que les guerriers sioux et cheyennes conduits par Crazy Horse ont arrêté Crook quatre jours plus tôt sur la Rosebud River le contraignant à faire demi-tour et qu'il est désormais incapable d'épauler son dispositif.

Le lendemain, au moment du départ de la colonne, alors que la fanfare joue « Garry Owen » la marche du régiment, le colonel Gibbon rappelle à Custer qu'il ne doit pas marcher trop vite pour laisser au gros des troupes le temps d'arriver. Il dit : « Surtout, Custer, ne soyez pas trop gourmand et attendez-nous ! » Custer réplique par un énigmatique : « Certainement pas ! ». Custer emmène avec lui ses deux frères, son neveu et, pour soigner sa popularité, Mark Kellog reporter du « Bismarck Tribune » et correspondant du « New York Herald ». « Longue-Chevelure » Custer, qui a coupé ses fameuses boucles blondes, arbore sa tenue habituelle des guerres dans l’Ouest : une veste d’éclaireur en cuir à franges, un large chapeau blanc et un foulard rouge. Il a renoncé aux mitrailleuses Gatling qui entraveraient la rapidité de sa progression. Il  a demandé également à ses hommes de laisser à leur cantonnement leurs sabres dont le cliquetis risquerait d’alerter les Indiens.

Little Bighorn

Les six cent cinquante hommes du 7è de cavalerie remontent donc la Rosebud River pendant trois jours. Il est un peu plus de midi quand, le dimanche 25 juin 1876, suivant les traces laissées par les Indiens, les soldats bifurquent vers l’ouest, vers la vallée de la Little Bighorn River. Un peu plus tôt dans la matinée, les éclaireurs crows et arikaras ont rapporté à Custer qu’ils ont découvert un immense village à quelques kilomètres en aval sur la rivière. Ils parlent de milliers de tipis et d'un gigantesque troupeau de chevaux. Ce sont bien les Indiens que les soldats recherchent. Conformément aux ordres reçus, Custer se dispose à attendre l’arrivée de Terry et de Gibbon. Mais un incident va précipiter les événements : une caisse de biscuits tombée d'un chariot est trouvée par de jeunes chasseurs indiens dans les collines. Les soldats, qui reviennent sur leurs pas pour retrouver la caisse perdue, ouvrent le feu sur les Indiens. Dans le camp, l'alerte est donnée : les soldats sont dans les collines. Les femmes commencent à démonter les tipis. Les hommes se préparent au combat. Les éclaireurs signalent que les mouvements dans l'immense village montrent que les Indiens ont vu venir les soldats. Custer, qui n’a pas encore pu apercevoir l’importance du camp ennemi, décide de passer immédiatement à l'attaque avant que les Indiens ne se dispersent. Sans perdre un temps précieux à faire effectuer une reconnaissance, qui lui aurait pourtant permis d’évaluer précisément les forces ennemies, Custer élabore son plan d'attaque. Le major Reno avec trois compagnies soit cent soixante-dix hommes, doit approcher le camp par le sud. Les cent quarante hommes du capitaine Benteen sont chargés de débusquer d’éventuels Indiens hostiles le long de la rivière et de renforcer les unités qui se trouveraient en difficulté. Les bagages et des munitions sont sous la garde des cent dix hommes du capitaine Mc Dougall qui sont tenus en réserve. Les cinq compagnies de Custer, doivent attaquer le village par le nord. Impatient d’en découdre, il confie à ses officiers : « Là, quelque part devant nous, se trouve le plus grand camp indien de toute l’Amérique du Nord, et c’est  moi qui vais l’attaquer ». Les éclaireurs crows se mettent à chanter leur chant de mort pour impressionner Custer et le dissuader d’attaquer. Méprisant, il leur lance : « Les Crows sont des femmes ! ». Les colonnes de Custer et de Reno marchent ensemble jusqu’à Ash Creek. Les éclaireurs découvrent le cadavre d’un Indien abandonné dans un tipi. C’est là que Reno bifurque vers la rivière pour attaquer le village tandis que Custer reprend sa progression le long des crêtes.

Le camp que s’apprête à attaquer Custer et ses hommes est plus grand village indien jamais rassemblé dans les Plaines. Il s’étend sur près de cinq kilomètres sur les méandres de la Little Bighorn, appelée « Peji Sluta Wakpala » par les Lakotas (« Greasy Grass » en anglais). Il compte près de six mille personnes, dont plus de mille cinq cents guerriers. Il y a là les Oglalas de Crazy Horse, les Hunkpapas de Sitting Bull, Gall et Rain-in-the-Face, les Cheyennes de Two Moons, Crow King et Dull Knife, un groupe d’Arapahos, et même, des Santees revenus du Canada. De nombreux Indiens des réserves sont également venus rejoindre, dans les derniers jours, ceux qui vivent encore libres. Tous ceux qui refusent la vie de la réserve sont rassemblés là. Les guerriers indiens sont très déterminés depuis leur récente victoire sur la Rosebud River. Ils n’ont pourtant que quelques centaines de fusils pris aux soldats du général Crook et la plupart ne possèdent que leurs arcs et leurs flèches. Les cérémonies de la Danse du Soleil qui viennent de s'achever, en apportant une cohésion spirituelle renouvelée, augmentent encore la détermination de chacun. Sitting Bull qui, lors d'une vision, a vu « beaucoup de soldats tombant dans le camp », révèle que la victoire remportée sur les soldats de « Trois-Étoiles » Crook n'est pas celle de sa vision. Une nouvelle victoire est donc encore à venir. Le grand chef hunkpapa est convalescent depuis qu'il a offert cent morceaux de la chair de ses bras à l'arbre sacré de la Danse du Soleil. En cas d'attaque, il est chargé d'organiser la protection des non-combattants.

Il est environ 15 heures quand le major Reno, probablement ivre au moment de l'attaque, franchit la rivière et fait disposer son unité sur une longue ligne qui charge vers le village. Les Indiens font vigoureusement face à l’ennemi. Conduits par de grands chefs de guerre comme Gall, Rain-in-the-Face et Two Moons, ils ripostent par une violente contre-attaque, puis parviennent à déborder les soldats, les contraignant à retraverser précipitamment la rivière et à s'abriter dans un petit bois. Reno, complètement désorienté depuis qu'il a reçu en pleine figure la cervelle du scout arikara Bloody Knife qui vient d'être frappé à ses côtés d'une balle en pleine tête, se lance dans une série d'ordres contradictoires, achevant de dérouter ses hommes. Une nouvelle manoeuvre de repli conduit les hommes de Reno au sommet d'une colline qu'on appellera plus tard « Reno Hill ». Les soldats ont perdu une cinquantaine d'hommes en moins de vingt minutes. Les Indiens décrochent pour affronter les soldats qui approchent à l'autre bout du village.

Medicine Tail Coulee

Pendant ce temps, depuis le promontoire de Crow’s Nest, ignorant la retraite précipitée de Reno, Custer découvre enfin l’immense camp de tipis. Un instant surpris, il s’exclame : « Voilà la chance de Custer ! C'est le plus gros village indien du continent ! ». Mesurant alors l'importance du camp ennemi, Custer envoie un messager pour rappeler Benteen en renfort et apporter des munitions. Puis il reprend sa marche avec ses deux cent quinze hommes, cherchant un passage à gué pour traverser la rivière. Il semble que l'objectif de Custer ait été de capturer les femmes et les enfants qui fuient vers le nord par centaines, afin de contraindre les guerriers à se rendre. Il est environ 16 heures 20 quand la colonne de Custer arrive au gué de Medicine Tail Coulee. Ayant congédié ses fidèles éclaireurs crows et arikaras, il sépare son détachement une nouvelle fois en trois colonnes afin de dérouter les Indiens.

Custer Hill

Les deux compagnies du capitaine Yates qui atteignent la rivière les premières sont brutalement arrêtées par le feu nourri de guerriers postés sur l'autre rive. Ce sont les membres d'une société de guerriers cheyennes qui ont fait le voeu de ne jamais reculer devant l'ennemi. Les compagnies de Yates rejoignent celles de Keogh et de Custer sur une hauteur qu'on appellera « Calhoun Hill ». Pendant ce temps, des cavaliers sioux menés par Gall et Rain-in-the-Face traversent la rivière et débordent sur les flancs des deux côtés les cavaliers bleus. Malgré les pertes, Custer et ses officiers, qui attendent toujours les renforts de Benteen, parviennent tant bien que mal à regrouper leurs hommes sur une autre colline qui sera plus tard appelée « Custer Hill ». Les charges des guerriers indiens de plus en plus nombreux empêchent les soldats, empêtrés dans leur équipement et tenant leurs chevaux à la main, de se regrouper. Aveuglés par la poussière intense, les soldats courent en tous sens dans une grande confusion. Plusieurs abattent leurs chevaux pour s’en faire un rempart. Certains se donnent même la mort pour éviter de tomber vivant aux mains des Indiens. La position des soldats devient rapidement intenable. Les cartouches se coincent dans les culasses surchauffées des fusils. Soudain, un groupe important de cavaliers sioux conduits par Crazy Horse, qui vient de faire un vaste mouvement tournant, surgit à revers achevant l'encerclement. Le grand chef oglala s’exclame en chargeant les soldats : « Hooka hey ! Chargez ! C’est un beau jour pour mourir ! C’est un beau jour pour se battre ! Que les coeurs courageux me suivent ! ». Regroupés autour du fanion personnel de Custer, sur une éminence appelée depuis « Custer’s Last Stand », les derniers soldats combattent avec l'énergie du désespoir. Mais la pression des Indiens est trop forte. Ils succombent sous le nombre. Il est alors près de 18 heures 30. Les cadavres sont dépouillés de leurs vêtements et de leur équipement. À l’exception de Custer, de son frère Tom, du capitaine Keogh et du reporter Kellog, tous les soldats sont scalpés et, pour la plupart, mutilés.

Reno Hill

Le capitaine Benteen a rejoint l’unité du capitaine Mc Dougall qui garde les munitions. Il a reçu le message de Custer. Après beaucoup de retard, Benteen rejoint ce qui reste des trois compagnies de Reno complètement désemparées. Le capitaine Thomas Weir exige qu'on se porte vers les bruits de combat qu'on entend dans les collines, vers le nord. Devant le refus de Benteen, Weir conduit sa compagnie jusqu'à un endroit qu'on appelle désormais « Weir's Point ». Le capitaine Weir observe Custer Hill sans pouvoir intervenir. Benteen et Reno le rejoignent près d'une heure plus tard. Weir insiste à nouveau pour voler immédiatement au secours de Custer. Mais Benteen refuse d'engager ses forces dans un combat qui est désormais, à l'évidence, désespéré. Un parti indien surgit soudain, contraignant les hommes de Benteen et de Reno à se replier rapidement vers leurs positions.

Les Indiens, qui viennent d'anéantir le détachement de Custer, se tournent maintenant vers la position de Reno et de Benteen. Ils harcèlent les soldats pendant la nuit et toute la journée du lendemain. Les assiégés souffrent cruellement de la soif. Plusieurs sont tués en essayant d’atteindre la rivière. Puis, dans la soirée, les Indiens lèvent le siège. Mettant le feu à la prairie, ils décrochent en bon ordre vers les Bighorn Mountains, à l’annonce de l’approche des importants renforts de Terry et Gibbon.

Curly, le fidèle éclaireur crow de Custer, qui a assisté de loin à la bataille, rejoint le vapeur « Far-West » sur la Bighorn River et raconte à l’état-major du général Terry les derniers instants du « Fils de l'Etoile du Matin » et de ses hommes. Personne ne croit cette funeste nouvelle.

Le lendemain, les premiers soldats arrivés sur le champ de bataille, portent secours aux survivants des unités de Benteen et de Reno, puis, suivant le vol des charognards, découvrent ce qui reste des cinq compagnies que commandait Custer.

Il ne reste de vivant que  « Comanche », le cheval du capitaine Keogh. Les pertes américaines s’élèvent à deux cent soixante-trois morts et trente-huit blessés. C’est la plus sévère défaite qu’ait subie l’armée américaine pendant les guerres dans l’Ouest. Personne ne sait précisément qui a tué Custer. Ce n’est qu’à l’issue de la bataille que les Indiens apprendront que c’étaient les hommes de « Longue-Chevelure » qui étaient venus les attaquer. Il est difficile de chiffrer les pertes indiennes dont le bilan a donné lieu à de nombreuses controverses, mais les derniers relevés feraient état de près de deux cents morts et blessés du côté des Indiens. De nombreux témoignages indiens rendront hommage au courage des soldats venus les combattre. Sitting Bull dira plus tard : « Je n'ai pas l'habitude de dire des mensonges à propos d'hommes qui sont morts. Les hommes de « Longue-Chevelure » sont parmi les plus braves que j'ai jamais combattus ».

Epilogue

La nouvelle de l'humiliante défaite sur la Little Bighorn et la mort du « Boy General » éclate comme un coup de tonnerre à Philadelphie au milieu des cérémonies célébrant le Centenaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis. Mais cette grande victoire indienne va également sceller le sort des tribus encore libres qui, à partir de ce moment, seront traquées sans répit et finalement contraintes l’année suivante à déposer les armes.

Le major Reno est traduit en conseil de guerre. Il est accusé par les autorités militaires d'avoir négligé de s’être porté au secours du détachement de Custer. Il ne sera réhabilité à titre posthume qu’en 1967. Le dernier mort américain de la bataille sera retrouvé et identifié en 1992.

Le site de ce célèbre affrontement, le « Little Bighorn Battlefield National Monument », se trouve actuellement sur la réserve Crow, près de Hardin au Montana. Il est devenu un site touristique très important, où chaque année a lieu une grande reconstitution. En 2003, un monument construit sur le site rend hommage aux combattants indiens. Cette bataille, connue par les Américains sous le nom de « Custer’s Last Stand » a fait l'objet de nombreuses reconstitutions et a inspiré de nombreux films. Elle a également donné matière à un nombre incalculable d'ouvrages et d'analyses historiques.