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Brève présentation d'objets musicaux antiques (2)
Objet musical bien moins connu que les genres, l'harmonie[1] est peu décrite dans les traités de musique et dans les textes des musicographes, car considérée comme utilisée dans des temps plus anciens.
Dans son sens le plus large, le terme même d'"harmonie" est à comprendre comme l'unification d'éléments différents[2]. Comme objet musical, l'harmonie, toujours associée à un nom topique[3], serait un distillé de la mélodie, le fruit d'une analyse statistique des notes les plus fréquentées dans un style mélodique donné[4].
La seule description ancienne qui nous soit parvenue est celle d'Aristide Quintilien qui propose des séries d'organisations intervalliques[5] :
« Il existe encore d'autres façons de diviser un tétracorde, dont les très anciens se sont servis pour former leurs harmonies[6]. Ceux-ci remplissaient parfois un octacorde parfait, mais parfois un système plus grand que l'intervalle de six tons entiers, souvent aussi un système plus petit ; en effet, ils ne prenaient pas toujours tous les sons : nous en dirons la raison plus loin.
Il composaient le système lydien comme suit : diesis – diton – ton – diesis – diesis – diton – diesis, et ceci était un système parfait ;
le dorien : ton – diesis – diesis – diton – ton – diesis – diesis – diton, et ceci dépassait d'un ton entier l'intervalle d'octave ;
le phrygien : ton – diesis – diesis – diton – ton – diesis – diesis – ton, et ceci était à nouveau une octave parfaite ;
l'iastien : diesis – diesis – diton – tierce mineure – ton, et ceci était inférieur d'un ton entier à l'octave ;
le mixolydien : deux quarts de ton successifs – ton – ton – diesis – diesis – triton, et c'était encore une fois un système parfait ;
le lydien syntone, comme on dit : diesis – diesis – diton – tierce mineure.
Dans tous ces systèmes, il faut entendre par diesis la diesis enharmonique. Pour la clarté, on trouvera plus loin le diagramme de ces systèmes. »
Nous reproduisons ci-dessous ce diagramme accompagné de sa transcription moderne :

Fabien Delouvé
Université Paris 8
NOTES
[1] Harmonia.
[2] MATHIESEN, Thomas James : Harmonia and Ethos in Ancient Greek Music in Journal of Musicology 3, 1984, University of California Press, Berkeley, pp. 264 - 279, p. 266 pour la référence.
[3] Lydienne, phrygienne, dorienne ...
[4] Nous remercions M. Brenno Boccadoro de nous avoir fourni cette explication parmi de très nombreuses autres.
[5] ARISTIDE QUINTILIEN : La musique. Traduction et commentaire de François Duysinx. Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège – Fascicule CCLXXVI. Librairie Droz, Genève, 1999, I, 9, pp. 51 - 54.
[6] Nous rendons ici le terme harmonia et non pas mode proposé par François Duysinx.