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L'empereur Mutsuhito ou empereur Meiji

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L'empereur Mutsuhito ou empereur Meiji
Publié le:07/07/2010

Empereur japonais : 3 novembre 1852 - 30 juillet 1912.


L'empereur Mutsuhito à son accession au trône
L'empereur Mutsuhito à son accession au trône
© anonyme
archives larbor
Empereur japonais connu sous son nom de règne, Mutsuhito puis après sa mort sous son nom posthume, Meiji qui désigne également l’ère correspondant à sa présence sur le trône et synonyme de la période de réformes radicales, une « révolution par le haut » qui a permis au Japon de sortir de son isolationnisme.

 

Naissance et accession au trône

 

Le futur empereur est né le 3 novembre 1852, il est le fils de l’empereur Kõmei et de Nakayama Yoshiko, une dame de la cour, fille du seigneur Nakayama Tadayasu, famille qu’il connait bien puisque c’est en son sein qu’il passe pratiquement toute son enfance à Kyoto. En 1860, il est adopté par la principale épouse de l’empereur Kõmei et prend alors le titre de prince couronné.

 

Il est élevé dans un Japon pétri de traditions, isolé et dominé politiquement par la famille Tokugawa, dynastie de shogun (dictateur militaire) depuis le début du XVIIème siècle. A cette époque l’empereur japonais est surtout un symbole spirituel, un curieux jeu de paravent s’est instauré et a relégué la famille impériale à une simple figuration.

 

Famille impériale japonaise vers 1880
Famille impériale japonaise vers 1880
© anonyme
Hulton archives
Le 11 janvier 1867 Mutsuhito épouse Dame Haruko, fille du seigneur Ichijõ Tadaka elle sera la première épouse impériale et jouera un vrai rôle public.

 

L’année 1867 est primordiale dans le règne de Mutsuhito. Cette année marque le début d’une période de profonds bouleversements politiques et sociaux. Depuis 1853 et les premiers accords commerciaux avec les occidentaux, le Japon est la proie de luttes latentes de plus en plus violentes entre les conservateurs et les réformistes. Ces luttes mettent à mal le pouvoir du shogun Tokugawa qui ne sait pas réagir à la hauteur des enjeux. Il est contraint d’abandonner l’exercice effectif du pouvoir et remet ce dernier à l’empereur alors âgé de 15 ans.

 

L’ère Meiji, « le gouvernement éclairé »

 

Mutsuhito est jeune et sait qu’il doit allier les mesures symboliques et les réformes de profondeur, afin d’éviter que les occidentaux ne prennent le contrôle du pays. Pour cela il est aidé d’oligarques, comme Tomomi Iwakura, qui saisissent immédiatement la nécessité de prendre l’initiative politique en ces temps troublés.

 

            La Constitution de 1889

 

Tomomi Iwakura
Tomomi Iwakura
© Anonyme
Japanese national Diet Library
Les conseillers de l’empereur sentent la nécessité de fixer un cadre légal à la restauration Meiji. L’idée d’une Constitution s’impose. Ce travail est confié à un groupe d’oligarques. Le but de ces derniers est de préserver les prérogatives du pouvoir impérial qui viennent d’être restaurées mais également d’apparaître comme un pays moderne sur le modèle occidental. On crée un poste de premier ministre nommé et révoqué par l’empereur, un parlement avec une chambre élue.

En réalité, ce système ressemble plus aux balbutiements des démocraties parlementaires européennes qu’à une démocratie moderne. Le texte est resté assez flou pour favoriser l’apparition d’une pratique coutumière traditionnaliste et la primauté des oligarques issus des vieilles familles de la noblesse.

 

 

            Des réformes sociales d’ampleur alliant modernité et tradition

 

En 1868, l’empereur abolit la féodalité, il déménage sa cour de Kyoto à Edo qu’il rebaptise Tokyo et la même année il promulgue une série de textes visant à installer un « gouvernement éclairé » inspiré des démocraties occidentales. C’est dans le même esprit réformateur qu’il abolit la hiérarchie séculaire instaurée par les shoguns et tout le système du shinôkôshô, l’ensemble des castes de la société japonaise. Certes, les mœurs auront encore la vie dure, cependant les seigneurs doivent désormais rendre leurs fiefs à l’empereur et l’ensemble des clans militaires sont dissous. On interdit aussi le port du sabre aux samouraïs.

Emile Bertin, conseiller de l'empereur Mutsuhito
Emile Bertin, conseiller de l'empereur Mutsuhito
© anonyme
wikipedia
Dans le même temps, afin de ne pas laisser ces anciens guerriers tomber dans le banditisme, une armée est créée. Le recrutement se fait aussi bien dans l’ancienne caste des samouraïs que par la conscription. Un effort est également fait en faveur de la marine notamment avec l’aide du français Emile Bertin, devenu conseiller de l’empereur.

 

Début des années 1870, un grand programme de construction de lignes de chemin de fer est lancé. En 1874, on inaugure la première ligne reliant Tokyo à Yokohama. On instaure également un système bancaire en même temps que l’on crée le yen pour faciliter les échanges à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. C’est à cette époque que les japonais acquièrent leur renommée de copistes. Les occidentaux ont l’autorisation de commercer au Japon en échange de la possibilité pour les japonais de copier leurs produits manufacturés. Très rapidement, ils emmagasineront les savoirs occidentaux, les adapteront, les amélioreront et les revendront en Europe ou aux Etats-Unis.

 

C’est sur modèle que le système éducatif est réformé. L’école devient obligatoire. L’objectif impérial est de constituer une administration compétente et réactive couvrant tout le territoire. On envoie des étudiants en Europe et aux Etats-Unis. Ces derniers deviendront les hauts fonctionnaires qui eux-mêmes formeront les futurs membres de l’administration impériale. Une nouvelle élite est née.

 

Pour autant, l’empereur ne souhaite pas faire table rase du passé. Il sait que son pays est très attaché aux traditions. Trois religions dominent alors le pays, le Shintoïsme, le Bouddhisme et le Confucianisme. Les japonais se réfèrent à chacun de ces trois dogmes en fonction des grandes étapes de la vie (naissance, mariage, décès). L’empereur réinvente une tradition nationale et fait du shintoïsme la religion nationale en y intégrant le culte de l’Etat et de son chef. De plus, il impose une séparation entre les trois grandes religions.

 

 

Mutsuhito, le premier souverain occidental d’Asie

 

L'empereur Mutsuhito
L'empereur Mutsuhito
© anonyme
Hulton archives
Dans l’article 5 de la Charte instaurant le « gouvernement éclairé » il est écrit « On ira chercher à travers le monde la connaissance afin de renforcer les fondements de la règle impériale ». Ce principe guidera sans cesse la volonté de l’empereur qui bientôt va faire de son pays le premier pays occidental d’Asie. En somme, pour Mutsuhito et son gouvernement la meilleure manière de résister à l’Occident est d’occidentaliser le pays.

Avec le formidable développement industriel, les japonais ont l’intention de devenir une vraie puissance régionale notamment face à la Chine et à la Russie. En 1894, débute l’expansion territoriale avec la guerre sino-japonaise (1894-1895). Ce succès militaire conforte les japonais dans leurs désirs expansionnistes. Convoitant désormais la Corée comme un véritable colonisateur, le Japon se heurte à la Russie en 1905 et en sort vainqueur. En 1910, les Japonais annexent la Corée. Cette expansion territoriale est interprétée en Occident comme la montée du « péril jaune ».

Les Japonais se comportent alors comme les européens et ne s’en cachent pas. Après avoir copié leurs savoirs scientifiques et industriels, ils les copient en matière de politique internationale.

 

Mort et postérité

 

L’empereur Mutsuhito meurt le 30 juillet 1912 à près de 60 ans et prend alors le nom posthume de Meiji. Son règne est une période de grande fierté pour les Japonais qui lui sont reconnaissants du vent de modernité qu’il a insufflé. Quiconque serait parti du Japon en 1852 pour revenir en 1912 n’aurait sans doute pas reconnu le pays. Il est désormais une puissance régionale économique et militaire incontournable.

L'empereur Mutsuhito à la fin de son règne
L'empereur Mutsuhito à la fin de son règne
© anonyme
Hulton archives
A la mort de Mutsuhito, c’est son fils Yoshihito qui lui succède et commence l’ère Taishõ. En 1920, un sanctuaire Shinto ouvre à Tokyo qui est entièrement consacré à l’empereur Meiji.

Même si Meiji ne fut jamais un véritable chef politique au sens où l’on peut l’entendre en Occident. Il faut bien reconnaître que c’est sous son impulsion et au nom de la légitimité impériale qu’il représentait, que les grands réformateurs dominant le gouvernement ont pu réaliser toutes ces réformes. Il paraît évident que ces hommes n’ont vraisemblablement pas eu conscience de l’ampleur des changements. De plus, ils réussirent l’exploit d’éliminer l’ancien gouvernement sans effusion de sang et sans avoir recours au peuple, tout en restaurant un pouvoir viable.

 

Sources :

 

Histoire du Japon et des Japonais 1. Des origines à 1945 Edwin O. Reichauer, 1973, éd. Points.

Magazine l’Histoire, numéro spécial, le Japon, des samouraïs aux mangas, juillet-août 2008, n°333.