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Le shinôkôshô

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Le shinôkôshô
Publié le:24/08/2008

La division de la société dans le Japon de l’époque Edo (1603-1868)


 

Au début du XVIIème siècle, le Japon entre dans une période de pacification inédite. La société japonaise sort peu à peu de sa période médiévale. Un système hiérarchique de division des membres de la société se crée. Même s’il serait inapproprié de parler d’un système de caste, la société japonaise établit différentes catégories à partir des fonctions nécessaires à la vie quotidienne.

C’est ainsi que l’on distingue, outre les détenteurs du pouvoir (l’empereur, le shogun et la cour), quatre grands groupes formant le corps social. Les guerriers (shi), les paysans (nô), les artisans (kô), et les marchands (shô). On trouve dans cette division, la prééminence des guerriers et l’importance donnée à ceux qui produisent.

 

 

Les guerriers :

 

Selon la pensée confucéenne, les différents membres de la société sont là pour faire vivre ceux qui assurent la sécurité. Les dirigeants voulaient distinguer clairement les guerriers des autres membres de la société. Ainsi les guerriers (les bushi), se trouvaient au sommet de la hiérarchie. Dans cette catégorie, on trouvait le shogun, les samouraïs et leurs entourages.

Bien que les guerriers étaient au sommet de l’échelle sociale, au sein même de cette catégorie des différences existaient avec une hiérarchie interne. En haut le shogun, les daimyo (selon la taille de leurs domaines) qui vivaientt dans leurs châteaux, puis les samouraïs vivant au pied des châteaux.

 

Comme dans beaucoup de sociétés, les distinctions de rang se faisaient par l’apparence avec de nombreux signes distinctifs (vêtements, accessoires, coiffures…). C’était le cas pour les guerriers. Ils étaient les seuls à avoir l’autorisation de porter le sabre. Plus précisément, ils en portaient deux. Un grand, le katana et un petit, le wakisashi. Ils portaient le haori, une veste traditionnelle, et le hakama, un pantalon large que l’on trouve aujourd’hui chez les pratiquants de kendo ou d’aïkido. Ces signes d’appartenance étaient essentiels, car au-delà de l’apparence, les sabres leurs servaient aussi à exercer le droit de vie ou de mort qu’ils détenaient sur les autres catégories de la population, le kirisute gomen. Cette « justice privée », qui nous parait effroyable, etait inhérente au statut de samouraï. En réalité, il semble selon François et Mieko Macé dans leur ouvrage le Japon d’Edo (2002, éd. Guides belles lettres des civilisations), que cette « justice » fut surtout théorique et que les guerriers avaient peu recours à cette pratique.

 

Outre les attributs du paraitre, les guerriers disposent d’un nom patronymique. Imposé par le système du shogunat, il est réservé aux guerriers et à la cour. Cependant, certaines professions, hors hiérarchie, donnaient la possibilité à ses membres d’utiliser des noms patronymiques. C’était le cas pour les médecins.

 

Miyamoto Musashi par Utagawa Kuniyoshi estampe du XIXème siècle
Miyamoto Musashi par Utagawa Kuniyoshi estampe du XIXème siècle
Miyamoto Musashi, célébre rônin du XVIIème siècle.
© Utagawa Kuniyoshi
 A l’époque Edo, les guerriers n’ont pas beaucoup l’occasion de faire la guerre et de remplir la mission que leur a confiée la société. Ils font souvent office de fonctionnaires et de lettrés auprès de l’administration centrale ou auprès d’un seigneur de province. Malgré tout, il arrivait que ces samouraïs se retrouvent sans maître. Errants, sans revenu, ils devenaient des rônin. Au pied de la classe guerrière, ils n’avaient d’autre choix que de retrouver rapidement un seigneur, ou bien de se reconvertir à l’enseignement de l’art du combat. Cependant, beaucoup finissaient comme bandits de grand chemin.

 

 

Les paysans :

 

La société japonaise donnait énormément d’importance à ceux qui créaient ou qui produisaient. C’est pourquoi, les paysans étaient relativement bien placés dans la hiérarchie. Situation comparable à l’Europe à cette même époque, la grande majorité de la population vivait directement ou indirectement de l’agriculture.

Même s’ils ne sont pas officiellement propriétaires des terres qu’ils exploitent, les paysans en ont les attributs.

Les centres de vie étaient les villages. La gestion du village était assurée par des assemblées de paysans responsables fiscalement. En outre, les communautés rurales étaient contrôlées par des fonctionnaires nommés par les seigneurs ou directement par le shogun. De plus, des assemblées de chefs de familles avaient pour mission d’assurer le paiement des impôts et le maintien de l’ordre. Ce réseau de plusieurs contrôles enchevêtrés permettait au pouvoir d’étouffer facilement tout vent de contestation. Malgré tout, la période Edo est marquée par de nombreuses jacqueries, notamment en cas de mauvaises récoltes.

 

 

Les artisans :

 

Avec le développement des grandes cités au XVIème siècle, les activités artisanales prospèrent. Rapidement indispensables, les meilleurs artisans viennent grossir les rangs de la bourgeoisie pour bientôt constituer le gros de ses troupes.

Comme le Shogunat Tokugawa apporte la paix dans l’archipel, les classes supérieures se détournent des activités guerrières et s’intéressent plus à embellir leur environnement, commander des objets précieux ou ornementaux nécessitant un savoir-faire important.

 

On trouvait alors ces artisans aussi bien dans la construction que dans la confection de textiles, la production de médicaments, le travail du cuir, chacun se spécialisant.

 

Comme pour la classe guerrière, au sein de la classe artisanale on distinguait des artisans de différentes conditions. En effet, outre les patrons artisans, des ouvriers souvent issus des campagnes environnantes, trouvaient dans les métiers artisanaux un moyen de fuir les aléas des récoltes. Ces métiers ne pouvaient cependant pas échapper au contrôle du pouvoir central. Ce contrôle se faisait par l’intermédiaire de fonctionnaires chargés de prélever les taxes, mais également par l’obligation de se constituer en sorte de « syndicat ».

 

 

Les marchands :

 

Il était parfois difficile de faire la distinction entre artisans et marchands. Cependant, le système hiérarchique faisait bien la différence, car après ceux qui créent viennent ce qui ne peuvent créer et qui se contentaient de vendre. Or, dans le Japon de l’époque Edo, l’argent était sale. Dans la réalité, il faut bien reconnaître que les riches commerçants étaient mieux considérés que les pauvres paysans.

 

Comme nous l’avons vu la classe guerrière de l’époque Edo se tourne vers la décoration et les objets d’apparat. Ces produits faisaient évidemment l’objet d’un commerce dans tout le pays, d’autant que peu à peu les classes dominantes prennent, dirons-nous aujourd’hui, des habitudes de consommation. Les grandes villes comme Edo et Ôsaka deviennent très commerçantes. Ces villes permettent la rencontre des guerriers et des marchands. Inévitablement, des liens étroits seront tissés entre ces deux catégories.

 

Les populations en dehors du corps social :

 

Dans cette société hiérarchisée, il existait des individus qui étaient, par la force des choses, mis à l’écart du reste de la société. On les appelait les eta et les hinin.

 

Encore une fois leur rang était lié à leurs activités. Les eta avaient pour activités tout ce qui est en rapport avec la mort, l’abatage des animaux, la boucherie, le tannage des peaux… Tout contact avec le reste de la société leur était strictement interdit. Cependant, le travail du cuir amena certains de ces parias, qui avaient pour clients de riches guerriers, à se constituer de petites fortunes. Cette catégorie fut supprimée officiellement en 1871, mais perdura dans les faits, obligeant leurs descendants à poursuivre l’activité de leurs aïeuls.

 

Les hinin, les non-humains, étaient des individus provisoirement exclus de la société pour avoir commis une faute grave ou un crime. Il y avait aussi les hinin héréditaires, c'est-à-dire les gens du spectacle, les jardiniers, les mendiants…

 

Enfin, il convient d’ajouter à cette liste, les rônin, samouraïs sans maître et les mushuku, les vagabonds qui participaient épisodiquement à quelques travaux dans les champs ou dans les manufactures.

 

 

Cette société n’empêchait cependant pas une certaine ascension pour les catégories les moins favorisées. A part les parias strictement héréditaires, la réussite permettait de sortir de sa condition et d’obtenir une certaine reconnaissance. Dans cette société théorique décrite ici, il ne faut cependant pas oublier les pêcheurs. Bien que rarement cités dans les différentes classifications de la société japonaise de la période Edo, ils nourrissent surtout les citadins. Enfin, il faut également citer les religieux, moines bouddhistes et shinto qui sont, comme les médecins, des catégories hors-classes.

 

 

 

Même si le shinôkôshô va peu à peu vers plus de souplesse tout au long de la période Edo, il faudra attendre l’ère Meiji pour que ce système soit officiellement réformé. Malgré tout, les mœurs auront parfois la vie dure. Seuls l’ouverture du pays et le fulgurant développement économique de l’archipel mettront fin à cette classification.

 

 

Sources :

 

Histoire du Japon et des Japonais 1. Des origines à 1945 Edwin O. Reichauer, 1973, éd. Points.

Magazine l’Histoire, numéro spécial, le Japon, des samouraïs aux mangas, juillet-août 2008, n°333.

Le Japon d’Edo. François et Mieko Macé, 2002, éd. Guides belles lettres des civilisations.