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Le jeu d'échecs

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Le jeu d'échecs
Publié le:03/11/2008

Caïssa la Déesse mythique du jeu d'échecs


Caïssa déesse du jeu d'échecs

 

Caïssa est la déesse du jeu d'échecs. On l'invoque dans les moments difficiles d'une partie d'échecs, où se joue parfois la vie.

Caïssa
Caïssa
Caïssa est une dryade mythique de Thrace, représentée comme la déesse du jeu d'échecs.\n\nLe mythe de Caïssa n'existe pas dans l'époque antique, il provient d'un poème nommé Caissa écrit en hexamètres latins par William Jones en 1763[1]. Jones a également publié une version anglaise du poème.\n\n
© Inconnu
Wikipedia

On raconte à son sujet de nombreuses histoires étranges, certains disent qu'il s'agirait d'un homme, d'autres prétendent que Caïssa est un ordinateur, en fait, la déesse des échecs prend des formes différentes suivant les pays qu'elle visite et les hommes qu'elle y rencontre.

Voici l'une de ses histoires.

 

L'ombre et la lumière

 

L'infâme taverne du Borgne était fréquentée par une kyrielle de larrons, aigrefins, briseurs, coupeurs de bourses et autres malfaisants. Cette faune insolite trouvait là un endroit idéal pour prendre un peu de repos, après mille aventures vécues dans les rues glauques de la capitale où les bourgeois, imprudents, promenaient des bourses pleines de besants.
Les coupe-jarrets, les spadassins, les massacreurs affluaient à la vue de toutes ces richesses offertes. Parfois, une altercation dégénérait en lutte sanglante, la lame d'une dague brillait un instant au soleil avant de percer le bliaud d'un gentilhomme et de ressortir toute empourprée du ci-devant, devenu pâle comme une feuille de vélin extra.
Grégoire, dit "le chat", était un des plus terribles brigands parmi les fidèles à ce rendez-vous nocturne. Il devait son surnom à une légende, selon laquelle, poursuivi par les soldats du roi, il avait sauté du troisième étage d'une gentilhommière qu'il cambriolait, sans se faire la moindre entorse. C'était un gueux vivant de rapine, mais il excellait dans son genre. Il se vantait d'être immortel et faisait beaucoup d'envieux, tant il possédait de trésors.  Sa tête était mise à prix. Ses exploits étaient connus de tous, bien au-delà de la capitale. Il était le maître incontesté du plus grand ramassis de galvaudeux que Paris n'eût jamais connus en ce siècle obscur. Sa cruauté et son ambition étaient sans bornes et n'avaient d'égal que sa stupidité. Il était, après la peste et la lèpre, le plus grand fléau de ce temps.
Grégoire fréquentait régulièrement cet estaminet fort prisé par les paysans qui venait à la ville pour vendre leurs poulets, pour acheter du drap et du sel ou pour demander justice contre un détrousseur. Cette gargote, située près de Notre-Dame, était devenue le quartier général de Grégoire. Un jour, un malandrin passablement éméché, l'avait défié au bras de fer. La lutte était inégale; l'étranger était doté d'une force prodigieuse; il mesurait au moins deux mètres et devait peser deux cents livres. Sentant son bras fléchir et ne voulant pas perdre la face, Grégoire sortit un coutelas de sa poche et le planta dans le biceps de son adversaire. Celui-ci, imprégné d'eau-de-vie, ne sentit pas tout de suite la douleur mais lorsque son bras privé de muscle fut plaqué contre la table, le couteau perça de l'autre côté, dans un bouillon de sang. Le vagabond hurla comme un dément et s'enfuit à travers les ruelles sombres. On dit que le pauvre homme, fou de douleur, se jeta dans la Seine et se noya pour échapper à la gangrène.
À quelques jours de là, un vieillard digne, vêtu d'un long manteau noir aux manches larges et portant un curieux couvre-chef gris ainsi que des bottes de cuir, entra dans l'estaminet. Son allure était celle d'un alchimiste, d'un enchanteur ou d'un devin, peut-être même était-il tout cela à la fois.
Cet homme s'appuyait sur une élégante canne d'ébène qui rehaussait sa superbe prestance. Il devait s'agir d'un personnage de haut rang. Il resta un moment immobile sur le seuil, il jaugea les pendards, miséreux et autres coquins qui peuplaient l'endroit, sembla hésiter, puis finalement vint s'asseoir à une table. Son entrée fut remarquée, le patriarche ne semblait pas coutumier de ce genre d'ambiance mais ne craignait pas de s'y mêler. Des regards inquisiteurs se posèrent sur lui, il était habillé simplement, mais la qualité du tissu de son manteau contrastait avec les oripeaux dont étaient affublés les habitués du lieu. Il avait les traits fins, le front haut, les joues un peu creuses, le nez aquilin et une longue barbe blanche. Il avait le teint olivâtre propre aux populations de l'Extrême-Orient, mais ses yeux noirs et profonds l'apparentaient plutôt à la race berbère. Son regard était magnétique, ses yeux sombres pailletés d'or, des yeux de dompteurs de fauves qui captaient immédiatement l'attention.
Il commanda du pain, une cruche de vin et posa négligemment une pièce d'or sur le bord de la table, ce qui attira l'attention des vides-goussets qui peuplaient les lieux. Le patriarche devint subitement un centre d'intérêt...
Grégoire, qui cuvait son vin à quelques pas de la table de l'opulent vieillard, sembla retrouver aussitôt sa lucidité. Il guignait la pièce d'or et imaginait déjà la manière dont il allait mettre le grappin sur le reste de la bourse.
Le vieil homme écarta un pan de son manteau, en sortit un rouleau de calicot qu'il déroula sur la table et sur lequel il disposa avec soin des pièces de bois aux formes insolites. Il encadra son visage de ses longues mains osseuses, se pencha sur cette étrange composition divisée en cases alternativement blanches et noires et se plongea dans un abîme de concentration. Grégoire, interloqué par un tel spectacle, en oublia quelques instants ses intentions belliqueuses. Il se mit à observer le vieillard qui venait d'ôter son chapeau, découvrant une blanche et fine chevelure. Rien ne semblait le distraire de ces figurines, dont certaines représentaient des fantassins formant un rempart devant des personnages plus nobles.
Après quelques minutes de ce spectacle incompréhensible pour lui, Grégoire se décida à passer à l'action. Il s'approcha de l'étranger et feignit de trébucher afin de saisir, d'un geste précis, la bourse convoitée. Le vieillard eut alors une curieuse réaction, il se pencha sur la table et écarta les bras comme pour protéger son tapis et ses pièces. Son visage exprima soudain une grande inquiétude mais il se ravisa aussitôt en oyant les pièces d'or rouler sur le sol et en voyant Grégoire s'en emparer. Il s'égaya de ce contretemps et détacha une deuxième bourse de sa ceinture et la tendit distraitement à son agresseur.
- Tenez mon brave, si c'est ce que vous cherchez, mais ne touchez pas à mon capital...
Déconcerté, Grégoire hésita un instant avant d'accepter cette largesse. Dans de telles circonstances et s'il s'était agi d'un tout autre personnage, il aurait déjà sorti son couteau pour découdre tous les pans de ce manteau qui semblait receler une véritable fortune mais ce que venait de dire le vieillard l'intrigua. Comme une bête féroce en face de l'inconnu, il marqua un temps d'arrêt et son instinct lui imposa de réfréner quelque peu son agressivité.
- Que dis-tu vieille barbe ? Quel est ce capital auquel tu tiens plus que ton or ?
Sans détourner les yeux, le patriarche montra de la main ses pièces de bois.
Grégoire faillit s'étrangler en s'esclaffant :
- Je veux bien être écartelé si tes statuettes ridicules ont la moindre valeur. De qui te moques-tu l'ancêtre ?
- C'est mon bien le plus précieux. Ce que tu vois sur cette table contient plus de richesse que tous les coffres du royaume mais il faut en posséder la clef. Maintenant, laisse-moi ; il faut que je parte. Cette taverne est trop mal fréquentée...
Ceci dit le vieillard rangea ses pièces, replia son calicot et quitta les lieux, sous le regard médusé des curieux qui s'étaient agglutinés autour des deux hommes. Grégoire, toujours indécis, se répétait mentalement les dernières paroles de l'inconnu "richesses...coffres du royaume...la clef...". Ses comparses l'invitèrent à vider un cruchon de vin pour célébrer un butin acquis si aisément mais il marqua son refus d'un geste vigoureux. Il tentait de concentrer son embryon d'intelligence pour percer le secret de ces paroles énigmatiques : « Si ces figurines valent plus que l'or, il me les faut. Je trouverais bien quelqu'un qui m'en donnera le prix », se dit-il en lui-même et il se précipita dehors. Il ne tarda pas à rejoindre le vieillard qu'il trouva à quelques mètres de là, assis dans l'angle d'une rue sous l'échauguette d'une maison qui servait de greffe à la sénéchaussée. Le vieil homme se sentait plus en sécurité dans ce lieu mais il déchanta rapidement lorsqu'il s'aperçut que Grégoire l'avait suivi. Le tapis et les pièces étaient sur le sol à ses pieds, à peine éclairés par la flamme chancelante d'une bougie.
- Donne-moi ces choses ! Eructa Grégoire, en le menaçant de son coutelas.
Le vieil homme demeura impassible.
- A quoi cela te servira-t-il puisque tu ne possèdes pas la clef.
- Alors, donne-moi la clef et dis-moi quel coffre elle ouvre.
- Tu y tiens vraiment ? Alors, assieds-toi près de moi.
Grégoire hésita un instant avant d'obtempérer. Il ignorait pourquoi, mais, auprès de ce vieillard, il éprouvait un sentiment étrange. Pour moins que cela, il avait égorgé moult vagabonds mais pourquoi donc épargnait-il ce vieux birbe ? Sa curiosité fut bientôt satisfaite. Le vieil homme lui expliqua qu'il s'agissait d'un jeu, le jeu des eschets.
Les pièces portaient des noms curieux : fierce, aufin, roc, péonnet et se mouvaient selon des règles précises dans un but défini.
Toute la nuit, il écouta le vieillard dont le discours avait quelque chose de magique. Il sentait s'opérer en lui une lente transformation. Son esprit s'ouvrait sur des horizons fascinants ; il découvrait un nouveau monde.
Les paroles de l'étranger l'enveloppaient comme le fil ténu d'un cocon dont il allait sortir métamorphosé.
Au petit matin, oubliant sa horde d'aigrefins, son appétit de géant et ses envies de meurtres, il prit la route avec l'inconnu, en devisant des ineffables richesses que recelait ce trésor dont il pouvait désormais disposer. Son intelligence tardive s'éveillait à mille beautés, à mesure que la science des eschets le pénétrait.


Le vieil homme était un grand voyageur. Il venait des indes et se trouvait depuis en France, avec l'intention de visiter toute l'Europe. Il portait un nom exotique : Caïssa.

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Gérard LEGAT Gérard LEGAT Voir sa fiche
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