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Le détour

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Le détour
Publié le:29/11/2009


On peut étudier le rapport que le détour entretient avec la connaissance. Cette méthode peut être liée à l'attachement à la connaissance historique, à la prose ou à une iconographie esthétique contemporaine. Différents modes d'approches de la connaissance sont à mettre en exergue : la rationalité pédagogique, l'introspection et le développement des facultés intuitives, l'utilisation de la mémoire, et la pratique de la technique picturale qui n'est pas toujours développée à partir d'une quelconque rationalité, et qui développe même des anachronismes. Il convient de connaître ces différentes méthodologies, des méthodologies plutôt intuitives ou plutôt rationnelles, plutôt introspectives ou plutôt basées sur l'altérité. Nous essaierons de voir si une tendance se dégage quant à la bonne méthode à employer en dépit des divergences. Une meilleure expression avec les autres de notre temps dépend de notre compréhension des pensées de nos ancêtres. Un fait dans l'éducation chez les jeunes a pu être constaté. En effet, ils font un anachronisme dans la compréhension des oeuvres, n'effectuent pas un travail de philologie. Ce manque d'intérêt pour le passé est la cause de cette mauvaise lecture des oeuvres du passé qui devraient dépendre de détours de connaissance plus précis, comme la paléographie et une critique plus précise du contexte d'écriture. Par ailleurs, l'attachement à ces textes du passé permet d'élargir l'expérience forcément limitée à notre espace et notre temporalité. Il y a toujours quelque chose derrière les textes qui se rapporte à une expérience, et il faut effectuer un contact direct avec le tissu d'événements, d'éducation, et le contexte historique qui s'y rapporte. En réalité les jeunes font des contresens. Il se pose un problème de méthode. Le labyrinthe exprimé au sens ésotérique donne une idée des tensions qui peuvent exister lors de cette expérience de l'esprit. D'ailleurs cet apprentissage peut se réaliser dans la souffrance pour ceux qui vivent la guerre, ou par ceux qui peuvent la constater par les textes et l'iconographie, ce qui constitue des repères distincts de « l'urgence de la réussite immédiate » (1), tout ça pour avoir une image claire de la réalité et pour élaborer une méthode pédagogique en rapport avec la diversité des textes et des mouvements d'idées. Une transposition de la souffrance contemporaine du martyr musulman rendue compréhensible en faisant appel à la sensibilité chrétienne des sociétés occidentales est un exemple de l'usage du détour. Le labyrinthe de Salomon est l'image du travail entier de l'Oeuvre, quelque chose que seul l'esprit peut saisir. Il représente le combat de l'esprit, au sens ésotérique, avec la nature matérielle. C'est l'esprit qui permet de trouver le centre de soi. C'est-à-dire que le labyrinthe symbolise le monde des sensations, et est à même de trouver le centre de celui-ci. C'est trouver le soi. L'intuition pure, finale, est la clef de voûte des longs détours de la connaissance. La connaissance du passé dépend d'une étude perspicace des textes et définit donc une science qui évolue grâce à l'altérité, alors que la thèse d'une connaissance basée sur l'introspection et l'intuition mystique a aussi évolué. L'émotion esthétique aurait plutôt tendance à minimiser l'aspect contradictoire des méthodes basées sur la connaissance historique. Le cas présenté où j'adapte au goût du jour le martyr chrétien avec le martyr des soldats dans la guerre entre l'Iran et l'Irak, dans l'idée d'une représentation iconographique, est aussi l'illustration de la critique au sujet des transpositions anachroniques. Il semble de toute manière que la gnose, l'intuition salvatrice, soit le moteur des méthodes de travail dans la connaissance, qu'on agisse au sein de la rationalité historique ou de l'esthétique. Dans notre iconographie, on peut vêtir Marie d'un tchador noir et l'entourer de tulipes qui symbolisent la déclaration d'amour. La gnose vise à enlever son injustice à la souffrance, et fait naître une émotion esthétique pure. A la grâce toute puissante et arbitraire, les gnostiques ont voulu seulement substituer la notion grecque d'initiation qui laisse à l'homme toutes ses chances, idée qu'on retrouve avec la fonction initiatique du labyrinthe. On trouve une filiation historique du labyrinthe dans la tradition kabbalistique qui donne, dans la culture juive, une vision ésotérique et symbolique du texte de la Bible. Dans cette tradition, le détour labyrinthique a une fonction magique qui donne à l'esprit le pouvoir de voir apparaître une vérité dans un creux intuitif, « une loge invisible ». Cette tradition kabbalistique défend une apologie du mystère, et des vérités alchimiques obtenues par voie mystique. Le labyrinthe remplit par ailleurs une fonction initiatique de la découverte du soi intime caché par la brousaille des sens. La gnose alchimique s'appuie sur une correspondance absolue entre les étapes de l'illumination et les opérations matérielles successives. Dans le roman policier de Fred Vargas, Salut et Liberté (2), l'auteur représente son détour dans l'introspection du commissaire Adamsberg. Celui-ci risque de se retrouver dans la nasse à cause d'une lettre anonyme. C'est quelqu'un qui commence par agir avant de penser, aussi est-il un peu troublé d'être prévenu par une lettre injurieuse d'un assassinat commis par l'auteur de la lettre, plutôt que le prendre sur le fait de ce crime, de tels aveux étant en général faits oralement sur interrogatoire. Le commisaire est rendu aussi perplexe que lors d'amnésies scolaires sur la place des lettres de l'alphabet. Le commisaire est décalé par rapport à la situation, ce qui démontre bien la hantise de retrouver une intuition perdue, une connaissance pour se retrouver dans un labyrinthe où la mémoire est défaillante. Bien que ce soit l'intuition pure qui permette de relier les connaissances de la meilleure manière, l'attachement aux textes sans qu'ils soient déformés par la mode correspond à une quête initiatique dans le Dédale de l'érudition. Quant à l'esthétique, elle rend palpable des intuitions subjectives qui seraient la marque de fabrique d'une faculté intuitive permettant qu'on soit connecté avec l'altérité, c'est-à-dire apte à définir une éthique. Par le détour, on s'écarte du chemin direct pour se rendre à un endroit donné. Il faut savoir si le détour révèle un mode de connaissance insoupçonné, pouvant faire force d'obligation, ou infléchir par nécessité nos modes de raisonnements habituels. Avec le détour, il s'agit de connaître les causes et les conséquences de l'inclination à emprunter quelque chemin de traverse, et de savoir si un mode de connaissance spécifique peut être donné en conséquence d'avoir usé du détour. On peut étudier les modes d'exercices causés par le détour dans les méthodologies scientifiques et esthétiques, mais aussi les conséquences de l'utilisation de ces méthodologies causées par l'oubli et qui permettent de revitaliser la connaissance. En admettant que la réalité est un labyrinthe, on y fait des détours. Et cela s'avère dangereux puisque d'après la mythologie grecque on risque de se faire manger par le Minotaure. Dans cette mythologie, dans ce détour, il faut tout de même prévoir un moyen de se repérer (un fil d'Ariane), pour pouvoir revenir en arrière le cas échéant. Le fait que le détour soit source d'un profit quelconque ne signifie pas qu'il faut s'y jeter à corps perdu sans solution de rechange en cas de problème. Dans cette mythologie, le fait que Thésée puisse se repérer plus facilement grâce au fil d'Ariane donné par Dédale, le concepteur du labyrinthe, lui permet de vaincre le Minotaure. En d'autres termes, l'exercice apodictique (terme utilisé par Kant, synonyme de travail préparateur) permet de mieux négocier le détour, et même est une obligation pour emprunter celui-ci. D'ailleurs les détours dans les travaux scientifiques et esthétiques sont toujours effectués avec un guide ou émergent dans un cadre propice à la découverte, que ce soit scolaire, de mémorisation ou par la lecture de forums sur Internet. Le détour permet précisément de mettre en opposition les veines de l'esprit avec le cadre, au sein de l'intuition, pour rendre presque évidente l'abstraction pourtant en soi ineffable, devenue expression d'une tièrce vérité imprégnée du parcours biographique de cette recherche spécifique, aventureuse sans directivité, mais qui veut définir l'indépendance de sa loi propre. Ces veines de l'esprit courroucées au sein du détour doivent bien trouver une vérité synthétique qui met un frein à l'hypothétique, au chimérique, pour "se rendre maître et possesseur de la nature" comme a pu écrire Descartes. Le "jette ton livre", la liberté de Nathanaël vis-à-vis de la lecture chez Gide, ne vient qu'après qu'on soit déjà imprégné d'une méthode. Les premières peintures de Picasso avant qu'il n'invente le cubismes étaient réalistes, de même que celles de Dali avant qu'il n'invente le surréalisme. La sculpture de Dali, « La Persistance de la mémoire », met en scène une montre molle sur un arbre mort. Elle symbolise le temps qui se dilate et se contracte, un temps flottant et sans consistance, et une mémoire qui doit suivre ses caprices, faire le compte des pertes et des profits, et qui peut même ne pas avoir d'existence en soi. L'abstraction que constitue l'intuition pure obtenue au cours d'une étude correspond à la vision d'une autre dimension, à une apparition mystique qui permet de transporter l'Esprit au-delà des truismes, ou du manque de profondeur quant à la diversité contextuelle des faits observés à mettre en rapport, dans l'épistémologie médicale par exemple. La persistance de la mémoire représente cette activité volontaire de l'Homme, mais dont on peut questionner sur la vacuité, sur l'immatérialité causée par sa disparition. La conséquence de cette perte d'identité, de cette perte de repère est la quête perpétuelle dans le détour initiatique. Le détour est une introspection de soi pour mieux se connaître plutôt que pour connaître le monde extérieur, à la limite. La mémoire du commissaire Adamsberg permet de redonner à l'intuition le pouvoir d'exister, d'émerger au sein du détour confus des sens. Le fait qu'un événement incongru d'une lettre d'un criminel qui avoue son crime et qui provoque le détour de l'amnésie chez le commissaire Adamsberg qui la lit, laisse entendre qu'il faut trouver une issue à la perplexité, à la névrose causée par cet événement. Chez Victor hugo, en donnant le livre il n'y a plus le crime ; le commissaire doit certes subir une amnésie à la lecture d'un texte qui transmet un schéma de nature déraisonnable, sans parler de la folie complète du crime, et qui est lié probablement à une insuffisance scolaire de son auteur. La seule issue dans ce contexte, dans ce labyrinthe de déraison, est de rétablir la connexion sur la vie réelle, la connaissance, par l'effort de se souvenir de l'ordre des lettres de l'alphabet. La préparation, la planification du voyage prend historiquement son essor avec Thomas Cook, homme d'affaire qui a inventé le voyage organisé. Aujourd'hui, le groupe Thomas Cook est une agence de voyage de premier plan (deuxième en Europe, numéro trois dans le monde). Une critique a pu être faite sur ces détours fabriqués dans les guides de voyage comme celui de Baedeker qui privilégiait les monuments célèbres au détriment de la vie quotidienne des populations, de leurs modes de vie. Le tourisme est aussi devenu un business organisé avec Thomas Cook, le « Napoléon des excursions », pour satisfaire un marché. Aux dires de Roland Barthes, les guides élitistes réservés à une clientèle bourgeoise, tels qu'ils ont été diffusés au XXè siècle, constituent une chimère, un projet séduisant mais une idée vaine qui n'est que le produit de l'imagination. Il est donc avéré que les lois du marché ont défini un mode d'usage dans la conception des guides, et que le voyage, le détour au sens propre, a été source de connaissance à cet égard. Le détour peut provoquer le « syndrome de Stendhal », une émotivité faite de vertiges, de dépressions, causés par le stress du voyage et l'exposition à une oeuvre d'art, notamment dans une ville comme Florence. Le détour permet d'illustrer l'existence des réalités matérielles qui sont la sève de tout parcours professionnel, alors que le fait de rester dans une matière subjective figée réduit à terme l'espace vital de la connaissance, puisque l'expérience évolutive dépend toujours d'excitations extérieures, d'injonctions qui émanent de la vie collective. Le détour c'est la représentation de la diversité des raisons collectives, alors que le chemin direct est bien souvent l'expression d'une convention dévitalisée.

(1) Jacqueline de Romilly, citation du discours prononcé lors du bicentenaire de l'Institut de France le 28 octobre 2008.

(2) Editions J'ai Lu, 2002.

Auteur de l'article
Thierry Chauve Thierry Chauve Voir sa fiche
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