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Le Chapeau de Napoléon à Montréal
Qui oserait prétendre ne pas connaître le mythique chapeau de Napoléon ? Son histoire a muri dans les têtes, c’est pourquoi ce chapeau de légende a laissé plus que des traces.
S’il est une conquête qui marque l’existence prodigieuse de Napoléon Bonaparte, c’est bien celle de l’imagination. N’a-t-il pas entrepris de créer sa propre légende dès la campagne d’Italie grâce aux journaux qui diffusent largement ses exploits? Le maître lit alors les bulletins de la guerre en classe et le curé les commente à église. Chacun exalte ainsi Bonaparte qui va devenir le Napoléon du peuple qui « vole comme l’éclair et frappe comme la foudre ».
Le chapeau de Napoléon raconte cette nouvelle vie dès 1797, Bonaparte se distingue alors des autres généraux en portant le bicorne réglementaire en bataille. C'est-à-dire, les pointes parallèles aux épaules. Sous le Consulat, il se fait confectionner par le chapelier Poupard un chapeau de forme simple en feutre de castor avec cocarde mais sans galon. Surnommé le « petit chapeau », il se distingue de celui de ses pairs qui, surmonté d’un plumet, est bordé d’un galon doré. Les formes ont évolué, c’est ainsi qu’à la bataille de Marengo le chapeau est long et moins haut que ceux des premières batailles d’Italie. De ce fait, Bonaparte a dû prêter ce chapeau à David pour le portrait équestre de la traversée du Grand-Saint-Bernard. Celui-ci se trouve maintenant au musée de l’Armée à Paris.
Le chapeau officiel, appelé « chapeau français » est représenté pour la première fois par Isabey qui peint Bonaparte à la Malmaison. Ce chapeau finira par symboliser l’Empereur qui en emporta quatre pour son exil à Sainte-Hélène. L’un de ces chapeaux revenu de Sainte-Hélène, fournira le 15 décembre 1840 en l’église Saint-Louis des Invalides, l’occasion au général Gourgaud d’avoir l’honneur de le déposer sur le cercueil de l’Empereur.
Ce même chapeau, qui a jadis mobilisé l’Europe entière, est devenu celui de la symbolique dépouillée qui accompagne la légende napoléonienne. Dans les hameaux, où chaque ancien parle de son Empereur, on conserve le souvenir du « petit chapeau ». Il reste à la littérature, avec Chateaubriand puis Balzac, Hugo, Vigny et Lamartine, à s’emparer de cette légende puisque le pouvoir, après la mort le 22 juillet 1832 du fils de l’Empereur (l’Aiglon), ne craint plus qu’une nouvelle dynastie ne le renverse.
Châteaubriand, figure clé de l’opposition au régime de Napoléon, a d’ailleurs résumé l’opinion qui veut que « vivant il a manqué le monde, mort il le possède ». Le 28 juillet 1833, Bonaparte était apparu, au cri de Vive l’Empereur, revêtu de sa redingote et de son petit chapeau au sommet de la Colonne de la place Vendôme. Les applaudissements ayant montré que les Parisiens avaient retrouvé le héros des bivouacs. L’homme qui s’était fait lui-même et qui, malgré les revers, ne s’était pas laissé abattre.
Le chapeau de Napoléon est une image symbole de la France dans la mémoire collective. La diffusion de cette image a été telle que nous avons choisi pour illustrer cet article le chapeau du « Débarquement de Napoléon à la Baye de Juan » des artistes Johann Adam Klein et Carl Heinrich Rahl. Ceux-ci ont reproduit pour l’Autriche, à la gouache ou au burin, toutes les scènes de l’épopée.
La mise en image du chapeau de Napoléon est ainsi devenue au cours des temps si totale, sous des angles parfois si surprenants, qu’elle est l’objet d’une culture historique et mythologique. On comprend dès lors son utilisation pédagogique au Musée des Beaux Arts de Montréal (M.B.A.M.). Le chapeau de Napoléon est celui de la campagne de Russie en 1812. Ce chapeau est le traditionnel « petit chapeau » avec sa face arrière de forme trapézoïdale aux angles arrondis. Cette coiffe est accompagnée de la boîte originale de Poupard et Delaunay chapeliers au Palais Royal à Paris. Depuis le 29 juillet 2008, la collection Ben Weider s’attache à présenter au Canada la mémoire de Napoléon. Le charme opère toujours, sans doute parce que le musée, tout en faisant à nouveau jouer l’imagination avec l’histoire, reste attaché à présenter ce que fut l’Europe.
Pierre-François PUECH et Bernard PUECH membres du corps académique de l’ I.N.M.F.