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De façon très générale, la grammaticalisation correspond à un processus lié à l'évolution d'une langue. Ainsi, d'un point de vue diachronique, une unité lexicale se transforme en un morphème grammatical, perdant souvent sa signification première (ce que l'on nomme désémantisation). Ce mouvement est unidirectionnel: il transforme un élément lexical en un élément grammatical et non l'inverse. Ce phénomène d'unidirectionnalité s'observe dans toutes les langues orales ou parlées.
L'exemple le plus classique de gammaticalisation en Français est celui de la construction des adverbes se terminant par -ment. L'évolution prend son origine dans le nom féminin latin mens (avec la forme déclinée à l'ablatif mente) dont l'une des valeurs signifie 'disposition d'esprit' ou 'façon d'être'. La finale de mente s'affaiblissant, la forme devient ment qui, perdant son autonomie propre, s'adjoint à un adjectif en position finale.
Ainsi, naît une nouvelle catégorie grammaticale d'adverbes se terminant par -ment.
Ex: 'être dans une disposition d'esprit libre = librement; 'façon d'être correct '= correctement. L'on peut multiplier quasiment à l'infini cette catégorie d'adverbes en langue farnçaise.
L'adverbe de négation ne s'origine dans la forme latine non en 842. Deux siècles plus tard, se produit un affaiblissement de la voyelle (non devient nen) devant un mot débutant lui-même par une voyelle. On en retrouve des traces après le Moyen-Âge dans l'expression nenni, avec quelques variantes (nénil ou nennil). À partir du 17ème siècle, cette forme devient obsolète, bien qu'elle se maintienne dans certains parlers locaux ou dans des usages familiers, plaisants voire archaïsants.
Vers la moitié du 11ème siècle, le seul emploi de ne ne paraît plus suffisant pour exprimer la négation. On lui adjoint alors des termes linguistiques: certains expriment une quantité minime (goutte, point, rien, pas en référence à la distance qui existe entre les deux pieds d'un être vivant lors de la marche); d'autres expriment des notions de temps ou de quantité (jamais, plus, guère issu du Moyen Haut Allemand unweiger ≈ 'pas très). Cependant, l'usage de la négation exprimée par la seule forme ne se maintient. En revanche, dans des situations familières d'échanges langagiers -essentiellement à l'oral- cette particule tend à disparaître pour laisser la place aux termes précédemment cités. Ainsi, l'on entend (ou l'on écrit) fréquemment : "On cherche pas...", "On joue plus...".
Le verbe pouvoir est issu du verbe latin potesse qui signifie que 'quelqu'un est en état d'agir, possède du pouvoir, de l'influence, de l'efficacité'. Le verbe devoir prend également son origine en Latin avec le verbe debere signifiant que 'quelqu'un a contracté une dette envers autrui, qu'il tient quelque chose d'une autre personne, qu'il lui en est redevable et qu'il est débiteur'. Ces verbes représentent ce que certains linguistes nomment le 'sémantisme plein' au même titre que les nombreux autres verbes de la langue tels que 'parler', 'jardiner', 'travailler',...
De verbes au sens plein, pouvoir et devoir prennent la forme d'auxiliaires exprimant la modalité*, c'est-à-dire qu'il se présentent comme le reflet de l'expression de la subjectivité du locuteur, de l'engagement du sujet parlant à légard de ce qu'il dit.
*Le lecteur peut se reporter à l'ouvrage cité ci-dessous qui présente de nombreuses études réalisées dans différentes langues:
Day, C. (2009). Modalité et modalisation dans la langue. Paris: L'Harmattan.
Claudine DAY