Écologique, connectée, high-tech ou bon marché… les constructeurs rivalisent d’ingéniosité pour imaginer la voiture du futur.
Les temps sont durs pour l’industrie automobile. Depuis 5 ans le prix des carburants flambe avec des hausses pouvant culminer à 400 %. Et fin 2008, la crise économique et financière frappe de plein fouet les constructeurs, entraînant des licenciements en cascade (31 000 chez General Motors).
Même si l’automobile reste le second poste budgétaire des ménages, derrière le logement, les ventes s’écroulent. En première ligne, les constructeurs américains, qui avait misé sur les gros véhicules générateurs de fortes marges alors que les consommateurs s’en détournaient pour des modèles plus compacts : ils représentent aujourd’hui près de deux tiers des immatriculations.
La performance n’est plus le critère principal, l’achat d’un nouveau véhicule devenant un choix citoyen et non individuel. En effet, l’image de l’automobile comme symbole du statut social est en train de voler en éclats. Elle est plutôt considérée comme une contrainte, une dépendance, un gaspillage de temps et d’argent.
Parmi les critères retenus dans le choix d’un nouveau véhicule, sa consommation reste le plus important pour 47% des Français, suivis de la sécurité (25 %), puis des émissions de CO2. Cet éveil écologique des consciences et les enjeux environnementaux sont une nouvelle carte à jouer pour les constructeurs. Du coup, les cerveaux des ingénieurs carburent à plein régime pour relancer un secteur en panne sèche.
En voulant conquérir les marchés des pays émergents, Renault a connu un vrai succès avec sa Logan, commercialisée sous la marque Dacia. Sans équipements superflus, la Logan est conçue avec trois fois moins de pièces qu’un véhicule traditionnel. Au final, son petit prix séduit également les Occidentaux qui cherchent à se détacher des valeurs matérialistes. Par conséquent, chaque constructeur cherche à lancer sa voiture à bas prix (sous les 10 000 €). Fiat prépare la commercialisation de trois modèles low-cost, dérivés de la Fiat 600, sous une nouvelle marque, entre 2010 et 2012. La petite Pixo de Nissan, fabriquée en Inde, est déjà dans les starting-blocks et Toyota planche sur un modèle à 5 000 €. Quant à l’indien Tata, il peut s’enorgueillir de vendre le véhicule le moins cher du monde : 1 700 € ! Pour produire à bas coût, les ingénieurs rivalisent d’astuces dans les processus de conception et dans les technologies innovantes comme les simulations par ordinateur qui évitent la construction de prototypes très onéreux.
Tous les constructeurs tentent de séduire les fans de high-tech en proposant des gammes équipées en Bluetooth, MP3, prises USB et bien entendu GPS (par exemple les systèmes WIP de Peugeot ou Connect de Nissan). Chrysler s’apprête à équiper ses véhicules en WiFi afin de contourner les problèmes de déconnexion. La 3G permettra de consulter son courrier électronique dans les bouchons, d’écouter de la musique en streaming ou de mettre à jour son GPS. Une voie qui intéresse aussi les opérateurs téléphoniques comme Orange qui prépare un boîtier FlyBox combinant WiFi et Internet mobile. En s’appuyant sur le réseau 3G de l’opérateur, ce boîtier géolocalise les voitures et donne un état du trafic plus fin que les capteurs noyés dans le bitume.
Autre solution, jouer sur le rendement du moteur qui se trouve entravé dans les embouteillages. Ainsi, le système « stop & start », qui commence à équiper de nombreux modèles, coupe le moteur à l’arrêt, au feu rouge ou dans les bouchons. L’économie de carburant attendrait 5 à 20 % selon le trafic.
Il y a quelques années, l’« or vert » était présenté comme une alternative quasi miraculeuse au pétrole. En effet, à partir de la canne à sucre, de la betterave, du blé ou du maïs on peut fabriquer de l’éthanol pour les moteurs à essence et avec les huiles du tournesol, du colza, de la palme ou du soja on peut alimenter un Diesel. Par ailleurs, la consommation des biocarburants ne rejette que le CO2 utilisé par la plante au cours de sa croissance. En 2004, les pays émergents misent sur cette solution, le Brésil ou les États-Unis roulent déjà aux biocarburants, la France compte mettre en place 500 pompes spécifiques… et les cours des matières premières s’envolent ! Les agriculteurs favoriseraient cette production au détriment d’autres denrées, entraînant une hausse du prix des aliments, voire des émeutes alimentaires. De plus, ces cultures participeraient au déboisement. Si d’autres solutions de ce type sont toujours à l’étude (l’Ifremer travaille sur un biocarburant produit par des microalgues), l’« or vert » est pour le moment mis entre parenthèses.
La voiture électrique est une vieille marotte qui, jusqu’à présent, s’est trouvée confrontée aux douloureux problèmes d’autonomie, de performances, de réseau en recharge de batterie… et de prix. En 1995, une Clio électrique coûtait l'éqauivalent de 22 000 € pour une autonomie de 80 km, une vitesse de pointe de 90 km/h, et la location des batteries revenait à 150 € par mois. Pourtant, le contexte de 2010 (crise économique, enjeux environnementaux) a relancé la course aux véhicules électriques, perçus comme le transport du futur. Si bien que les modèles récents affichent des performances étonnantes : les ZE (pour « zéro émission ») de Renault fonctionnent comme une bouteille thermos pour éviter les déperditions de chaleur, la température de l’habitacle étant régulée à l’aide de panneaux solaires. La Dodge EV (Chrysler) de 268 ch dispose
d’une autonomie de 240 à 320 km. La Blue Car de Bolloré et sa technologie lithium-métal-polymère, plus chère, atteint 250 km d’autonomie et une vitesse de pointe de 130 km/h. D’autres modèles, réservés cette fois à quelques riches privilégiés, annoncent 300 km d’autonomie et des pointes à 200 km/h (la Tesla de Elon Musk), voire 370 km/h (Eliica, un « concept car » à batteries lithium-ion). Les technologies existent, mais les performances, et surtout les prix, séduiront-ils les conducteurs ?Avant de s’engager dans le tout électrique, une première étape a déjà été franchie avec les voitures hybrides qui mixent moteurs thermique et électrique. Le moteur électrique assure les départs et les trajets courts à faible vitesse, et le moteur thermique prend le relai sur les grandes distances. Ce compromis a l’avantage de nettement diminuer la consommation en carburant et les émissions de CO2. La Toyota Prius reste la référence dans ce domaine : lancée en 1998, elle s’est écoulée à 1 million d’exemplaires, malgré son prix relativement élevé.
Outre l’optimisation des modèles de série, les ingénieurs, grands amateurs de science-fiction, imaginent de nouveaux concepts, uniques et futuristes. Si, dans la plupart des cas, ces « concept cars » ne sont jamais commercialisés, ils constituent des voies de recherche et préfigurent la voiture de demain. Quelques exemples.
La Pivo2 de Nissan est une sorte d’œuf sur roues dont l’habitacle tourne à 360° et dont les roues peuvent braquer à angle droit, autorisant les déplacements latéraux.
La Puyo de Honda possède une carrosserie en matériaux moelleux et luminescents pour éviter et minimiser les chocs.
Les sièges de la RiN de Toyota intègrent des capteurs qui adaptent l’affichage du tableau de bord à l’« humeur » des passagers. Le toit transparent est entièrement réalisé en biomatériaux, sans une once de verre.
Sur l’Infiniti EX37, on chasse les angles morts grâce à un système de rétrovision par caméra qui offre une vue périphérique du véhicule.
Les systèmes d’avertissement de dérive se généralisent : une alerte sonore ou visuelle vous réveille en cas de changement de file impromptu. Chez Opel, des caméras lisent les panneaux de signalisation, le marquage au sol et informent le passager. L’auto communicante de demain avertira automatiquement les véhicules situés à 5 km à la ronde si l’un de ses airbags se déclenchent. Le projet CityMobil testé à La Rochelle est aussi surprenant : les voiture s’évitent, détectent les obstacles et se suivent sans chauffeur par guidage électronique.
Mais peut-être l’avenir réside-t-il dans le prochain système Autolib’ de location de voiture électrique en libre service, à l’image du Velib’. La voiture ne serait alors plus ni un investissement, ni un bien matériel, mais un simple moyen de transport…