



pour 9 votes
« Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! »
Fasciné par l’Orient et ses mystères, poussé par Talleyrand, peu à peu nait dans son esprit le projet d’aller en Egypte pour s’opposer à l’Angleterre et lui couper la route des Indes. Le Directoire qui voit d’un mauvais œil la popularité de ce jeune général, profite de l’occasion pour éloigner l’ambitieux petit corse.
Passés par l’Île de Malte, Bonaparte et ses troupes débarquent en Egypte au début du mois de juillet 1798. En moins d’une journée, ils font tomber Alexandrie et se dirigent vers Le Caire. Province de l’Empire Ottoman, l’Egypte est sous le contrôle d’une caste guerrière, les mamelouks, de redoutables cavaliers.
Traversant le désert, les Français parviennent sur les bords du Nil à l’est du plateau de Gizeh, emplacement des Pyramides. Ils s’y postent le 20 juillet. Face à eux sont déjà en place les hommes de Mourad Bey (1750-1801), le Chef des mamelouks.
Avant la bataille, les Français comptent 18 000 hommes avec 40 canons. Les troupes de Mourad Bey comptent 10 000 cavaliers, un peu moins de 30 000 janissaires (fantassins ottomans), ainsi qu’une cinquantaine de pièces d’artilleries placés dans un camp retranché à Embabech.
Bonaparte apprend que l’artillerie ennemie est quasiment immobile et le restera. Il décide de faire immédiatement déplacer ses troupes afin de les préserver des tires de canons ottomans. Ainsi, les Français auront « seulement » affaire aux cavaliers.
Constatant le mouvement des troupes françaises, Mourad Bey décide de passer immédiatement à l’attaque et lance 8 000 mamelouks contre la division Desaix puis contre la division Reynier. Bonaparte vient alors se placer entre les troupes de Reynier et le Nil. Ainsi il prend à revers la cavalerie ennemie.
Rapidement, Mourad Bey perd la majorité de ses soldats. Une partie tente de rejoindre le base arrière mais est pris en tenaille par les différents carrés français (Reynier, Dugua, Desaix et Bonaparte). Seuls un peu moins de 3 000 mamelouks parviennent à échapper aux Français et arrivent à leur camp d’Embabech. A cet instant, toute la partie gauche de l’armée française se rue sur Embabech.
Les Français prennent 50 pièces d’artillerie, 400 chameaux, des richesses de toutes sortes et des vivres. Bonaparte n’aura perdu qu’une trentaine d’hommes alors que 20 000 mamelouks ne sortiront pas vivants des combats.
La victoire de Bonaparte lui ouvre la route du Caire, il y entre le 24 juillet. Immédiatement le jeune général lance des travaux dans la ville et s’emploie à faire de cette victoire le point de départ de recherches archéologiques, scientifiques qu’il souhaitait. Il crée alors l’Institut français du Caire.
Mais cette belle victoire est bien vite oubliée. Les anglais anéantissent la flotte française dans la rade d’Aboukir. Toute retraite devient impossible. La seule solution pour Bonaparte est de continué sur sa lancée. Il pousse ses troupes vers la Palestine dans les six premiers mois de 1799. Mais l’épopée devient sanglante et désastreuse. Bonaparte est obligé de rentrer discrètement en France, afin de préparer son avenir politique et éviter une déroute égyptienne qui porterait son nom. Il confie alors le commandement suprême de l’armée française d’Egypte au général Kléber. Ce dernier sera assassiné par un étudiant syrien le 14 juin 1800.
Pour l’anecdote, la bataille resté dans l’Histoire sous le nom de « bataille des Pyramides » n’a en réalité pas eu lieu aux pieds de celles-ci mais bien à Embabech, lieu du camp de Mourad Bey. Bonaparte, en fin communicant, décréta que sa victoire restera dans les mémoires sous le nom de « bataille des Pyramides ». Preuve en est que ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent l’Histoire.
Les plus belles victoires de Napoléon, éd. Atlas, 2003, Patrick Facon, Renée Grimaud, François Pernot