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La Guerre Civile de 1805

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La Guerre Civile de 1805
Publié le:16/01/2011

tentatives de Complots contre Napoléon


Dans les différents centres d’Archives, qu’ils soient privés, départementaux, nationaux… on trouve parfois, pour qui prend le temps de mener des recherches sur les Guerres de Vendée, des documents mentionnant « la révolte de 1805 »[1].  Or de cette révolte, il n’est mention dans quasiment aucun livre traitant des Guerre de Vendée. Et pour cause, elle n’a pas eu lieu…

 

Henri Forestier

 

Henri Forestier est le personnage clé de ces évènements. Il est né en 1775 probablement à La Pommeraye, en Anjou, à quelques kilomètres au sud de La Loire, précisément au cœur des Mauges. Officiellement il est le fils d’un cordonnier aisé mais selon ses propres dires il serait le fils unique d’une jeune femme décédée en lui donnant le jour alors qu’elle n’était âgée que de 16 ans, et d’un père inconnu qui serait décédé vers 1780[2]. En 1793, à dix huit ans il se retrouve parmi les meneurs de la révolte Vendéenne. Intelligent, sachant lire et écrire, ceux qui l’on connu témoignèrent plus tard de son aura, de ses facultés pour commander, aidé en cela par un physique avenant, comme le souligne dans ses mémoires la Marquise de La Rochejaquelein  disant de lui qu’il « avait la plus jolie figure possible ».

En 1793, il entre à l’état-major Vendéen comme secrétaire d’abord, puis comme commandant en second de la cavalerie. Cavalerie dont il prend finalement le commandement après l’attaque de Saumur en juin de la même année. Il se lie d’une grande amitié avec le Comte Henri de La Rochejaquelein, général en chef. Une amitié forte que la famille du jeune Comte n’oubliera pas, et qui  jouera un grand rôle dans cette histoire…

En 1794, il rejoint les Chouans de la région de Rennes, commandant une division sous les ordres du Marquis de Puisaye. En 1795, de retour en Vendée insurgée, il devient un des seconds du général Stofflet, puis après l’exécution de celui-ci au début de 1796, il partage le commandement suprême avec Charles d’Autichamp. La capitulation de ce dernier en mai, le laisse seul à la tête d’une armée qui n’aspire plus qu’à la Paix. Ainsi il décide, durant l’été 1796, de parcourir l’Europe, à la recherche d’un soutien économique et politique. Dans l’espoir de faire renaître la révolte…

 

Premier complot

 

Forestier ne part pas seul. Il a en poche deux lettres de recommandations de Madame de Donnissan, mère de la veuve du général Vendéen Louis de Lescure (future marquise de La Rochejaquelein) et elle même veuve d’un autre général Vendéen. Une lettre pour le Duc de Lorges, frère de Madame de Donnissan, alors émigré à Londres ; et l’autre pour le Duc d’Havré un vieil ami émigré à Madrid[3].

 

Forestier est accompagné par son second, le chevalier Louis de Céris. Entre les deux hommes c’est instauré une grande amitié que les années n’allaient faire défaillir[4].

 

En Espagne, ils rencontrent le Duc d’Havré[5].  Bien introduit à la Cour de Carlos IV, il pouvait être un allié de poids pour Forestier, d’autant qu’il avait été officiellement nommé représentant du Comte de Provence (frère de Louis XVI et futur Louis XVIII)… Malheureusement, depuis la signature du traité de Bâle en 1795  entre la France, la Prusse et l’Espagne ; traité qui fit de cette dernière une alliée de la France ; le Duc d’Havré a perdu beaucoup de son audience. Si Forestier trouve là une oreille certainement attentive, elle ne lui permet pas de gagner les faveurs du Roi. Il en est différemment à Londres…

A Londres, la lettre de Madame de Donnissan permet à Forestier d’obtenir les faveurs du Duc de Lorges[6]. Les deux hommes vont même sympathiser, et ensemble commencer à dresser les grandes lignes d’un projet ambitieux visant à renverser le pouvoir en France. Forestier est alors présenté au Comte d’Artois, frère cadet du Comte de Provence. Le Comte donne son accord pour la mise en place du complot[7], offre les pleins pouvoirs à Forestier qu’il fait Lieutenant-Général,  et nomme le Duc de Lorges Gouverneur de La Guyenne ; titre qui n’est pas donné au hasard…

En effet le Duc et le général Vendéen espèrent s’appuyer sur la Guyenne pour faire renaître en France une révolte armée. Leur plan est simple : Forestier relance la guerre en Vendée alors qu’une révolte éclate dans la région de Bordeaux dirigée par le Duc lui-même, et qu’une autre embrase la Bretagne des Chouans…

Forestier et Céris reviennent en France probablement à la fin d’avril 1797. Quelques jours plus tard, ils retrouvent mesdames de Donnissan et de Lescure … Forestier remet à Madame de Donnissan une lettre signée du Comte d’Artois et qui l’engage « à entreprendre la réunion de tous les Français fidèles »[8]. Dès sa réception Madame de Donnissan[9] se met en quête d’accomplir la volonté du Prince et de permettre à Forestier et au Duc de Lorges d’aboutir. Elle rencontre alors un de ses amis, Jean-Pierre Dudon, ancien procureur au Parlement de Bordeaux, et son fils Joseph Dudon de L’Estrade ancien conseiller à la Cour des aides de Paris. Ils lui apprennent qu’une de leur relation, un certain Louis Dupont, qui est connu pour diriger une association nommée « Société du Gouvernement », est en vérité un fervent royaliste et son association n’est qu’un leurre…

La « Société du Gouvernement » a été fondée par ce Louis Dupont en 1796. Officiellement c’est une association musicale… En vérité, son but est beaucoup plus secret et ambitieux comme en témoigne dans ses mémoires Jacques Sébastien Rollac, membre de cette « Société du Gouvernement »[10] :

« Monsieur Dupont-Constant, Américain de naissance[11], était à la tête de cette société, et présidait un conseil nombreux. Il était déjà lui-même commissaire secret du Roi ; il avait des intelligences dans toutes les provinces. La Société du Gouvernement n’admettait personne que sur la présentation d’un ou deux membres, et sur des preuves indubitables et constantes de fidélité au Roi ».

 

L’Institut Philanthropique de Bordeaux

 

L’association fait partie d’une plus vaste organisation qui couvre la France entière et qui est connue sous le nom de « Institut philanthropique »… Fondée en 1796 par le parti Royaliste sous l’instigation de l’abbé Brotier, agent qui servit d’intermédiaire entre le Comte d’Artois et la Vendée militaire, ces instituts sont présents dans de nombreux départements et sont des résurgences locales de l’Agence Royale de Paris. Cette dernière a vu le jour durant l’été 1796 comme en témoigne un mémoire de l’abbé Brotier et de ses complices Duverne de Presle et Despomelles. Ce texte explique que les circonstances « n’étaient pas assez mûres pour le rétablissement de la royauté » mais qu’il fallait « se préparer dans le silence à diriger les évènements ». Le gouvernement anglais et le parti royaliste décident alors d’organiser les Instituts sur le modèle suivant :

«Elles (les Sociétés ou Instituts) seront favorables au gouvernement en apparence, hostiles aux jacobins seulement (…) »[12] 

L’organisation est approuvée par le gouvernement Anglais qui accepte alors de le financer. Ainsi la Société du Gouvernement présidée par Louis Dupont devint la représentation Bordelaise de ce vaste réseau.

 

Madame de Donnissan réuni autour d’elle un conseil privé dont elle est la présidente et qui est chargé de tout planifier. Ce conseil est composé, outre la Marquise, de Jean-Pierre Dudon et de son fil Joseph ;  de Degnaud (que Rollac écrit aussi Deynand) et Magnan, royalistes locaux ;  d’un obscur professeur de grammaire dont le nom philanthropique était Tristan : «le brave et zélé M. Queyriaux  aîné» ainsi qualifié par Rollac dans ses mémoires ; et surtout de l’abbé Pierre Jagault ancien secrétaire général du Conseil Supérieur Vendéen, et de Elie Papin.[13]

Ainsi, naît cette nouvelle association qui prend le nom de Institut Philanthropique de Bordeaux, dirigée par Louis Dupont. Elle reste organisée comme elle l’était avant, avec son Conseil général distinct de celui de la Marquise, mais ce dernier a une importance prépondérante. A tel point que c’est l’abbé Jagault qui est désigné pour aller à Londres annoncer au gouvernement et au Duc de Lorges, la création de l’Institut ; et que Elie Papin est désigné général commandant des forces armées et chargé d’organiser militairement la région de Bordeaux. Il est vrai que le choix d’Elie Papin s’impose...

 

Né à Bordeaux en 1771, la Révolution le propulsa. Conseiller municipal, il devient chef du 8eme bataillon des Volontaires de la Gironde en octobre 1792. Lieutenant colonel, il sert dans l’armée des Pyrénées Orientales sous les ordres du général Augereau avec lequel il se lie d’amitié, ainsi qu’avec les généraux Moncey et Willot. Amitiés dont il saura se souvenir en temps utiles… Augereau le nomme adjudant général chef de brigade, mais ce titre ne lui est pas confirmé. Il quitte alors l’armée en 1795 pour devenir négociant à Bordeaux où il se lie avec la Marquise de Donnissan. Elie Papin apporte son expérience  militaire à l’Institut philanthropique. Il doit se tenir prêt pour prendre les armes en Bordelais en même temps que Henri Forestier en Vendée…

Rollac nous donne les détails de cette armée secrète, révélant la composition de l’état-major : Le duc de Lorges, dont le débarquement était attendu, était général en chef. Papin commandait la division de Gironde ; l’état-major était composé d’une quinzaine de personnes parmi lesquelles ont retrouvait Queyriaux comme aide de camp et Rollac lui-même comme « capitaine adjoint à l’état-major, et chargé des poudres et des cartouches ». On y trouvait également des aumôniers[14], un médecin[15] et un chirurgien[16].

Papin tenta d’organiser une artillerie mise sous le commandement d’un certain Pascal Sabès[17], une cavalerie menée par M. de La Comblaye et parmi laquelle nous trouvons des officiers qui joueront un rôle important dans cette histoire : Roger, capitaine de la compagnie des Guides à Cheval et dans le civil directeur de la maison de vins et liqueurs Marie Brizard ;  et Pitard-Laclote, lieutenant. S’organise également une infanterie sous les ordres du colonel Merlhe, ainsi qu’une compagnie d’élite servant d’éclaireur, un régiment sédentaire… Soit plusieurs milliers d’hommes.  Sous l’influence de la Marquise de Donnissan, de Dupont et de Papin, l’Institut de Bordeaux devient rapidement une des plus organisée du territoire…

 

Pendant ce temps, Henri Forestier et Louis de Céris tentent de renouer contact avec leurs anciens compagnons d’armes et avec les Chouans… En septembre 1797, ils arrivent ainsi en Maine-et-Loire, où ils rencontrent l’abbé Bernier à Neuvy-en-Mauges ; l’ancien conseiller du général Stofflet, et agent général de Louis XVIII en France.

On ignore ce dont les trois hommes se sont entretenus ; mais en octobre Céris s’enfonce en Bretagne pour tenter de contacter les Chouans que commande toujours le général Puisaye au travers de son représentant le Comte de Chalus (Puisaye est alors émigré). Le 24 octobre, il lui écrit même une lettre :

 

« Je suis venu en Bretagne pour me réunir au parti duquel j’ai l’honneur d’être connu. L’absence forcée que j’ai faite m’a fourni des instructions qui peuvent devenir de la plus grande utilité à la cause que nous servons, lorsque je les aurai déposées dans le sein des personnes qui dirigent le parti. J’ai donc le désir de vous voir à ce sujet ; et j’espère que, lorsque j’aurai eu cet avantage, je vous aurai convaincu de ce que j’avance.

J’ai voyagé dans la presque totalité de la France avant l’époque du 18 fructidor. J’ai étudié l’opinion de tous les pays que j’ai vu ; en plusieurs endroits que je vous nommerai verbalement (ne croyant pas le pouvoir faire prudemment par écrit), je me suis embouché avec les chefs des partis royalistes qui s’y trouvent répandus ; ces chefs m’ont fait part de leurs moyens qui peuvent acquérir les plus grandes consistances par un concert d’opération ; je suis donc chargé de manifester leurs intentions à cet égard (…). J’ai eu pour compagnon de voyage M. Forestier, le plus ancien des officiers royalistes pour ses services. Ce jeune homme, mon intime ami, se trouve le dépositaire des mêmes secrets, il pourra vous les confirmer. Il ne peut d’ailleurs rien ignorer, car étant aujourd’hui à la tête d’une armée qui le réclame (…)[18] »

Le Comte de Chalus[19], second de Puisaye, répond à Céris le 30 octobre[20] ; une lettre dans laquelle Chalus avoue connaître l’estime que Puisaye porte à Forestier. Le général Chouan n’a pas oublié celui qui lutta à ses côtés en 1794. Mais Chalus lui, ne connaît personnellement, ni Céris ni Forestier…

Céris rencontre donc Chalus au début du mois de novembre et lui fait part de ses intentions et du projet de révolte. Il se dit également soutenu dans sa démarche par l’abbé Bernier. Mais le chouan veut s’assurer des propos de Céris et écrit alors à l’abbé. Et si ce dernier admet avoir rencontré Céris et Forestier, il nie soutenir leur démarche…[21]

En vérité Bernier s’oppose à la reprise des armes, mais ne peut le dire ouvertement sans risquer la disgrâce auprès des Princes. Il ne peut que tenter de bloquer les tentatives de Forestier… Ainsi le 5 janvier 1798, Bernier écrit à Chalus : « J’ai pris le parti d’éloigner de nos contrées Monsieur Fores… et de lui dire de n’y plus reparaître… »[22].

La Bretagne ne se soulèvera donc pas… Qu’en est-il de la Vendée ?

Forestier et Céris retrouvent leurs anciens compagnons de combats : Louis Renou ancien commandant de la division des Aubiers (Deux-Sèvres) ; Louis de Beauvollier, ancien trésorier de l’armée Vendéenne ; Bertrand de Saint-Hubert, Pierre Turpault, etc. autant d’anciens officiers qui sont prêt à nouveau à se battre et à suivre Henri Forestier le moment venu. Une des principales recrues est Isaac Daniel Danyaud-Dupérat.

 

Né à Houlette, Charente, en 1768, Dupérat est le fils d’un procureur au siège de Cognac. Avocat lui-même, il s’engage en 1793 dans un bataillon de volontaires et est envoyé en Vendée militaire combattre les insurgées. Mais après la bataille de Thouars en mai 1793, il change de camps et devient rapidement un brillant officier dans l’armée Vendéenne. Aide de camps du général Lescure, il connaît bien Madame de Donnissan… Et il se lie d’amitié avec Forestier avec lequel il part rejoindre les Chouans de Puisaye en décembre 1793. En 1794, il regagne la Vendée militaire et poursuit la lutte avec Stofflet qui le charge de négocier avec les républicains en 1795. Ce qui n’empêchent pas ceux-ci de l’emprisonner en janvier 1796. Evadé, il continue le combat et n’a jamais accepté la défaite… C’est dire si Forestier trouve en ce vieil ami un allié de choix qui allait devenir, dans les mois et les années qui allaient suivre, un véritable bras droit.

 

Mais le recrutement en Vendée se fait cette fois en secret, afin de ne pas éveiller ceux qui pourraient s’opposer à la guerre. Pourtant à la fin de 1798, les autorités commencent à s’alarmer comme en témoigne cet extrait d’une lettre écrite le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798) par le commissaire du Directoire exécutif en Deux-Sèvres, à l’intention de son homologue de Nantes[23]…

 

« La tranquilité  n’a point encore été troublée dans le département. Mais des symptomes allarmans semblent annoncer de nouveaux efforts de la part des éternels investigateurs des discordes civiles. Une fermentation sourde est déjà l’effet de leurs combinaisons perfides et je ne doute pas qu’elles n’amenassent une insurrection, si la présence d’une force armée suffisante pour la contenir n’en imposait aux séditieux. Il est constant que dans le moment où je vous écris, les cidevt Chevalier Seris et Forestier, les chefs Vendéens, et recemment revenus de l’Angleterre, employent pour ressussiter les troubles intérieurs, les séditions les plus adroites et les instances les plus pressantes. Ils vont jusqu’à promettre à ceux qui s’enrôleront sous leurs infâmes drapaux une rente viagère de 300 livres à titre de gratification militaire. Il est à croire que les bayonnettes républicaines les affranchiraient bientôt de leur engagement onéreux … »

 

Ainsi donc, en Vendée les manœuvres de Forestier semblent cette fois aboutir…  Malheureusement ce n’était pas le cas en Gironde…

 

Premiers échecs

 

Rollac témoigne en quelques mots : « L’organisation s’étendait, les approvisionnemens se multipliaient, les préparatifs de toute espèce se faisaient chaque jour ; déjà nous n’attendions plus que l’ordre d’agir à découvert, lorsqu’une ardeur impatiente fit commettre des indiscrétions… »[24].

Les indiscrétions dont parle Rollac ont pour effet de faire sortir de la clandestinité certains membres de l’organisation. Un rapport adressé au Roi en juin 1817 en témoigne également en des termes succincts : « …plusieurs individus furent arrêtés, mais Papin échappa ; il se rendit à Paris où il resta jusqu’à ce que l’orage fut passé »[25]. Rollac encore ajoute que des soupçons envenimèrent l’Institut qui se retrouve alors totalement désorganisé… Désorganisé, mais pourtant encore existant.

Au début de 1799, Forestier est de retour à Londres où il fait son rapport au Comte d’Artois et s’apprête dans la foulée à revenir en Vendée le plus vite possible… Il ne baisse pas les bras non plus vis-à-vis des Chouans, tentant en janvier 1799, de rencontrer directement Puisaye avec lequel « il a de nouveaux plans à concerter »[26] .

De retour dans l’Ouest au Printemps, il compte donc soulever l’Ouest avec l’appuis des Chouans de Puisaye et des Instituts philanthropiques comme en témoigne une lettre du baron de Roll à Lord Wickham[27], datée du 21 avril 1799 :

« Les lettres que Monsieur reçoit des provinces de Bretagne, de Normandie et de la Vendée s’accordent toutes pour presser et solliciter instamment de profiter du moment actuel. Il en est à peu près de même des provinces du Midi »

 

Mais malheureusement, les tentatives de Forestier pour contacter le Marquis Breton échouent, le poussant à  renoncer définitivement à la Bretagne. Il a pourtant de bonnes raisons d’espérer encore l’appui des Instituts philanthropiques…

En effet, c’est une insurrection qui dépasse largement la Vendée qui est bientôt envisagée.  G.Caudrillier dans sa thèse « L’association Royaliste de l’Institut Philantropique à Bordeaux et la conspiration Anglaise en France pendant la 2e coalition », présente ainsi les faits :

« Wickham revint en Suisse : Son gouvernement lui confiait une mission nouvelle (juin 1799), plus militaire que politique. On le chargeait de lever des troupes Suisses, Souabes et Bavaroises pour appuyer les mouvements de l’archiduc Charles[28] et de Kersakof . Sa mission devint bientôt plus politique que militaire, car il se préoccupa surtout d’organiser une insurrection des royalistes de l’Est et du Midi.

Cette insurrection devait éclater, aussitôt la Suisse conquise, après la défaite de Masséna qu’on jugeait prochaine et inévitable.

Des levées suisses, auxquelles se joindraient des levées royalistes, formeraient une petite armée à la tête de laquelle se mettrait le comte d’Artois, venu d’Angleterre, avec Pichegru comme chef d’état-major. On marcherait sur Lyon, « centre de correspondance » des Instituts du Midi : on donnerait le signal de l’insurrection à ce associations royalistes qui se lèveraient en armes de La Rochelle à Besançon » .

 

Et c’est précisément lorsque Wickham arrive en Suisse en juin 1799, que la Guerre de Vendée renaît…

 

Nous ne nous étendrons pas sur le récit de cette troisième guerre, largement évoquée par de nombreux historiens. Rappelons simplement qu’elle fut un fiasco. Forestier, désespérément seul, malgré la prise d’arme de plusieurs centaines de ses anciens camarades, se heurte à l’opposition des Vendéens opposés à la reprise des armes. De son côté le Comte d’Artois, apprenant la reprise des armes, demande aussitôt au gouvernement anglais de débloquer de l’argent… Mais cet argent tardera à venir, et ce n’est qu’à l’automne que le Comte peut enfin demander aux autres Vendéens de s’insurger. Il est trop tard… Forestier, gravement blessé en septembre, est hors de combat ; et à Bordeaux Madame de Donissan et sa fille partent en exil en Espagne. Les Instituts sont désorganisés suite à la victoire du général Masséna à Zurich en septembre qui coupe le réseau des Instituts de leurs liens avec l’Angleterre. En Octobre, Louis Dupont tente bien de rétablir un lien entre Bordeaux et la Vendée en tentant d’insurger les Charentes… En vain. Enfin, le 18 brumaire, à Paris un coup d’état porte au pouvoir un certain Napoléon Bonaparte...

 

Ces échecs et le changement politique ne modifient pas pour autant le but des royalistes. Bonaparte n’est toujours pas le Roi…

Dans ses « Mémoires historiques », Louis Dupont nous présente les faits :

 

« Environ un mois après (le 18 Brumaire), je reçus de l’agence l’ordre de me rendre à Augsbourg. Je partis dans la huitaine avec un passeport de ma façon (…) Nous arrivames à Augsbourg vers le 15 nivose… Après avoir vu les membres de l’agence du Roi, nous fûmes présentés par le général Willot à M. W (Wickham).(…) Je lui remis un mémoire détaillé sur l’arrondissement de la Guyenne, avec un état des objets dont nous avions besoin. Il nous promit les secours et les moyens nécessaires pour nous préparer à un mouvement général qu’on projetait alors. (…) J’entrepris d’engager le général Pichegru à venir prendre le commandement des armées royales de la Guyenne et des Landes ».

 

Une lettre de Lord Wickham à Lord Grenville, datée du 28 février 1800, nous apprend que « après plusieurs consultations à ce sujet avec les généraux Pichegru, Willot, Précy et des envoyés de Marseille, Bordeaux, Lyon et Besançon, il a été décidé d’abandonner tout projet d’action dans la France-Comté… mais de faire quelques préparatifs en vue d’un soulèvement du Lyonnais. Si les Royalistes de l’Ouest eussent été capables de se maintenir, il était projeté de relier leurs opérations à celles de Willot par une puissante insurrection s’étendant de Bordeaux à Toulouse (…) et le général Pichegru s’était engagé à prendre le commandement du tout. Il se préparait à partir quand est arrivée la nouvelle de la pacification de la Vendée ».[29]

 En janvier 1800 en effet, face aux changements politiques, aux défaites militaires et pressée par les chefs qui se sont toujours opposées à la reprise des armes, la Vendée capitule en signant le traité de paix de Montfaucon (traité auquel Forestier refuse de participer).

Cette capitulation de la Vendée, pousse les Anglais à revoir leurs plans, d’autant qu’en juin 1800, Louis Dupont est arrêté à son tour. Une arrestation qui décapite l’Institut de Bordeaux. Pichegru est alors rappelé à Londres où il va bientôt s’engager dans un nouveau complot, que les Anglais vont mener en parallèle avec les actions Bordelaises et Vendéenne : le complot de Cadoudal. Forestier lui s’apprête aussi à revenir sur les devants de la scène…

 

Il arrive à Bordeaux le 26 mars 1801, puis gagne Bayonne et de là, passe sans difficulté en Espagne direction Madrid où Ceris le rejoint bientôt.

Dans la capitale espagnole, les deux hommes fréquentent les milieux royalistes et ils sont même reçus par le Roi Don Carlos IV. Et quelques mois plus tard, ils sont de retour à Londres… Ils y retrouvent le Duc de Lorges et avec lui se persuadent que, malgré l’échec de 1799, un nouveau complot est possible. Les contacts existent ; l’organisation Bordelaise n’a pas été totalement démantelée et le réseau Wickham est toujours en place…

 

Nouveaux complots – L’affaire des Plombs, Cadoudal

 

Ainsi Forestier reçoit une fois de plus, de la part du comte d’Artois, carte blanche pour tout organiser avec l’appui de l’Angleterre et des réseaux secrets des Princes, ceux du Comte de Provence en particulier sous l’égide du Comte d’Entraigue. Mais cette fois le complot qui va se mettre en place sera d’une plus grande ampleur… Le but à atteindre ? Renverser, voir assassiner, le premier Consul…

 

Il faut encore plusieurs mois pour tout planifier d’autant que le 25 mars 1802, la France et l’Angleterre signent la Paix à Amiens… Mais il est évident que cette paix ne tiendra pas… Et de fait, le 20 mai 1803, le traité est officiellement rompu.

Cela fait déjà plusieurs semaines que Forestier et Céris sont de retour sur Bordeaux, apportant des nouvelles fraîches aux anciens membres de la première conjuration, comme en témoigna Rollac dans ses mémoires :

«  MM. Forestier et de Céris, arrivant d’Angleterre par l’Espagne (expliquèrent) la coalition secrète qui se formait entre plusieurs puissances de l’Europe pour renverser Buanaparte… »[30]. Les deux hommes retrouvent ainsi Elie Papin et Madame de Donnissan ; ainsi que sa fille Victoire qui en mars 1802 s’est remariée avec Louis de La Rochejaquelein, le jeune frère de feu Henri ; qui allait devenir un allié de poids[31].

Avec l’aide du nouvel Institut Philanthropique qui se réorganise alors, et de madame de Donnissan, un nouveau réseau allait pouvoir se mettre en place sur les restes de l’ancien.

En revenant en France, Forestier apporte avec lui des explications quant aux ambitions anglaises dans cette affaire… L’Angleterre souhaite provoquer une insurrection générale en France – La Guyenne doit s’insurger sous l’impulsion de l’Institut Philanthropique ; de même que le Midi mené par Monsieur de Gestas[32] et financé par les Instituts depuis l’ancien réseau Wickham ; la Vendée (ainsi que la Vienne et la Charente-Maritime) sous l’action de Forestier ; et enfin la Bretagne et ses Chouans sous Georges Cadoudal, ce dernier ayant en plus mission de tenter d’enlever Napoléon (c’est le célèbre complot de Cadoudal et Pichegru). Le tout doit  concorder avec la marche sur la France des armées coalisées…

Cette coalition des alliés de l’Angleterre se forme durant l’été 1805, le temps qu’il faut pour permettre à Forestier, Cadoudal et à l’Institut d’organiser la lutte intérieure. A l’extérieur c’est la Russie, L’Autriche, Naples et la Suède qui forment l’autre partie de l’étau dans lequel Napoléon doit être pris…

Les Anglais, commandés par le Duc d’Yorck en personne, espèrent assiéger le port des Sables-d’Olonne en Vendée, et permettre ainsi à Forestier, à la tête de l’armée Vendéenne, de s’en emparer. Une armée Vendéo-Anglo-Emigrée, commandée alors par Forestier, doit faire sa jonction avec l’armée insurgée de la Guyenne commandée par le Duc de Lorges et Elie Papin. Ensemble, ils doivent alors marcher sur Paris… A moins que…

A moins que Georges Cadoudal soit parvenu auparavant à s’emparer du Consul. Ou à moins, comme l’affirmera plus tard Isaac Daniaud-Dupérat, qu’un des seconds de Forestier n’ait gagné la capitale pour assassiner Bonaparte. Car tel est effectivement le plan de secours, envisagé  par Forestier, en cas d’échec de son complot…[33]

En mai 1803, Forestier et Céris s’embarquent à nouveau à Bordeaux pour regagner Londres et faire état de l’avancement du projet.

 

Ils ne sont pas les seuls à gagner Londres à ce moment là… Au mois d’avril 1803, muni d’une lettre de recommandation pour le Duc de Lorges, de la main de Madame de Donnissan, un certain Jean André Cazalet[34] monte sur Paris où il reste une quinzaine de jours… Début mai, il arrive à Calais et s’embarque pour l’Angleterre en même temps que l’ambassadeur anglais en France. Officiellement, le but de son voyage est de rencontrer un médecin anglais nommé Schmit, pour envisager avec lui la possibilité de créer une fabrique d’eaux minérales[35]. C’est en vérité un agent de liaison entre Londres et Bordeaux. Il est ainsi reçu par le Duc de Lorges. Ce dernier le présente à différentes personnalités : Folkner, secrétaire du Conseil, qui aurait empêché, après la reprise des hostilités avec la France, qu’il ne soit arrêté et lui aurait même procuré les moyens de prolonger son séjour ; ainsi que Lord Moira ;  le Duc de Clarence, fils du Roi d’Angleterre ; Madame de Monaco… et surtout le général Willot.

 

Amédée Willot, que nous avons déjà croisé dans cette histoire, est un ancien membre du Conseil des Cinq-Cent, ancien général de l’armée des Pyrénées, et un ami d’Elie Papin. Réfugié à Londres en 1802 après avoir commandé l’Ile d’Elbe pour le Roi de Naples, il se lie alors avec l’agence royale de Londres (dont faisaient partie entres autres, Dumouriez, Puisaye, d’Antraigue…).

Willot joue les intermédiaires entre Cazalet,  Forestier[36] , et le Comte de Provence. Le but étant d’établir un double financement du complot. Forestier et le Duc de Lorges, en relation avec le Comte d’Artois, reçoivent de l’argent directement du gouvernement Anglais. Mais le Comte de Provence, probablement par l’intermédiaire d’Entraigue et des ses amis, fournit aussi une aide substantielle.

Ainsi Willot présente Cazalet au Marquis de Chambonas, un proche du réseau d’Entraigue. Et c’est probablement ce dernier qui met en relation Cazalet et Forestier avec d’autres membres de ce réseau ; comme le médecin T. Chavernac dont les rapports de la police française diront qu’il est « l’âme damnée de d’Entraigue ; du moins très lié avec lui »[37] ce que confirme une lettre de Chavernac à d’Entraigue où il écrit « je ne puis point exprimer combien vos bontés pour moi me pénètrent de reconnaissance »[38]…   Durant son séjour à Londres, Cazalet est aidé par le sieur Horrick, officiellement ce dernier fait le commerce de vin et c’est avec lui que Cazalet envisage d’entreprendre son activité de production d’eau de vie. Mais en vérité, cet Horrick est le secrétaire du Duc de Lorges et un ami de Willot et Danican ancien général Républicain qui avait finalement versé dans le royalisme.

Ainsi commence à se mettre en place le financement du complot. Cazalet lui-même ne se contente pas de jouer les porte-parole, il reçoit aussi de l’argent de la main même de Willot, deux milles huit cent livres selon ses propres dires, ainsi que des traites à verser sur une banque parisienne puis de là, en temps voulu, sur Bordeaux… Willot semble bien être un des intermédiaires financiers dans cette organisation ; puisqu’il distribuera aussi des sommes considérables à Chambonas, ainsi qu’au médecin Chavernac[39].

Ainsi une double caisse se met en place ; d’un côté les émigrés via Willot, qui alimentent Forestier en argent probablement pour ses besoins immédiats  et en vue de constituer un fond en France ; de l’autre le gouvernement Anglais qui va se charger des sommes les plus importantes pour organiser la future révolte sur le continent.

Durant son voyage à Londres, en mai et juin 1803, Forestier entre également en contact avec d’anciens camarades de combats parmi lesquels un va jouer un rôle plus important que les autres : Le Marquis de Beauvau[40].

 

Dès le mois de juin, tout était prêt pour organiser un vaste réseau sur le continent. Forestier et Céris débarquent alors à Lisbonne où leur passage ne passe pas inaperçu ; au point que l’ambassadeur de France, le général Lannes, s’en inquiète[41]. Les deux complices gagnent l’Espagne et Madrid où ils sont attendus par l’ambassadeur de Grande-Bretagne : John Hoockam Frere. Ce dernier est chargé de réceptionner les fonds anglais et de les mettre à disposition. Pour ce, il présente à Forestier un banquier Madrilène ; un Français né à Pau, qui a pris la nationalité Espagnole et qui est bien connu pour son opposition à Bonaparte : Diego Carrere, qui n’a pas hésité à hispaniser son nom en Carrera. C’est également un ami d’une marquise portugaise qu’il présente à Forestier :  Leonora de Almeida[42].

Cette rencontre est une aubaine pour Forestier. En effet, cette Marquise loge alors dans une maison appartenant au Comte de Talaru ; or ce dernier n’est pas un inconnu… En 1792 en effet, il avait failli épouser Louise Victoire de Donnissan, la propre fille de Madame de Donnissan. C’est dire si le général Vendéen est bien accueilli… Et Forestier découvre vite que Leonora de Almeida n’est pas n’importe qui… Née en 1750, elle est issue d’une des plus hautes familles de la noblesse Portugaise, descendant notamment de Don Petro de Almeida vice-roi des Indes. En 1758 pourtant, sa famille fut brisée, ses principaux membres exécutés, et les autres (dont elle) emprisonnés sur ordre du Marquis de Pombal, Secrétaire du Roi José Ier, et véritable maître du pays à l’époque. Ce dernier s’attaqua violemment à cette famille afin de briser l’antique noblesse portugaise qui s’opposait alors à ses réformes… La jeune Leonora fut enfermée dans un monastère où elle découvrit la poésie et les œuvres des auteurs français des Lumières. Eprise d’une liberté dont elle fut privée de nombreuses années (elle ne fut libérée qu’en 1777), elle n’eut de cesse d’en défendre les idées au sein des salons de lecture qu’elle ouvrait à travers l’Europe, au grès de ses voyages auprès de son mari le Comte Karl August Von Oyenhausen-Gravenburg, représentant du gouvernement Germanique. Elle se lie d’amitié avec les intellectuels de son époque, dont Madame de Staël, mais ses idées de libre penseuse pousse le gouvernement Portugais à se méfier d’elle. Veuve en 1793, elle fonde alors « La Société de la Rose », officiellement salon littéraire, on regarde aujourd’hui cette société comme la première loge maçonnique de Portugal. Les propos qui tenait la Marquise contre la société portugaise contraint l’Intendant de l’époque, Pina Manique, à lui ordonner de quitter le pays. Elle s’installa alors à Madrid où elle ne cacha pas ses idées contre les gouvernements autoritaires, tel à ses yeux celui de Bonaparte… C’est donc avec plaisir, et une véritable admiration, qu’elle accepte de partager sa demeure avec le jeune général Vendéen… Henri Forestier, de vingt cinq ans son cadet, et dont elle tombe rapidement sous le charme, devenant sa secrétaire et sa maîtresse.

C’est durant cet été 1803, que toute l’organisation se met en place. En août, Forestier et Céris passent la frontière française et entre en contact avec des banquiers de Bayonne, les Sieurs Jean et Léon Bathbedat, chez qui ils ouvrent un premier compte destiné à recevoir l’argent venant d’Espagne. Puis ils gagnent Bordeaux où ils sont logés par Elie Papin. Là, ils ouvrent un second compte, sous le nom de Pignerolle, dans la banque[43]…

Tout un réseau se met ainsi en place à travers l’Europe. Un réseau dont la destination finale est la Vendée… Il est temps désormais pour les conjurés d’y renouer des contacts. Le temps presse même, car durant ce même été 1803, l’autre fer de lance anglais lancé sur le continent s’apprête à débarquer : Cadoudal entre en scène.  Rollac résume ainsi les faits dans ses mémoires :

 

«M. Forestier, en repartant pour Madrid, et M. de Céris, en allant dans la Vendée s’aboucher avec le général Dupérat, lièrent et combinèrent nos entreprises avec celles qu’ils savaient devoir être faites par les généraux Pichegru, Georges Cadoudal, etc…, et en même temps par les Vendéens. Aussi était-ce la Vendée qui devait être le premier et le principal théâtre de nos opérations. »[44] 

 

Mais le 9 mars 1804, après une course folle et meurtrière à travers les rues de la capitale, le géant Breton est enfin capturé. C’en est fini du complot Cadoudal ; l’Angleterre perd une de ses pièces maîtresses sur le continent. Tout repose désormais sur les épaules de L’Institut Philanthropique de Bordeaux et celles de Henri Forestier.

En août 1803  le chevalier de Céris, gagne la Vendée… Il reprend des contacts avec les anciens Vendéens, et en particulier avec Dupérat. Pour tous l’ordre est le même : « tenez vous prêts » !

Céris retourne très vite en Espagne, où Forestier lui demande d’organiser un autre réseau de financement… Après Paris ; après Madrid et Diego Carrera ; après Bayonne et Bordeaux ; après le Midi ;  une autre route est ouverte pour accueillir l’argent anglais en toute sécurité. Forestier peut ainsi multiplier les dépôts ; de petites sommes en plusieurs lieus étant moins suspectes qu’une grosse dans une seule banque… Ainsi, Céris rencontre les frère Jean et Pierre Bague, négociants français établis à San-Sébastian depuis 1792. Ces derniers acceptent de jouer les intermédiaires pour Céris ; et ouvrent un compte à Madrid chez Manuel Sanchez Toscano, pour un certain Don Francisco[45]. Un Don qui n’est autre que Céris lui même. Et à San Sébastian, Ceris et Forestier rencontrent Monsieur d’Aiguillon Bonac, gouverneur de la ville. Ce dernier leur signe des lettres de change au nom de Rio Elisalde, qui n’est autre que Forestier.

Mais cette fois leur départ est remarqué et signalé par le général de Beurnonville, ministre plénipotentiaire de Napoléon en Espagne. A Bordeaux, la police est sur les dents et la famille Donnissan-La Rochejaquelein surveillée. Qu’importe… Forestier et Céris sont hébergés par des membres de l’Institut ; et cette police ne les empêche pas d’ouvrir un autre compte cette fois dans la banque Otard. C’est le moment pour l’Institut philanthropique de se réveiller…

Rollac encore en témoigne : « Je repris la charge de l’approvisionnement des poudres, et cette fois je les fis passer chez M. Eyquem[46]. Celui-ci, de concert avec M. Roger[47], les enfermait dans des sacs de coutil, au milieu de balles de laine, et les expédiait pour la Vendée »[48].

La poudre est donc prête à remonter vers la Vendée ; une Vendée où des agitateurs préparent la population à une nouvelle révolte. A la tête de ces agitateurs, on signale la présence de Louis de Céris , du Chevalier de Saint-Hubert et du Marquis de Beauveau. Et des échauffourées éclatent déjà par endroit. Ce qui ne manque pas d’inquiéter Napoléon qui écrit en décembre 1803 à Jean Portalis, un des rédacteurs du code civil :

« Il paraît qu’à la tête de ce mouvement sont Forestier et plusieurs autres individus »[49]

Un mot du Consul qui fait suite en vérité à un rapport de police du 19 frimaire (11 décembre) :

« On est instruit par la surveillance exercée sur les Chouans qu’il n’y a pas un instant à perdre pour couper pied aux mouvements qui ont lieu dans la Vendée relativement à la levée de la conscription.

Un nommé Forestier, ancien chef de chouans de ce département, est le chef de toutes ces manœuvres, il reçoit de l’argent d’Angleterre et propose aux conscrits qui ne voudront pas tirer un enrôlement de cinquante écus ; on assure qu’il a déjà une bande formée de 150 à 200 mécontents »[50].

 

En vérité, en ce mois de décembre 1803, Forestier est de retour à Madrid. Mais à l’évidence, malgré les fuites qui révèlent le nom de Forestier, ses agents sont à l’œuvre. Tout comme le sont les agents de l’Etat à Bordeaux où un espion est entré au service des Donnissan-La Rochejaquelein au château de Citran[51].

A Madrid Forestier est motivé par deux choses… Il lui faut d’abord contrôler l’arrivée des premiers fonds envoyés par Londres. Sa seconde motivation, est Léonora… la Comtesse d’Oyenhausen. Bien que beaucoup plus âgée que lui, cette grande dame portugaise est sous le charme de ce général de 29 ans dont elle devient la secrétaire. Est-il lui aussi séduit par celle avec laquelle il partage son refuge à Madrid ? Quoiqu’il en soit, ils deviennent très proches… Dès lors, Leonora sera la représentante privilégiée de Forestier lorsque celui-ci est absent.

En février et mars 1804, tout s’accélère soudainement. Forestier revient à Bordeaux pour déposer de l’argent sur un compte de la banque Otard. Argent destiné à être redistribué en temps utiles auprès de commerçants Bordelais complices… 

Ils sont un certain nombre, ces commerçants qui ont pignon sur rue et qui vont accepter d’ensevelir dans leur comptabilité l’argent de Londres… Elie Papin lui-même est à la tête d’un commerce de vins, tout comme Roger de la maison Marie Brizard. Un autre de ces commerçants bordelais est présenté en ce mois de février 1804 par Papin à Forestier. Son nom : Acquart-Vreillac , pour lequel Forestier devient un certain Daubré. Mais la prudence du Vendéen n’est pas justifié, Acquart va s’investir totalement dans l’affaire. De même, Forestier frappe à nouveau à la porte de son ami d’enfance Michel Cesbron auquel s’est désormais associé son frère Jemmy Cesbron. Ils vont aussi entrer entièrement dans le complot… Papin lui fait également rencontrer le Colonel de Ségur qui commande en second le régiment de cavalerie de l’armée secrète et dont l’épouse va jouer les intermédiaires avec le commerce Bordelais. Incontestablement le rôle de Papin est énorme désormais ; il fait jouer toutes ses relations les plus influentes. Et c’est probablement grâce à une de ces relations, Alexis Pagès employé auprès du sous-préfet à Bayonne, que les conjurés parviennent régulièrement à passer la frontière espagnole sans inquiétudes…[52]

Désormais tout est prêt, ou presque… Si tout le réseau est en place depuis Londres via l’Espagne et le sud Ouest de la France, reste à franchir une ultime étape : faire remonter l’argent jusque dans l’Ouest et là le transformer en armes et munitions. Pour cela Céris, Saint-Hubert et Beauveau ont déjà bien œuvré. En avril, Forestier et Céris, sous le couvert de nombreux pseudonymes, arrivent aux Ecoyeux dans la région de Saintes où vit Julie du Sablon, sœur de Isaac Danyaud-Dupérat. Un Dupérat qu’ils retrouvent là-bas en compagnie d’un ancien officier vendéen François Chesnier-Duchesne.

Chesnier-Duschesne est un ancien officier de Marine de trente-cinq ans. Durant la première guerre de Vendée il avait rejoint le camp des insurgés où il se lia avec Dupérat et Forestier. Ils vont ainsi rester ensemble deux jours durant lesquels ils vont organiser la phase finale du complot.

 

Vers la révolte de 1805

 

Ce mois d’avril 1804 marque le véritable début de l’affaire et lorsque les conjurés quittent Ecoyeux, c’est bel et bien pour tout déclencher… Forestier s’en retourne alors à Madrid afin de contrôler l’arrivée des fonds, Céris lui reste probablement à Bordeaux… Chesnier gagne la Vendée militaire pour organiser les hommes sur le terrain, Madame du Sablon part pour Paris afin d’y faire un dépôt d’argent, et Danyaud-Dupérat remonte jusqu’à Nantes où il doit désormais organiser la redistribution des fonds sur la Vendée.

A Nantes donc, Dupérat ouvre un commerce de vins et de liqueurs en plein cœur de la cité[53]. Dans le même temps, Michel Cesbron[54], ami d’enfance de Forestier et commerçant à Bordeaux, est de retour dans sa famille à Chemillé en Maine-et-Loire. Il entre alors en contact avec Simon Plumard de Rieux. Ce dernier n’est pas un inconnu… Négociant nantais, il loge à quelques pas donc du commerce qu’ouvre Dupérat. Il s’est illustré en 1795 en étant un des organisateurs du traité de la Jaunaye qui mit fin à la Première Guerre de Vendée. Le 15 avril 1804, Cesbron et Plumard se retrouvent devant le notaire Briand à Nantes et Plumard vend alors à Cesbron et au sieur David Verdonnet négociant à Bordeaux, représenté par Cesbron,  le moulin à eau du Pont à Chemillé, ainsi qu’un pré y attenant et ses dépendances[55]. A quoi peut bien servir un moulin à eau à des négociants Bordelais impliqués dans un complot ? A rien sinon peut-être, le moment venu, à couler du plomb pour les armes…

Et en Vendée militaire, les uns après les autres, les anciens officiers royalistes se rangent bientôt aux côtés de Chesnier, Saint-Hubert et Beauveau. Ainsi ressortent de l’ombre d’anciens commandants de division : Louis Charles de Valois, Le Chevalier de Bruc, Guillaume Faugaret, Louis Le Couvreur, Jean-Baptiste Guérin, René Palierne, Pierre Turpault, Jean-Baptiste Gogué, Amédée de Béjary, etc. et même un ancien général Charles Sapinaud de La Rairie dont un des officiers Jean-Baptiste Kémar devient l’associé de Dupérat dans son commerce de vins[56]. Ainsi la plupart des anciens chefs vendéens répondent favorablement à l’appel de Forestier . La tension monte ; si bien que le gouvernement décide d’envoyer des troupes[57].

 

En mai, Forestier donne le feu vert. Tout est prêt pour que l’argent arrive enfin en Vendée… Diego Carrera verse ainsi sur les banques Bethman et  Otard, une somme de 60000 francs sur le compte de Pignerolle ; d’autres sommes suivent rapidement…

Une grande partie est ensuite remise à Céris qui se charge alors de les redistribuer en Vendée. Le reste de l’argent sert à Roger  et à Papin pour organiser la liaison « commerciale » avec Danyaud-Dupérat à Nantes…[58].

Durant l’été Forestier regagne Madrid. En août, Ceris passe aussi la frontière et va faire son rapport à Forestier à Madrid… Tout se déroule comme prévu. En Vendée, des dépôts de plombs se constituent. Ce plombs est acheté avec l’argent qui remonte jusqu’à Nantes et le magasin de Danyaud-Dupérat. Les achats de liqueurs qu’effectue ce dernier avec ses fournisseurs Bordelais (les maisons Roger/Marie Brizard et Papin…) permettent également la remontée en cabotage de poudres… [59]. Ravi, Forestier s’embarque alors pour Londres pour rapporter la bonne nouvelle aux Princes, au Duc de Lorges et au gouvernement Britannique. Il y attend également le feu vert pour la dernière étape du complot : l’insurrection !

 

La découverte du complot

 

Céris reste un temps à Madrid, puis repasse à Bayonne le 19 septembre, et de là rejoint Bordeaux. Il y retrouve les frères Cesbron qui vont le cacher et surtout lui apprendre la nouvelle : La police à tout découvert.

 

Parmi les anciens officiers Vendéens contactés durant le printemps 1804 par Saint-Hubert, Beauveau, ou Chesnier-Duchesne se trouve Jean-Baptiste Gogué. Natif de Clisson, il est âgé de 35 ans, et est chirurgien à Boussay à coté de Clisson. En 1793, il prit avec son frère, la tête d’une partie des insurgés de sa région. Et en 1795, Stofflet le fit commandant de division… Lorsque l’on vint frapper à sa porte en cette année 1804, il est évident que les conjurés devaient trouver en lui un véritable soutien. Malheureusement, c’est par lui que la police devait tout découvrir… Voici comment Rollac relate les faits :

« Tandis que M.Roger faisait charger à Bordeaux des poudres pour la destination qui lui était indiquée, le général Dagniaud-Duperat faisait partir de Nantes un convoi considérable de plomb qui paraissait être expédié par la Rochelle, et qui, dans le fait, devait être déchargé dans la campagne, aux environs de Montaigu. Le charretier ne connaissant pas bien le chemin du lieu où il devait faire son dépôt, M. le chef de division Jean-Baptiste Goguet, se chargea de lui servir de guide ; mais au lieu de remplir lui même jusqu’au bout l’obligation qu’il s’était imposée, il se contenta d’indiquer au conducteur le chemin qu’il devait tenir. Cet homme se trompe de route et pour la retrouver, il s’adresse malheureusement au premier individu qu’il rencontre, et plus malheureusement encore, cet individu se trouve être le domestique d’un chaud partisan de Buonaparte. Il montre au trop confiant conducteur le chemin de La Guionnière, lieu où il doit décharger sa voiture chez le curé Jaguenaud. Mais s’apercevant qu’elle est pesamment chargée et que pourtant les objets qu’elle porte ne sont pas d’un volume considérable, il l’a suit à une certaine distance, la voit décharger dans la basse-cour du curé, s’assure ainsi de la nature du chargement et va rendre compte à son maître de tout ce qu’il a vu. Celui-ci curieux de savoir ce que deviendra ce plomb, fait garder la maison à vue par ses gens, et de nombreux témoins le voient enterrer dans de profondes fosses, creusées dans le jardin du presbytère. Le prêtre est dénoncé… »[60]

 

La suite c’est le juge de paix du canton de Montaigu, Musset, qui l’explique dans un rapport du 16 thermidor an XII (4 août 1804) :

 

« …Nous nous sommes transportés chez Mr jagueneau, Desservant de la Guionnière, en exécution de la lettre de Mr le préfet de ce Département en date du treize de ce mois à l’effet de nous assurer s’il a été conduit chez lui dans les premiers jours du dit mois, une certaine quantité de plomb en Saumon, ainsi qu’il a été rapporté à Mr le préfet.

Arrivés chez Mr. le Desservant de la Guionnière, sur les cinq heures du soir, nous l’avons invité de nous déclarer s’il a été envoyé de la part du Sieur Gogué chirurgien à Boussay, du plomb en barre, sous la conduite d’un roulier qui l’a transporté sur son chariot.

Mr le Desservant de la Guionière nous a répondu qu’à peu près dans le temps cy-dessus fixé un roulier à lui inconnu e déposé dans son écurie cinquante huit barres de plombs qu’il nous a montrées dans le même lieu et que nous avons jugées par approximation être du poids chacune, de quatre vingt dix à cent livres. sur la question que nous avons faites à Mr Jagueneau de l’heure à laquelle le dépôt de ce plomb avait été fait chez lui, il nous a répondu que le roulier qui l’a conduit y était arrivé environ quatre heures après midi qu’il avait été déposé dans son écurie par ce roulier, un homme qui l’accompagnait et le domestique de lui jaqueneau.

Demandé au dit sieur jagueneau quel était le motif qui l’avait determiné à faire si forte provision de plomb ; a répondu que quelque temps auparavant cette livraison, il avait dit devant le Sieur Gogué sus dénommé que n’ayant point dans son voisinage de fontaine ni de puits suffisants pour conserver de l’eau pendant toute l’année, il était dans l’intention de faire placer autour de sa maison, comme il y en avait autrefois, des dalles pour recevoir l’eau pluviale ; qu’il avait été surpris de recevoir dans un moment inattendu une aussi grande quantité de plomb qui ne pouvait même servir à l’usage qu’il désirait ; qu’ayant eu occasion de voir, depuis cette époque, le Sieur Gogué il lui avait témoigné sa surprise ; et même une espèce de mécontentement d’un pareil envoi que le Sieur Gogué lui a répondu qu’ayant appris que quelques personnes de son voisinage et entre-autres Mr Dasson, faisant rétablir leur château incendié, il avait forcé par cette raison sur la quantité de plomb qu’il lui a expédié… »[61].

 

A l’évidence pour le juge de Paix tous ceci est suspect. Mais après la découverte du plomb, Gogué n’a pas perdu son temps. Il prévient quelques conjurés et une réunion de crise s’organise. Se retrouvent ainsi en grand secret, à Nantes : Dupérat, Gogué,  Chesnier-Duchesne, Kémar et Saint-Hubert… Ils savent que la découverte du dépôt de plomb de la Guyonnière risque de pousser les autorités à enquêter et à découvrir un autre dépôt récemment constitué et caché à L’Oie en Vendée. Il faut le faire disparaître le plus vite possible… Un vrai contre-la-montre s’engage alors. En quelques jours, Gogué parvient à faire remonter clandestinement le plomb en question jusqu’à Nantes et l’entrepôt de Dupérat.   Là, ce dernier et Kémar se charge de le faire embarquer, officiellement et en toute légalité, sur le navire « La Levrette » en partance pour La Rochelle où il doit être livré à un certain sieur Pautière… En vérité, le plomb est divisé en deux quantités et embarqué secrètement sur les navires « L’Ambition » et « Les deux amis ». Le 12 août suivant, le plomb est débarqué en chaloupes, à La Rochelle…[62]

 

Probablement dans l’espoir de faire disparaître les soupçons qui pèsent sur lui, Gogué joue alors la carte de « l’honnêteté »… De lui même il se présente devant le sous-préfet de Montaigu pour lui confirmer qu’il avait acheté le plomb à Nantes chez un certain Allot… Ne croyant guère duper le sous-préfet, Gogué n’espère que gagner du temps pour permettre aux principaux conjurés de disparaître…

Relâché Gogué rejoint à son tour Saint-Hubert, et ensemble ils tentent de gagner Bordeaux. Dupérat et Kémar se retirent aux Ecoyeux ; et Chesnier retrouve également sa famille, à Chérac, en Charente-Maritime… Il était temps ; le 28 aout, une note destinée à Napoléon précise que Gogué a quitté sa commune sans autorisation…[63]

La disparition de Gogué augmente les doutes de la police, d’autant que dans le même temps, l’abbé Jagueneau parle. Il avoue que Gogué est à la solde de l’Angleterre ; qu’un complot est en préparation et que des agents Anglais sont à Bordeaux…[64] Dès le 3 septembre, ordre est donné d’arrêter Gogué. Et le 4,  un nouveau dépôt de 1600 livres de plomb est découvert à Chantonnay en Vendée… Et les arrestations commencent comme en témoigne ce rapport  de gendarmerie :

« …J’ai trouvé le restant des plombs destiné à l’approvisionnement de l’armée royale. J’ai également trouvé les moules destinés à le couler en balles. L’homme de confiance de Gohier (Gogué), l’agent principal nommé Merlaud (…)était le dépositaire (…). Il a été arrêté avec lui Mr. Turpault qui commandait dans l’arrondissement de Châtillon (…) »[65].

Le 8 septembre, Dupérat et Kémar sont arrêtés aux Ecoyeux. Des documents compromettants Saint-Hubert et Jean-Baptiste Roger sont saisis sur eux… Aussitôt les gendarmes de Bordeaux sont alertés ; et le 10 septembre Saint-Hubert et Gogué y sont découverts. Papin, prévenu à temps, parvient à gagner l’Espagne et de là s’embarque pour les Etats-Unis[66]… Roger est également arrêté, mais il parvient à détruire une partie des documents en sa possession ; une partie des livres de comptes de la maison Marie Brizard pourtant révèlent des liens avec Dupérat, Diego Carrera, Acquart Vreillac, et d’autres négociants impliqués… C’est dans ce contexte que Céris est donc de retour à Bordeaux le 19 septembre… Aussitôt les frêres Cesbron lui obtiennent un passeport au nom de Louis Redhon. Céris part alors en direction de la frontière qu’il parvient à traverser.

En Vendée, les anciens Vendéens les plus suspects sont interrogés. Et la police finit ainsi par être persuadée que derrière tout cela se cache Forestier dont l’avis de recherche est maintenant largement diffusé.

Le 23 octobre, Roger décide de parler, et dénonce les frères Cesbron qui sont eux aussi arrêtés. Et les arrestations se multiplient, chaque interrogatoire livrant de nouveaux noms…

Et l’enquête est menée jusqu’à Madrid. Diego Carrera est à son tour emprisonné. Mais Ceris et la Comtesse d’Oyenhausen parviennent à gagner Londres probablement en novembre. Dans la capitale anglaise, ils mettent au courant Forestier et au Duc de Lorges[67]…

 

Une nouvelle fois c’est donc l’échec qui frappe le complot et qui jette à bas les vastes réseaux de financement de la révolte.

Mais pour autant Forestier refuse de baisser les bras. A l’automne 1805, des témoignages confirment que des agents Anglais sont de retour et tentent d’embaucher en vue d’une future révolte. Ils parlent au nom de Forestier.[68] Les Autorités s’inquiètent et réclament des troupes. L’inquiétude grandit d’un coups le 28 novembre, lorsque le Chevalier de Saint-Hubert parvient à s’évader des prisons de Nantes ! Tous ces évènements, amènent enfin à l’ouverture du procès des conjurés de l’Affaire des plombs.

 

Le procès s’ouvre à Nantes le 11 décembre 1805 devant une commission militaire spéciale et présidée par le major Gressin du 24ème régiment d’Infanterie nommé à ce poste par le général Travot[69]. Le procès a lieu dans la salle du tribunal civil de la prison du Bouffay. La liste des accusés est longue : Henri Forestier, Louis de Céris, Chesnier Duchesne, Elie Papin, Acquart Vreillac, Pitard Laclotte et le Chevalier de Saint-Hubert, tous contumaces… Ainsi que : Pierre Orion, Jean-Baptiste Roger, Alexis Pagès, Jean-Baptiste Kémar, Daniel Danyaud-Dupérat, Jean-Baptiste Gogué, René Merlaud, Pierre François Turpault, l’abbé Pierre Jagueneau, Michel Cesbron, Jemmy Cesbron, … « Tous prévenus de faire partie de l’agence anglaise, découverte en messidor an 12, dans les départements de l’Ouest et la ville de Bordeaux, tendant à troubler la France par une guerre civile… »[70]

 

Le procès est mené rapidement, le 14 décembre le verdict tombe : Forestier, Ceris, Papin, et Chesnier sont condamnés par contumace à la peine de mort. Pitard-Laclotte, Danyaud-Dupérat et Saint-Hubert sont condamnés à deux ans de prisons, toujours contumace sauf Dupérat. Tous les autres conjurés sont acquittés, sauf Gogué qui est le seul à payer lourdement : condamné à mort, il est exécuté le lendemain à Nantes. Le verdict, jugé trop léger par Napoléon, est  alourdi quelques jours plus tard à la demande de Réal : Dupérat doit être transféré au temple; l’abbé Jagueneau et Merlaud sont maintenus en prison à Nantes (les trois  y resteront jusqu’à la Restauration) ; les acquittés sont interdits de séjour dans l’ouest…

 

Mais ces décisions ne poussent pas les « insurgés » à baisser les bras. Des bandes parcourent toujours l’Ouest. Et en février 1806, Forestier écrit au ministre anglais William Windham :

« Je dois envoyer sans délais, dans le continent, mon premier lieutenant général. J’aurais besoin de secret pour lui épargner les dangers qui nous poursuivent partout. Si votre Exellence daigne s’en occuper, ses combinaisons heureuses le mettront à l’abri du malheur. »… Il réclame également des lettres de recommandations pour des ministres Suédois, Russes et Prussiens…[71]  . Forestier est toujours dans la région de Londres ce n’est donc pas lui qui dirige les bandes dans l’Ouest mais beauveau et Saint-Hubert en son nom. Fouché s’en inquiète en mars en écrivant : « Forestier a la même intrépidité (que Céris), mais plus de finesse » et les deux sont appréciés… Dans la même note Fouché précise que Céris est de retour depuis le mois de Février, la demande de Forestier à Windham a donc reçu un avis favorable…

Et en effet, à partir du printemps 1806, la  révolte semble augmenter.

 

La mort de Forestier, l’échec de la révolte, et après ?

 

Toujours à Londres, Forestier est victime d’une tentative d’empoisonnement… Un poison que le médecin Chavernac appelé à son chevet ne peut enrailler… Forestier est installé chez un certain Jean-Baptiste Leclerc à Londres, c’est du moins ce que prétendra ce dernier dans un témoignage en 1808. C’est chez ce dernier qu’il serait mort  le 14 septembre 1806 à Leicester Square à Londres sous le nom de Monsieur Obart[72]… L’auteur du crime est connu, il s’agit de la Comtesse d’Oyenhausen elle-même ; du moins est-elle accusé par Leclerc[73]… Pourquoi ? Les causes restent obscures[74]. Mais dans ses lettres écrites à cette époque, elle évoque le manque d’argent dont elle souffre (et de fait elle va récupérer l’argent destiné à la révolte Vendéenne). Mais on ne peut écarter également une implication du gouvernement Anglais… La mort du Premier Ministre Anglais William Pitt, ardent adversaire de Napoléon, en janvier 1806, amène un changement de gouvernement. Le ministre des affaires Etrangères est désormais Charles James Fox, qui est, quant à lui, partisan de la paix avec l’Empereur… Un adversaire acharné de Napoléon comme peut l’être Forestier, est à l’évidence un « élément gênant »… Le gouvernement anglais a-t-il manipulé la comtesse d’Oyenhausen pour éliminer le général Vendéen ? Soulignons simplement que non seulement la Comtesse se verra attribuer le budget alloué à Forestier, mais qu’elle sera également protégée par ce même gouvernement… Malgré les nombreuses protestations de Saint-Hubert qui la dénoncera et qui n’aura de cesse jusqu’en 1809 au moins de réclamer la restitution de cet argent[75].

Pourtant un doute existe quant à la culpabilité de la Comtesse. L’étude de sa correspondance démontre qu’elle resta auprès de Forestier jusqu’à la fin, et que ce dernier vivait bien chez elle… Elle témoignera elle-même avoir été victime des agents de Napoléon et fut qualifiée de « personne la plus dangereuse parmi les ennemis de Bonaparte »[76]

La mort de Forestier condamne la révolte dans l’Ouest. Malgré les efforts des lieutenants de Forestier, lentement les bandes disparaissent et en 1807 cela en est terminé de cette « révolte de 1805 ». De retour à Londres en 1807, Saint-Hubert tente de relancer les projets, comme il en témoigna le 28 février 1809 dans une très longue lettre[77] : « Ce fut donc dans l’année 1805 que le général Forestier mort à Londres en 1806 envoya ordre d’ici à ces principaux officiers d’organiser et d’armer le parti les assurant que Monsieur Pitt s’était engagé à fournir  les fonds nécessaire à la reprise des hostilités. A l’appui de cette promesse nous reçûmes dans le même temps un acompte de 50 000 francs… » La lettre évoque également 800 000 francs du gouvernement espagnol…

Saint-Hubert et le Marquis de Beauveau se retrouveront en 1810 et tenteront à nouveau de mobiliser la population comme en témoigne une lettre de Fouché datée du 4 janvier 1810[78] : « Je suis informé (…) que plusieurs agens de l’angleterre ont depuis quelques jours paru dans le département du Morbihan (…) St Hubert et Beauveau seront bien sûrement ceux qui auront été désignés ». Et ils sont ainsi signalé dans l’Ouest durant tout l’été 1810… Mais tout est fini. La révolte de 1805 n’a pas eu lieu…

Pourtant tous les efforts de Forestier, de l’Angleterre et des Princes ne furent pas vains. Le 11 février 1814, le duc d'Angoulême débarque à St-Jean-de-Luz. Il tente de profiter des victoires contre Napoléon et de la marche sur Paris des armées coalisées. Louis XVIII est proclamé roi à Bazas le 11 mars… Paris chute le 31 ; et Napoléon est déchu par le Sénat le 3 avril 1814. Il abdique sans conditions à Fontainebleau.  Le 12 mars 1814, lendemain de la proclamation du Roi, les avants-gardes des armées de Wellington et le Duc d'Angoulême entrent dans Bordeaux aidées en cela par de nombreux Royalistes qui avaient préparé la ville depuis plusieurs jours… Ces royalistes ne sont autres que les membres de l’Institut Philanthropique qui depuis 1805, n’avaient cesser de se réunir et d’attendre qu’enfin le rêve de Forestier se concrétise…[79]

 

Frédéric Augris

 

[1] C’est les cas en particulier de certains Etats de services d’anciens officiers supérieurs Vendéens tels que l’on peut les consulter au Service Historique de l’Armée de Terre, à Vincennes.

[2] Sa mère pourrait être Catherine Forestier (officiellement sa sœur, décédée en 1775 à l’âge de 15 ans).

[3] « L’association Royaliste de l’Institut Philanthropique à Bordeaux et la conspiration Anglaise en France pendant la 2e coalition » - Thèse présentée à la faculté des lettres de Paris par G.Caudrillier – Paris, 1908.

[4] Né en 1772 en Guadeloupe. Louis de Céris émigra en 1791, et  lutta dans l’Armée des Princes au sein de la Compagnie d’Infanterie Poitevine, puis rejoignit la Vendée en arme en octobre 1793. En 1796, il n’a alors que vingt quatre ans et, plutôt que de déposer les armes, préfère donc suivre le général Forestier à travers l’Europe.

[5] Joseph Anne de Croÿ, Duc d’Havré et de Croÿ, Prince du Saint-Empire, Grand d’Espagne…  Emigré en Espagne à la demande de Louis XVI qui lui y avait confié mission. Il y resta après l’exécution de ce dernier au début de 1793.

[6] Jean Laurent de Durfort, Duc de Lorges, né en 1746. Ancien Colonel de du régiment de Royal-Piemont, maréchal de camps, ce proche de Louis XVI émigra en 1791 avec ses deux fils, et forma un corps de cavalerie dans l’armée des Princes. En 1795, il avait tenté de débarqué en Vendée avec le Comte d’Artois, puis devint aide de camps de Lord Moira, vice-roi d’Ecosse.

[7] SHAT – MC2282 dossier Papin.

[8] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[9] Marie Françoise de Durfort-Civrac, née en 1747. Dame d’atours de Madame Victoire. Epouse de Guy Joseph Marquis de Donnissan et de Citran, Grand Sénéchal de Guyenne et qui devint au sein de l’armée Vendéenne « Gouverneur des Pays conquis » et « Président du Conseil ». Ce dernier fut exécuté en 1794.

[10] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[11] Louis Dupont, né en 1758 à Saint-Domingue. Il portait un nom de code et se faisait appeler « Constant ».

[12] Record Office –Foreign office – Mémoire de l’agence royale de Paris, 1796 – Cité dans « L’association Royaliste de l’Institut Philantropique à Bordeaux et la conspiration Anglaise en France pendant la 2e coalition » - Thèse présentée à la faculté des lettres de Paris par G.Caudrillier – Paris, 1908.

[13] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[14]MM. Boyer et Clairval.

[15] M. Archebold.

[16] M.Jonquet.

[17] Probablement parent de Pascal Sabès, né à Bordeaux en 1702, décédé à Saint-Domingue en 1789, père de Alexandre Sabès-Pétion Président de Haïti de 1807 à 1818.

[18] The British Library – Départments of Manuscripts – Puisaye papers – volume 8028, folio 152. Lettre citée dans son intégralité dans “Henri Forestier, general à 18 ans” – Frédéric Augris” Editions du Choletais 1997.

[19] René Augustin Comte de Chalus, chevalier de Saint Louis, maréchal de camps, est né en janvier 1764.

[20] The British Library – Départments of Manuscripts – Puisaye papers – volume 8028, folio 154. Lettre citée dans son intégralité dans “Henri Forestier, general à 18 ans” – Frédéric Augris” Editions du Choletais 1997.

[21] The British Library – Départments of Manuscripts – Puisaye papers – volume 8028

[22] The British Library – Départments of Manuscripts – Puisaye papers – volume 8028

[23] AD 44 – Dossier L158

[24] « Esposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[25] SHAT – MC2282 dossier Papin.

[26] British Library – Fond Windham – Volume 37863 – Folio 158 : lettre signée Forestier et Céris, écrite depuis Leicester Square à Londres et en date du 25 janvier 1799 .

[27] William Wickham (1761-1840) – Ancien ambassadeur de Grande-Bretagne en Suisse dès 1795, puis espion.

[28] Charles Louis d'Autriche (5 septembre 1771 – 30 avril 1847) Archiduc d'Autriche, Duc de Teschen, Grand-maître de l'Ordre teutonique (1801-1805), fils de Léopold II (Empereur du Saint Empire (1747-1792)) et de son épouse Marie Louise d'Espagne (1745-1792).

[29]  Cité dans « L’association Royaliste de l’Institut Philanthropique à Bordeaux et la conspiration Anglaise en France pendant la 2e coalition » -

[30] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[31] Louis du Vergier, Marquis de La Rochejaquelein ; né en 1777 au Château de La Durbelière (79). Emigré il se mit au service de l’Angleterre et démissionna après la signature de la Paix d’Amiens ; rentrant alors en France.

[32] Le rôle joué par ce Monsieur de Gestas reste assez mystérieux. Son identité même… Il n’apparaît pas dans les documents et les témoignages concernant le complot de Forestier ; pourtant un document vendu il y a quelques années et aujourd’hui dans une collection privée affirme que Gestas s’était vu confier la tâche par Forestier d’organiser un plan d’insurrection dans le Midi. Ce document fut établi à Paris le 30 janvier 1815 et devait permettre à Gestas de justifier son engagement pour la cause du Roi. Nous n’avons pu voir ce document, mais sa présentation dans le catalogue de ventes présente ce Gestas comme étant Jean Charles Armand Constant de Gestas ; c’est possible,  ce dernier entrera en effet en politique en 1815 et était un fervent royaliste. Mais il est également possible qu’il y ait confusion avec Aymar de Gestas qui à l’époque du complot habitait Bordeaux, et afficha ses opinions anti-bonapartistes. G.Lenotre (Vieilles maisons, vieux papiers – 5eme série) compta comment il fut arrêté en juillet 1807, et délivré manu-militari par un certain Duclos royaliste notoire. Or ce Duclos était membre du complot de Forestier… Voir note 61.

[33] Forestier laissa le détail de son organisation à Dom Manuel Godoy, Prince de la Paix, ministre du Roi d’Espagne ; et Dupérat en témoigna dans son interrogatoire (AN – F7 6356) – Rollac en témoigna également dans ses mémoires.

[34] Jean André Cazalet – Né en 1753. Professeur de physique-chimie à l’école centrale de la Gironde avant la Révolution. Membre de l’académie de Bordeaux en 1780 ; correspondant de l’académie Royale de médecine. Devenu apothicaire, il fut membre en 1797 de l’Institut philanthropique de Bordeaux mais échappa aux arrestations lors de son démantèlement.

[35] AD Gironde – 1M331 – Selon ses témoignages Cazalet souhaitait fabriquer de l’eau minérale ou de l’eau-de-vie…

[36] AD Gironde – 1M331 -Interrogé, Cazalet nia connaître Forestier bien qu’il puisse assurer ne pas l’avoir vu chez Willot. D’autres témoins affirment le contraire…

[37] Archives du Ministère des Affaires Etrangères – Mémoires et documents France –Fonds Bourbon, Volume 620, folio 24.

[38] Archives du Ministère des Affaires Etrangères – Mémoires et documents France – Fonds Bourbon, Volume –630, folio 294.

[39] AD Gironde – 1M331

[40] Eugène de Beauvau serait né en juillet 1774. « Serait né… » ; car en vérité l’enfant né à cette date est officiellement décédé à Nantes le 8 février 1789… Cet Eugène de Beauvau que Forestier venait de retrouver à Londres avait lutté en Vendée sous les ordres de Charette et de Forestier ; et en Bretagne avec Cadoudal et était bien vivant. Pour tous, son identité ne faisait aucun doute… Une identité que la famille de Beauvau refusa pourtant de reconnaître, bien que le tribunal, des années plus tard, affirmera le contraire… Qui était vraiment ce Marquis de Beauvau ? Un usurpateur ? Un enfant abandonné ? A coup sur, un aventurier que Forestier connaissait bien. Et à Londres, cet aventurier décida de s’engager pleinement dans l’organisation. Il est vrai qu’il avait l’avantage de connaître à la fois Forestier et Cadoudal ; deux des piliers du complot -  « Justice et Identité sous la Restauration – Loubette et Eugène » - Jean-André Tournerie – Ed. L’Harmattan 2001.

[41] AN – F7 6356

[42] Leonora de Almeida Portugal Lancastre et Lorena, Marquise de Alorna et Comtesse d’Oyenhausen. Voir à son sujet : « Bulletin de la Société archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique » – tome137 – 2002 – Article de Frédéric Augris : « La plume et le glaive, La Comtesse d’Oyenhause en Vendée ». De nos jour, elle est une figure importante de l’histoire de la littérature au Portugal, où des rues et des écoles portent son nom. Poétesse de grand talent, une institution à Lisbonne conserve ses archives et s’occupe régulièrement de publier ses œuvres…

[43] Cette famille Bethmann, originaire d’Allemagne, avait des appuis financier et politique dans toute l’Europe. Jacques Philippe de Bethmann, chef de cette maison prestigieuse, était l’époux de Elisabeth Von Hemerth dont le frère Justus avait fuit

[44] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[45] AN – F7 6357

[46] Officier d’une des compagnies d’élite de l’Institut.

[47] Jean Baptiste Roger, fils de Jean-Baptiste Roger (1731-1795) et de Anne Brizard. Cette dernière hérita de la fabrique de liqueur de sa tante « Marie Brizard ». Jean-Baptiste fils et ses frères, en 1804 s’occupaient de l’entreprise. Il était lui même un des cadres de l’Institut Philantropique ; au dires de Rollac, il était « capitaine de la compagnie des Guides à cheval, et avait pour Lieutenant Pitar-Laclotte dont nous reparlerons.

[48] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[49] AN-F7 6356

[50] Collection privée

[51] AN-F7 6357

[52] AN-F7 6356 à 6358

[53] AN – F7 6356 à 6358

[54] Michel Henry Victor Cesbron, né à La Jumelière (49) et décédé à Bressuire (79) à l’âge de 81 ans, le 17 mai 1856 ; sa tombe est toujours visible dans le cimetière de cette ville. Il est l’ancêtre direct de l’écrivain Gilbert Cesbron.

[55] AD Loire-Atlantique – 1Q1429

[56] Né à Clisson en Loire-Atlantique en 1775. Ancien officier de Charette, il s’insurgea également en 1799 et se lia alors d’amitié avec Céris. On l’appelle aussi Chevalier de Keremar.

[57] « Vendéens et chouans contre Bonaparte (1799-1814) – Eic-Marie Guyot, 1990.

[58] AN- F7 6356 à 6358.

[59] AN-F7 6356 à 6358.

[60] « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816.

[61] AD Loire-Atlantique – 1M492

[62] « La police secrete du Premier Empire » - Ernest d’Hauterive – Paris, 1908-1964

[63] « La police secrete du Premier Empire » - Ernest d’Hauterive – Paris, 1908-1964

[64] AN-F7 6356 à 6358

[65] AD44 – 1M492

[66] Il se réfugiera plus tard à Saint-Barthelemy en Guadeloupe.

[67] Pour de plus amples renseignements sur « l’Affaire des plombs» voir : « Henri Forestier – général à 18 ans » - Frédéric Augris – Ed. du Choletais, 1997.

[68] « La police secrète du Premier Empire » - Ernest d’Hauterive – Paris, 1908-1964

[69] AN-F7 6356 à 6358

[70] AN-F7 6356 à 6358

[71] The British Library – Fond Windham – Volume 37870

[72] National archives – Londres -C 205/2/37

[73] En vérité les lettres de Fulvy (voir note suivante) à la Comtesse poussent à se poser la question de la véritable implication de la Comtesse dans la mort de Forestier. A l’évidence Forestier vivait avec elle jusqu’à la fin, et Fulvy est persuadé des bons soins qu’elle lui apporta… Alors que penser des accusations de Leclerc, personnage énigmatique ? Ne serait-il pas plutôt un « faux témoin » manipulé par les vrais commanditaires du crime ? Et il y-a-t-il même crime ? Nous savons par des lettres que Forestier était déjà malade dès le mois de février 1806…

[74] A Huntercombe vivait aussi le Marquis Orry de Fulvy.  Ce Marquis de Fulvy était poète et depuis 1803 il était en relation amicale avec la Comtesse d’Oyenhausen et Henri Forestier, comme en témoigne ses lettres conservées à l’Institut Almeida de Lisbonne.

[75] Dans une lettre de 1806, évoquée plus loin dans l’article, le chevalier de St Hubert évoque l’affaire ainsi : « La Comtesse d’Oyenhosen (…) avait pendant sa longue maladie (l’agonie de Forestier à probablement durée plusieurs mois, puisqu’il évoque déjà être malade dans sa lettre à Windham en février 1806) dilapidé la plus grande partie des sommes qu’il avait entre les mains et qui voulait encore s’emparer du reste (…) c’est elle qui l’a conduit au tombeau autant pour contenter sa lubricité que pour s’emparer de ses dépouilles (…)… Le document nous apprend que les fonds avaient été déposés dans des banques au nom de Forestier et que St-Hubert tenta de les obtenir par l’intermédiaire d’une procuration au nom de l’abbé Forestier, frère du général. En vain. Il est également fait allusion au rôle joué par John H. Frère, qui appuya les demandes de Saint-Hubert et voulu l’envoyer retirer des traites à Amsterdam. Saint-Hubert préféra envoyer un de ses hommes qui y fut arrêté dès

son arrivée… Or c’est John H.Frère qui fit remettre à la Comtesse l’argent de la Vendée et s’opposa finalement aux démarches de Saint-Hubert et de Céris. Les 18 pages de la lettre de Saint-Hubert mériterait une étude approfondie…

[76] D’après une letter de la Comtesse, conservée à Lisbonne, et publiée par Vanda Anastacio

[77] The British Library – Fond Windham – 37871

[78] AD44 – 1M492

[79]  « Exposé fidèle des faits authentiquement prouvés qui ont précédé et amené la journée de Bordeaux au 12 mars 1814 » - J.S. Rollac – Paris, Adrien Egron Imprimeur – 1816

 

Frédéric Augris