Le film "Avatar" annonce-t-il une révolution technologique ? De la 3D d’hier à la télévision en relief de demain : bilan.
James Cameron est un habitué des innovations technologiques au cinéma, Abyss (1989), Terminator 2 (1991) ou Titanic (1997) ayant chacun apporté leur pierre à l’émergence des images de synthèse, aujourd’hui omniprésentes. Avec Avatar, Cameron a mis les bouchées doubles : le film promet d’être visuellement spectaculaire grâce à plusieurs techniques développées pour ce tournage.
Avatar est présenté comme une expérience cinématographique révolutionnaire dans laquelle le spectateur est totalement immergé dans l’univers fabuleux de James Cameron : une planète, Pandora, située à des années-lumière de la Terre, des autochtones, les Na’vi, à la peau bleue et hauts de 3 mètres, une faune et une flore hallucinantes, une géologie défiant les lois de la physique avec, notamment, des montagnes volantes recelant une nouvelle forme d’énergie que les hommes, colonisateurs, cherchent à s’approprier.
Pour rendre crédible cette fable écologique, James Cameron a attendu près de 15 ans pour que les technologies permettant une alliance parfaite entre prises de vue réelles et images de synthèse nouvelle génération l’autorisent à concrétiser sa vision, avec un souci marqué : les effets spéciaux doivent servir avant tout la narration et les émotions.
Le déclic survient en 2005, quand Peter Jackson réalise Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours dans lequel Gollum, personnage difforme mais néanmoins « humain », virevolte de façon hyperréaliste. Les mouvements, captés et numérisés à partir d’une combinaison constellée de repères réfléchissants portée par l’acteur, sont cette fois complétés par les corrections des animateurs 3D. Convaincu, Cameron entame alors la production d’Avatar qui durera près de 5 ans.
Pour saisir toute la subtilité du jeu des acteurs, le réalisateur améliore la technique de capture des expressions : jusqu’à présent, pour obtenir une « mimique » digne de ce nom, il fallait coller une centaine de petites sphères sur le visage du comédien afin de numériser grossièrement les mouvements de lèvres ou de sourcils. Cameron va plus loin en équipant ses acteurs avec des casques surmontés de caméras qui filment la moindre de leurs ridules en haute résolution et en plan serré sur leurs visages. Un logiciel se charge de reconstruire point par point toutes ces données en trois dimensions. Résultat : les improbables Na’vi de Pandora affichent des mines saisissantes de réalisme ! Mais la « performance capture » ne s’arrête pas là…
Jusqu’à présent, la « motion capture » nécessitait de reconstruire, a posteriori, les squelettes en 3D des acteurs et de les insérer dans un décor dont l’angle de vue est déterminé et figé à l’avance. Cette technique, utilisée par exemple dans le Pôle Express (2003), a largement montré ses limites. Pour plus de spontanéité, l’équipe de Cameron a mis au point une caméra virtuelle, la Simul-Cam, qui a permis au réalisateur de tourner lui-même les scènes en images de synthèse en temps réel. Le tournage a été réalisé sur un plateau, baptisé « le volume », bardé de caméras HD et de projecteurs infrarouges pour
mieux capter les repères réfléchissants. La « caméra virtuelle », qui ressemble à un volant croisé à une manette de jeu vidéo, n’est pas réellement une caméra puisqu’elle ne filme rien. Ce système simule un écran de contrôle « alimenté » en images de synthèse créées en direct par une batterie d’ordinateurs ultra-performants. Un petit écran permet alors de visualiser, non pas des acteurs en combinaison Lycra, mais bien des Na’vi bleus évoluant dans des décors fabuleux, en basse définition à ce moment de la production. L’action peut ainsi être tournée selon n’importe quel angle et avec une spontanéité inégalée. De plus, les acteurs ont pu entrer immédiatement dans la peau de leurs personnages, sans attendre les mois, voire les années, de postproduction jusqu’à présent nécessaires pour construire ce type d’images.Pour renforcer les qualités immersives du film, le choix de la dernière technologie 3D numérique, Real3D, semblait une évidence. Depuis quelques années, de nombreux films à grand spectacle utilisent ce système bien plus confortable et réaliste que les anciennes lunettes rouges et vertes d’autrefois (voir plus bas). Aujourd’hui, les lunettes ressemblent à des lunettes de soleil, sont recyclables et s’adaptent à toutes les têtes.
Sur Avatar, la qualité de l’image en relief est nettement améliorée par l’utilisation d’une nouvelle génération de caméras, la 3D Relief Fusion. Les anciennes caméras 3D utilisaient deux objectifs séparés de 6,5 cm (l’écartement des yeux) pour former une image double, stéréoscopique. Les deux objectifs étant parallèles, la netteté se faisait spontanément sur les objets lointains et, pour passer à un objet proche, le spectateur était obligé de loucher pour faire la mise au point. Migraineux, s’abstenir ! Le système utilisé par Cameron sur Avatar évite ces désagréments à l’aide d’un « autofocus relief » : il y a toujours deux objectifs, mais leur convergence se règle automatiquement selon la profondeur de champ. En fait, les objectifs louchent pour vous.
Ce système donnera-t-il enfin ses lettres de noblesse au cinéma en relief ? Depuis plus de 50 ans, les films en 3D n’ont en effet jamais réussi à s’imposer. Rappels.
Les premières images stéréoscopiques sont mises au point par Charles Wheatston en 1838. Dès les années 1920, le cinéma s’approprie la stéréoscopie en utilisant le système des anaglyphes qui consiste à séparer les images droite et gauche par un artifice de couleurs. En 1935, Louis Lumière améliore ce système et réalise un remake en relief de L’arrivée du train en gare. Le relief au cinéma connaît un premier âge d’or dans les années 1950, notamment auprès des amateurs de sensations fortes, avec des films comme L’Homme au masque de cire (1953) ou L’Étrange créature du lac noir(1954) dont la diffusion à la télévision française en 1982 reste dans les mémoires de toute une génération. Cantonnée au cinéma d’épouvante, le relief ne reste qu’un phénomène de foire et le grand public, aux yeux fragiles, n’adhère pas au système des anaglyphes bigarrés.
Un nouveau procédé relance la production des films en relief au milieu des années 1950 : la lumière polarisée. Les images sont projetées à travers deux filtres polarisés, les rayons, ou plutôt les ondes lumineuses du côté gauche étant orientés perpendiculairement à celles de droite. Les spectateurs portent également des lunettes polarisantes, mais cette fois, plus de filtres colorés. Plus confortable, ce procédé sera utilisé pour une soixantaine de film, dont le Crime était presque parfait(1954) d’Alfred Hitchcock. Mais l’expansion du relief est freinée à l’époque par des problèmes d’équipement de salle : l’écran doit être entièrement métallisé et la projection nécessite de synchroniser deux projecteurs.
Le relief refait surface dans les années 1980 avec le perfectionnement du procédé Stéréovision qui repose sur la superposition de deux images par le biais d’une focale anamorphique. L’horreur est encore à l’honneur avec des films comme Vendredi 13 : Meurtres en trois dimensions (1982) ou Les dents de la mer 3 (1983). Outre les maux de tête provoqués par des images encore imparfaites, les estomacs se retournent facilement avec cette débauche de films « gore ».
En 1986, le nouveau format de pellicule Imax permet des projections sur des écrans gigantesques entourant les spectateurs, et sa déclinaison en 3D, l’Imax 3D, qui s’accompagne de nouvelles technologies de visionnement, fourni des images sensationnelles. Mais seuls de grands parc d’attraction peuvent financer de telles salles.
Le développement des technologies numériques conduit à la création d’un nouveau format en 2003, le RealD Cinema, qui utilise toujours le principe de polarisation, mais cette fois, un seul projecteur est nécessaire pour diffuser des films stéréoscopiques. Par conséquent, les salles se sont rapidement équipées et aujourd’hui plus de 4500 d’entre elles proposent ce système dans le monde. Au programme, on trouve essentiellement des films d’animation pour un public jeune (Volt, star malgré lui, 2008, Là-haut, 2009) ou de l’épouvante (Destination finale 4, 2009), un genre prépubère qui « colle » décidément au cinéma en relief. Les innovations 3D d’Avatar réussiront-elles à séduire un public plus mature ? L’avenir nous le dira…
C’est pourquoi certains constructeurs envisagent déjà une télévision en relief sans lunettes. Ces téléviseurs autostéréoscopiques sont en plein développement ainsi que des logiciels qui convertissent les émissions traditionnelles en images 3D.
Malgré ces astuces, ces téléviseurs nouvelle génération vont devoir être alimentés par des programmes conçus en trois dimensions. Les grandes chaînes se préparent, notamment au Japon où l’on est friand de technologies : la chaîne publique NHK diffuse déjà une heure par jour d’émissions en relief, une autre proposera, dès 2010, la totalité de ses programmes en 3D.