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LA CHAPELLE ROYALE SAINT- FRAMBOURG DE SENLIS : recherches archéologiques

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LA CHAPELLE ROYALE SAINT- FRAMBOURG DE SENLIS : recherches archéologiques
Publié le:02/03/2012

fouilles effectuées à propos de la chapelle royale d’Adélaïde épouse d’Hugues Capet


 


     Pierre-François PUECH, Bernard PUECH & Marc DURAND

 

On connaît la signification du mot « Senlis », la cité des Sylvanectes à qui Claude (qui régna de 41 à 54 après J.-C.) donna peut être son titre et ses droits de « cité libre ». Celle-ci marqua sa gratitude en élevant à l’empereur une statue qui fut ensuite détruite lors de la première vague d’invasions, dans la seconde partie du IIIe siècle. Le socle fut mis au jour lors de fouilles archéologiques dans le parc du Château Royal près de la tour médiévale (figures n°1 et 2).

Socle de la statue de l'empereur Claude, Senlis
Socle de la statue de l'empereur Claude, Senlis
hommage de la cité des "Sulbanectes"
© Durand M.
Musée Senlis

 

 

 

 Fig. 1 : « A  Tibère Claude César Auguste Germanicus, grand Pontife, revêtu de la puissance tribunitienne pour la 8e fois, consul pour la 4e fois, salué imperator pour la 16e fois, Père de la Patrie, censeur. En hommage officiel de la cité des Sulbanectes. » © Marc DURAND

 

 

 

 

 

Senlis, comme la plupart des cités du monde romain, était une agglomération ouverte durant la paix romaine. Mais des remparts sont devenus indispensables au IIIe siècle lorsque les temps incertains sont apparus avec les invasions barbares.

Aujourd’hui, la ville conserve ce premier rempart qui a encerclé la métropole religieuse au Moyen âge. C’est lui que l’on a retrouvé aux origines de la chapelle voulue par Adélaïde pour remercier Dieu de l’élection au trône de France de son défunt époux Hugues Capet, à Senlis (figure n°2). 

Muraille gallo-romaine et principaux monuments du "castrum" future ville de Senlis
Muraille gallo-romaine et principaux monuments du "castrum" future ville de Senlis
© P.-F. et B. Puech
plan de Senlis
     

 Fig. 2 : plan de la muraille gallo-romaine et des principaux monuments au nord du castrum, comme le palais royal, la cathédrale et la collégiale  Saint-Frambourg. © PF et B PUECH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Est-ce le hasard qui a déterminé l’emplacement de Saint-Frambourg ?  Non, car la reine a fait élever cette chapelle pour la substituer à une église carolingienne en mauvais état. On sait en effet que les premiers évêques se sont efforcés d’établir les lieux de culte sur les fondations de sanctuaires païens. En effet, les prédications de saint Martin, apôtre des Gaules, voulaient mettre fin au culte des idoles. Cela impliquait qu’il fallait détruire les sanctuaires voués aux faux dieux. Nous avons un exemple de cette mission qui devait faire disparaître le paganisme dans la forêt d’Halatte au nord de Senlis (Durand, 2000). On pouvait donc supposer que des fouilles entreprises sous la collégiale actuelle mettraient au jour les ruines d’un temple comme le laissait supposer la tradition (figure n°3).

Muraille de Senlis chevauchée par la collégiale Saint-Frambourg
Muraille de Senlis chevauchée par la collégiale Saint-Frambourg
© P.-F. et B. Puech
Collégiale Saint-Frambourg auditorium Georges Cziffra à Senlis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fig. 3 : la muraille de Senlis chevauchée par la collégiale Saint-Frambourg © P.-F. et B. PUECH.

 

 

 

 

 

 

 

  

     Saint-Frambourg est la propriété de la famille Cziffra depuis le 23 avril 1973, date où le pianiste Georges Cziffra l’acheta. Il  entreprit de restaurer la collégiale pour permettre aux jeunes artistes de s’y faire connaître. Les fouilles du Service régional des Antiquités historiques de Picardie, dirigées par Jean-Michel Desbordes commencèrent  le 20 février 1974 dans les remblais tassés sous le pavé de la nef. Elles ont permis de dégager une tour arasée de l’enceinte gallo-romaine, la muraille ainsi que la chapelle construite vers 997 par Adélaïde, veuve d’Hugues Capet (figures 4 et 5).

Chapelle Royale Saint-Frambourg édifiée par Adélaïde épouse d'Hugues Capet
Chapelle Royale Saint-Frambourg édifiée par Adélaïde épouse d'Hugues Capet
crypte archéologique de l'auditorium Georges Cziffra
© Fondation Georges Cziffra
Chapelle Royale Saint-Frambourg à Senlis

 


 

 
Fig. 4 : la chapelle d’Adélaïde en direction du levant, l’ouest étant dans le dos du photographe. © Fondation Cziffra.

À droite, sur la photo de la figure 4, l’excavation non rebouchée de József Laszlovszky  Gergely Buzás. (Central European University  -CEU, Budapest). Au centre la grosse structure décelée par EDF Mécénat et qui correspond au mur gouttereau sud de l’édifice carolingien. Nous avons donc les vestiges de deux églises sous l’édifice gothique actuel qui date du XIIe siècle.

À gauche sur la photo, l’emplacement des fouilles rebouchées de Marc Durand. Elles s’étendaient du mur nord de la collégiale actuelle (dont la fondation est visible à gauche) jusqu’au droit de la substructure carolingienne ; c’est-à-dire que les 2 bases de piles à gauche ont été mises au jour par Marc Durand.  Le lieu de culte carolingien était donc à peu près au même niveau que la reconstruction capétienne, dans le même axe mais largement décalé à gauche du côté nord. D’après les relevés de l’équipe hongroise dirigée par József Laszlovszky, l’église carolingienne, plus grande que la chapelle d’Adélaïde, débordait au nord de la collégiale sous l’espace en esplanade actuel. Pour être précis sur les niveaux, on voit le reste de pavement de circulation de la chapelle sous le socle cylindrique de la statue du roi. Celui de l’édifice carolingien, d’après les stratigraphies de Marc Durand  devait se situer 15/20 cm plus bas. Cela est dû au fait que, lors de sa démolition, la vieille église a laissé des déblais tassés sur place, tous les matériaux ne pouvant être réutilisés (enduits, poutres, mortiers, etc.) dans la nouvelle église d’Adélaïde, ce qui a fait remonter légèrement le niveau de circulation.

 

 

Fig. 5 : © Fondation Cziffra -De gauche à droite,

pilastre septentrional  Frotland Ier (VSQVE MLVIII  …IED ...

Chevet plat avec fresques des évêques Frotland et Raoul, Chapelle Royale Saint-Frambourg à Senlis
Chevet plat avec fresques des évêques Frotland et Raoul, Chapelle Royale Saint-Frambourg à Senlis
© Fondation Georges Cziffra
Senlis
[A]RTISAD… = décédé en 1058….ici enterré vers le jour….pose les pieds sur un tapis à dessin curviligne. Frotland avait 60 ans environs.

2° statue d’évêque

pilastre méridional  Raoul (APICEM QVO PLVS….  RAP.TVS AD hVNC …. PEC[CA]TORE FRATER NE = tué par un sanglier….  R[aoul] fut ici amené, de force…..  Frère, suis le bon chemin…..pose les pieds sur un tapis à dessin géométrique. Raoul II ou Rodolphe mourut jeune en 1021.

Raoul  était le fils de Gauthier II le Blanc, comte d’Amiens-Vexin-Valois et d’Adèle, fille du comte de Senlis, Herbert de Vermandois. En faisant construire des églises, châteaux et places fortes dans le royaume, l’illustre comte Gauthier était un des plus grands feudataires de son temps. Traduction Maria Fasi.

   

 

 

 

     

 

      Il est à remarquer que l’édifice carolingien, dont le large mur du côté sud apparaît comme axe central de la chapelle d’Adélaïde (structure décelée par EDF Mécénat) date de la fin du Xe siècle. L’axe ne correspond pas exactement à celui de la chapelle de la reine qui a utilisé la tour du rempart comme abside. Il y a tout lieu de supposer, à l’instar de ce qui s’est produit pour la cathédrale, où l’étage de la tour gallo-romaine a été utilisé comme chapelle dédiée à saint Michel, qu’ici les mêmes dispositions ont été adoptées pour abriter une chapelle haute.. Le mur est-ouest passant sous l’escalier actuel reliant la collégiale gothique/auditorium de la Fondation Cziffra à la chapelle d’Adélaïde, repéré lors du sondage 3 en 1996 par Marc Durand  correspond au mur ouest  d’une construction rectangulaire dont le mur est a été le rempart gallo-romain. La position du mur nord n’est pas connue, mais une maquette a été proposée par Gergely Buzás de l’équipe dirigée par József Laszlovszky (figure 6).

Eglise Carolingienne qui a précédé la Chapelle Royale d'Adélaïde épouse d'Hugues Capet à Senlis
Eglise Carolingienne qui a précédé la Chapelle Royale d'Adélaïde épouse d'Hugues Capet à Senlis
© Gergely Buzas et Jozsef Laszlovszky
Gergely Buzas et Jozsef Laszlovszky

Fig. 6 : reconstitution en élévation et plan de l’église carolingienne. La flèche en haut à droite [1] indique le mur est-ouest visible au centre de la fouille sous la nef de la chapelle d’Adélaïde ainsi que le mur est de cette chapelle intra muros (la muraille défensive gallo-romaine est toujours utilisée).

La flèche au centre du plan [2] indique le mur nord de la chapelle d’Adélaïde alors que la flèche inférieure [3] indique la porte nord du clocher porche qui s’ouvre à l’ouest. © Gergely Buzás.  

 

 

 

 

 

 

     La période gallo-romaine, est celle des plus anciens vestiges conservés sous l’église carolingienne. Les sondages, à plus de trois mètres de profondeur du côté méridional, ont localisé la cave d’un bâtiment gallo-romain avec un grand four domestique. Cette construction a été démolie lors de l’élévation de la muraille gallo-romaine.

Du côté septentrional, d’autres sondages, un peu plus profonds, ont laissé voir l’angle des fondations d’une construction importante, orthonormée au quadrillage d’Augustomagnus, la Senlis antique. Compte tenu des artefacts rencontrés, il est probable que ce niveau corresponde au premier état de la cité.

La muraille fortifiée qui entourait Augustomagnus comportait trente tours dont quatre pour les deux portes. Lors de ces fouilles il n’a pas été possible de préciser qu’elle était la relation de la muraille avec la tour mise au jour.

Tour gallo-romaine Chapelle Royale Saint-Framboug Senlis
Tour gallo-romaine Chapelle Royale Saint-Framboug Senlis
fouilles archéologiques
© Fondation Georges Cziffra
Chapelle Royale Saint-Frambourg Senlis
Fig. 7 : vue de la fouille de 1974, dégagement de la tour gallo-romaine et démolition partielle, peu après, du mur de renfort édifié pour contenir les terres de remplissage. Un escalier sera construit, par la suite, afin de poursuivre des fouilles qui mettront au jour un sarcophage     © Fondation CZIFFRA

 

 

Tour gallo-romaine avec sarcophage Chapelle Royale d'Adélaïde épouse d'Hugues Capet Senlis
Tour gallo-romaine avec sarcophage Chapelle Royale d'Adélaïde épouse d'Hugues Capet Senlis
© Fondation Georges Cziffra
Chapelle Royale Saint Framboug Senlis
Fig. 8a et 8b : un sarcophage a été découvert, il a été placé au pied de la tour © Fondation Cziffra

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      La chapelle d’Adélaïde (figures 9 et 10), longue de 19 m sur 10 m, a été édifiée dans l’axe de la tour de l’enceinte gallo-romaine en débutant à 1, 10 m d’elle. Les colonnes de la nef qui ont 44 cm de diamètre, divisaient l’espace intérieur en cinq travées égales d’est en ouest, depuis les deux pilastres de l’abside à chevet plat.

 

Chapelle Royale d'Adélaïde Capet Saint Frambourg Senlis
Chapelle Royale d'Adélaïde Capet Saint Frambourg Senlis
© Laszlovszky J. et Buzas G.
Chapelle Royale Saint Frambourg Senlis
L’espace intérieur de la nef était délimité, dans sa partie centrale par des grilles.

   Fig. 9 et 10 : maquette et plan de la chapelle royale d’Adélaïde qui vient buter contre le rempart. © József Laszlovszky et Gergely Buzás.

 

 Il faut noter, sur le tronc de colonne nord-est, la gravure d’une licorne très originale (figure n° 11).

 

sgraffito Licorne Chapelle Royale Saint Frambourg Senlis
sgraffito Licorne Chapelle Royale Saint Frambourg Senlis
© Puech
Chapelle Royale Saint Frambourg Senlis

 

 

 

 

Fig11:sgraffito, incisé sur l’enduit du tronc de colonne nord-est de la chapelle d’Adélaïde, représentant une licorne sous le nom VNICORNIUS © P.-F. PUECH, B. PUECH  et Serge RAMOND.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     La collégiale gothique qui abrite aujourd’hui l’auditorium de la Fondation Georges Cziffra (figure n°12),  est construite après que la chapelle d’Adélaïde ait été implosée à la pioche à la fin du XIIe siècle et qu’une partie de la muraille gallo-romaine ait été dérasée sur une longueur d’un peu plus de 120 mètres. La hauteur de la muraille, évoluait alors de 7m à 12 m, en fonction du pendage du terrain,  pour maintenir un chemin de ronde horizontal autour du castrum. Les gravats ainsi produits ont été répartis entre la voirie et le fossé sec. En 1974, les fouilles ont mis au jour les piliers et colonnes de l’ancienne chapelle d’Adélaïde, une statue d’évêque en pierre ainsi que de nombreux tessons de verre et de poteries rigoureusement anonymes puis quelques années plus tard, plus bas que la chapelle, mais à l’extérieur de la muraille, un sarcophage avec squelette en cours d’études.

Collégiale Saint Frambourg auditorium Georges CZIFFRA Senlis
Collégiale Saint Frambourg auditorium Georges CZIFFRA Senlis
vitraux conçus par le peintre Miro
© Fondation Cziffra
Chapelle Royale Saint Frambourg Senlis

 

 

  Fig.12 collégiale Saint-Frambourg. Au chevet, vitraux conçus par le peintre Miro © Fondation Cziffra

 .

 

 

 

 

     La chapelle d’Adélaïde, devenue ainsi une crypte archéologique sous l’auditorium, attire les pèlerins des temps modernes vers Georges Cziffra (Figure n°13).

Georges CZIFFRA
Georges CZIFFRA
© Puech
Saint-Frambourg chapelle royale Senlis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fig. 13 Georges Cziffra © P.-F. et B. PUECH.

 

 

 

Un champ approprié dans le sous-sol offre une intelligence plus grande de la dynamique de ce site chrétien majeur. Site qui révèle la direction, le rythme du changement et les variations du lieu selon la nature du pouvoir politique. Son archéologie nous a  donné une suite de séquences qui restituent à la muraille ses trois fonctions traditionnelles : 

- défense du castrum contre les invasions « barbares » ;

- symbolique d’une enceinte sacrée dans laquelle, près de la Cathédrale, une grande église est construite par les Carolingiens qui avaient fait de Senlis et de Compiègne les centres de leurs chasses ;

- ostentatoire des terres royales au nord de Paris avec une nouvelle construction apposée à l’enceinte (chapelle royale d’Adélaïde, épouse d’Hugues Capet)  puis, enfin,  couvrant la tour gallo-romaine pour surplomber de plus de 12 mètres la muraille de la cité devenue une ville : la collégiale Saint-Frambourg.

 

       Bibliographie 

DESBORDES Jean-Michel (1975) Les origines de la collégiale Saint-Frambourg de Senlis, Archéologia, Dijon, p. 46-60.

DURAND Marc (1998) Sondages entrepris dans la chapelle basse de la collégiale Saint-Frambourg de Senlis (Oise) en 1996, Comptes rendus et Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie, Senlis, p. 155-164.

DURAND Marc (2000) Le temple gallo-romain de la forêt d’Hallate (Oise), Revue archéologique de Picardie, Amiens, n° spécial 18, p. 93-142.

Pierre-François PUECH, Bernard PUECH & Marc DURAND 

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