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L'éducation du jeune samouraï

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L'éducation du jeune samouraï
Publié le:19/09/2008


 

Le mythe du fier guerrier japonais a été forgé en grande partie par le bushidô, la voie du guerrier, c'est-à-dire le code regroupant l’ensemble des règles que devait suivre tout samouraï digne de ce nom.

 

Mais avant l’application de ce code d’honneur, le jeune noble prédestiné à devenir samouraï devait suivre une éducation rigoureuse. L’éthique de l’aristocratie japonaise se transmettait alors dès l’âge de 6 ans. Dure, parfois cruelle, cette éducation avait pour seul but, le devoir impératif de servir.

 

 

Une éducation « à la dure » :

 

L’année de ses 6 ans, le futur samouraï (fils de samouraï) rejoignait le kochigo, le groupe des plus jeunes (de 6 à 10 ans). Là, on lui évitait l’oisiveté et les contacts (maternels) qui pouvaient l’empêcher de s’endurcir. Dans le petit groupe qu’il rejoignait, on lui apprenait la fraternité, la cohésion du groupe. Même si on cherchait à développer certaines qualités personnelles qui allaient lui être indispensables sur un champ de bataille, le groupe devait primer sur le reste. A ses 11 ans, il quittait les kochigo pour les osechigo (de 11 à 14 ans). Enfin, il rejoignait les nise à partir de 15 ans (jusqu’à 25 ans).

 

Même pour les plus jeunes, la journée commençait très tôt, aux alentours de 6h du matin. Les principales activités de la matinée étaient l’étude de textes qui bien souvent étaient appris par cœur. L’après midi était surtout consacré à des activités extérieures.

L’image classique du jeune samouraï tend à véhiculer une éducation extrêmement rigide. Même si elle nous paraîtrait aujourd’hui très dure, cette éducation n’ignorait cependant pas les jeux pour les plus jeunes. Sans oublier le but recherché, ces jeux en plein air étaient destinés à développer le sens de la compétition et à leur faire découvrir la nature dans ses aspects les plus utiles, comme dans ses aspects les plus dangereux.

 

Après 11 ans, la journée ne se terminait pas au repas du soir. Après celui-ci les osechigo retournaient à leurs études. Parfois à la nuit tombée, les instructeurs vérifiaient le courage de leurs élèves. Ils les lâchaient alors en forêt pour un curieux jeu de piste, au cours duquel les participants devaient ramener différents messages disséminés au cœur de la forêt. Les comportements de lâcheté tout comme les fanfaronnades étaient punis très sévèrement.

 

Les plupart des punitions était basée sur le sentiment de honte, allant d’une série de gifles devant tous les autres, jusqu’à la privation de liberté ou la bastonnade collective.

 

 

« Arts de la paix, arts de la guerre » :

 

Evidemment l’enseignement des arts martiaux faisait partie intégrante de l’éducation. Pour être un bon samouraï, il fallait tout à la fois maîtriser le sabre, le tir à l’arc, l’équitation ou le combat à mains nues. Une pratique intense pendant des heures permettait d’acquérir de l’endurance.

 

Parallèlement à ces enseignements physiques, le jeune garçon se devait également de connaître aussi les « arts de la paix » (bun). Les « arts de la guerre » (bu) n’étaient qu’une facette du savoir transmis par les maîtres. Certains grands penseurs du XVIIème siècle comme Nakae Tôju ou encore Kumazawa Banzan ont même théorisé la combinaison de ce double enseignement.

 

Samouraï par Thiebault Courot
Samouraï par Thiebault Courot
Samouraï par Thiebault Courot
© Thiebault Courot
Thiebault Courot
 Il était de tradition que les samouraïs soit ambidextres. Pour cela on favorisait (théoriquement) la pratique des « arts de la paix » de la main gauche, alors que les « arts de la guerre » se faisaient de la main droite. Ainsi à partir du XIIIème siècle, les futurs samouraïs s’adonnent à la poésie et étudient avec soin les sûtras du bouddhisme ou les pensées de Confucius. Il n’est par rare de voir dans certaines écoles les jeunes garçons apprendre la peinture,  la calligraphie, l’art des jardins ou s’adonner à la cérémonie du thé.

En effet, dans toutes ces disciplines règnent la maîtrise, la concentration, qualités indispensables pour quiconque détient des armes entre ses mains.

 

L’image d’une éducation idéalisée fait apparaître aujourd’hui un parfait équilibre entre la pratique de l’esprit et la pratique physique. En réalité l’éducation reflétait les événements du moment. Au cours d’une époque de paix relative, l’enseignement des « arts de la paix » était évidemment plus présent qu’au cours d’une époque caractérisée par la guerre ou l’instabilité. Dans tous les cas, même en période de paix, le samouraï ne pouvait abandonner la pratique guerrière et ses enseignements. Il en allait de son rang.

 

 

Le samouraï, un combattant spirituel :

 

Bizarrement, les samouraïs ne recevaient pas d’enseignement religieux à l’école. A l’époque où la classe guerrière domine la société japonaise, la religion impose des rites importants lors des grands moments de la vie (naissance, mort).

 

La religion traditionnelle japonaise était et est toujours le shintô issu du shintoïsme ancien. Religion animiste qui dérive d’une forme de chamanisme, elle offrait aux jeunes samouraïs le but ultime, servir l’empereur. La religion shintô fait de la personnalité de l’empereur le représentant du Ciel sur Terre. En revanche, certains aspects du shintô posent problèmes avec le devoir du samouraï. Ce dernier étant souvent en contact avec le sang et la mort, il en est forcément souillé.

 

L’apparition du bouddhisme au Japon (VIème siècle), s’adapte mieux à la classe guerrière. Tout d’abord, le shintô est essentiellement rituel et ne comporte pas de doctrine compliquée. Nos samouraïs lettrés se tournent plus vers le bouddhisme pour lequel un enseignement est nécessaire. Avec le développement du zen, l’enseignement religieux se tourne alors vers l’éveil dans un  rapport étroit de maître à disciple. Ainsi, les maîtres d’arts martiaux allaient puiser dans le zen et le zazen (méditation), les moyens de faire comprendre aux jeunes samouraïs la nécessité de détacher leur esprit de ce qui les entoure, afin d’atteindre une « fluidité » de leurs actions. Naît alors le mythe du samouraï calme, sûr de ses gestes et parfaitement concentré.

 

Enfin, Confucius ne peut être ignoré de l’enseignement des samouraïs. Le message de Confucius fut également populaire auprès des guerriers japonais, car il véhiculait des valeurs comme la vertu, l’honnêteté, ou « l’attitude juste ». Ainsi, il apportait une morale et des modèles de comportements jusqu’ici absents des enseignements shintô et bouddhiste.

 

Sources :

Le Masque du samouraï. Aude Fieschi, éd. Philippe Picquier.

Le Japon d’Edo. François et Mieko Macé, 2002, éd. Guides belles lettres des civilisations.