SERVICES
Article Contributeur
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail

Jules Richard (1825 -1899)

Note moyenne : pour 6 votes
Commentaires (100) Ajouter un commentaire Signaler un abus Votre vote  
En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse
Jules Richard (1825 -1899)
Publié le:10/11/2008

Littérateur, journaliste et bibliophile français


 Jules Richard (Thomas-Jules-Richard Maillot, dit Jules) (1825-1899)

Disparu depuis longtemps des dictionnaires du XXè siècle, pas encore assez connu pour figurer dans le Grand dictionnaire Universel de Pierre Larousse (1866), ignoré des deux grands dictionnaires de référence du début du XXème siècle; le Nouveau Larousse illustré (1902) et le Larousse du XXème siècle (1928), Jules Richard fait  l'objet d'un article dans l'excellente encyclopédie Berthelot (Paris, Société anonyme de La Grande encyclopédie, 1885-1902).

 

Biographie

Voici l'article rédigé par Philippe Berthelot fils du chimiste Marcellin Berthelot.

RICHARD (thomas-Jules-Richard Maillot, dit Jules), littérateur et journaliste français, né à Paris le 3. avril 1825. Licencié en droit, il entra dans les bureaux du ministère de la guerre (1843-1856) et donna sa démission pour se consacrer au journalisme. Il écrivit au Figaro une série d'articles intitulés Figaro à la Bourse (1857), puis dans le Rabelais, au Courrier de Paris, au Pays (des variétés militaires sur la guerre d'Italie). Rédacteur au Temps (1861-1863) et à l'Europe, il entra, en 1865, comme chroniqueur quotidien à l'Epoque. Jusqu'à la guerre, il écrivit chaque jour dans ce journal, ou dans la Presse, le Figaro, le Paris-journal, des articles remarqués; le 9 mars 1868, il fut condamné à deux mois de prison pour un article politique écrit dans le Figaro. Après 1871, il devint un des principaux rédacteurs de l'Ordre et, en 1877, rentra au Figaro. Parmi ses nombreux ouvrages signés (car il a collaboré anonymement à beaucoup d'autres), on cite : l'Armée d'Italie (1850); les Crimes domestiques (1862); un Péché de vieillesse (1865); la Galère conjugale (1866); les Cléricaux, l'Art de former une bibliothèque (1883); le Bonapastisme sous la République, l'Annuaire de la guerre (1887); Armée de la défense de Paris (1889); Salon militaire (1888); En campagne, dessins d'A. de Neuville (1885-88); l'Armée française, types et uniformes d'Ed. Detaille (1885-88); la Jeune Armée, illustrations par Du Paty (1890). Ph. B.

Son ouvrage le plus connu est

L'art de former une bibliothèque, Paris, Ed. Rouveyre et J. Blond, 1883.

Conseils et informations pour les bibliophiles de la fin du XIXe siècle. Si les goûts ont évolués et si le champ de la bibliophilie s'est élargi, certaines informations sont toujours valables.

Extrait de l'ouvrage

Avant-Propos

Ce n'est pas pour les grands bibliophiles que j'écris ce petit traité sur l'art de former une bibliothèque; ceux-là n'ont besoin ni de maîtres ni de leçons. Ce petit volume est spécialement destiné aux honnêtes gens qui aiment les lettres et cherchent dans la pratique de leur culte, dans le goût de la collection des livres une agréable diversion aux ennuis quotidiens de la vie. Jamais la passion des livres anciens et nouveaux n'a été plus répandue. qu'aujourd'hui ; mais il convient d'ajouter tout de suite qu'on n'a jamais fait de plus vilaine librairie. je ne parle ici que de la confection des livres courants, des romans, brochures, pièces de théâtre, livres spéciaux qui sont presque tous fabriqués avec une remarquable négligence. Composés avec des caractères usés, mal corrigés, tirés sans soin sur un affreux papier n'ayant ni corps ni ampleur, défectueusement margés et assemblés grossièrement sous une couverture généralement transformée en catalogue, ils sont horribles. Tellement horribles qu'un auteur, respectueux de ses oeuvres fait toujours tirer pour son usage et celui des personnes qu'il estime une cinquantaine d'exemplaires en grand papier ordinairement du vergé à la forme - souvent sept ou huit autres sur vélin ou sur chine. Ce sont là heureusement les seuls témoignages qui resteront de notre librairie courante ; ce sont les seuls que l'on collectionne à côté des superbes éditions que nos grands artistes éditeurs, secondés par des maîtres imprimeurs - parfois aussi artistes qu'eux, - établissent à petit nombre et par conséquent à des prix trop élevés pour les lecteurs vulgaires.
Une belle bibliothèque représente donc une valeur qui peut varier comme le portefeuille d'un spéculateur, car les livres ont leurs cours soumis aux caprices de la mode et des collectionneurs.
On compte, tant à Paris qu'en France et à l'étranger, environ mille personnes qui collectionnent les beaux livres. Si l'on veut y ajouter les amateurs possédant une bibliothèque de plus de trois mille volumes reliés, on peut hardiment quadrupler ce chiffre.
Un document de librairie établissait récemment que le Manuel du libraire de Brunet, aujourd'hui épuisé, a été tiré à six mille exemplaires; et il en concluait qu'il existe le même nombre de Bibliophiles. Ce raisonnement est faux, car l'oeuvre de Brunet a sa place marquée chez tous les libraires importants et dans presque toutes les bibliothèques publiques de l'Europe et des Etats-Unis ; et leur nombre vient diminuer d'autant celui des amateurs acheteurs du Manuel.
Ces collectionneurs et amateurs appartiennent à tous les rangs de la société. je cite une trentaine de noms au hasard de ma mémoire : S. A. R. le duc d'Aumale, la famille de Rothschild, le baron Pichon, Hankey, Guy-Pelion, Quentin- Bauchard, de Lignerolles, Richard Gompertz, le comte Foy, Delicourt, Gonzalès, Eugène Paillet, Ulric Richard-Desaix, Dutuit, Laroche-Lacarelle, Dècle, Bégis, Henri Leroy, le prince d'Essling, Jules Hédou, le duc de Brissac, Edouard Bocher, l'abbé Bossuet, Laugel, Charles Mehl, Georges Danyau, le baron Ruble, Léonce de Lamothe, etc., dignes successeurs des Cicongne, Pixérécourt, Soleinne, Armand Bertin, La Bédoyère , Yemenitz, Solar, Jacques-Charles Brunet, Léon Double, Ambroise Firmin Didot, Emile Michelot, Bancel, etc. Mais à côté de ces grands amateurs, je connais d'humbles bureaucrates, de modestes gens de lettres, qui n'ayant pas assez d'argent mignon pour éparpiller leurs forces dans des acquisitions variées, les concentrent sur un filon bibliographique particulièrement intéressant. C'est ainsi que s'explique la cherté de certains livres à certaines époques. Il y a sept ou huit ans, par exemple, on collectionnait les Rétif de la Bretonne avec une telle frénésie qu'en 1877, un exemplaire complet - et en reliure ordinaire du temps -des oeuvres de ce pamphlétaire romancier, provenant de M. Ludovic Halévy, fut catalogué chez Fontaine, le célèbre libraire du passage des Panoramas, au prix de cinq mille francs (183 parties en 158 tomes).
Un autre exemplaire beaucoup mieux conservé et non rogné, relié superbement par Chambolle Duru, figurait à côté de celui de M. Ludovic Halévy et était estimé au prix de 18 mille francs !!!
Je donne ces prix pour qu'on saisisse du premier coup la différence entre les exemplaires rognés et les exemplaires non rognés. Ces derniers peuvent être reliés à nouveau. Les autres doivent conserver l'habit de leur temps qui, surtout pour les Rétif, manque de charme et d'élégance.
Il y a quatre ou cinq ans, la mode était aux Cazins. En ce moment la grande admiration que l'on éprouvait pour les adorables petites éditions du libraire Cazin commence à diminuer. Les seuls exemplaires des ouvrages érotiques à gravures, surtout. lorsqu'ils sont reliés en maroquin rouge plein, ont conservé de la valeur.
Remarque utile à noter: toutes les fois que la bibliophilie commerçante s'occupe trop activement d'une famille de livres, le goût du public pour ces livres diminue d'autant plus que le prix s'élève. La spéculation a bien vite atteint ses bornes, justement parce que le nombre des amateurs d'un livre est assez restreint. En 1850, Monsieur Nicolas, le meilleur ou tout au moins le plus curieux ouvrage de Rétif, se vendait en nombre à vingt centimes le volume, rue de Touraine-Saint-Germain, aujourd'hui rue Dupuytren. Un petit libraire de la rue de la Lune, Alvarès, acheta tout en bloc et imagina d'en constituer une valeur à la hausse, en demandant à Monselet une biographie bibliographique qui remit Rétif à la mode. Cette mode dura jusqu'au moment où Fontaine la tua par ses exagérations. C'est ainsi que le bibliophile Jacob, en refaisant et en complétant la jolie monographie de Charles Monselet a fait baisser des trois quarts la valeur vénale de Rétif. J'attribue la défaveur momentanée des éditions Cazin à la réédition des travaux de M. Brissard-Binet, libraire de Reims, et aux publications de M. A. Corroënne, ex-musicien au régiment de gendarmerie de la Garde impériale et amateur distingué, fanatique de Cazin.
Le collectionneur aime surtout ce qu'il connaît peu, et adore ce qu'il ne connaît point. Aussi je terminerai cette introduction par les conseils suivants:
Se méfier toujours de son enthousiasme.
Se méfier des prix énormes auxquels on cote certaines éditions originales d'auteurs secondaires. Pour les génies reconnus, on peut y aller de bon coeur, mais pour les autres que de mécomptes on se prépare dans l'avenir!
N'acheter cher qu'un livre que l'on connaît.
Vérifier les titres, la pagination, les tables et compter les gravures si c est un livre à vignettes.
Même réflexion pour les tirages sur papier extraordinaire de livres absolument ordinaires. Le Whatman et la peau de vélin doivent être bien portés pour conserver leur valeur.
Mais, me demandera-t-on, comment vérifier ce qu'on ne sait pas ?
Je vais l'expliquer après avoir dit comment on devient un amateur.

 

Citations de Jules Richard

Sélection réalisée par Gilles Jobin 

1. Le collectionneur aime surtout ce qu'il connaît peu, et adore ce qu'il ne connaît point.
(L'art de former une bibliothèque, p.11, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
2. On sait quand on commence une collection, on ne sait jamais quand on la finira ; c'est là le plaisir.
(L'art de former une bibliothèque, p.16, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
3. Voici bientôt trente ans que j'aime les livres, que je m'en occupe, que je les palpe et que j'en achète. [...] Je ne suis pas un savant, je suis un fervent.
(L'art de former une bibliothèque, p.19, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
4. [...] un amateur jaloux fera toujours bien de se souvenir de ces deux vers que Guilbert de Pixérécourt avait fait insérer sur le fronton de sa bibliothèque :
Tel est le triste sort de tout livre prêté :
Souvent il est perdu, toujours il est gâté.

(L'art de former une bibliothèque, p.,40 Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
5. Notre siècle est favorable aux dictionnaires. On disait autrefois des églises qu'elles étaient les livres de ceux qui ne savaient pas lire ; on peut dire aujourd'hui des dictionnaires, qu'ils sont les bibliothèques de ceux qui ignorent tout. Sans oublier qu'ils font souvent faute à ceux qui croient savoir. Que de discussions inutiles, n'engage-t-on point sur une date ou sur un fait, ou même sur l'orthographe d'un nom de localité ! J'en ai vu des déjeuners empoisonnés et des soirées compromises, et cela faute d'un dictionnaire...
(L'art de former une bibliothèque, p.54, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
6. Un livre est un être vivant, il faut qu'il respire.
(L'art de former une bibliothèque, p.56, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
7. La bibliomanie c'est la maladie ; la bibliophilie c'est la science. La première est la parodie de la seconde.
(L'art de former une bibliothèque, p.88, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
8. Si ma mémoire ne me trompe pas, on doit avoir écrit un volume sur LES LIVRES QUI N'EXISTENT PAS, ou qui n'ont existé que dans l'imagination d'orateurs peu scrupuleux et d'écrivains menteurs.
(L'art de former une bibliothèque, p.99, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
9. [...] ce sont les fausses pistes qui font les grands savants. C'est rarement - dans la biographie comme dans les autres sciences - en cherchant une chose qu'on la trouve ; c'est presque toujours en en cherchant une autre. N'appelez pas cela hasard. Il n'y a pas de hasard en bibliographie. On trouve parce que l'on cherche et quand on cherche avec flair, instinct et intelligence, on prend des notes.
Ces notes précieuses se rapprochent à un certain jour d'autres notes et forment un tout lumineux.
(L'art de former une bibliothèque, p.106, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
10. [...] les meilleurs livres de bibliographie sont écrits par des gens qui auraient pu gagner cent mille francs de rentes en se faisant épiciers et qui ont préféré gagner deux à trois mille francs par an comme bibliothécaires, afin de vivre au milieu des livres qu'ils aiment.
Tout amateur est en germe un écrivain bibliographe.
(L'art de former une bibliothèque, p.106, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
11. L'amour du livre est le commencement de la perfection.
(L'art de former une bibliothèque, p.108, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
12. Le goût du livre est enfanté par le goût de la lecture et il ne faut pas que le goût de la lecture soit entravé par les apparences repoussantes du livre.
(L'art de former une bibliothèque, p.120, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
13. [...] la vie d'un livre est aussi accidentée que celle d'une jolie femme.
(L'art de former une bibliothèque, p.126, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
14. Le vieux Royer-Collard répondait à Alfred de Vigny venant solliciter sa voix pour l'Académie et lui demandant s'il avait lu ses oeuvres :
« À mon âge, Monsieur, on ne lit plus, on relit. »
Je parodierai son mot en disant : un bibliophile ne conserve par les livres qu'on lit une fois mais seulement ceux qu'on relit avec plaisir et que, par conséquent, on relie... plus ou moins richement.
(L'art de former une bibliothèque, p.138, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
15. La manie, la monomanie du bouquin a engendré une belle et grande science : la science de la littérature.
(L'art de former une bibliothèque, p.141, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)
 
16. Au jeu, on ne gagne pas toujours ; avec les femmes la vieillesse arrive avant la satiété. Il y a bien aussi la table ! Mais quand on a bu et mangé pendant deux heures, il faut s'arrêter. La pêche ! La chasse ! dira-t-on. - Pour la pêche, il faut de la patience et... du poisson ; pour la chasse, il faut des jambes et du gibier.
Pour le livre, il ne faut que le livre.
(L'art de former une bibliothèque, p.153, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)