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Le véritable "Dernier samouraï"
A sa sortie de l’Ecole Polytechnique en 1857, Jules Brunet s’engage dans l’artillerie. Rapidement
remarqué, il est envoyé pour défendre les intérêts français à l’occasion de l’expédition duMexique. Il s’illustre outre Atlantique et en revient décoré de la Légion d’Honneur.
Son l’impulsion de Napoléon III, l’empire français tente de se rapprocher du Japon. Plongé dans une période trouble l’Empire du Soleil levant, voit s’affronter les partisans du Shogun Tokugawa face à ceux de l’empereur, ce dernier désirant reprendre le pouvoir.
Les occidentaux parient alors chacun à leur manière sur la victoire d’un des deux camps, espérant en tirer bénéfice.
L’Angleterre et les Etats-Unis se rapprochent de l’empereur et lui apportent matériel et assistance. La France fait le pari du Shogun et envoie des émissaires et des instructeurs militaires afin d’aider à la modernisation de l’armée Tokugawa, encore composée de samouraïs. A 29 ans, Brunet est nommé capitaine en 1867 et arrive au port de Yokohama cette même année, en tant qu’instructeur chargé de former les Japonais aux techniques de l’artillerie française.
La délégation française se compose d’environ 10 000 hommes. Jules Brunet prend très à cœur cette mission. Au-delà de son rôle d’instructeur, il va découvrir la culture japonaise. Peintre et dessinateur à ses heures, il fera pendant cette période un certain nombre d’esquisses décrivant à la fois la vie quotidienne de l’époque, les mouvements de troupes et les combats d’artillerie.
Malheureusement pour Brunet, l’année 1869 marque la fin du Shogunat et la défaite de la stratégie française au Japon. La France devient officiellement neutre lorsque le Shogun Tokugawa restitue le pouvoir à l’empereur à l’issue de la guerre de Boshin.
Brunet est très choqué de cette attitude, refuse d’accepter la défaite de ceux qui sont devenus ses frères d’armes. Alors que la France se retire du Japon, Brunet décide de poursuivre la résistance aux côtés des samouraïs qu’il a formés et restés fidèles au Shogun. Il déserte. Pour expliquer son geste, il envoie une lettre à Napoléon III dans laquelle il explique qu’il souhaite poursuivre la mission qui lui a été confiée et ainsi contribuer à « la cause française » au Japon. Accompagné de quelques français partageant son point de vue, il prend la tête de la résistance au côté du Commandant Otori Keisuke.
Après plusieurs revers, il se replie avec ses troupes à Hakodate sur l’île d’Hokkaido. De là, avec ce qui reste des partisans du Shogun, il fonde la République indépendante d’Ezo. Takeaki Enomoto en devient le Président. Même si cette république est reconnue par un certain nombre de puissances, elle disparaît au bout de six mois d’existence.
Le 30 juin 1869, l’armée impériale lance une dernière offensive en organisant un débarquement à Hakodate. Les quelques 800 hommes commandés par Brunet ne peuvent endiguer le feu impérial. La défaite est inévitable. Juste avant la reddition totale, Jules Brunet s’enfuit et trouve refuge sur un bâtiment français ayant jeté l’ancre au large, le Coëtlogon.
Il finit par rentrer en France malgré les demandes d’arrestation des autorités japonaises. Mis aux arrêts, il passe en cour martiale et est révoqué de l’armée française.
L’année suivante la France entre en guerre contre la Prusse. Jules Brunet est alors rappelé par l’armée et réhabilité. Il est fait prisonnier à Metz. A l’issue du conflit franco prussien, il participe aux combats lors de la Commune du côté des Versaillais. En 1898, il est promu général de division et devient chef d'état-major. Il termine sa carrière sous le commandement du général Jules Chanoine devenu Ministre de la Guerre, son supérieur lors de sa mission au Japon.
Il meurt à l’âge de 74 ans.
Bien que méconnu des Français, Jules Brunet a fait un retour dans les mémoires grâce au film d’Edward Zwick, sorti en 2003, « le dernier samouraï ». En effet, même si le film n’est pas très fidèle aux événements qu’il relate (puisqu’il mélange la guerre de Boshin 1868-1869 et la rébellion Satsuma 1877), il s’inspire en réalité de l’épopée de Jules Brunet au Japon. Dans le film, l’officier français est devenu un officier américain, Nathan Algren, joué par Tom Cruise.