SERVICES
Article Contributeur
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail

Joseph II d’Autriche

Note moyenne : pour 54 votes
Commentaires (100) Ajouter un commentaire Signaler un abus Votre vote  
En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse
Joseph II d’Autriche
Publié le:19/02/2011

II L’ami des hommes


Joseph II en 1780
Joseph II en 1780
© Johann Georg Fuchs
Benedictine Abbey of Pannonhalma
Voici la biographie du plus méconnu des despotes éclairés, l’un des  plus attachants également, comme l'écrit Jean Bérenger. Nous ne le connaissons généralement qu’en tant que frère de Marie-Antoinette. Joseph II est né à Vienne le 13 mars 1741, et mort à Vienne le 20 février 1790. Fils aîné de l'empereur François de Lorraine (1708-1765) et de Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), il devient officiellement empereur du Saint Empire romain germanique et co-régent des possessions des Habsbourg en 1765. Mais, il doit partager le pouvoir avec sa mère, qui est très autoritaire avec lui. La plupart du temps il ne peut que lui présenter ses rêves de réformes. Il devient vraiment empereur qu’en 1780. Or, il s’est rendu compte depuis son enfance que la Maison d’Autriche, pressée sur les frontières extérieures de l’empire, risque de disparaître dans le tourbillon d’une mosaïque de peuples. Il sait que s’il ne rompt avec la politique ou l’absence de gestion politique de ses aïeux, l’empire est condamné à disparaître et le peuple à continuer à supporter le servage. Il va être un souverain moderne et réformiste, un despote éclairé.

Ce franc-maçon illustre veut appliquer les utopies des philosophes de son temps dans la gestion de son royaume. Toutefois, ses réformes, parfois trop brutales, ne sont ni comprises, ni acceptées par les ultra-conservateurs, comme le montre Paul P. Bernard dans The limits of enlightenment. Il est vrai qu’avec une force surhumaine, l’ami des hommes veut réparer en dix ans le laisser-aller de plusieurs siècles. Il centralise l'administration, abolit le servage, et est à l’origine d’une vraie liberté de la confession. Il va supprimer nombre de monastères, refuges selon lui de paresseux... de mendiants va-nu-pieds et loqueteux. Cette politique est appelée joséphisme et correspond aux réformes économiques et religieuses qu’il entreprend. Joseph II n’est pas influencé que par la philosophie des lumières, il est aussi très pragmatique et l’héritier de la philosophie politique du XVIIe siècle. François Bluche, dans son étude sur le despotisme éclairé, parle d’un Louis XIV sans perruque. Ce qui est partie faux. Il porte des perruques, ses guerres n’appauvrissent pas l’empire et il se considère comme un premier serviteur de l’État, en rien un Roi-soleil. Et puis, il veut redonner aux Germains et à la langue allemande un rôle essentiel dans les marches de l’est. Au niveau des alliances Joseph II s'allie à la Prusse et à la Russie pour dépecer la Pologne. Il réussit à mettre fin à des siècles de guerres incessantes entre la France et l'Autriche  certainement du fait de ses conseils à sa sœur Marie-Antoinette à Versailles. À la fin de son règne, il essaie en vain de démembrer l’empire ottoman en s’alliant de nouveau à la Russie.

Mais Joseph meurt dès le 20 février 1790. Il lui aurait fallu quarante ans de travail pour bâtir un empire vraiment moderne et uni. Lorsqu’il décède, après dix ans de règne à peine, épuisé de corps et d’esprit, son œuvre descend avec lui au tombeau  dans la crypte des Capucins. Certes il laisse à ses héritiers le plus grand état d’Europe, immédiatement après l’immense empire russe. Toutefois ses successeurs ne vont pas être en mesure de continuer son œuvre, par absence de vision géopolitique et par manque de volonté. La Révolution française et Napoléon vont également contribuer au développement des tensions sociales et nationales. Le Saint Empire romain germanique va disparaître dès 1806 après presque 1.000 ans d’existence. La suite nous la connaissons le Kulturkampf, le  pangermanisme au nord et à l’opposé un empire austro-hongrois balkanisé, qui va être à l’origine en grande partie des deux conflits mondiaux et des guerres dans l’ancienne Yougoslavie.

Son premier biographe, le marquis de Caraccioli (1719-1803), nous présente un personnage des plus complexes : J’esquisse le portrait d’un monarque qui, par les contrariétés qu’il sembla réunir, présente tout à la fois un Prince humain, un guerrier redoutable, l’ami de la religion, l’ennemi des religieux, un souverain toujours en action, un sage toujours calme au milieu des plus grands troubles.

 

ALLER A Ière Partie : LES RÊVES INASSOUVIS

 

IIème Partie : L’AMI DES HOMMES

 

L’humanité tremblante étend fes bras auguftes ;

L'empereur Joseph II tenant à la main le décret d'abolition du servage
L'empereur Joseph II tenant à la main le décret d'abolition du servage
Statue dans la forteresse de Jaromer, de nos jours en Tchéquie.
© Lysippos
Wikimedia Commons

Elle remplit l'air de fes  cris douloureux.

N’est-il donc plus d’efpoir ?...  0 vous, Rois ! Foyez

juftes,

Et le Monde eft heureux !

Joseph II (1ère page du Testament Politique De L'Empereur Joseph Second, Roi Des Romains)

 

Le 29 novembre 1780, après la mort de Marie-Thérèse, son fils Joseph devient le seul maître de la politique autrichienne. Il souhaite imposer des réformes que certains qualifieront de révolutionnaires, inspiratrices de celles de 89. Une cour, des jeux et des fêtes, que Marie-Antoinette va importer à Versailles, vont disparaître. Les châteaux des Habsbourg deviennent des ruches où tout le monde travaille. La seule différence avec le monde des abeilles, c’est que le souverain en est le membre le plus actif. Du matin jusqu’au soir, sept jours sur sept, Joseph reçoit ses sujets quel que soit leur statut social. Il va publier plus de 6000 décrets et plus de 11.000 lois en dix ans.Celui que l’on va appeler l’Ami des Hommes a pour devise : Virtute et exemplo.

 

ADMINISTRATION

 

Une nouvelle anecdote nous permet de mieux connaître les méthodes de Joseph II et pourquoi ses réformes sont obligatoires pour assurer le bien-être du peuple et le fonctionnement de l’empire :

En 1784, les populations de Bohême connaissent une immense famine. Dans une ville de cette province, les chariots, qui doivent transporter l’aide alimentaire du gouvernement, sont bloqués par des gardes-magasins. L’empereur,  vêtu d'un uniforme très simple, entre dans les bureaux et demande à parler au chef. Il est reçu de lui par un :

Qui êtes-vous ?

Lieutenant au service de l'empereur.

Hé bien! Monsieur le lieutenant, que puis-je faire pour vous ?

Expédier ces pauvres villageois qui attendent depuis si longtemps

Ils sont faits pour attendre.

Mais, monsieur, ils ont déjà beaucoup attendu, et il leur reste du chemin à faire.

Que vous importe ?

On doit être humain, et ne pas retenir des journaliers sans nécessité.

Oh ! Parbleu, monsieur le lieutenant, cette leçon n'est pas à sa place. Je sais ce que j'ai à faire, vous pouvez vous retirer.

Ah ! S’il en est ainsi, Monsieur l'employé, repartit Joseph, je vous défends de vous mêler de ce grain. Vous, mon ami, dit-il en se tournant vers le subalterne qui, l'ayant suivi, attend les ordres de son chef, débarrassez ces pauvres gens et les renvoyez chez eux. Vous êtes dès ce moment à la place de cet insolent. Et vous, homme indigne de porter ce nom, je vous casse et vous chasse. Connaissez votre maître !

Cet officier qui traite mal le peuple et peut-être revend l’aide alimentaire n’est pas le seul à voir la fin de ses privilèges accrus par la décadence du Saint Empire.

Le10 juillet 1782, l’empereur supprime les jurandes dans ses états. Cette décision facilite la création d’établissements industriels et commerciaux. Elle est de conception libérale et permet aux entrepreneurs de recruter plus facilement. Elle sera copiée par la loi Le Chapelier de 1791. Dans l'esprit des idées éclairées, Joseph II apporte un soutien à la production industrielle naissante. Dans les années 1784-1786, le contrôle des corporations dans l'artisanat et le commerce est aboli. La même année, l’Édit éternel de 1786 impose la libre circulation des grains, ce qui montre bien que ses mesures n’ont rien à voir avec celles des Robespierristes du temps de la Terreur.

Le 27 août 1784, un tarif douanier établit une politique protectionniste dans les états habsbourgeois, ce qui évite une invasion des productions anglaises, qui ruinent la France à la même époque. Et à la différence du royaume de Louis XVI, il essaie de limiter les importations de café, chocolat, verreries, velours. Pour vendre les productions nationales Joseph, encourage les foires et signe des traités de commerce avec la Turquie et le Maroc. Dans les Balkans, il fournit des denrées agricoles et industrielles aux populations de l'empires ottoman qui manquent de tout. Les ports de l’Empire et de Toscane sont modernisés et un réseau de consuls est créé. Dans un port d’importance moyenne comme Morlaix  Armand Joseph Dubernad, d’une famille de diplomates (Lesseps, Cabarrus), est Consul général du Saint Empire romain germanique et son frère consul du duché de Toscane.

En ma­tière financière, il réorganise les finances, unifie le système fiscal, met en place un appareil bureaucratique compétent et une comptabilité publique. Aux impôts directs s'ajoutent les accises, douanes, droit de timbre, taxe sur le sel et le tabac. Le but est de permettre à l’empire d’avoir un budget régulier et important et de ne pas dépendre des banquiers. La création d’une loterie assure d’autres revenus à l’empire. En janvier 1787, les États de Brabant refusent de consentir l’impôt. Joseph II réplique par la dissolution de ces États, dont il essaie vainement de se débarrasser.

En 1783, le code criminel de Joseph II est à l’origine du  mariage civil. Il fait une réforme de la justice criminelle basée sur le principe de l’égalité judiciaire. Les juridictions existantes (seigneuriales, urbaines et ecclésiastiques) sont supprimées et remplacées par une organisation hiérarchisée. L’empereur supprime rapidement  les tribunaux spéciaux pour juger les nobles. Il abolit la torture et la peine de mort, sauf pour les cours martiales. Les dernières lois contre la sorcellerie sont abolies.  Joseph est partisan de la liberté de pensée et donc d’une réforme de la censure. Cette mesure provoque une vague de pamphlets, surtout dans les milieux conservateurs religieux. L’empereur parle sans cesse de liberté innée de l’homme, mais il devra attendre la mort de sa mère pour se libérer. Joseph favorise les philosophes et l’édition de leurs livres interdits à l’étranger.

L’empereur crée un corps de fonctionnaires instruits et dévoués, exacts et efficaces, qui remplace par exemple les magistrats des villes.

Joseph II fait organiser de directions de police dans les Länder, par le comte Anton von Pergen, véritable créateur de la police autrichienne. En moins de dix ans les Autrichiens assistent à une refonte totale de leur police. Dans le même temps, les effectifs de l’armée doublent sans trop augmenter les dépenses budgétaires.

Création de l'hôpital de Vienne par Joseph II en 1784.
Création de l'hôpital de Vienne par Joseph II en 1784.
© Josef et Peter Schafer
Vieille gravure de 1784
Joseph a fondé de nombreux hôpitaux, asiles d’aliénés, maisons des pauvres, et orphelinats. Sans compter des législations sur les enterrements et l’hygiène, la création d’hôpitaux et d’instituts de bienfaisance. Ce souverain fournit de la nourriture aux pauvres et les fait soigner gratuitement. Le Josephinum, situé non loin de l’hôpital de Vienne, est l’école de médecine militaire, créée en 1785 par l’Empereur Joseph II.

En 1783, la commission d’éducation et de censure voit son action étendue à toute la monarchie autrichienne. Cette réforme de l’enseignement crée des établissements de classes élémentaires, de gymnases secondaires et des établissements universitaires à vocation plus large. L’enseignement est dispensé en allemand. Le but est de  mettre tout le territoire sur le même plan que les États allemands, très développés. Cette réforme du système permet l’alphabétisation des masses, mais se révèle catastrophique pour les universités.

Un recensement général de la population des maisons et établissement du cadastre en 1784 est fait. Les États des Habsbourg comptent 23,3 millions d’habitants, dont 9,5 millions d’habitants en Hongrie. Le pays compte à la fin du siècle plus de 60 villes libres royales, dont une vingtaine de plus de 10.000 habitants, 665 bourgs et 15.000 villages. Du fait de la libération de la paysannerie, l’urbanisation se développe. La bourgeoisie vraiment émancipée ne représente toutefois que 150.000 personnes. L'empereur veut une noblesse et un clergé au service de l’État. Il permet aux nobles de commercer sans déroger.

Le 11 mai 1784, l’allemand devient langue administrative unique de l’empire (1784 en Hongrie, 1785 en Bohême, 1787 dans le reste de la monarchie). Une administration multilingue lui semble irrationnelle. Joseph II supprime aussi les comitats en Hongrie pour lui substituer dix districts d’égale importance, plus trois pour la Transylvanie. Des commissaires royaux nommés par l’empereur remplacent les préfets élus. L’empire est divisé en neuf Cercles, eux-mêmes divisés en 64 districts, tous administrés depuis Vienne. En 1786,  les Constitutions, le Sénat, les anciennes institutions de Milan, conférés par Charles Quint en 1541, sont abolis.

La politique de Joseph II se heurte à de très fortes résistances locales. La noblesse continue à dominer les pouvoirs locaux. Alliée au clergé, elle se sert des nationalismes naissants pour provoquer des émeutes. C’est le cas en Hongrie et dans les Pays Bas autrichiens. Toutefois, la Révolution brabançonne qui agite les Pays-Bas autrichiens entre 1787 et 1790, n’est pas que le fait des ultra-conservateurs, loin de là. Si les statistes sont des patriotes qui sont attachés aux libertés locales, les vonckistes veulent la fin de l’ancien régime. Le projet de Joseph consistant à échanger les Pays Bas autrichiens contre la Bavière, certes contrecarré (1785), doit être en partie l’une des causes de cette insurrection patriotique qui survient en même que les troubles pré-révolutionnaires en France.

 

L'empereur Joseph II "maniant la charrue"
L'empereur Joseph II "maniant la charrue"
© ???
gravure du XVIIIe s.
BAUERNKAISER 

 

L’une des devises favorites de Joseph II est : Rien par le peuple, tout pour le peuple. La monarchie autrichienne compte à la fin du XVIIIe siècle plus de 23 millions d’habitants, la plupart du temps ruraux et analphabètes encore incapables de gouverner l’Empire. La priorité est même de libérer les masses paysannes du servage et de la corvée pour en faire des petits propriétaires ou leur permettre d’aller travailler dans les villes. Il fait aussi baisser les redevances féodales et les droits banaux. Joseph est un despote mais il met fin à l’esclavage bien avant la France, l’Angleterre, les États-Unis et la Russie.

En Moravie, le 19 août 1769, Joseph II, pour honorer l'agriculture, laboure un champ de ses propres mains. Cela choque cette fois-ci non des religieuses, comme à Milan, mais les conseillers de sa mère.

Ses réformes ne se font pas à la même date dans tout l’empire du fait des oppositions qu’elles créent. Le 1er novembre 1781, l’empereur abolit la servitude personnelle en Bohême, Moravie, c’est ce qu’on appelle la patente des sujets. Les paysans peuvent désormais se marier, quitter les fiefs, envoyer leurs enfants étudier ou travailler en ville sans en demander l’autorisation à leur seigneur. Ils peuvent posséder des biens. La corvée est encore maintenue, mais elle est codifiée. Le paysan peut la racheter. La tenure du rustical est consolidée. Elle devient propriété réelle du paysan contre paiement du cens.

La patente des sujets est par la suite appliquée en Bohême avant d’être introduite en Autriche. En 1782 la servitude personnelle est abolie en Slovénie, juste après le 15 janvier 1782, date de son abolition en Autriche.

Dans les campagnes, particulièrement en Moravie, les paysans considèrent désormais Joseph II comme leur ami, leur protecteur, le Bauernkaiser, l’empereur des paysans, écrivent Laurence Cole et  Daniel L. Unowsky dans The limits of loyalty: imperial symbolism, popular allegiances, and state patriotism in the late Habsburg monarchy.  A l’opposé, Joseph est détesté par les grands propriétaires terriens. Les nobles n’ont plus le droit de justice sur leurs paysans et domestiques. La réforme de l’impôt foncier est retardée. Mais influencé par les physiocrates, Joseph crée un impôt foncier simple qui rencontre une forte opposition. Ses mesures anti-féodales qui soumettent à l'impôt la noblesse et le clergé lui apportent de nouvelles sources de revenu.

En 1783, un décret impose la création d’une école primaire par village dans la partie hongroise de l’empire. La même année, le privilège de ban de moulin est supprimé dans les états autrichiens. Le cadastre des terres est achevé en 1789.

En 1784, les paysans roumains de Transylvanie se révoltent et demandent l’abolition de la servitude personnelle dans leurs Cercles.

La réforme fiscale diminue les impôts et remplace la corvée par des prélèvements obligatoires en nature et en argent. Entrée en vigueur en 1789, cette réforme est, cependant, supprimée après la mort de l'empereur.

Les réformes de Joseph II confèrent aux paysans la dignité de sujets, ce qui est une nouveauté dans l’histoire de l’humanité. De nouveaux villages de colons d’origines germaniques sont créés aux frontières de l’Empire ou sur des terres inexploitées. Malgré les famines et les épidémies au début de son règne, il repeuple aussi certaines régions de la Bohême et de la Moravie.

 

Toleranzpatent (1781)
Toleranzpatent (1781)
© Joseph II
http://www.evang.at/toleranzpatent.0.html
L’ENNEMI DES LOQUETEUX         

 

Joseph II écrit : Les Ordres qui ne servent pas leur prochain ne servent pas Dieu non plus… La Monarchie est trop pauvre et trop en retard pour pouvoir se permettre le luxe d’entretenir des paresseux. L’État a besoin de prêtres vertueux, cultivés, qui enseignent l’amour du prochain et non pas de mendiants va-nu-pieds et loqueteux.

En matière religieuse sa mère n'avait recouru, selon Joseph II, qu’à des demi-mesures  incohérentes. Certes la suppression de l'ordre des Jésuites et la confiscation des biens lui avait montré quelle était la politique à mener.

En 1781 les congrégations et ordres contemplatifs sont tous supprimés. Selon Joseph, ils ne servent pas l’Empire et le peuple, car ils ne se chargent ni d'enseignement, ni de soins aux malades. Plus de 700 couvents sont transformés en écoles. Leurs biens et revenus permettent de moderniser les hôpitaux, de créer de nouvelles écoles moyennes et des universités, dont celle de Vienne, et des séminaires moins nombreux, mais plus modernes. Le catholicisme reste la religion officielle, toutefois les prêtres sont désormais formés et rémunérés par l'État. En Toscane, les biens des établissements supprimés servent à rétribuer les curés des paroisses pauvres.

Ces réformes, un peu trop rapides, vont susciter des réactions en partie justifiées et parfois des drames humains pour 38.000 moines et sœurs habitués à vivre sans travailler et chassés de leurs couvents. Une carmélite de Saint-Denis écrit peu de temps après ces décisions : Dans le courant de l’année 1783, l’Europe catholique vit avec étonnement la suppression d’un grand nombre de communautés de filles dans les états de l’empereur Joseph II et, si les ennemis de la religion en triomphèrent, les gens de bien en gémirent et leur âme sensible déplora les malheurs d’une foule de vierges qui se voyaient errantes dans les villes, et allaient se trouver exposées à tous les dangers du monde qu’elles avaient voulu éviter en se renfermant dans le cloître. 

Le pape est confronté à cette volonté de réformer l’Église qui va être  appelé joséphisme. Pie VI effectue un voyage à Vienne le 22 mars 1782 dans le but d'amener l'empereur Joseph II à renoncer à sa politique que le pape juge anti-cléricale. Le souverain reste ferme sur ses positions, mais se rend à Rome l'année suivante et signe un concordat pour la Lombardie. Toutefois, en 1786, ce concordat et celui de 1757 sont dénoncés. Même le tout puissant clergé lombard doit désormais rendre des comptes aux tribunaux ordinaires, ne plus se charger du recrutement de ses curés et arrêter de propager  les superstitions populaires, la piété baroque, l’obéissance au Pape et pas à l’empereur... En 1785, celui-ci rétablit en Hongrie un privilège par lequel les textes pontificaux ne peuvent entrer en vigueur qu’avec l’assentiment du roi.

Ces réformes religieuses, inspirées de l'Aufklärung, veulent soumettre l'Église à l'État. Un concordat est signé le 20 janvier 1784, établissant de nouveaux rapports entre Rome et les Habsbourg. Le pape obtient le maintien de la bulle Unigenitus, qui avait condamné le jansénisme. Mais avant ce concordat, les diocèses sont réorganisés et correspondent aux unités administratives de l’empire. De nombreuses paroisses sont créées. Elles correspondent parfois aux nouveaux villages bâtis par des colons allemands en Hongrie. Joseph II interdit les processions et les pèlerinages dans ses États en 1785. L'Église est désormais au service de l’empire. Il est proche du  fébronianisme qui veut créer une église nationale dans l’empire. Pour lui, le pape doit diriger l’Église universelle, mais en lui restant subordonné en ce concerne sa politique dans l'Empire..

Le nouveau code civil conserve aux différents cultes la célébration du mariage, mais il s’agit désormais d’un simple contrat civil, ce qui provoque tout autant de réactions hostiles que l’Édit de tolérance. Les soutiens à l’empereur Joseph II sont peu nombreux parmi les élites traditionnelles et même les intellectuels de son temps. Johann Pezzl  (1756-1823), dont parle Daniel Minarydans Le problème de l'athéisme en Allemagne à la fin du "Siècle des Lumières", est célèbre, mais Rautenstrauch ou Gottlieb von Leon ne sont guère connus en dehors de quelques cercles. Le soutien de Lorenz Leopold Haschka (1749-1827), ex-jésuite, montre l’effet du joséphisme sur les jeunes ecclésiastiques. Ce poète autrichien est l’auteur du Gott erhalte Franz den Kaiser. Ignaz Edler von Born symbolise à la fois le soutien des savants, mais aussi celui plus nuancé des Illuminés de Bavière aux réformes de l’empereur. Parmi les minorités nationales, Joseph jouit du soutien de nombreux intellectuels, dont le Serbe Dositej Obradovic qui renonce à sa tenue monastique. Reljkovic, le patriote slavonien, est aussi de ses partisans.

En dehors du peuple, de beaucoup de francs-maçons, et de nobles non attachés à leurs privilèges, Joseph II va pouvoir compter sur le soutien de certains juifs, protestants et orthodoxes, car il leur donne une certaine liberté religieuse.

 

Médaille commémorant la tolérance accordée par Joseph II aux protestants et aux juifs en 1781.
Médaille commémorant la tolérance accordée par Joseph II aux protestants et aux juifs en 1781.
© Ateliers impériaux (XVIIIe s.)
1901-1906 Jewish Encyclopedia
ÉDIT DE TOLÉRANCE

 

Le 13 août 1781, l’Édit de tolérance de l’empereur Joseph II accorde aux protestants et aux orthodoxes la liberté de culte et leur donne des droits civiques. Cette politique de tolérance confessionnelle est inspirée par la conception du droit naturel allemand de la fin du XVIIe siècle. Il apparaît néanmoins comme une concession à l'esprit du siècle, aux francs-maçons. Pour le souverain, il est  justifié par l'utilité de l'État. Joseph  accorde la liberté de conscience aux dissidents et permet l'édification de maisons de prière – les temples – sans clocher. Car l’Édit de tolérance ne prévoit pas l’égalité entre les religions. L’empereur reste très attaché  à la religion catholique. Toutefois, l’Édit donne un élan à la scolarisation protestante en Hongrie et les chrétiens non catholiques lui en sont très reconnaissants.

En ce qui concerne les juifs, les signes distinctifs sont abolis. Ils sont désormais  autorisés à pratiquer des métiers manuels, à accéder à certaines villes, à fonder des entreprises industrielles et à fréquenter les universités. Les juifs sont acceptés à la bibliothèque de Vienne, en 1782, et dans les écoles chrétiennes. L’empereur accorde aux juifs des conditions de résidence et de culte privé plus favorables. Les juifs orthodoxes ne sont pas favorables à ce décret qui ne vise, selon eux, qu’à les assimiler. L’archevêque Colloredo de Salzbourg publie une lettre pastorale pour approuver l’édit de tolérance. Il est bien le seul ou presque dans la hiérarchie catholique, même si l’empereur nomme de plus en plus d’évêques joséphistes.

Si un décret autorise les loges maçonniques, Joseph restreint leur nombre dans l’empire en 1785.

 

Joseph II et son état-major
Joseph II et son état-major
Archives Guy de Rambaud (PD-Art)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
UN GUERRIER REDOUTABLE ?

 

En 1772, le premier partage de la Pologne voit l’annexion de la Galicie, territoire arriéré situé au nord de la Slovaquie, peuplé de Polonais et d’Ukrainiens pauvres et d’une importante minorité juive qui vit presque aussi mal que le reste de la population. Marie-Thérèse et son conseiller Kaunitz considèrent la Galicie comme un boulet qui, de plus, risque de mal s’intégrer à l’empire. L'Autriche obtient en 1775 la Bukovine, une région tout aussi misérable que la Galicie.

Après la mort de Marie-Thérèse, Joseph II s’allie dès 1781 avec la Russie de Catherine II. En Europe de l’Est, la puissante dominante est désormais la Russie et son autre despote dit éclairé qui veut partager avec la Prusse et l’Autriche les états obscurantistes, la Pologne et l’Empire ottoman.

L’empereur Joseph II crée une armée nationale copiée du modèle prussien. Comme les peuples composant l’empire sont manipulés par les privilégiés qui prétendent défendre leurs traditions nationales et leurs droits particuliers, cette armée moderne va devoir y écraser des révoltes et désordres intérieurs. En Hongrie, les mutins sont facilement mâtés. Mais le 28 février 1785, lors de la révolte de Horea en Transylvanie, les chefs doivent être mis à mort.

Catherine II de Russie envoie à Joseph II un mémoire sur le partage de l’empire ottoman et la fondation d’un empire de Dacie (Moldavie, Valachie, Bessarabie). Selon cet accord, la Bosnie et la Serbie doivent revenir aux Habsbourgs. Joseph II qui outre les insurrections a dû renoncer à échanger les Pays-Bas autrichiens du fait de Frédéric II et de la Ligue des princes allemands, veut prendre une revanche. Mais, au cours de la guerre austro-russe contre les Turcs (1787-1791), c’est Catherine II qui recueille les fruits de la campagne.  Son armée subit d’abord une grave défaite en 1788. Le Banat de Temesvar est envahi par les Turcs. Puis, les 8 et 9 octobre 1789, Belgrade est prise par les Autrichiens du maréchal Laudon et le 10 novembre de la même année, Cobourg occupe Bucarest.

Mais dès 1787 l’armée doit combattre la révolte des Pays-Bas autrichiens. Le 18 août 1789, le prince-évêque de Liège est chassé par un coup d’État de la bourgeoisie, soutenue par le peuple. Il est à noter que cette principauté n'appartient  depuis fort longtemps que théoriquement au Saint Empire. En octobre cette insurrection de patriotes belges, provoquée par la politique religieuse, triomphe. Le 24 octobre, Van der Meersh et ses miliciens, battent les Autrichiens à Turnhout. Les Belges  déclarent leur indépendance. A la fin de l’année, les armées de Joseph II évacuent Bruxelles et la majorité du territoire des Pays-Bas autrichiens. Cette révolte des Provinces-Unies belges amène Joseph II à revenir sur certaines de ses réformes.

Une paix peu glorieuse sera conclue avec l’empire ottoman à Sistova Svištov par Léopold II  le 4 août 1791.

 

Joseph II (1741-1790), empereur du Saint Empire romain germanique.
Joseph II (1741-1790), empereur du Saint Empire romain germanique.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
UN SOUVERAIN eN ACTION         

 

L’empereur Joseph II écrit à son frère Léopold : De 7 heures à 14 heures, je travaille, je sors jusqu’à 16 heures, je dîne et je retravaille jusqu’à 21 heures. Je vais en société jusqu’à 23 heures. Frédéric II dit de lui : Il fait le deuxième pas avant le premier.

Persuadé de travailler pour le progrès et le bien de tous, il ne cherche ni les bains de foule, ni l’approbation de ses sujets. Sa vie déjà austère le devient encore plus à la mort de Marie-Thérèse d’Autriche. Nous sommes là bien éloignés du mode de vie de son beau-frère, Louis XVI. Il ne mange qu’une fois par jour et le plus souvent seul.

Joseph II épuise ses collaborateurs. Il veut tout faire lui-même. Du coup, il se laisse accaparer par des tâches subalternes :  Je suis le seul qui tient bon et qui doit tout faire. Les réponses, les let­tres, je les ai dû toutes coucher moi-même. Jamais rien ne m’a accablé à un tel point.  Il unifie l'administration de toutes les provinces au sein d'un conseil central établi à Vienne, et dont il est à la tête. Et il a beau se dire l’ennemi de toute illégalité, il n'en décide pas moins lui-même dans des affaires qui relèvent normalement du gouvernement central de Vienne. Joseph cherche à réunir dans une seule nation les peuples fondamentalement différents qui composent l’État autrichien : des Allemands, des Slaves, des Hongrois, des Belges, des Italiens, des Luxembourgeois...  Pour faire table rase de tout et partout, dans la plus grande hâte, il doit travailler jour et nuit.

Outre les nombreuses fondations d’écoles et d’hôpitaux, il est à l’origine de la création d’asiles, d’orphelinats, de maisons d’aveugles. Il fait de Vienne la vraie capitale de l’Empire, une ville unique en Europe, mais n’oublie pas d’ouvrir le parc du Prater au public.

En 1785, Joseph II tente de rouvrir l’Escaut à la navigation, mais les Hollandais, appuyés par la France et la Prusse, le font reculer en lui versant 8,5 millions de florins en novembre et en abandonnant des places de leur Barrière. Grâce à lui en 1786, le premier congrès international de l’extraction minière et de la sidérurgie a lieu à Sklené Teplice, en Slovaquie.

 

Statue équestre de Joseph II sur la Josephplatz à Vien
Statue équestre de Joseph II sur la Josephplatz à Vien
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
LES HARAS MILITAIRES IMPÉRIAUX

 

Dès le début de son règne, l’empereur Joseph II  fonde l’université vétérinaire de Budapest. La guerre coûte alors la vie à près de 6 000 chevaux par an. Les besoins en chevaux de cavalerie dans le contexte des grandes guerres impériales de l’époque sont donc immenses. Il faut des races de chevaux de guerre coopératifs, rapides, résistants et puissants pour vaincre sur les champs de bataille et transporter l’artillerie et le ravitaillement.

Dans la Bukovine libérée du joug turc, en 1782, des chevaux sont produits dans un haras impérial, créé par Joseph II sur le domaine de Radautz (de nos jours Radauti). Ce sont des chevaux très endurants.

Le Gidrán, un anglo-arabe, est né dans les haras d´État de Mezöhegyes, à environ 75 km de Szeged, dont l’existence est dû à un noble hongrois, futur général et à Joseph. L'histoire du haras débute le 20 décembre 1784, quand l'empereur Joseph II, suivant les conseils du jeune Jozsef Csekonics,  fonde un Institut royal et impérial du cheval. Les bâtiments sont divisés en fermes et conçus par deux célèbres architectes de la lutte anti-parasitaire, János Jung et Jozsef Hild, en style Louis XVI et Empire. Leur débrouillardise, le caractère moderne et utilitaire du haras et sa beauté sont des plus impressionnants Le Furioso (furioso-north-star) est une autre race de chevaux qui est créé dans ce haras. La plus connue est une autre race de demi-sang, celle de Nonius. L’anglo-normand Nonius Senior est l’étalon fondateur de la race. Il possède du sang de demi-sang Anglais, du Normand et du Norfolk Roadster. Au haras de Mezöhegyes le croisement de ses descendants avec des juments arabes, lipizzanes, turques, espagnoles et hongroises donne des chevaux très performants. Joseph Csekonics est nommé directeur du Haras de Mezohegyes. Il est l’un de ces théoriciens qui définissent les principes qui sont à la base de l'élevage des chevaux (Praktische Grundsätze die Pferdezucht betreffend, Pest, 1817).

L’empereur Joseph II achète une propriété du comte Szapàry, le domaine de Babolna, situé à 60 km à l’ouest de Budapest, pour y créer le haras militaire impérial. Ainsi est créé en 1789, sous la direction du général Joseph Csekonics,  le haras de Babolna. La sélection des chevaux est des plus rigoureuses dans ce haras impérial (de nos jours menacé) et à l’origine de la race Shagya-Arabe.

L’élevage de Piber, dans l’ouest de la province autrichienne de Styrie, est fondé en 1788 sous l'empereur Joseph II. Le but est là encore d’élever des chevaux demi-sang anglais et anglo-normand pour l’administration et l'armée impériale.

 

Joseph II âgé.
Joseph II âgé.
Affiche du XVIIIe s. (PD-Art)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
UN SAGE TOUJOURS CALME ?      

 

 Le nouvel empereur a comme devise Virtute et exemplo. Une lettre à sa jeune sœur, Marie Antoinette, nous permet de mieux  comprendre ce qu’est pour lui l’art de gouverner. Ses conseils nous montrent qu’il peut être un homme sage, calme, excellent conseiller :

Très chère soeur.

Le courrier vient de me remettre votre chère lettre, qui m'a fait beaucoup de plaisir quant aux sentiments que vous voulez bien me témoigner, et au désir que vous avez de me voir. Vous ne pouvez pas douter non plus, combien le même désir m'anime, mais les occasions, mes premiers devoirs et ma raison doivent être les seuls guides de toutes mes actions. Je ne puis répondre des événements qui peuvent se présenter jusqu'au temps où je pourrais me donner la satisfaction de vous embrasser, aussi peu que mon amour pour la tranquillité d'esprit m'inspirera pour lors.

Permettez, que là-dessus, ma chère soeur, je vous parle avec toute la franchise que l'amitié seule et l'intérêt autorisent, et dont l'intention fait l'excuse. Comment voudriez-vous, que j'aille vous voir et me mettre dans le grand monde de la cour et du pays que vous habitez, dans les circonstances dans lesquelles je vois que vous vous trouvez, et dans lesquelles vous avez bien voulu vous mettre ? Autant que j'en sais, vous vous mêlez d'une infinité de choses d'abord qui ne vous regardent pas, que vous ne connaissez pas, et auxquelles des cabales et des alentours qui vous flattent et qui savent exciter tantôt votre amour-propre et envie de briller, ou même entretenir une certaine haine et rancune, vous font faire une démarche après l'autre, propres à troubler le bonheur de votre vie, et qui doivent nécessairement vous procurer tôt ou tard des désagréments cuisants, et en diminuant l'amitié et l'estime du roi, vous faire perdre toute l'opinion du public et toute la considération, que vous pourriez à l'appui de cette opinion vous acquérir, et que vous vous êtes même acquise étonnamment jusqu’à présent. De quoi vous mêlez-vous, ma chère soeur, de déplacer des ministres, d'en faire envoyer un autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui- ci ou à celui-là, de faire gagner un procès à l'un, de créer une nouvelle charge dispendieuse à votre cour, enfin de parler d'affaires, de vous servir même de termes très-peu convenables à votre situation? Vous êtes-vous demandée une fois, par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie française ? Quelles études avez-vous faites ? Quelles connaissances avez-vous acquises, pour oser imaginer que votre avis ou opinion doit être bonne à quelque chose, surtout dans des affaires, qui exigent des connaissances aussi étendues ? Vous, aimable jeune personne, qui ne pensez qu'à la frivolité, qu'à votre toilette, qu'à vos amusements toute la journée, et qui ne lisez pas, ni entendez parler raison un quart d'heure par mois, et ne réfléchissez, ni ne méditez, j'en suis sûr, jamais, ni combinez les conséquences des choses que vous faites ou que vous dites ? L'impression du moment seule vous fait agir, et l'impulsion, les paroles mêmes et arguments, que des gens que vous protégez, vous communiquent, et auxquels vous croyez, sont vos seuls guides. Peut-on écrire quelque chose de plus imprudent, de plus irraisonnable, de plus inconvenable que ce que vous marquez au comte de Rosenberg touchant la manière avec laquelle vous arrangeâtes une conversation à Rheims avec le duc de Choiseul ? Si jamais une lettre, comme celle-là s'égarait, si jamais, comme je n'en doute presque point, il vous échappe des propos et phrases pareilles vis-à-vis même de vos plus intimes confidents, je ne puis qu'entrevoir le malheur de votre vie, et j'avoue que par l'attachement que je vous ai voué, cela me fait une peine infinie. Ce sont vos ennemis, ce sont ceux qui désirent le plus de voir détruite toute influence que vous pourriez avoir, qui vous poussent à de pareilles démarches. Croyez-moi, et écoutez la voix d'un ami et d'un homme que vous savez qu'il vous aime. Distinguez-la de la foule de tous ceux qui vous encensent, et croyez que personne ne peut et ne veut vous dire la vérité comme moi; qu'elle est de toutes les nations et de tous les pays. Quittez donc toutes ces tracasseries, ne vous mêlez absolument en rien d'affaires; éloignez et rebutez même tous ceux qui voudraient vous y attirer pour quelque chose. Attachez-vous fortement à mériter l'amitié et la confiance du roi, c'est d'abord votre devoir d'état, et c’est le seul intérêt que vous pouvez et devez avoir. Épluchez ses goûts, conformez-vous à eux; tâchez d'être beaucoup avec lui, ne l'incommodez néanmoins pas, et méritez par votre discrétion et sûreté sa confiance. Ne parlez jamais à des ministres d'affaires, ni pour recommander quelqu'un, et dans toutes les occasions, où vous serez sollicitée, ne vous chargez jamais d'autre chose que d' en parler au roi ; et alors n' en pressez point la réussite avec importunité ou humeur, et ne donnez aucune réponse, hors celle donc le roi vous chargerait expressément. Du reste lisez, occupez-vous, ornez votre esprit, donnez-vous des talents, et rendez-vous propre à trouver des ressources en vous-même dans un âge plus avancé et dans le cas, où cette grande approbation du public qui fait tous vos désirs et plaisirs actuels, vous quittera, comme cela ne peut manquer d'arriver. Voilà le rôle au bout du compte, ma chère soeur, que chaque femme sage doit faire dans son ménage.

 

En dehors de ses multiples activités, Joseph II aime écouter tranquillement la musique de son maître de chapelle Antonio Salieri. L’empereur commande à Mozart en 1782, un opéra en langue allemande, L'enlèvement au sérail. Mozart est très bien rétribué et il peut jouer Les noces de Figaro (1786), œuvre inspirée par la pièce de Beaumarchais censurée en France.

 

Joseph II lit les philosophes de son temps, mais sa politique est plus fortement influencée par la philosophie politique du XVIIe siècle que par les idéaux des Lumières. Son admiration pour Frédéric II ne l’empêche pas de s’opposer à son modèle régulièrement.

 

Joseph II sur son lit de mort
Joseph II sur son lit de mort
© Ernst Keil's Nachfolger
Die Gartenlaube (1875)
DÉCÈS ET CONSÉQUENCES

 

À partir de 1788, des émeutes éclatent en Hongrie, en Carinthie, dans le Vorarlberg. La révolte des aristocrates en Hongrie réclame la convocation de la Diète et s’oppose à la germanisation. Les nobles brûlent les cadastres. Toutefois, les paysans se révoltent, soutenant l’empereur. La république brabançonne est proclamée. Malade, épuisé, déçu, se sentant incompris et de plus en plus seul, Joseph II abroge la plupart de ses réformes le 20 février 1790, sauf celles qui concernent le servage et la tolérance religieuse (1781). Il faut un grand courage et encore plus de patriotisme pour être un novateur dans notre siècle, a-t-il coutume de dire. Les révolutionnaires de 89 vont l’avoir, mais tout cela va se terminer par la Terreur, puis un régime corrompu, balayé par une dictature militaire qui va mettre l’Europe à feu et à sang. L’empereur qui avait voulu moderniser ses royaumes et donner un avenir à l’empire austro-hongrois meurt à Vienne, le 20 février 1790, âgé de quarante-neuf ans, dans la tristesse, sans postérité, laissant à son frère Léopold II, grand-duc de Toscane, un empire agrandi, modernisé, réformé, plus riche et plus tolérant envers ses minorités religieuses. Léopold arrive de Florence le 6 mars. Il abolit immédiatement le reste des réformes de son frère. Le peuple et l’empire retombent sous le joug des membres les plus conservateurs du clergé et de l’aristocratie.

Joseph a lui-même composé son épitaphe : Ici repose un prince dont les intentions étaient pures, mais qui eut le malheur de voir échouer ses projets.

 

ALLER A Ière Partie : LES RÊVES INASSOUVIS

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Lettres inédites de Joseph II, empereur d'Allemagne: Précédées d'une notice historique sur ce prince, et suivies de détails sur ses derniers momens, Joseph II (Holy Roman Emperor), P. Persan, 1822

Joseph II, empereur d'Allemagne : peint par lui-même, avec un précis historique sur la vie de ce prince, Mathieu-Noël Rioust, Plancher, 1816

Marie Antoinette, Joseph II und Leopold II, ihr briefwechsel, Marie Antoinette (Queen, consort of Louis XVI, King of France), K.F. Köhler, 1866

Testament Politique De L'Empereur Joseph Second, Roi Des Romains, Joseph (Römisch-Deutsches Reich, Kaiser, II.), chez Buisson, 1791

Joseph II, un Habsbourg révolutionnaire, François Fejto, Plon, 1953.

Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, 1741-1790, Hervé Hasquin, Lannoo Uitgeverij, 2007

Histoire de Joseph II : empereur d'Allemagne, Camille Paganel, Plon frères, 1853

Joseph II, James Franck Bright, BiblioBazaar, LLC, 2008

The limits of enlightenment: Joseph II and the law, Paul P. Bernard, University of Illinois Press, 1979

Joseph II : In the shadow of Maria Theresa, 1741-1780, Derek Edward  Dawson Beales, Cambridge University Press, 1987
Joseph II d’Autriche, serviteur de l’État, de Jean Bérenger, Fayard
Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, 1741-1790, Hervé Hasquin, Lannoo Uitgeverij, 2007.

 

 

 

 

Auteur de l'article
de Rambaud Guy de Rambaud Guy Voir sa fiche
Ajouter à mes favoris Envoyer un message
Plan de l'article
À voir aussi dans les contributions
Médias
  • Création de l'hôpital de Vienne par Joseph II en 1784.
  • Joseph II (1741-1790), empereur du Saint Empire romain germanique.
  • Joseph II en 1780
  • Joseph II et son état-major
  • Joseph II âgé.
  • Joseph II sur son lit de mort
  • L'empereur Joseph II
  • L'empereur Joseph II tenant à la main le décret d'abolition du servage
  • Médaille commémorant la tolérance accordée par Joseph II aux protestants et aux juifs en 1781.
  • Statue équestre de Joseph II sur la Josephplatz à Vien
  • Toleranzpatent (1781)

Voir plus