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Joseph II d’Autriche

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Joseph II d’Autriche
Publié le:07/03/2010

Le frère de Marie Antoinette


Joseph II, empereur du Saint Empire romain germanique
Joseph II, empereur du Saint Empire romain germanique
© Anton von Maron (1733-1808)
Musée du château de Versailles
Joseph II d’Autriche est le plus méconnu des despotes éclairés, l’un des  plus attachants également, comme l'écrit Jean Bérenger, que nous ne  connaissons généralement qu’en tant que frère de Marie-Antoinette. Joseph II est né à Vienne le 13 mars 1741 et mort à Vienne le 20 février 1790. Fils aîné de l'empereur François de Lorraine (1708-1765) et de Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), il devient officiellement empereur du Saint Empire romain germanique et co-régent des possessions des Habsbourg en 1765. Mais, il doit partager le pouvoir avec sa mère, qui est très autoritaire avec lui. La plupart du temps il ne peut que lui présenter ses rêves de réformes. Il devient vraiment empereur qu’en 1780. Or, il s’est rendu compte depuis son enfance que la Maison d’Autriche, pressée sur les frontières extérieures de l’empire, risque de disparaître dans le tourbillon d’une mosaïque de peuples. Il sait que s’il ne rompt avec la politique ou l’absence de gestion politique de ses aïeux, l’empire est condamné à disparaître et le peuple à supporter le servage. Il va être un souverain moderne et réformiste, un despote éclairé. Ce franc-maçon illustre veut appliquer les utopies des philosophes de son temps dans la gestion de son royaume. Toutefois, ses réformes, trop brutales, ne sont ni comprises, ni acceptées par les ultra-conservateurs, comme le montre Paul P. Bernard dans The limits of enlightenment. Il est vrai qu’avec une force surhumaine, l’ami des hommes veut réparer en dix ans le laisser-aller de plusieurs siècles. Il centralise l'administration, abolit le servage, et est à l’origine d’une vraie liberté de la confession. Il va supprimer nombre de monastères, refuges selon lui de paresseux... de mendiants va-nu-pieds et loqueteux. Cette politique est appelée joséphisme et correspond aux réformes économiques et religieuses qu’il entreprend. Joseph II n’est pas influencé que par la philosophie des lumières. Il est aussi très pragmatique et l’héritier de la philosophie politique du XVIIe siècle. François Bluche, dans son étude sur le despotisme éclairé, parle d’un Louis XIV sans perruque. Ce qui est partie faux. Il porte des perruques, ses guerres n’appauvrissent pas l’empire et il se considère comme un premier serviteur de l’État, en rien un Roi-soleil. Et puis, il veut redonner aux Germains et à la langue allemande un rôle essentiel dans les marches de l’est. Au niveau des alliances Joseph II s'allie à la Prusse et à la Russie pour dépecer la Pologne. Il réussit à mettre fin à des siècles de guerres incessantes entre la France certainement du fait de ses conseils à sa sœur Marie-Antoinette à Versailles. A la fin de son règne, il essaie en vain de démembrer l’empire ottoman en s’alliant de nouveau à la Russie.

Mais Joseph meurt dès le 20 février 1790. Il lui aurait fallu quarante ans de travail pour bâtir un empire vraiment moderne et uni. Lorsqu’il décède, après dix ans de règne à peine, épuisé de corps et d’esprit, son oeuvre descend avec lui au tombeau  dans la crypte des Capucins. Certes il laisse à ses héritiers le plus grand état d’Europe, immédiatement après l’immense empire russe [1]. Toutefois ses successeurs ne vont pas être en mesure de continuer son œuvre, par absence de vision géopolitique et par manque de volonté. La Révolution française et Napoléon vont également contribuer au développement des tensions sociales et nationales. Le Saint Empire romain germanique va disparaître dès 1806 après presque 1.000 d’existence. La suite nous la connaissons le Kulturkampf, le  pangermanisme au nord et à l’opposé un empire austro-hongrois balkanisé, qui va être à l’origine en grande partie des deux conflits mondiaux et des guerres dans l’ancienne Yougoslavie.

Son premier biographe, le marquis de Caraccioli (1719-1803), nous présente un personnage des plus complexes : J’esquisse le portrait d’un monarque qui, par les contrariétés qu’il sembla réunir, présente tout à la fois un prince humain, un guerrier redoutable, l’ami de la religion, l’ennemi des religieux, un souverain toujours en action, un sage toujours calme au milieu des plus grands troubles [2].

 

SA FAMILLE

 

La famille impériale en 1754
La famille impériale en 1754
© Martin van Meytens
Château de Schönbrunn
Son père,  François de Lorraine (1708-1765), n’est avant son mariage en 1736 qu’un duc de Lorraine. Mais l'empereur Charles VI (1685-1740) l’élève comme son fils et dès 1731 le nomme vice-roi de Hongrie. Il l’oblige à échanger les duchés de Bar et de Lorraine contre celui de Toscane, ce qui ne lui convient pas. Mais la future mère de Joseph II,  Marie-Thérèse, héritière de la Maison d'Autriche, est très amoureuse de ce François de Lorraine. Ils se marient. Le duc n’est toutefois élu empereur romain germanique qu’en 1745. Joseph II est un peu Français. Il descend du roi Louis XIII, par Philippe d'Orléans (1640-1701),  le frère de Louis XIV. Joseph II va devoir supporter de sa naissance à sa mort, en 1780, une mère abusive. Son père est un personnage faible, qui selon les courriers de Frédéric II se contente de faire du négoce avec l’outre-mer, certes avec beaucoup de talent. Il vit aux côtés de l’impératrice, finance une partie de ses dépenses et lui fait des enfants, beaucoup d’enfants !

Néanmoins du temps de François de Lorraine la Toscane est un champ d’expérimentation pour une nouvelle politique :

  • mesures contre les ingérences de la Curie et de l’Inquisition
  • érosions des privilèges politiques et économiques de la noblesse et du clergé
  • tentatives de modernisation du système judiciaire
  • laïcisation de l’assistance avec fermeture de plusieurs centaines d’hôpitaux et d’hospices ecclésiastiques.

Joseph II n’est pas en rupture avec les réformes embryonnaires de ses parents. Il va les radicaliser, les compléter et les appliquer rapidement. Même s’il est avant tout un pragmatique, les idées de ses éducateurs vont avoir une influence considérable sur ses réformes.

 

SON EDUCATION

 

Le Kronprinz Joseph II
Le Kronprinz Joseph II
© Martin Engelbrecht (1684–1756)
vieille gravure
Des seize enfants du couple impérial Joseph II  va être le plus difficile à élever. Né après trois filles, sa venue au monde  est accueillie avec joie par Marie-Thérèse qui fait peser sur lui d'immenses projets. Hasard amusant de l’histoire, ses parrains sont le pape Benoît XIV et le roi Auguste II de Pologne.

Lorsque Joseph naît le 13 mars 1741 à Vienne, son cousin Charles VII est empereur depuis quelques mois. Il a refusé de reconnaître sa mère, fille de l’ancien empereur, pour héritière de l’Empire, et ceci malgré la pragmatique sanction. Déjà l’électeur de Bavière, créé, par lettres patentes, lieutenant général du roi de France, attaque l’Autriche. Frédéric II prend la Silésie. Les parents de Joseph II rentrent en guerre avec ce roi, la France, et la moitié de l’Europe. Cette guerre de Succession d'Autriche se poursuit jusqu’en 1748. Pour faire face à un tel orage, une jeune reine sans expérience, des ministres sans énergie, ou affaiblis par l'âge, qui voient déjà les Turcs en Hongrie, les Hongrois révoltés, les Saxons en Bohême, les Bavarois aux portes de Vienne, et la France les excitant tous [3].

L’enfant doit fuir la capitale de l’empire de ses ancêtres, les Habsbourg.  En Hongrie, sa mère, encore très belle, habillée d’un costume hongrois, prend Joseph entre ses bras, âgé de six mois. Elle le présente à l'assemblée. Un long cri d'amour lui répond de toutes parts : Mourons pour la Reine et pour sa famille ! Mourons pour notre Roi Marie-Thérèse ! [4]

La guerre s’éloigne du fait des victoires des peuples asservis contre souvent des soldats allemands. D’ailleurs, son précepteur est  lui-même un fidèle maréchal hongrois, Karl Josef Graf Batthyány von Németújvár (1697-1772), vainqueur de nombreuses batailles. Homme intelligent il sait écouter les recommandations du vieux conseiller Johann von Bartenstein (1689-1767), un philojanséniste. Ses maîtres lui donnent un enseignement militaire, religieux, juridique, comme il est de règle pour tous les futurs monarques. Mais Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) donne des ordres pour que cet enseignement distraie aussi leur pupille et lui laisse la liberté d’étudier uniquement ce qui lui plait. Joseph n'aime pas les arts d'agrément. Il lit les souvenirs de César et apprend plusieurs langues étrangères, notamment le français et l'italien. Il poursuit seul, par la lecture et la méditation, son éducation philosophique. Il s’imprègne des idées de Voltaire et des encyclopédistes, comme le roi Frédéric II, qu’il considère très jeune comme son modèle. Et pourtant comme les papes et les rois de Pologne, il va devoir le combattre !

Joseph, est entouré pendant sa jeunesse de militaires qui ne s'entretiennent que de faits d'armes, de récits de batailles et de conquêtes. Il porte un uniforme et se soucie peu de l’étiquette à l’espagnole, que le chef de la Maison impériale essaie de maintenir. Si dans la carrière des sciences il n'égale pas son frère Léopold II, personne ne possède au même degré que lui cette vivacité d'esprit qui annonce une grande pénétration. Il fait des progrès étonnants dans l'étude des langues (latin, allemand, français, italien, tchèque et slavon), des mathématiques et de la musique.

Les conseillers de ses parents l'instruisent des moindres détails du fonctionnement de l'administration des nombreux états composant l’Empire et les territoires possédés par l’Autriche hors de l’empire (Hongrie, Slovaquie, Ruthénie, Transylvanie, Croatie, Banat, Batschka, Milanais, Mantouan, duché de Parme...). Batthyány est assisté d'un Père jésuite qui commence l’instruction religieuse du prince. Un an plus tard, la direction de ses études est confiée au moine augustin Weger [4]. Mais si  Joseph II  reste catholique, il prend les religieux en aversion, comme beaucoup de francs-maçons de son temps. Dans la Vienne de Mozart, la Franc-maçonnerie avait fleuri sous le règne des Habsbourg, principalement grâce à François, duc de Lorraine qui était franc-maçon  [5]. Le père de Marie-Antoinette et de Joseph a été en effet initié et toutes les réformes du futur empereur vont être inspirées par les idées qui baignent son enfance. Sa mère elle-même le voyant prier, lui explique que cette attitude ne convient pas à un prince né pour donner l'exemple et être énergique.

En 1751, sa mère constate que son fils ne reconnaît pas ses er­reurs. Sa vivacité et la rudesse de ses jugements sur autrui sont extrêmes. Elle n’est pas épargnée. Devenu empereur, il ne va pas corri­ger sa façon d’être. Joseph II ne va pouvoir en 10 ans améliorer le sort de la paysannerie, des protestants, des juifs... qu’en se conduisant comme un despote éliminant ses opposants mais guidé par la raison et combattant tous les conservatismes.

 

MARIE-THERESE DE 1740 A 1765

 

Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780)
Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780)
© Martin van Meytens
Gemäldegalerie der Akademie der bildenden Künste à Vienne
Plutôt énergique, très populaire en Hongrie, sa mère est une jeune souveraine qui fait élire son époux François de Lorraine au trône du Saint Empire en 1745. Elle veut copier son adversaire prussien, mais rencontre des difficultés pour organiser des peuples aussi différents politiquement et économiquement. Elle commence à moderniser l’administration de l’actuelle Autriche et de la Bohême. Elle crée un impôt généralisé sur la noblesse et l’Eglise. Ces deux mesures sont déjà en rupture avec la politique menée par ses aïeux. Joseph II  va aller dans ce sens, mais en étant plus radical. Il n’admet pas que les juifs et les protestants aient des droits réduits dans l’Empire.

Pourtant l'impératrice-reine s'efforce de réparer les désastres de la guerre en ranimant l'agriculture, le commerce, les sciences et les arts. Fiume et Trieste ouvrent leurs ports à toutes les nations. Des canaux sillonnent les Pays-Bas, et les deux Indes peuvent envoyer leurs richesses jusqu'au sein des villes européennes, comme la Hongrie ses denrées à Ostende. Réparées et multipliées, les grandes routes facilitent les communications ; de toutes parts les populations se rapprochent. De là naissent des intérêts nouveaux, d'utiles industries, de nombreux débouchés. Tandis que les manufactures de drap, de glaces, de porcelaine, d'étoffes de soie, s'établissent dans les faubourgs de Vienne, la ville est dotée d'écoles et de collèges. L'enseignement du dessin, de la peinture, de l'architecture, s'organise. Plusieurs cités obtiennent des universités, des bibliothèques, des observatoires. Pour les médecins, les chirurgiens commencent une ère nouvelle. D’ailleurs si sa mère crée à Vienne, à Neuestadt, à Anvers, des académies militaires, elle pense aux soldats mutilés, aux veuves, aux filles des officiers, elle ouvre de vastes asiles. Elle sait à la différence de bien des souverains faire preuve de gratitude. Joseph II  va apprendre à son contact à étendre une main bienfaisante en direction de ceux qui souffrent ou qui servent l’Empire.

Toutefois mal conseillée par le comte von Kaunitz, elle engage la guerre de Sept Ans (1756-1763). Et puis tout était prêt pour le départ de l'héritier du trône : Joseph devait commander l'armée ; mais l'impératrice change tout-à-coup de résolution. Le prince est très déçu, d’autant que l’impératrice fait preuve d’une immense ingratitude envers l’Angleterre à laquelle elle doit son trône.  Une Angleterre qui commence des réformes qui vont être à la base de nos monarchies modernes. Joseph IIn’osepas lui avouer également son admiration pour le roi de Prusse, ce despote éclairé, véritable génie militaire. Le Feld-maréchal Batthyány, et son royal pupille éprouvent la pire des répulsions envers cette souveraine aveugle, pourtant femme fidèle et descendante de tant de têtes couronnées s’abaisser à écrire des lettres à la maîtresse d’un roi de France. Inspiré par lui, le jeune prince rappelle à sa mère tous les griefs de l'Autriche contre la France. Quelles garanties, lui demande-t’il, quelle sécurité peut vous offrir votre plus implacable ennemie ? Cette intervention est  peu du goût de cette mère autoritaire, Marie-Thérèse, qui lui préfère désormais son cadet Charles. Joseph qui n’a que 15 ans est réprimandé.

Cette guerre, malgré tant de sang versé, ne permet pas à l’impératrice de reconquérir la Silésie et de se partager la Prusse. L’unité du royaume reste bien fragile. Les Pays-Bas et l’Italie du Nord conservent leurs chancelleries et disposent de bureaux particuliers dans la chancellerie viennoise. Hongrie, Bohême et même Autriche ou Carinthie conservent une aristocratie toute puissante. Aidé par Haugwitz, chancelier de l’Empire, elle réussit à devenir la Landesmutter, la mère tutélaire des peuples. Cette politique rejoint celle des 40 rois qui ont fait la France et annonce le centralisme ou le bonapartiste. Mais c’est juste une ébauche et peut-être une illusion. Seul son fils va mener cette politique et il va être immédiatement désavoué par son successeur.

 

UNE EPOUSE ADOREE (1760-1763)

 

Isabella de Bourbon-Parme (1741-1763)
Isabella de Bourbon-Parme (1741-1763)
© Attribué généralement à Jean-Marc Nattier (1685 - 1766)
Kunsthistorisches Museum (Vienne)
Pour consolider la nouvelle alliance avec la France signée en 1756, l'impératrice lui fait épouser en 1760 l'infante de Parme, Isabella de Bourbon-Parme (1741-1763), fille du duc Philippe Ier de Parme et de Marie-Louise-Élisabeth, fille aînée du roi Louis XV de France. 

C’est une jeune fille d'un esprit et d'une intelligence supérieurs, mais d'un tempérament mélancolique presque morbide. Tya-Tya, comme la surnomme affectueusement Joseph, fait la conquête de son mari, de sa belle-famille et de toute la cour de Vienne. Joseph répète sans cesse : Je souffre de n'avoir qu'un coeur à lui donner. Les sages conseils de sa jeune épouse calment bien des fois en lui une fougue trop prompte à déborder. Hélas pour lui Isabella préfère la compagnie de la soeur de Joseph, Marie Christine, à celle de son mari. Elle lui donne deux filles. Marie-Thérèse (1762-1770) et Marie-Christine, qui ne survit pas. Après cette naissance la force d'âme du jeune prince va être soumise à de rudes épreuves. Au sein d'un bonheur sans nuages, la petite vérole lui enlève cette compagne adorée. Dès les premiers symptômes du mal, trop affectueux pour n'être pas dévoué, Joseph s'enferme avec elle. Il ne la quitte qu'après l'instant suprême.

Joseph II n’a pas d’héritiers. Contre une telle douleur, un seul refuge, l'étude : il s'y jette tout entier.

 

UNE FEMME DEDAIGNEE (1765-1767)

 

Maria Josepha Antonia von Bayern (1739—1767), femme de Joseph II
Maria Josepha Antonia von Bayern (1739—1767), femme de Joseph II
© ???
http://worldroots.com/brigitte/royal/hbsp-b.htm
Son devoir est d'assurer une postérité dynastique. La sœur de la défunte est déjà promise au prince des Asturies. Deux ans se sont à peine écoulés dans cette mélancolique solitude, quand Marie-Thérèse annonce à son fils qu'on va l'unir à Josépha de Bavière (1739-1767), fille de l'ancien empereur Charles VII. Plus que l'attachement, la politique avait préparé cette alliance, l'Impératrice voulant faire hériter son fils des biens allodiaux du frère de la princesse. En de tels calculs, les chances de félicité intérieure entrent pour fort peu de chose. Froissé dans ses plus chers souvenirs, Joseph obéit avec résignation. Il se remarie en 1765 à Josépha de Bavière, qui est considérée comme laide par ses contemporains et très vieille, car elle est son aînée de deux ans.

Joseph II  la rend malheureuse par son indifférence. Il la décrit dans une lettre comme laide, petite, grosse, avec des dents cariées... Elle, elle l’aime beaucoup !  Lui ne veut même pas avoir de relations sexuelles avec sa seconde épouse. Certes, il ne la trompe pas, mais certains proches affirment que le mariage n’est pas consommé. Comme sa sœur Marie-Antoinette, il n’est guère intéressé par le sexe. Son attitude permet peut-être de voir les rapports intimes entre Auguste (Louis XVI très amoureux) et Antonia (Marie Antoinette dédaigneuse) sous un éclairage différent. La nouvelle archiduchesse meurt de la petite vérole, qui n’est en rien une maladie sexuelle et frappe les riches comme les pauvres. L’empereur ne lui rend pas visite alors qu’elle agonise et il n’assiste même pas à l’enterrement de sa seconde épouse. Ne veut-il pas en agissant de la sorte montrer à sa mère abusive qu’il n’est en rien sa marionnette ? A la cour, on dit qu’il devient misogyne du fait de sa seconde épouse, mais n’est ce pas plutôt une réaction par rapport à l’attitude de sa mère vis-à-vis de son ancien mari et désormais de lui ?

À la mort de Josépha, Marie-Thérèse songe à lui faire épouser la princesse Bathilde d'Orléans, à nouveau une Française. Plus tard encore il est question d'une union entre l'empereur et la plus jeune sœur de Louis XVI. Mais Joseph dit, pour toujours, adieu au mariage.

 

DES POUVOIRS LIMITES (1765-1680)

 

Blason de l'empereur Joseph II d'Autriche en 1765
Blason de l'empereur Joseph II d'Autriche en 1765
Saint Empire romain germanique
© http://commons.wikimedia.org/wiki/User:David_Liuzzo
http://peter-diem.at/bundeswappen.htm
A la mort de son père, il hérite de son immense fortune. Il fait don de vingt millions de florins à l’Etat. Joseph II oblige son frère Léopold à restituer à l’Autriche deux autres millions venant de cet héritage et dormant dans une banque de Toscane. Bien entendu Marie-Thérèse prend parti contre Joseph, qui veut juste avec son bien aider sa patrie.

Par un article secret du dernier traité de paix, Frédéric avait promis sa voix au fils aîné de l'Impératrice pour la couronne de roi des Romains. Le 27 mai 1764, Joseph est élu, sans contestation, à Francfort. Ainsi, naguère prête à s'anéantir, la Maison d'Autriche renaît florissante. Le sceptre impérial semble devoir se consolider entre des mains rajeunies. Mais Marie-Thérèse, si elle appelle aux mêmes fonctions le nouvel empereur, stipule qu'elle n'aliène nullement sa souveraineté personnelle sur tous ses états. D’ailleurs son fils et héritier n’est associé qu’au gouvernement des États héréditaires qu’en qualité de Co-régent. Il n'est chargé que de l'entière direction des affaires de l'armée,  de la représentation, mais reste exclu de la politique étrangère et des décisions politiques internes de l'empire.

Dès 1762, adoptant le système prussien, l'Empereur organise la conscription dans tout l'Empire, sauf au Tyrol, en Hongrie, aux Pays-Bas et dans le Milanais. Ardent à poursuivre les abus, il ne tarde pas à introduire dans l'administration militaire une économie, une régularité jusqu'alors sans exemple. Pour atteindre ce but, l'expérience et les lumières du Feld-maréchal François Maurice de Lacy (1725-1801) lui sont d'un grand secours. Toujours en action, ce prince, après avoir inspecté les régiments de Bohême et de Moravie, part, en 1769, pour l’Italie. Roi nominal des Romains, il lui tarde de voir la grande ombre du Capitole.

Une anecdote permet de mieux comprendre la vraie personnalité de cet homme. A Milan, visitant les couvents de femmes, et ne trouvant pas les religieuses assez occupées, il leur envoie de la toile pour faire des chemises à ses soldats. Il ne peut supporter ce qu’il appelle les parasites et lui-même étudie et agit sans cesse.

Marie-Thérèse marie sa plus jeune fille au Dauphin de France en 1770. L’empereur sans pouvoirs est très triste, car il aime beaucoup sa soeur Marie-Antoinette et déteste cette France, où à Versailles, le parti anti-autrichien reprend le dessus.

Il commence à élaborer ce qu'il appelle des rêveries, pour que sa mère les lisent. Ces documents contiennent les germes de sa politique postérieure. Il est un ami de la tolérance religieuse, impatient de réduire la puissance de l'église, de soulager la paysannerie des fardeaux féodaux, et d'enlever des restrictions au commerce et à la connaissance. Il veut libérer les serfs, mais en vain !

Certes il réussit à convaincre sa mère de supprimer l’ordre des jésuites.  Mais, l'opposition contre eux est tellement répandue, que le pape Clément XIV de son côté en vient, en 1773, à prendre la décision de supprimer l'ordre partout dans le monde ; c'est le bref Dominus ac Redemptor.

Dans le Saint Empire la réforme a marqué les esprits et le combat contre l’emploi du latin et le français, langues des impérialismes culturels est mené par des proches de l’empereur, comme Sonnenfels et Gebler. Le combat contre les jésuites relève, comme l’écrit Hervé Hasquin dans son Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, 1741-1790, d’une lutte plus générale contre un obscurantisme romano-méditerranéen, qui étouffe le bien-être moral, intellectuel et politique allemand. Un poète allemand comme Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803) dans son Ode à l’empereur vante celui qui venge les empereurs Frédéric Ier et Henri IV des humiliations infligées par les Papes. Joseph II n’est pas le seul à mener ce combat. Les attaques contre Rome et la vie monastique dépassent en virulence celles du XVIe siècle.

L’empereur voit des convois souabes de plus en plus nombreux depuis 1748 partir coloniser les territoires du Sud-Est (Hongrie, Banat, Batschka...). Lui-même va appliquer la même politique de colonisation de peuplement en Galicie de 1782 à 1788. Mais pour lui toutes les mesures de sa mère ne sont pas assez profondes et rapides.

 

LE PARTAGE DE LA POLOGNE (1772)

 

Partage de la Pologne (1772)
Partage de la Pologne (1772)
Archives Guy de Rambaud (Public Domain)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Lors des événements qui vont aboutir au partage de la Pologne en 1772, dès l'année 1766, le Grand Frédéric propose à son ami et frère une entrevue. Le jeune empereur la souhaite vivement. Mais jusqu'alors Marie-Thérèse et le prince von Kaunitz s'y étaient opposés. Cette fois, il en est autrement. Du consentement de sa mère, Joseph fait les premiers pas. L'entrevue a lieu, le 25 août 1769, à Neiss, dans cette Silésie tant regrettée. Le jeune homme est presque courtisé par celui qu’il considère comme son.héros. Toutefois cette immense admiration n’est qu’une partie de l'attitude que Joseph va adopter devant le vainqueur de sa Maison. Il ne dissimule pas que, vu la situation actuelle des affaires en Europe, ni Marie-Thérèse ni lui ne sont prêts à tolérer une plus longue présence des Russes en  Moldavie et en Valachie. Dans la prévision d'hostilités entre la France et l'Angleterre, Joseph promet une neutralité absolue, et propose des mesures pour la maintenir en Allemagne. Embrassant une politique nouvelle, il sacrifie entièrement l'alliance française. Sa mère ignore ce qui est décidé à Neiss.

La situation en Pologne s’aggrave. Ces circonstances rendent une seconde entrevue opportune. Elle a lieu au camp de Neustadt, en Moravie. Frédéric et ses généraux portent l'uniforme autrichien : Mon frère, dit-il à l'Empereur en l'abordant, j'amène des recrues à Votre Majesté. Comme à Neiss, la France est déclarée suspecte au premier chef. Le monarque prussien promet d'engager la Porte-Ottomane à accepter la médiation du cabinet autrichien. Devant une carte de la Pologne, on arrête les bases de l'odieux partage. L’impératrice est mécontente, mais Joseph a réussi à réaliser l’un de ses rêves. Il récupère la Bukovine trois ans plus tard.

 

REVES DE GRANDEUR POUR L’AUTRICHE ET DE REFORMES POUR SES PEUPLES

 

L’ardent Joseph a d’autres rêves, il convoite la Serbie, la Bosnie, les possessions vénitiennes, Trieste et le Milanais.  L'empereur ne borne pas là ses prétentions. Il compte bien, après la mort du duc de Modène, dont un archiduc a épousé l'héritière, revendiquer le Ferrerais en la possession des Papes, et dépouiller le roi de Sardaigne du Tortonais et de l'Alexandrin, comme ayant toujours appartenu aux ducs de Milan. A l'ouest, la Bavière, l'Alsace et la Lorraine et à l’est la Silésie font partie aussi des rêves de Joseph qui selon Frédéric II risquent de mettre l’Europe à feu et à sang et se transformer en cauchemar pour les peuples.

Il commence à affirmer des principes qui effraient les privilégiés, qui vivent presque comme de grands seigneurs français du temps de la féodalité. Il écrit : Tout relève de l’État, ce mot embrasse toutes les activités et chacun doit collaborer à sa prospérité. Ce qui pour lui signifie :

  • réduire les revenus de la haute noblesse,
  • s’attaquer aux privilèges fiscaux de l’Eglise ou des diètes locales,
  • nommer des serviteurs de l’Etat non en fonction de leur naissance mais de leurs compétences

Mais il ne peut que constater qu’il ne peut pas réaliser ses rêves, même ceux qui lui semblent le plus guidés par la raison et voyager dans une Babylone en proie à une décomposition sociale, un défi vivant à la raison. Une seule institution dépend exclusivement de lui, l’armée. Sous la direction d'habiles généraux, une armée de deux cent mille hommes, parfaitement disciplinée, peut, d'un jour à l'autre, et sans épuiser le pays, recevoir des renforts considérables. Les quinze années de corégence lui semblent des années perdues. Qu’a-t-il fait pour réformer l’administration ou gagner ou gagner la guerre de Succession de Bavière ? Que peut-il faire ?

 

VOYAGE EN FRANCE (1777)

 

Louis XVI, par exemple n’a aucune sympathie pour son beau-frère et le dit. Cela est sans conséquences, puisqu’il suffit de faire preuve de respect et de tendresse envers Marie-Thérèse, la vraie impératrice.  Vivement blessé, Joseph n'épargne, dans ses caustiques attaques, ni les ministres de son royal beau-frère, ni la nation elle-même.

Marie Antoinette en tenue de vénerie.
Marie Antoinette en tenue de vénerie.
© ???
http://www.ladyreading.net/marieantoinette/index-en.html
Mais du fait de sa sœur et de la puissance considérable de la France, il décide de visiter la France plus ou moins incognito. Sous le nom de comte de Falkenstein, il arrive à Paris le 18 avril 1777. Lors d'une partie de chasse dans la forêt de Bondy, il rencontre la reine venue au-devant de lui. Durant un séjour de six semaines, Joseph attire, et, ce qui est plus difficile, sait soutenir la curiosité générale.

Mais comme avec les religieuses de Milan et en des dizaines d’autres endroits, il ne peut contenir son indignation. A l'Hôtel-Dieu il remarque étendus dans le même lit un malade, un mourant, un mort. Il s’indigne du sort réservé à ces vieux soldats. Cette retraite n'est pas un bienfait ! Il agit de même avec l’abbé de l’Epée. L’empereur en apprenant qu’il n’est pas aidé se fâche et il donne à ce bienfaiteur des sourds-muets son portrait et des diamants. Il le prie de lui former un disciple capable d'obtenir, à Vienne, les heureux résultats de sa méthode.

A la cour, Joseph, même s’il est un peu complexé par la taille de son beau-frère, le plaisante sur son goût pour la chasse. Il lui conseille au lieu de parcourir les bois, de visiter les principales villes du royaume. Ne ménageant pas davantage sa sœur, dans ses parures, dans ses nouvelles habitudes, dans les fastueuses superfluités qui l'entourent, l’empereur se complet  à lui rappeler la simplicité de leur éducation première. Il essaie de la ramener à la raison : Que de choses, dont nous n'avons pas besoin à Vienne ! et lui conseille plus de tendresse avec son mari.

Falkenstein, c’est suivant les pamphlétaires du temps la majesté sans faste. Toutefois ce futur souverain très moderne, comme ceux d’Angleterre, assure un avenir aux monarchies qui choisissent de réformer leur fonctionnement. Mais, il  ne célèbre pas avec enthousiasme le Congrès américain, comme les plus profiteurs et inconscients des privilégiés français. A une aristocrate qui s’étonne qu’il ne pérore pas sur les républicains américains, il ne peut s’empêcher de lui répondre : Eh ! mais, madame, mon métier à moi, c'est d'être royaliste. Le conflit aux Amériques est une guerre close pour les francs-maçons, donc il n’a aucune raison de combattre contre ses frères anglais. La cause de l'Angleterre, constate Joseph,  est celle des souverains. Ils sont tous également intéressés à maintenir la subordination et l'obéissance aux lois dans les monarchies qui les environnent. Le soutien de Louis XVI et des très conservateurs monarchistes français aux révolutionnaires américains lui semble une monstrueuse anomalie.

 

PRECEPTEUR LE TEMPS D’UNE ETAPE (ETE 1777)

 

Le château de Messès ou Meyssès était situé sur la commune de Sarlat-la-Canéda, au nord de cette ville. C’est l’une des anciennes demeures des Labrousse. Le colonel de Labrousse, officier de la compagnie de Luxembourg, est le beau-frère d’Agathe de Rambaud, qui va élever le neveu de Joseph II, le futur Louis XVII. Lui se chargera de l’éducation des enfants de la  servante du fils cadet de Marie-Antoinette. Comme le château de Messès, attesté au XVIIe siècle, a brûlé le 17 juin 1755, on a reconstruit une maison de plaisance. C’est cette modeste demeure qui reçoit la visite incognito de Joseph II en 1777 [6]. François-Pascal de Labrousse, marquis de Labrousse, vicomte de Castel, seigneur de Messès, Barrète, Lacombe envoie une supplique à la reine Marie-Antoinette en 1778 :

Chevalier, ancien mousquetaire de la garde du Roi, résidant, en son château de Messès en Périgord, près Sarlat, La supplique est également au nom du fils cadet, Hubert-Bertrand de Labrousse, actuellement à l'hôtel des chevau-légers à Versailles : ils demandent l'un et l'autre, vu leur pauvreté, une pension, pour le père, une charge d'écuyer ou une sous-lieutenance des gardes du corps, la croix de chevalier de Saint-Lazare, pour le fils, une place de page de la Reine, et pour deux des filles des places à Saint-Cyr. Ils espèrent obtenir ces faveurs avec la protection de l'empereur d'Autriche Joseph II, frère de la Reine, qui la leur a promise. Il accompagne sa supplique de ses preuves de noblesse pour obtenir l'admission de son fils aîné Bertrand, né en 1762, puis pour obtenir l'admission à l'école militaire de son fils puiné Marc Arnal.

Et il relate le passage de Joseph II, empereur et roi des Romains chez lui au château de Messès, sous le nom de Cartelbon étudiant en théologie et sous l'habit de précepteur. Par une lettre datée de Sarlat le 18 juillet 1777, l'empereur s'offrait pour l'emploi de précepteur, se disant originaire de Coupiac, diocèse de Vabre en Rouergue, et il entra aussitôt en fonctions. Il se fit aimer tout de suite des enfants de la maison, ses élèves; le soir, après souper il fut très aimable avec ses hôtes, et parla avec beaucoup d'esprit sur beaucoup de parties. Il parle, pendant très longtemps de l'Empereur, de ses voyages et de l'incognito qu'il gardoit du travestissement ou il étoit il assure qu'il le connaît beaucoup et même particulièrement, et qu'il étoit passé en Périgord, qu'il y étoit encore... Après avoir passé une partie de la nuit en conversation avec le sieur de Labrousse, l'empereur part au point du jour, promettant d'envoyer un vrai précepteur, et de s'occuper de la famille de son hôte. Il venait de Biron, du repaire de la Roque, de Villefranche-de-Rouergue, du côté de Toulouse et de Fumel [7].

La seconde pièce, à l'appui de la supplique, est l'état des services des ancêtres du sieur de La Brousse, ancien mousquetaire du Roi, résidant à son château de Messès, paroisse de Sarlat, en Périgord, qui ont servi en qualité de vaillants capitaines sous les règnes de Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Ce Labrousse, cousin du colonel, est connu dans les dernières années de sa vie sous le titre de marquis conservé jusqu'à ce jour par le chef de famille. La famille de Labrousse de Messès se fait représenter en 1789 par le marquis de la Brousse de Vertaillac aux assemblées de la noblesse tenues à Périgueux. On possède de lui un cachet que l'on retrouve sur son testament en 1787. C'est un écusson, ovale : De gueules à 7 fleurs de lys d'argent posées 3, 1, et  3, accompagné à dextre d'un cerf passant de même et à sénestre d'une maison également d'argent. Supports : Deux lions la tête contournée, couronne de comte [8]. Il teste le 16 juin 1787, donne une procuration pour voter à sa place avec la noblesse à Périgueux en 1789 au marquis Labrousse de Vertaillac.

 

LA GUERRE DES POMMES DE TERRE

 

En Bavière, son beau-père, Maximilien III Joseph, est mort en 1777, sans laisser d'héritiers. Joseph réclame, à titre de fiefs masculins dévolus à l'Empire, le landgraviat de Leuchtenberg, les comtés de Wolfstein, de Haag, de Shabeck et de Hais, et d'autres territoires moins importants.L’empereur offre également de soumettre ses prétentions à la Diète. Il écoute les réclamations de l'électeur de Saxe, de la Maison de Mecklembourg, du duc de Deux-Ponts, et négocie un accommodement entre eux et sa mère. Avant de recourir aux armes, ce prince engage une guerre de plume. Il y a, de part et d'autre, échanges fréquents de notes, de lettres, de mémoires, notamment avec son frère, Frédéric II de Prusse. Mais en vain ! La guerre éclate entre l'Autriche et la Prusse. Engagée en Amérique, la France reste neutre. La guerre de succession de Bavière, ou guerre des pommes de terre, est surtout une crise diplomatique. La paix de Teschen (13 mai 1779), y met fin. L’Autriche renonce à la succession de Bavière. Joseph voit s'échapper l'occasion de se mesurer avec son adversaire le plus redoutable. Il ne récupère que le quartier de l’Inn (2.200 km²).

Marie-Thérèse ne néglige aucune occasion d'entretenir l'ambassadeur français de ses dissentiments avec son fils, et en gémit amèrement. Nul événement de son règne n'a causé plus de plaisir à Marie-Thérèse que la défaite de son fils aîné. Elle le proclame hautement. Elle aime à le répéter et fait tout pour créer des tensions entre Joseph et son frère Léopold.

En 1780, sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, décède enfin. Après avoir tant vu ce qu’il appelait ses rêves être inappliqués ou contrariés, Joseph II va pouvoir devenir l’ami des hommes, un guerrier redoutable, l’ennemi des privilèges d’une partie de la noblesse. Par une attitude parfois sage et une activité débordante, il va savoir réformer le Saint Empire, notamment en y limitant les pouvoirs immenses de l’Église de Rome. Avant la mort de cette mère abusive, le prince est devenu l’ami de Catherine II et a renforcé son alliance avec les Anglais.

 

L’AMI DES HOMMES

 

L’humanité tremblante étend fes bras auguftes ;

Elle remplit l'air de fes  cris douloureux.

N’est-il donc plus d’efpoir ?...  0 vous, Rois ! Foyez

juftes,

Et le Monde eft heureux ! Joseph II (1ère page du Testament Politique De L'Empereur Joseph Second, Roi Des Romains)

 

Le 29 novembre 1780, après la mort de Marie-Thérèse, son fils Joseph devient le seul maître de la politique autrichienne. Il souhaite imposer des réformes que certains qualifieront de révolutionnaires, inspiratrices de celles de 89. A la cour, les jeux et les fêtes que Marie-Antoinette va importer à Versailles vont disparaître. Les châteaux des Habsbourg deviennent des ruches où tout le monde travaille. La seule différence avec le monde des abeilles, c’est que le souverain en est le membre le plus actif. Du matin jusqu’au soir, sept jours sur sept, Joseph reçoit ses sujets quel que soit leur statut social. Il va publier plus de 6000 décrets et plus de 11.000 lois en dix ans.Celui que l’on va appeler l’Ami des Hommes a pour devise : Virtute et exemplo.

 

ADMINISTRATION

 

Une nouvelle anecdote nous permet de mieux connaître les méthodes de Joseph II et pourquoi ses réformes sont obligatoires pour assurer le bien-être du peuple et le fonctionnement de l’empire :

 

En 1784, les populations de Bohême connaissent une immense famine. Dans une ville de cette province, les chariots, qui doivent transporter l’aide alimentaire du gouvernement, sont bloqués par des gardes-magasins. L’empereur,  vêtu d'un uniforme très simple, entre dans les bureaux et demande à parler au chef. Il est reçu de lui par un :

Qui êtes-vous ?

Lieutenant au service de l'empereur.

Hé bien! Monsieur le lieutenant, que puis-je faire pour vous ?

Expédier ces pauvres villageois qui attendent depuis si longtemps

Ils sont faits pour attendre.

Mais, monsieur, ils ont déjà beaucoup attendu, et il leur reste du chemin à faire.

Que vous importe ?

On doit être humain, et ne pas retenir des journaliers sans nécessité.

Oh ! Parbleu, monsieur le lieutenant, cette leçon n'est pas à sa place. Je sais ce que j'ai à faire, vous pouvez vous retirer.

Ah ! S’il en est ainsi, Monsieur l'employé, repartit Joseph, je vous défends de vous mêler de ce grain. Vous, mon ami, dit-il en se tournant vers le subalterne qui, l'ayant suivi, attendait les ordres de son chef, débarrassez ces pauvres gens et les renvoyez chez eux. Vous êtes dès ce moment à la place de cet insolent. Et vous, homme indigne de porter ce nom, je vous casse et vous chasse. Connaissez votre maître !

 

Cet officier qui traite mal le peuple et peut-être revend l’aide alimentaire n’est pas le seul à voir la fin de ses privilèges accrus par la décadence du Saint Empire.

 

Le10 juillet 1782, l’empereur supprime les jurandes dans ses états. Cette décision facilite la création d’établissements industriels et commerciaux. Elle est de conception libérale et permet aux entrepreneurs de recruter plus facilement. Elle sera copiée par la loi Le Chapelier de 1791. Dans l'esprit des idées éclairées, Joseph II apporte un soutien à la production industrielle naissante. Dans les années 1784-1786, le contrôle des corporations dans l'artisanat et le commerce est aboli. La même année, l’Édit éternel de 1786 impose la libre circulation des grains, ce qui montre bien que ses mesures n’ont rien à voir avec celles des Robespierristes du temps de la Terreur.

 

Le 27 août 1784, un tarif douanier établit une politique protectionniste dans les états habsbourgeois, ce qui évite une invasion des productions anglaises, qui ruinent la France à la même époque. Et à la différence du royaume de Louis XVI il essaie de limiter les importations de café, chocolat, verreries, velours. Pour vendre les productions nationales Joseph, encourage les foires et signe des traités de commerce avec la Turquie et le Maroc. Dans les Balkans, il fournit des denrées agricoles et industrielles aux populations des empires turc et ottoman qui manquent de tout. Les ports de l’Empire et de Toscane sont modernisés et un réseau de consuls est créé. Dans un port d’importance moyenne comme Morlaix  Armand Joseph Dubernad, d’une famille de diplomates (Lesseps, Cabarrus), est Consul général du Saint Empire romain germanique et son frère consul du duché de Toscane.

 

En ma­tière financière, il réorganise les finances, unifie le système fiscal, met en place un appareil bureaucratique compétent et une comptabilité publique. Aux impôts directs s'ajoutent les accises, douanes, droit de timbre, taxe sur le sel et le tabac. Le but est de permettre à l’empire d’avoir un budget régulier et important et de ne pas dépendre des banquiers. La création d’une loterie assure d’autres revenus à l’empire. En janvier 1787, les États de Brabant refusent de consentir l’impôt. Joseph II réplique par la dissolution de ces États, dont il essaie vainement de se débarrasser.

 

En 1783, le code criminel de Joseph II est à l’origine du  mariage civil. Il fait une réforme de la justice criminelle basée sur le principe de l’égalité judiciaire. Les juridictions existantes (seigneuriales, urbaines et ecclésiastiques) sont supprimées et remplacées par une organisation hiérarchisée. L’empereur supprime rapidement  les tribunaux spéciaux pour juger les nobles. Il abolit la torture et la peine de mort, sauf pour les cours martiales. Les dernières lois contre la sorcellerie sont abolies.  Joseph est partisan de la liberté de pensée et donc d’une réforme de la censure. Cette mesure provoque une vague de pamphlets, surtout dans les milieux conservateurs religieux. L’empereur parle sans cesse de liberté innée de l’homme, mais il devra attendre la mort de sa mère pour se libérer. Joseph favorise les philosophes et l’édition de leurs livres interdits à l’étranger.

 

L’empereur crée un corps de fonctionnaires instruits et dévoués, exacts et efficaces, qui remplace par exemple les magistrats des villes. Joseph II fait organiser de directions de police dans les Länder, par le comte Anton von Pergen, véritable créateur de la police autrichienne. En moins de dix ans les Autrichiens assistent à une refonte totale de leur police. Dans le même temps, les effectifs de l’armée doublent sans trop augmenter les dépenses budgétaires.

 

Création de l'hôpital de Vienne par Joseph II en 1784.
Création de l'hôpital de Vienne par Joseph II en 1784.
© Josef et Peter Schafer
Vieille gravure de 1784
Joseph a fondé de nombreux hôpitaux, asiles d’aliénés, maisons des pauvres, et orphelinats Sans compter des législations sur les enterrements et l’hygiène, la création d’hôpitaux et d’instituts de bienfaisance. Ce souverain fournit de la nourriture aux pauvres et les fait soigner gratuitement. Le Josephinum, situé non loin de l’hôpital de Vienne, est l’école de médecine militaire, créée en 1785 par l’Empereur Joseph II.

 

En 1783, la commission d’éducation et de censure voit son action étendue à toute la monarchie autrichienne. Cette réforme de l’enseignement crée des établissements de classes élémentaires, de gymnases secondaires et des établissements universitaires à vocation plus large. L’enseignement est dispensé en allemand. Le but est de  mettre tout le territoire sur le même plan que les États allemands, très développés. Cette réforme du système permet l’alphabétisation des masses, mais se révèle catastrophique pour les universités.

 

Un recensement général de la population des maisons et établissement du cadastre en 1784 est fait. Les États des Habsbourg comptent 23,3 millions d’habitants, dont 9,5 millions d’habitants en Hongrie. Le pays compte à la fin du siècle plus de 60 villes libres royales, dont une vingtaine de plus de 10.000 habitants, 665 bourgs et 15.000 villages. Du fait de la libération de la paysannerie, l’urbanisation se développe. La bourgeoisie vraiment émancipée ne représente toutefois que 150.000 personnes. L'empereur veut une noblesse et un clergé au service de l’État. Il permet aux nobles de commercer sans déroger.

 

Le 11 mai 1784, l’allemand devient langue administrative unique de l’empire (1784 en Hongrie, 1785 en Bohême, 1787 dans le reste de la monarchie). Une administration multilingue lui semble irrationnelle. Joseph II supprime aussi les comitats en Hongrie pour lui substituer dix districts d’égale importance, plus trois pour la Transylvanie. Des commissaires royaux nommés par l’empereur remplacent les préfets élus. L’empire est divisé en neuf Cercles, eux-mêmes divisés en 64 districts, tous administrés depuis Vienne. En 1786,  les Constitutions, le Sénat, les anciennes institutions de Milan, conférés par Charles Quint en 1541, sont abolis.

 

La politique de Joseph II se heurte à de très fortes résistances locales. La noblesse continue à dominer les pouvoirs locaux. Alliée au clergé ; elle se sert des nationalismes naissants pour provoquer des émeutes. C’est le cas en Hongrie et dans les Pays Bas autrichiens. Toutefois, la Révolution brabançonne qui agite les Pays-Bas autrichiens entre 1787 et 1790, n’est pas que le fait des ultra-conservateurs, loin de là. Si les statistes sont des patriotes qui sont attachés aux libertés locales, les vonckistes veulent la fin de l’ancien régime. Le projet de Joseph consistant à échanger les Pays Bas autrichiens contre la Bavière, certes contrecarré (1785), doit être en partie l’une des causes de cette insurrection patriotique qui survient en même que les troubles prérévolutionnaires en France.

 

L'empereur Joseph II "maniant la charrue"
L'empereur Joseph II "maniant la charrue"
© ???
gravure du XVIIIe s.
BAUERNKAISER 

 

L’une des devises favorites de Joseph II est : Rien par le peuple, tout pour le peuple. Car la monarchie autrichienne compte à la fin du XVIIIe siècle plus de 23 millions d’habitants, la plupart du temps ruraux et analphabètes encore incapables de gouverner l’Empire. La priorité est même de libérer les masses paysannes du servage et de la corvée pour en faire des petits propriétaires ou leur permettre d’aller travailler dans les villes. Il fait aussi baisser les redevances féodales et les droits banaux. Joseph est un despote mais il met fin à l’esclavage bien avant la France, l’Angleterre, les Etats-Unis et la Russie.

 

En Moravie, le 19 août 1769, Joseph II, pour honorer l'agriculture, laboure un champ de ses propres mains. Cela choque cette fois-ci non des religieuses, comme à Milan, mais les conseillers de sa mère.

 

Ses réformes ne se font pas à la même date dans tout l’empire du fait des oppositions qu’elles créent. Le 1er novembre 1781, l’empereur abolit la servitude personnelle en Bohême, Moravie, c’est ce qu’on appelle la patente des sujets. Les paysans peuvent désormais se marier, quitter les fiefs, envoyer leurs enfants étudier ou travailler en ville sans en demander l’autorisation à leur seigneur. Ils peuvent posséder des biens. La corvée est encore maintenue, mais elle est codifiée. Le paysan peut la racheter. La tenure du rustical est consolidée. Elle devient propriété réelle du paysan contre paiement du cens.

 

La patente des sujets est par la suite appliquée en Bohême avant d’être introduite en Autriche. En 1782 la servitude personnelle est abolie en Slovénie, juste après le 15 janvier 1782, date de son abolition en Autriche.

 

Dans les campagnes, particulièrement en Moravie, les paysans considèrent désormais Joseph II comme leur ami, leur protecteur, le Bauernkaiser, l’empereur des paysans, écrivent Laurence Cole et  Daniel L. Unowsky dans The limits of loyalty: imperial symbolism, popular allegiances, and state patriotism in the late Habsburg monarchy.  A l’opposé, Joseph est détesté par les grands propriétaires terriens. Les nobles n’ont plus le droit de justice sur leurs paysans et domestiques. La réforme de l’impôt foncier est retardée. Mais influencé par les physiocrates, Joseph crée un impôt foncier simple qui rencontre une forte opposition. Ses mesures anti-féodales qui soumettent à l'impôt la noblesse et le clergé lui apportent de nouvelles sources de revenu.

 

En 1783, un décret impose la création d’une école primaire par village dans la partie hongroise de l’empire. La même année, le privilège de ban de moulin est supprimé dans les états autrichiens. Le cadastre des terres est achevé en 1789.

 

En 1784, les paysans roumains de Transylvanie se révoltent et demandent l’abolition de la servitude personnelle dans leurs Cercles.

 

La réforme fiscale diminue les impôts et remplace la corvée par des prélèvements obligatoires en nature et en argent. Entrée en vigueur en 1789, cette réforme est, cependant, supprimée après la mort de l'empereur.

 

Les réformes de Joseph II confèrent aux paysans la dignité de sujets, ce qui est une nouveauté dans l’histoire de l’humanité. De nouveaux villages de colons d’origines germaniques sont créés aux frontières de l’Empire ou sur des terres inexploitées. Malgré les famines et les épidémies au début de son règne, il repeuple aussi certaines régions de la Bohême et de la Moravie.

 

Toleranzpatent (1781)
Toleranzpatent (1781)
© Joseph II
http://www.evang.at/toleranzpatent.0.html
L’ENNEMI DES RELIGIEUX LOQUETEUX         

 

Joseph II écrit : Les Ordres qui ne servent pas leur prochain ne servent pas Dieu non plus… La Monarchie est trop pauvre et trop en retard pour pouvoir se permettre le luxe d’entretenir des paresseux. L’État a besoin de prêtres vertueux, cultivés, qui enseignent l’amour du prochain et non pas de mendiants va-nu-pieds et loqueteux.

 

En matière religieuse sa mère n'avait recouru, selon Joseph II, qu’à des demi-mesures  incohérentes. Certes la suppression de l'ordre des Jésuites et la confiscation des biens lui avait montré quelle était la politique à mener. En 1781 les congrégations et ordres contemplatifs sont tous supprimés. Selon Joseph, ils ne servent pas l’Empire et le peuple, car ils ne se chargent ni d'enseignement, ni de soins aux malades. Plus de 700 couvents sont transformés en écoles. Leurs biens et revenus permettent de moderniser les hôpitaux, de créer de nouvelles écoles moyennes et des universités, dont celle de Vienne, et des séminaires moins nombreux, mais plus modernes. Le catholicisme reste la religion officielle, toutefois les prêtres sont désormais formés et rémunérés par l'État. En Toscane, les biens des établissements supprimés servent à rétribuer les curés des paroisses pauvres.

 

Ces réformes un peu trop rapides vont susciter des réactions en partie justifiées et parfois des drames humains pour 38.000 moines et sœurs habitués à vivre sans travailler et chassés de leurs couvents. Une carmélite de Saint-Denis écrit peu de temps après ces décisions : Dans le courant de l’année 1783, l’Europe catholique vit avec étonnement la suppression d’un grand nombre de communautés de filles dans les états de l’empereur Joseph II et, si les ennemis de la religion en triomphèrent, les gens de bien en gémirent et leur âme sensible déplora les malheurs d’une foule de vierges qui se voyaient errantes dans les villes, et allaient se trouver exposées à tous les dangers du monde qu’elles avaient voulu éviter en se renfermant dans le cloître. 

 

Le pape est confronté à cette volonté de réformer l’Eglise qui va être  appelé joséphisme. Pie VI effectue un voyage à Vienne le 22 mars 1782 dans le but d'amener l'empereur Joseph II à renoncer à sa politique que le pape juge anti-cléricale. Le souverain reste ferme sur ses positions, mais se rend à Rome l'année suivante et signe un concordat pour la Lombardie. Toutefois, en 1786, ce concordat et celui de 1757 sont dénoncés. Même le tout puissant clergé lombard doit désormais rendre des comptes aux tribunaux ordinaires, ne plus se charger du recrutement de ses curés et arrêter de propager  les superstitions populaires, la piété baroque, l’obéissance au Pape et pas à l’empereur... En 1785, il rétablit en Hongrie un privilège par lequel les textes pontificaux ne peuvent entrer en vigueur qu’avec l’assentiment du roi.

 

Ces réformes religieuses, inspirées de l'Aufklärung, veulent soumettre l'Église à l'État. Un concordat est signé le 20 janvier 1784, établissant de nouveaux rapports entre Rome et les Habsbourg. Le pape obtient le maintien de la bulle Unigenitus, qui avait condamné le jansénisme. Mais avant ce concordat, les diocèses sont réorganisés et correspondent aux unités administratives de l’empire. De nombreuses paroisses sont créées. Elles correspondent parfois aux nouveaux villages bâtis par des colons allemands en Hongrie. Joseph II interdit les processions et les pèlerinages dans ses États en 1785. L’église est désormais au service de l’empire. Il est proche du  fébronianisme qui veut créer une église nationale dans l’empire. Pour lui, le pape doit diriger l’Église universelle en lui restant subordonné.

 

Le nouveau code civil conserve aux différents cultes la célébration du mariage, mais il s’agit désormais d’un simple contrat civil, ce qui provoque tout autant de réactions hostiles que l’Edit de tolérance. Les soutiens à l’empereur Joseph II sont peu nombreux parmi les élites traditionnelles et même les intellectuels de son temps. Johann Pezzl  (1756-1823), dont parle Daniel Minarydans Le problème de l'athéisme en Allemagne à la fin du "Siècle des Lumières", est célèbre, mais Rautenstrauch ou Gottlieb von Leon ne sont guère connus en dehors de quelques cercles. Le soutien de Lorenz Leopold Haschka (1749-1827), ex-jésuite, montre l’effet du joséphisme sur les jeunes ecclésiastiques. Ce poète autrichien est l’auteur du Gott erhalte Franz den Kaiser. Ignaz Edler von Born symbolise à la fois le soutien des savants, mais aussi celui plus nuancé des Illuminés de Bavière aux réformes de l’empereur. Parmi les minorités nationales, Joseph jouit du soutien de nombreux intellectuels, dont le Serbe Dositej Obradovic qui renonce à sa tenue monastique. Reljkovic, le patriote slavonien est aussi de ses partisans.

 

En dehors du peuple, de beaucoup de francs-maçons, et de nobles non attachés à leurs privilèges, Joseph II va pouvoir compter sur le soutien de certains juifs, protestants et orthodoxes car il leur donne une certaine liberté religieuse.

 

Médaille commémorant la tolérance accordée par Joseph II aux protestants et aux juifs en 1781.
Médaille commémorant la tolérance accordée par Joseph II aux protestants et aux juifs en 1781.
© Ateliers impériaux (XVIIIe s.)
1901-1906 Jewish Encyclopedia
ÉDIT DE TOLERANCE

 

Le 13 août 1781, l’Édit de tolérance de l’empereur Joseph II accorde aux protestants et aux orthodoxes la liberté de culte et leur donne des droits civiques. Cette politique de tolérance confessionnelle est inspirée par la conception du droit naturel allemand de la fin du XVIIe siècle. Il apparaît néanmoins comme une concession à l'esprit du siècle, aux francs-maçons. Pour le souverain, il est  justifié par l'utilité de l'État. Joseph  accorde la liberté de conscience aux dissidents et permet l'édification de maisons de prière – les temples – sans clocher. Car l’Édit de tolérance ne prévoit pas l’égalité entre les religions. L’empereur reste très attaché  à la religion catholique. Toutefois,  l’Édit donne un élan à la scolarisation protestante en Hongrie et les chrétiens non catholiques lui en sont très reconnaissants.

 

En ce qui concerne les juifs, les signes distinctifs sont abolis. Ils sont désormais  autorisés à pratiquer des métiers manuels, à accéder à certaines villes, à fonder des entreprises industrielles et à fréquenter les universités. Les juifs sont acceptés à la bibliothèque de Vienne en 1782 et dans les écoles chrétiennes. L’empereur accorde aux juifs des conditions de résidence et de culte privé plus favorables. Les juifs orthodoxes ne sont pas favorables à ce décret qui ne vise, selon eux, qu’à les assimiler. L’archevêque Colloredo de Salzbourg publie une lettre pastorale pour approuver l’édit de tolérance. Il est bien le seul ou presque dans la hiérarchie catholique, même si l’empereur nomme de plus en plus d’évêques joséphistes.

 

Si un décret autorise les loges maçonniques, Joseph restreint leur nombre dans l’empire en 1785.

 

Joseph II et son état-major
Joseph II et son état-major
Archives Guy de Rambaud (PD-Art)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
UN GUERRIER REDOUTABLE ?

 

En 1772, le premier partage de la Pologne voit l’annexion de la Galicie, territoire arriéré situé au nord de la Slovaquie, peuplé de Polonais et d’Ukrainiens pauvres et d’une importante minorité juive qui vit presque aussi mal que le reste de la population. Marie-Thérèse et son conseiller Kaunitz considèrent la Galicie comme un boulet qui, de plus, risque de mal s’intégrer à l’empire. L'Autriche obtient en 1775 la Bukovine, une région tout aussi misérable que la Galicie.

 

Après la mort de Marie-Thérèse, Joseph II s’allie dès 1781 avec la Russie de Catherine II. En Europe de l’Est, la puissante dominante est désormais la Russie et son autre despote dit éclairé qui veut partager avec la Prusse et l’Autriche les états obscurantistes, la Pologne et l’Empire ottoman.

 

L’empereur Joseph II crée une armée nationale copiée du modèle prussien. Comme les peuples composant l’empire sont manipulés par les privilégiés qui prétendent défendre leurs traditions nationales et leurs droits particuliers, cette armée moderne va devoir y écraser des révoltes et désordres intérieurs. En Hongrie les mutins sont facilement mâtés, mais le 28 février 1785, lors de la révolte de Horea en Transylvanie, les chefs doivent être mis à mort.

 

Catherine II de Russie envoie à Joseph II un mémoire sur le partage de l’empire ottoman et la fondation d’un empire de Dacie (Moldavie, Valachie, Bessarabie). Selon cet accord, la Bosnie et la Serbie doivent revenir aux Habsbourgs. Joseph II qui outre les insurrections a dû renoncer à échanger les Pays-Bas autrichiens du fait de Frédéric II et de la Ligue des princes allemands, veut prendre une revanche. Mais, au cours de la guerre austro-russe contre les Turcs (1787-1791), c’est Catherine II qui recueille les fruits de la campagne.  Son armée subit d’abord une grave défaite en 1788. Le Banat de Temesvar est envahi par les Turcs. Puis, les 8 et 9 octobre 1789, Belgrade est prise par les Autrichiens du maréchal Laudon et le 10 novembre de la même année, Cobourg occupe Bucarest.

 

Mais dès 1787 l’armée doit combattre la révolte des Pays-Bas autrichiens. Le 18 août 1789, le prince-évêque de Liège est chassé par un coup d’État de la bourgeoisie, soutenue par le peuple. Il est à noter que cette principauté n'apppartient  depuis fort longtemps que théoriquement au Saint Empire. En octobre cette insurrection de patriotes belges, provoquée par la politique religieuse, triomphe. Le 24 octobre, Van der Meersh et ses miliciens, battent les Autrichiens à Turnhout. Les Belges  déclarent leur indépendance. A la fin de l’année, les armées de Joseph II évacuent Bruxelles et la majorité du territoire des Pays-Bas autrichiens. Cette révolte des Provinces-Unies belges amène Joseph II à revenir sur certaines de ses réformes.

 

Une paix peu glorieuse sera conclue avec l’empire ottoman à Sistova Svištov par Léopold II  le 4 août 1791.

 

Joseph II (1741-1790), empereur du Saint Empire romain germanique.
Joseph II (1741-1790), empereur du Saint Empire romain germanique.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
UN SOUVERAIN TOUJOURS EN ACTION         

 

L’empereur Joseph II écrit à son frère Léopold : De 7 heures à 14 heures, je travaille, je sors jusqu’à 16 heures, je dîne et je retravaille jusqu’à 21 heures. Je vais en société jusqu’à 23 heures. Frédéric II dit de lui : Il fait le deuxième pas avant le premier.

 

Persuadé de travailler pour le progrès et le bien de tous, il ne cherche ni les bains de foule, ni l’approbation de ses sujets. Sa vie déjà austère le devient encore plus à la mort de  Marie-Thérèse d’Autriche. Nous sommes là bien éloignés du mode de vie de son beau-frère, Louis XVI. Il ne mange qu’une fois par jour et le plus souvent seul.


Joseph II épuise ses collaborateurs. Il veut tout faire lui-même. Du coup, il se laisse accaparer par des tâches subalternes :  Je suis le seul qui tient bon et qui doit tout faire. Les réponses, les let­tres, je les ai dû toutes coucher moi-même. Jamais rien ne m’a accablé à un tel point.  Il unifie l'administration de toutes les provinces au sein d'un conseil central établi à Vienne, et dont il est à la tête. Et il a beau se dire l’ennemi de toute illégalité, il n'en décide pas moins lui-même dans des affaires qui relèvent normalement du gouvernement central de Vienne. Joseph cherche à réunir dans une seule nation les peuples fondamentalement différents qui composent l’État autrichien : des Allemands, des Slaves, des Hongrois, des Belges, des Luxembourgeois, des Italiens...  Pour faire table rase de tout et partout, dans la plus grande hâte, il doit travailler jour et nuit.

 

Outre les nombreuses fondations d’écoles et d’hôpitaux, il est à l’origine de la création d’asiles, d’orphelinats, de maisons d’aveugles. Il fait de Vienne la vraie capitale de l’Empire, une ville unique en Europe, mais n’oublie pas d’ouvrir le parc du Prater au public.

 

En 1785, Joseph II tente de rouvrir l’Escaut à la navigation, mais les Hollandais, appuyés par la France et la Prusse, le font reculer en lui versant 8,5 millions de florins en novembre et en abandonnant des places de leur Barrière. Grâce à lui en 1786, le premier congrès international de l’extraction minière et de la sidérurgie a lieu à Sklené Teplice en Slovaquie.

 

Statue équestre de Joseph II sur la Josephplatz à Vien
Statue équestre de Joseph II sur la Josephplatz à Vien
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
LES HARAS MILITAIRES IMPERIAUX

 

Dès le début de son règne, l’empereur Joseph II  fonde l’université vétérinaire de Budapest. La guerre coûte alors la vie à près de 6 000 chevaux par an. Les besoins en chevaux de cavalerie dans le contexte des grandes guerres impériales de l’époque sont donc immenses. Il faut des races de chevaux de guerre coopératifs, rapides, résistants et puissants pour vaincre sur les champs de bataille et transporter l’artillerie et le ravitaillement.

 

Dans la Bukovine libérée du joug turc, en 1782, des chevaux sont produits dans un haras impérial, créé par Joseph II sur le domaine de Radautz (de nos jours Radauti). Ce sont des chevaux très endurants.

 

Le Gidrán, un anglo-arabe, est né dans les haras d´État de Mezöhegyes, à environ 75 km de Szeged, dont l’existence est dû à un noble hongrois, futur général et à Joseph. L'histoire du haras débute le 20 Décembre 1784, quand l'empereur Joseph II, suivant les conseils du jeune Jozsef Csekonics,  fonde un Institut royal et impérial du cheval. Les bâtiments sont divisés en fermes et conçus par deux célèbres architectes de la lutte antiparasitaire, János Jung et Jozsef Hild, en style Louis XVI et Empire. Leur débrouillardise, le caractère moderne et utilitaire du haras et sa beauté sont des plus impressionnants Le Furioso (furioso-north-star) est une autre race de chevaux qui est créé dans ce haras. La plus connue est une autre race de demi-sang, celle de Nonius. L’Anglo-normand Nonius Senior est l’étalon fondateur de la race. Il possède du sang de demi-sang Anglais, du Normand et du Norfolk Roadster. Au haras de Mezöhegyes le croisement de ses descendants avec des juments arabes, lipizzanes, turques, espagnoles et hongroises donne des chevaux très performants. Joseph Csekonics est nommé directeur du Haras de Mezohegyes. Il est l’un de ces théoriciens qui définissent les principes qui sont à la base de l'élevage des chevaux (Praktische Grundsätze die Pferdezucht betreffend, Pest, 1817).

 

L’empereur Joseph II achète une propriété du comte Szapàry, le domaine de Babolna, situé à 60 km à l’ouest de Budapest, pour y créer le haras militaire impérial. Ainsi est créé en 1789, sous la direction du général Joseph Csekonics,  le haras de Babolna. La sélection des chevaux est des plus rigoureuses dans ce haras impérial (de nos jours menacé) et à l’origine de la race Shagya-Arabe.

 

L’élevage de Piber, dans l’ouest de la province autrichienne de Styrie, est fondé en 1788 sous l'empereur Joseph II. Le but est là encore d’élever des chevaux demi-sang anglais et anglo-normand pour l’administration et l'armée impériale.

 

Joseph II âgé.
Joseph II âgé.
Affiche du XVIIIe s. (PD-Art)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
UN SAGE TOUJOURS CALME ?      

 

 Le nouvel empereur a comme devise Virtute et exemplo. Une lettre à sa jeune sœur, Marie Antoinette, nous permet de mieux  comprendre ce qu’est pour lui l’art de gouverner. Ses conseils nous montrent qu’il peut être un homme sage, calme, excellent conseiller :

 

Très chère soeur.

Le courrier vient de me remettre votre chère lettre, qui m'a fait beaucoup de plaisir quant aux sentiments que vous voulez bien me témoigner, et au désir que vous avez de me voir. Vous ne pouvez pas douter non plus, combien le même désir m'anime, mais les occasions, mes premiers devoirs et ma raison doivent être les seuls guides de toutes mes actions. Je ne puis répondre des événements qui peuvent se présenter jusqu'au temps où je pourrais me donner la satisfaction de vous embrasser, aussi peu que mon amour pour la tranquillité d'esprit m'inspirera pour lors.

Permettez, que là-dessus, ma chère soeur, je vous parle avec toute la franchise que l'amitié seule et l'intérêt autorisent, et dont l'intention fait l'excuse. Comment voudriez-vous, que j'aille vous voir et me mettre dans le grand monde de la cour et du pays que vous habitez, dans les circonstances dans lesquelles je vois que vous vous trouvez, et dans lesquelles vous avez bien voulu vous mettre ? Autant que j'en sais, vous vous mêlez d'une infinité de choses d'abord qui ne vous regardent pas, que vous ne connaissez pas, et auxquelles des cabales et des alentours qui vous flattent et qui savent exciter tantôt votre amour-propre et envie de briller, ou même entretenir une certaine haine et rancune, vous font faire une démarche après l'autre, propres à troubler le bonheur de votre vie, et qui doivent nécessairement vous procurer tôt ou tard des désagréments cuisants, et en diminuant l'amitié et l'estime du roi, vous faire perdre toute l'opinion du public et toute la considération, que vous pourriez à l'appui de cette opinion vous acquérir, et que vous vous êtes même acquise étonnamment jusqu’à présent. De quoi vous mêlez-vous, ma chère soeur, de déplacer des ministres, d'en faire envoyer un autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui- ci ou à celui-là, de faire gagner un procès à l'un, de créer une nouvelle charge dispendieuse à votre cour, enfin de parler d'affaires, de vous servir même de termes très-peu convenables à votre situation? Vous êtes-vous demandée une fois, par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie française ? Quelles études avez-vous faites ? Quelles connaissances avez-vous acquises, pour oser imaginer que votre avis ou opinion doit être bonne à quelque chose, surtout dans des affaires, qui exigent des connaissances aussi étendues ? Vous, aimable jeune personne, qui ne pensez qu'à la frivolité, qu'à votre toilette, qu'à vos amusements toute la journée, et qui ne lisez pas, ni entendez parler raison un quart d'heure par mois, et ne réfléchissez, ni ne méditez, j'en suis sûr, jamais, ni combinez les conséquences des choses que vous faites ou que vous dites ? L'impression du moment seule vous fait agir, et l'impulsion, les paroles mêmes et arguments, que des gens que vous protégez, vous communiquent, et auxquels vous croyez, sont vos seuls guides. Peut-on écrire quelque chose de plus imprudent, de plus irraisonnable, de plus inconvenable que ce que vous marquez au comte de Rosenberg touchant la manière avec laquelle vous arrangeâtes une conversation à Rheims avec le duc de Choiseul ? Si jamais une lettre, comme celle-là s'égarait, si jamais, comme je n'en doute presque point, il vous échappe des propos et phrases pareilles vis-à-vis même de vos plus intimes confidents, je ne puis qu'entrevoir le malheur de votre vie, et j'avoue que par l'attachement que je vous ai voué, cela me fait une peine infinie. Ce sont vos ennemis, ce sont ceux qui désirent le plus de voir détruite toute influence que vous pourriez avoir, qui vous poussent à de pareilles démarches. Croyez-moi, et écoutez la voix d'un ami et d'un homme que vous savez qu'il vous aime. Distinguez-la de la foule de tous ceux qui vous encensent, et croyez que personne ne peut et ne veut vous dire la vérité comme moi; qu'elle est de toutes les nations et de tous les pays. Quittez donc toutes ces tracasseries, ne vous mêlez absolument en rien d'affaires; éloignez et rebutez même tous ceux qui voudraient vous y attirer pour quelque chose. Attachez-vous fortement à mériter l'amitié et la confiance du roi, c'est d'abord votre devoir d'état, et c’est le seul intérêt que vous pouvez et devez avoir. Epluchez ses goûts, conformez-vous à eux; tâchez d'être beaucoup avec lui, ne l'incommodez néanmoins pas, et méritez par votre discrétion et sûreté sa confiance. Ne parlez jamais à des ministres d'affaires, ni pour recommander quelqu'un, et dans toutes les occasions, où vous serez sollicitée, ne vous chargez jamais d'autre chose que d' en parler au roi ; et alors n' en pressez point la réussite avec importunité ou humeur, et ne donnez aucune réponse, hors celle donc le roi vous chargerait expressément. Du reste lisez, occupez-vous, ornez votre esprit, donnez-vous des talents, et rendez-vous propre à trouver des ressources en vous-même dans un âge plus avancé et dans le cas, où cette grande approbation du public qui fait tous vos désirs et plaisirs actuels, vous quittera, comme cela ne peut manquer d'arriver. Voilà le rôle au bout du compte, ma chère soeur, que chaque femme sage doit faire dans son ménage.

 

En dehors de ses multiples activités, Joseph II aime écouter tranquillement la musique de son maître de chapelle Antonio Salieri. L’empereur commande à Mozart en 1782, un opéra en langue allemande, L'Enlèvement au sérail. Mozart est très bien rétribué et il peut jouer Les noces de Figaro (1786), œuvre inspirée par la pièce de Beaumarchais censurée en France.

 

Joseph II lit les philosophes de son temps, mais sa politique est plus fortement influencée par la philosophie politique du XVIIe siècle que par les idéaux des Lumières. Son admiration pour Frédéric II ne l’empêche pas de s’opposer à son modèle régulièrement.

 

Joseph II sur son lit de mort
Joseph II sur son lit de mort
© Ernst Keil's Nachfolger
Die Gartenlaube (1875)
SON DECES ET SES CONSEQUENCES

 

À partir de 1788, des émeutes éclatent en Hongrie, en Carinthie, dans le Vorarlberg. La révolte des aristocrates en Hongrie réclame la convocation de la Diète et s’oppose à la germanisation. Les nobles brûlent les cadastres. Toutefois, les paysans se révoltent, soutenant l’empereur. La république brabançonne est proclamée. Malade, épuisé, déçu, se sentant incompris et de plus en plus seul, Joseph II abroge la plupart de ses réformes le 20 février 1790, sauf celles qui concernent le servage et la tolérance religieuse (1781). Il faut un grand courage et encore plus de patriotisme pour être un novateur dans notre siècle, a-t-il coutume de dire. Les révolutionnaires de 89 vont l’avoir, mais tout cela va se terminer par la Terreur, puis un régime corrompu, balayé par une dictature militaire qui va mettre l’Europe à feu et à sang. L’empereur qui avait voulu moderniser ses royaumes et donner un avenir à l’empire austro-hongrois meurt à Vienne le 20 février 1790, âgé de quarante-neuf ans, dans la tristesse, sans postérité, laissant à son frère Léopold II, grand-duc de Toscane, un empire agrandi, modernisé, réformé, plus riche et plus tolérant envers ses minorités religieuses. Léopold arrive de Florence le 6 mars. Il abolit immédiatement le reste des réformes de son frère. Le peuple et l’empire retombent sous le joug des membres les plus conservateurs du clergé et de l’aristocratie.

 

Joseph a lui-même composé son épitaphe : Ici repose un prince dont les intentions étaient pures, mais qui eut le malheur de voir échouer ses projets.

 

NOTES ET REFERENCES

 

1. Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, 1741-1790, Hervé Hasquin, Lannoo Uitgeverij, 2007.

2. La vie de Joseph II, empereur d'Allemagne, roi de Hongrie et de Bohême, Paris, 1790.

3. Histoire de Joseph II : empereur d'Allemagne, Camille Paganel, Plon frères, 1853.

4. Un Habsbourg révolutionnaire, Joseph II : Portrait d'un despote éclairé, François Fejto, Plon, 1953, p. 29.

5. Kenneth R. Force, 1991, The Empire State Mason.

6. Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord 1874  p. 163 et 1982  p.84 – J. Secret,  p. 259 – Gourgues – annuaires 1898 et 1904).

7. Sur les déplacements de l’empereur en France, voir : Joseph II : In the shadow of Maria Theresa, 1741-1780, Derek Edward  Dawson Beales, Cambridge University Press, 1987, p.376.

8. Bosredon, Philippe de, Supplément à la sigillographie du Périgord, Dupont, 1882. Sur les Labrousse-La Brousse à Sarlat, voir Les illusions perdues de la magistrature seconde: les officiers moyens de justice en Limousin et en Périgord, vers 1665-vers 1810, Vincent Meyzie, Presses Univ. Limoges, 2006.


 

Lettres inédites de Joseph II, empereur d'Allemagne: Précédées d'une notice historique sur ce prince, et suivies de détails sur ses derniers momens, Joseph II (Holy Roman Emperor), P. Persan, 1822

Joseph II, empereur d'Allemagne : peint par lui-même, avec un précis historique sur la vie de ce prince, Mathieu-Noël Rioust, Plancher, 1816

Marie Antoinette, Joseph II und Leopold II, ihr briefwechsel, Marie Antoinette (Queen, consort of Louis XVI, King of France), K.F. Köhler, 1866

Testament Politique De L'Empereur Joseph Second, Roi Des Romains, Joseph (Römisch-Deutsches Reich, Kaiser, II.), chez Buisson, 1791

Joseph II, un Habsbourg révolutionnaire, François Fejto, Plon, 1953.

Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, 1741-1790, Hervé Hasquin, Lannoo Uitgeverij, 2007

Histoire de Joseph II : empereur d'Allemagne, Camille Paganel, Plon frères, 1853

Joseph II, James Franck Bright, BiblioBazaar, LLC, 2008

The limits of enlightenment: Joseph II and the law, Paul P. Bernard, University of Illinois Press, 1979

Joseph II : In the shadow of Maria Theresa, 1741-1780, Derek Edward  Dawson Beales, Cambridge University Press, 1987
Joseph II d’Autriche, serviteur de l’État, de Jean Bérenger, Fayard
Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, 1741-1790, Hervé Hasquin, Lannoo Uitgeverij, 2007