SERVICES
Article Contributeur
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail

Jean-Baptiste III Gaudelet d’Armenonville

Note moyenne : pour 43 votes
Commentaires (100) Ajouter un commentaire Signaler un abus Votre vote  
En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse
Jean-Baptiste III Gaudelet d’Armenonville
Publié le:17/09/2011

Trésorier de la Marine


Jean-Baptiste III Gaudelet d’Armenonville est né le 11 février 1737, à Launois-sur-Vence, dans le nord de la Champagne, au sud du massif des Ardennes. Il est décédé rue Ménars, à Paris, le 6 novembre 1799 (de nos jours dans le IIe arrondissement).

Jean-Baptiste Gaudelet, descendant d’une famille de parlementaires de Dijon, se marie avec la fille de nobles d’Hennebont, les du Vergier-Lantivy. Receveur des Fermes du Roy à Hennebont, en 1769, il devient rapidement un financier  intéressé dans les affaires du Roy du fait de ses relations parmi l’aristocratie fortunée. En 1778, Gaudelet est en partie à l’origine de l’ouverture de la rue Martel à Paris. Vers 1780, on le retrouve armateur et banquier particulier à Brest. Puis, le Ministre de la Marine lui demande d’être le banquier de la Marine pour le port et les chantiers de Brest. Il est aussi nommé directeur des Fermes à Brest et receveur des tabacs. Gaudelet gère l’importante manufacture de Morlaix. Il est déjà à cette époque un important dignitaire de la franc-maçonnerie de cette ville. Le service principal de Gaudelet pour le port de Brest consiste à aider la Marine de son crédit à rassembler le plus de fonds qu'il lui est possible [1]. En 1783, il prend à bail au Grand Prieuré de France (= ordre de Malte) de grandes parcelles du futur quartier des Marais du Temple. Son projet d’urbanisme trop important se termine par un procès perdu en 1790. Gaudelet en 1785 dépose un dossier de récipiendaire à la Grande Chancellerie de France et est Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances.  Brassant des sommes considérables, il se retrouve lié malgré lui avec l’énorme  faillite de Baudart de Saint James, le Trésorier de la Marine. Rédacteur des cahiers de doléances et conseiller municipal de Brest, ce banquier de la Marine, brasseur d’affaires, va être le dernier Trésorier général de la marine de Louis XVI.  Devenant seigneur d’Armenonville en même que son beau-frère le général Louis Groult des Rivières achète Morville, noble, Fermier Général, père d’émigré, il est persécuté par les révolutionnaires et ses biens sont vendus.

 

SA FAMILLE

Les Gaudelet portent : D'azur à un chevron d'or surmonté d'une croisette de même. La famille du futur Trésorier général de la Marine, Conseiller Secrétaire du Roi, Jean-Baptiste Gaudelet, troisième du nom, est originaire de Dijon. Messire francois charles de Saint Hilaire, écuyer, Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances et des fermiers généraux de sa Majesté, dépose connaître depuis près de quinze années le Sieur Gaudelet pour …, sait qu'il est d'une famille honorable qu'il tient à des personnes du Parlement de Dijon dont il est originaire… [2].  Cette famille compte au moins trois receveurs châtelains de Fresne-Saint-Mamès (en enclave bourguignonne en Franche-Comté), dont les revenus appartiennent au capitaine du château d’Auxonne :

 

  • 1554 : Fresne-Saint-Mamès. - Compte de Ferry Gaudelet, châtelain de Fresne, dont ...
  • 1556-1557 : Fresne-Saint-Mamès. - Compte des héritiers de Jean Menassier et d'Antoine Gaudelet. - Cette châtellenie était amodiée 480 livres à Ferry Gaudelet et à Nicolas Rouhier, seigneur de Charentenay, par noble seigneur messire Cathelin Du Raillard, sieur de Marville, à qui le Roi avait donné le revenu de cette châtellenie. Copie des lettres d'office d'Antoine Gaudelet, données par le roi François Ier. B. 4771. (Cahier.) - In folio, 78 feuillets, parchemin.
  • 1560-1561. - Fresne-Saint-Mamès. - Compte de Ferry Gaudelet, châtelain, institué par lettres de commission données par la Chambre des Comptes...
  • Ferry remplace son fils en 1561. Il sera lui-même remplacé par Claude, son fils, le 20 janvier 1576. Le cautionnement de ce Ferry Gaudelet est du 21 juillet 1562 [3]...

Nous avons aussi le Journal des choses arrivées à Dijon depuis l'année 1650 jusqu'en l'année 1669, par le sieur Gaudelet, auditeur en la Chambre des comptes de Dijon (ms 748 BM Dijon) et  Jean Gaudelet, licencié en droit, avocat au Parlement de Dijon en 1676, auteur de La vie de Saint Bénigne, parue à Dijon en 1716 [4]. Marguerite Gaudelet, fille de Jean-Baptiste Gaudelet, de Dijon, femme de Gustave Eiffel, appartient à cette famille.

Jean Nicolas Corvisart des Marets, baron (1755 - 1821)
Jean Nicolas Corvisart des Marets, baron (1755 - 1821)
Médecin
© Francois-Seraphin Delpech, 1778-1825
lithographie
Jean-Baptiste III Gaudelet est le fils de Jean Baptiste II Gaudelet (1706-1770), contrôleur des Fermes royales et laboureur, à Launoy et à Jandun, dans les Ardennes. Un contrôleur des fermes du roi travaille dans un bureau constitué d’une douzaine d’employés dont un receveur, un contrôleur, un visiteur-tailleur, des  gardes, un capitaine, un maître et des employés subalternes. La dépense d’un bureau des fermes du roi pour le personnel n’est que d’environ six mille livres par année, ce qui explique qu’il est également laboureur pour augmenter ses revenus.

Sa mère, Nicole de Fer, est un membre de la famille Defer, ou de Fer, de Laon [5]. Adrien de Fer est Lieutenant général au bailliage de Vermandois avant 1580 et aux temps le la Ligue. Cet ancêtre est l’ami de Jean Bodin, avec qui il communique pour la Démonomanie des sorciers (1580) [6]. Ligueur, il est député de son bailliage aux États-Généraux, à Blois, en octobre 1588, et lors d’autres assemblées [7]. Pierre de Fer est Maître arpenteur royal et seigneur d'Avaux-la-Ville, dans les Ardennes. Son grand-marternel, Philippe de Fer est Greffier, Conseiller du Roy, élu en l'élection de Laon. Son oncle, Monseigneur Barthélémy de Fer est notaire et receveur des domaines du roi, à Rethel et le mari de l'une de ses tantes,  ancien conseiller du roi, secrétaire de la ville de Laon, est le cousin du médecine célèbre le baron Jean Nicolas Corvisart (1755-1821).

Nous avons aussi en 1751 un Jean-Baptiste Defer, ancien garde du corps de la duchesse d'Orléans, domicilié à Paris et un Defer Nicolas, fontainier du duc d'Orléans, domicilié à Saint-Cloud.

 

SA JEUNESSE

Jean-Baptiste III Gaudelet naît en 1737 à Launois-sur-Vence. Il est baptisé le 11 février 1737, à la paroisse Saint-Étienne. L’extrait des registres baptistaires de l'église paroissiale Saint-Étienne de Launois vient de son dossier d’admission à la Grande Chancellerie de France, car les archives de la paroisse vont être en partie détruites par les guerres.

Jean-Baptiste passe son enfance à Launois-sur-Vence, dont le nom est encore Launois, une petite bourgade dans le nord de la Champagne, au sud des Ardennes. Du fait de sa situation géographique, cette localité possède un important relais de messageries, et ceci dès le  XVIIe siècle. L’église, assez imposante, date du XIIe et du XVe siècles.

Le 5 février 1745, son père n’est plus contrôleur de la Ferme, mais encore laboureur, sur l'acte de naissance de son frère Louis Nicolas. Les Gaudelet habitent alors Jandun, village à un kilomètre de Launois-sur-Vence. Jean-Baptiste est le parrain de son frère. Sa sœur Jeanne en est la marraine.

 

SON MARIAGE (1765)

Jean-Baptiste III Gaudelet fait d’excellentes études en dehors de Launois. Nous le retrouvons à Avignon, où il épouse le 10 juillet 1765 Thérèse Françoise du Vergier (1748-1818), dans la paroisse Saint-Didier.

 Thérèse Françoise du Vergier est la fille de Pierre Louis du Vergier, sieur du Poüe de Meneguen et d’Angélique Liotard.

Son beau-père est le descendant des Vergier, sénéchaux d’Hennebont, déclarés d’ancienne extraction noble, depuis 1438, par Arrêt des Commissaires de Bretagne du 15 avril 1669. Paul du Vergier est chevalier des Ordres du Roi en 1654. Il est né au manoir de Kergal, à Brandivy. L’oncle de sa femme, Victor René, est reçu Page du Roi  Louis XV dans sa Grande Écurie le 25 avril 1727, sur les titres produits qui justifient sa filiation  et figurent dans l’Armorial général de France. Toutefois, nous savons que le grand-père de sa femme, Paul René du Vergier, s’il est toujours seigneur du Poüe et de Ménéguen, doit vendre la charge de sénéchal de son père. Et puis en août 1739, il gagne un procès avec Thérèse du Vergier, sa soeur, tous deux d'Hennebont, contre Louis Le Clerc, seigneur de Kergolher, leur cousin germain.

Certes, la grand-mère paternelle de sa femme est une Lantivy. Mais s’agit d’une branche cadette. René de Lantivy (1641-1691), arrière-grand-père de sa femme, n’est pas comte, comme ses ancêtres, mais écuyer. Les seigneurs de Kergal se querellent avec l'abbaye de Lanvaux au sujet de certaines rentes qu'ils ne peuvent payer. Leur terre ne leur rapporte que 600 livres de rente. Quand, en 1684, la mère de René de Lantivy vient mourir dans sa maison du bourg de Pluvignier, rue Saint-Michel, ce seigneur décide de se soustraire à l'hommage et au droit de rachat à l'égard des religieux. Ceux-ci ont juridiction sur une partie de ce bourg. Pierre Brient, sénéchal de l'abbaye, réclame les droits de mouvance, et l'appel de René de Lantivy ne sert qu'à faire confirmer le jugement du Sénéchal. Outré de telles exigences, l’un de ces proches parents marche un jour sur l'abbaye, la lance au poing, avec l'intention de pourfendre les religieux. Ceux-ci, de bonne heure avertis de cette lugubre expédition, se gardent bien de l'attendre. Ils s'enfuient dans les bois. Le seigneur revient bredouille, un peu confus de son intempestive fureur.

Cette abbaye avait pourtant été fondée en juillet 1138 par le baron Alain de Lanvaux, un ancêtre de ce noble plutôt désargenté. Le manoir de Kergal, demeure familiale depuis 1400, est vendu en 1765.

La vieille noblesse s’appauvrit et les nouvelles élites sont constituées en grande partie d’anoblis ou de financiers. Gaudelet ne peut que le constater au niveau de sa famille et celle de sa femme. Il va être Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France, non pas pour être anobli, mais pour retrouver son rang dans la société.

Les cousins de sa femme, les du Vergier de Kerhorlay sont liés au milieu de la marine royale.

Joseph Borély (1642-1758), Premier échevin de Marseille.
Joseph Borély (1642-1758), Premier échevin de Marseille.
Archives Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
La mère de sa femme Angélique Liotard est la fille du Trésorier général de France, à Avignon, Joseph Liotard et de Marie de Borély. L’Histoire de la noblesse du Comté-Venaissin, d'Avignon, et de la principauté... nous dit que Jean Liotard est Président en la Chambre des Comptes, décédé en 1605... [8]. Il est marié à Marguerite de La Mure. Leur fille se marie avec le marquis Antoine d’Urre, chevalier des Ordres du Roi en 1654.

Les Borély sont une famille d’armateurs provençaux anoblis au début du règne de Louis XV. Le palais Borély est connu de tous les Marseillais. Antoine Borély se signala à l’époque des troubles de la Ligue par sa fidélité envers le roi Henri IV. Il eut ses biens confisqués par Casaulx qui était à Marseille le chef du parti des Espagnols et de la Ligue. Il fut père d’Antoine Borély, capitaine de quartier du corps de ville.

Le petit-fils de celui-ci, Joseph Borély (1642-1733), est un riche armateur, premier échevin de Marseille, arrière-grand-père de Thérèse Françoise du Vergier. Il est marié avec Claire de Rimbaud (1665-1703). Louis de Borély, l’un de ses fils est conseiller du roi près la Cour des Comptes de Provence. Un autre est secrétaire du roi.

Jean-Baptiste III Gaudelet et sa femme sont donc tous les deux de familles nobles qui sont au service du roi. Le fils de Jean-Baptiste III Gaudelet, François Gaudelet d’Armenonville, sera chevalier de Malte. Les témoins à leur mariage sont :            

  • Victor de Laincel du Bousquet (1712-1784) qui habite à Sarrians en Comtat. Il fait un testament le 10 février 1742 à Saint-Rémy faisant des legs à ses soeurs et pour héritier universel institue Joseph Étienne de Meyran-Lacetta, fils du marquis de Lagoy. Les Lincel sont une ancienne et illustre famille provençale, possessionnée dès l’an 1061 dans la terre de ce nom située près de Forcalquier. Famille d’épée et d’église, largement représentée à Malte et alliée aux meilleures maisons de sa province, elle a donné deux évêques de Gap, en 1289 et 1316.
  • Pierre Barthélemy Pennier de Longchamp le fils (1747-1788), agrégé de la faculté de médecine d'Avignon, est l’auteur d’une Dissertation physico-médicale sur les truffes et sur les champignons.

 

RECEVEUR DES FERMES DU ROY (1767), PUIS INTÉRESSÉ DANS LES AFFAIRES DU ROI (1773)

 Clocher d'Hennebont
Clocher d'Hennebont
© A. Chapon
Gallica
 La première fille de Jean-Baptiste III, Henriette Gaudelet (1767-1769), est née à Hennebont. Son parrain est Noble Homme, Balthazar de Puget (1727-1811), marquis de Barbentane, chambellan de SAS Monseigneur le Duc d'Orléans, ministre plénipotentiaire du Roy auprès du Grand Duc de Toscane, à Florence (1768-1788). La marraine Henriette de Puget, religieuse aux Ursulines Les Royaux, à Avignon est la fille de cet aristocrate et de la fille du marquis de Vierville. Ce qui nous montre que Jean-Baptiste III Gaudelet et sa femme gardent de solides liens avec la noblesse provençale, même si nous les retrouvons à Hennebont, d’où sont originaires les du Vergier. A cette époque, cette famille est presque éteinte.

Sa deuxième fille, Thérèse Renée Gaudelet (1769-1851), future comtesse Groult des Rivières, a comme parrain Claude Denis Dodun. Le marquis Claude Denis Dodun, (1733-1794) administrateur de la Compagnie des Indes, puis directeur des fermes du Roi. Après la faillite de Baudart de Sainte-James, Trésorier général de la marine, son hôtel sera attribué par adjudication le 16 avril 1788 à ce Claude-Denis Dodun pour 347.000 livres. Il  va finir sa vie guillotiné à Paris, uniquement du fait de ses fonctions [9].

Le 9 octobre 1769, Jean-Baptiste Gaudelet est entreposeur et Receveur des Fermes du Roy, à Hennebont, fonction déjà plus importante que son père qui n’était que contrôleur des Fermes dans un village. Il a que 32 ans.

Sa fille, Julie Antoinette Thérèse Gaudelet, née le 8 octobre 1771, est ondoyée. Son parrain est Antoine Bocquet, intéressé dans les Fermes du Roy. Sa marraine, Julie Louise Bourgeois, est la jeune épouse du marquis  Dodun, directeur général des fermes du roy. L’acte est signé par différents nobles bretons : du Boutiez de La Beraye, de Lavillebois de Lamain, du Bouetty-Quemeneur,  chevalier de Kerorguern, et le chevalier du Boüetiez de Kerorguen.

En 1771, Jean-Baptiste Gaudelet est lui aussi intéressé dans les affaires du Roy, à Hennebont. Ce qui montre qu’il s’est enrichi et que sa femme doit avoir une dot ou faire des biens considérables. Les personnes intéressées dans les affaires du Roy, sont riches, ce sont des financiers qui prêtent au roi et manipulent les deniers publics. Ils seront souvent les premières victimes des émeutes populaires lors des journées d’octobre ou pendant la Terreur.

Il demeure encore à Hennebont en 1773 au moment où naît son fils François.  Mais, il fait déjà des affaires à Paris. En 1777, un arrêt fixant le droit de marc d'or à payer par les Sieurs Lefèvre, Louis et Gaudelet pour raison des lettres patentes, leur permettent d'ouvrir une rue, dénommée rue Martel, dans le faubourg Saint-Denis, à Paris. Cette rue large de trente pieds donne sur la rue des Petites Écuries [22].

 

ARMATEUR ET BANQUIER PARTICULIER À BREST (1780-1792)

Le port de Brest, par Van Blarenberghe (1716-1794)
Le port de Brest, par Van Blarenberghe (1716-1794)
© Van Blarenberghe (1716-1794)
Musée du Louvre
Deux de ses enfants, Henriette et Paul François, les aînés, décèdent en bas âge, certainement à Brest. Car nous y retrouvons Jean-Baptiste III Gaudelet en tant qu’armateur dès 1780. Au mois d’octobre 1780, nous lisons effectivement : J'ai également appris qu'un navire, sorti de Brest, armé par M. Gaudelet chargés avec les provisions et les marchandises, qui auraient pu ravitailler notre armée était arrivé au cap de Saint-Domingue et faute d'escorte n'avait pas pu atteindre Newport ; c'est dommage car les marchandises auraient apporté trois cents pour cent de bénéfice [10]. Gaudelet est le correspondant à Brest de différentes familles d’armateurs [11], mais il n’a pas toujours de la chance, le Jauny n’arrive pas à Boston.

Comme l’écrit le Bulletin de la société archéologique du Finistère, de 1917, Jean-Baptiste Gaudelet est aussi banquier. Il finance les rares armateurs et négociants avec l’outre-mer brestois. Pourtant, pour cette ville, la plupart des transports se fait par voie maritime, mais à Morlaix, des Béarnais et Basques, comme les Behic, les Lannux et les Dubernad, disputent aux Nantais et aux Malouins le négoce de cette partie de la Bretagne. Le fils de Gaudelet va d’ailleurs choisir de s’unir avec la descendante de ces familles établies à Morlaix, une Dubernad.

Jean-Baptiste reste armateur, même du temps où il va être banquier de la Marine et Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances. Au début de la Révolution, il est d’ailleurs élu comme représentant des corps et corporations, celui des négociants et armateurs aux assemblées électorales du 30 mars au 2 avril 1789 [12].

 

BANQUIER DES TRÉSORIERS GÉNÉRAUX DE LA MARINE (FIN 1782-1791)

Plan de la ville de Brest (1779)
Plan de la ville de Brest (1779)
P.L. Bermont (Archives Militaires Suèdoises)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
En 1778, le ministre Sartine s’efforce depuis deux ans de prévoir la guerre sur mer. Les dépenses de son ministère sont énormes. Il existe, à la fin de l’année, 35.500.000 livres de billets émis par les trésoriers de la Marine. Cette masse de billets est considérable, convient le ministre, mais la majeure partie est indispensable parce que les dépenses de la Marine sont beaucoup plus fortes que les fonds faits par la finance. En 1780, il est accusé par Necker de détournement dans les caisses de l'État. On parle d'une somme de vingt millions. Sartine est disgracié le 14 août de la même année par Maurepas. Les ministres laissent déjà Claude Baudard de Saint-James, Trésorier général de la Marine, émettre des billets à terme. Les fameuses lettres timbrées Marine représentent déjà en 1780, bien avant Gaudelet, d’énormes sommes.

Les Trésoriers généraux de la Marine se heurtent à un problème qui paralyse leur activité : les voyages continuels que fait l’argent. Il est extrêmement aléatoire de se procurer en province du papier sur Paris. C’est pour tenter de parer en partie à ces difficultés qu’à la fin de 1782, les  trésoriers généraux de la Marine demandent et obtiennent d’avoir à Brest un banquier, Jean-Baptiste Gaudelet [13]. Celui-ci s’occupe uniquement de fournir les sommes nécessaires aux dépenses de la guerre et de la Marine en nature [14], ce qui doit alléger le travail du Trésorier particulier [15].

Gaudelet est donc avant cette date déjà banquier, mais pour des particuliers à Brest.  Il semble que les Trésoriers de la marine aient établi un lien entre leurs activités et celles des banquiers de la Cour : l'aide du banquier leur semble opportune. En décembre 1782, ils nouent des relations avec un banquier de Brest, Gaudelet : c'est lui qui, désormais, verse au commis du Trésorier tous les fonds [16].

Dès le départ, Gaudelet ne peut agir avec toute l’efficacité espérée et nécessaire [17]. De fracassantes faillites, dont celle du prince de Guémenée, en 1783, qui  est de 33.000.000 [18] et la rareté de l’argent en sont les causes. Denise Ozanam, dans Claude Baudart de Saint-James, écrit que : Gaudelet, banquier des  Trésoriers généraux de la Marine à Brest, ne put agir de ce fait avec l'efficacité et l'énergie nécessaire.

Encore plus qu’à Paris, la pénurie des espèces à Brest, ville très pauvre, est grande. A un tel point que Gaudelet ne peut recevoir que les 2/3 des sommes à verser en espèces, nous dit Denise Ozanam, dans Claude Baudart de Saint-JamesLe Trésorier particulier est autorisé à accorder aux receveurs et particuliers 6% sur les espèces par eux versées à la caisse, au lieu de 5% [18]. La rumeur publique parle de la prochaine banqueroute du département de la Marine [19].

Le traité de Versailles de 1783 n’allège pas les gênes financières. Il faut que Gaudelet trouve des fonds en espèces pour le désarmement des vaisseaux, la conduite des équipages, la conduite et la solde des ouvriers congédiés. Or, les moyens de Gaudelet pour se procurer des espèces ne paraissent toujours pas assurés [20]. Le Trésorier particulier constate que Gaudelet ne peut réunir que 2/3 des sommes qu’il se voit obligé de payer au comptant.

Par contre, il reçoit des particuliers désireux de se procurer des fonds à Paris des espèces contre lesquelles il leur remet des traites sur Saint-James.

Bien entendu, en contrepartie, les exigences de Gaudelet et des autres banquiers sont très onéreuses pour le roi [21]. Des fonds importants passent dans les mains du Sieur Gaudelet, banquier à Brest, chargé de fournir les sommes nécessaires aux dépenses de la guerre et de la Marine en Bretagne : 487.000 livres, parfois plus ! Ce sont des sommes énormes pour une ville dont les registres de la capitation évaluent la fortune totale des Brestois à 70 millions [22]. La Marine royale fait vivre la ville et il faut payer les équipages, les nombreux ouvriers et les fournitures pour les escadres. L'Annuaire de la noblesse de 1912 nous dit qu'en 1791 il est Secrétaire du roi et des finances, banquier correspondant du Trésor public. Ce qui est très incomplet.

 

LES MARAIS DU TEMPLE (1783-1790)

Rapidement, Gaudelet s’enrichit et conclut que ses revenus comme banquier vont encore s’accroître. Il a de nouveau des projets d’urbanisme, comme celui de la rue Martel.

Le 31 mai 1783, un bail d’une importance exceptionnelle est passé par le Grand Prieuré de France (= ordre de Malte) pour les Marais du Temple à Urbain Antoine Honoré Fémy, avocat au Parlement,  et à Jean-Baptiste Gaudelet, intéressé dans les affaires du roi [23]. Ceux-ci prennent à bail 9.378 toises de terrain (3 ha 56 a 23  ca) en plusieurs grandes parcelles, toutes situées au nord-est de la rue de Malte, soit :

  • 1° 1215 toises, cotées F sur le plan du marais du Temple, comprises entre les rues de Malte, d’Angoulême (de nos jours rue J.P. Timbaud), du Grand-Prieuré et de La Tour (de nos jours rue Rampon) ;
  • 2° 1.077 toises, cotées G sur ce même plan, comprises entre les rues de Malte, d’Angoulême (de nos jours rue J.P. Timbaud), du Grand-Prieuré et de Crussol (parallèle à la rue d’Angoulême (de nos jours rue J.P. Timbaud) ;
  • 3° Tout le restant de la parcelle cotée H (déduction faite des 287 toises concédées à Orsel de Lamécourt), représentant 918 toises comprises entre les rues de Malte, de Crussol, du Grand-Prieuré et la part d’Orsel ;
  • 4° 700 toises  à prendre dans la parcelle cotée K, à l’angle formée par les rues du Grand-Prieuré et d’Angoulême, ayant 28 toises (54,67 m) de face sur la rue du Grand-Prieuré et 25 toises (48,72 m) de face sur la rue d’Angoulême, tenant à ces deux rues et par ailleurs au surplus des terrains du Grand-Prieuré ;
  •  5° la partie cotée L, contenant 3.041 toises carrée, non comprises une petite enclave appartenant à la veuve et aux héritiers Lambin tenant aux rues du Grand-Prieuré, d’Angoulême, de Crussol et au nord-est de la rue de la Folie Méricourt et à l’enclave Lambin ;
  • 6° enfin 2.427 toises formant le restant de la partie cotée M (déduction faite des 127 toises concédées à Orsel de Lamécourt),  tenant aux rues de Crussol, de la Folie Méricourt, à la rue Chapus et à la parcelle d’Orsel et à la rue du Grand-Prieuré.

La redevance annuelle à verser pour ces 9.378 toises s’élevait à raison de trois livres par toise, fixée par le bail type, à 28.134 livres (= 2 soldes annuelles d’un colonel). Toutefois, il est convenu  en considération de la grande quantité de terrains concédée à Fémy et Gaudelet, et du temps qu’il leur serait nécessaire pour mettre en valeur les parcelles, que les intéressés paieraient, pendant les trois premières années commençant au 1er juillet 1783, une redevance de 14.067 livres seulement et que ce ne serait qu’à partir du 1er juillet 1786 que la redevance de 28.134 livres serait versée. Les intéressés s’obligent en outre à payer un denier de censive par toise de terrain et à construire dans les six ans des bâtiments d’habitation d’une valeur de 420.000 livres. En raison de l'importance de l'opération, Fémy et Gaudelet se donnent des cautions, ce même jour 31 mai 1783 :

  • Charles Gaspard de Clermont-Tonnerre, marquis de Tonnerre, Lieutenant général des armées du roi, gouverneur pour le roi des ville et citadelle de Belfort,
  • Philippe Martin Mangin de Montmirail, conseiller à la cour des aides de Paris (baron de Montmirail et de La Bazouge), Grand Audiencier de France,
  • Jean Baptiste Fouquet de Provigny, sont intéressés dans les affaires du Roi.

Ils se constituent garants et répondants de Fémy et Gaudelet et des obligations qu’ils ont prises envers le Grand Prieuré de France, jusqu’à la construction de 420.000 livres de bâtiments sur les terrains concédés. Mais, Fémy et Gaudelet ne peuvent remplir leur contrat. Leur bail est résilié par arrêt de la Cour des aides du 9 février 1790, qui à compter de ce jour remettait le Grand Prieuré de France en possession de ses terrains et condamnent les défaillants à payer toutes les redevances échues depuis le 1er juillet 1783, accompagnées des intérêts et de tous les dépens.

Ainsi se vérifie une fois de plus que les acquéreurs de grandes parcelles ne peuvent faire face à leurs obligations. Fémy et Gaudelet sont condamnés à payer trois années de bail du 1er juillet 1783 au 1er juillet 1786, sur le pied de 14.067 livres par an, formant au total 42.201 livres ; trois années et demie de bail, du 1er juillet 1786 au 1er janvier 1790, sur le pied 28.034 livres, au lieu de 28.134 prévues par le bail, soit 98.119 livres ; total 140.320 livres (le prix d’un château avec plusieurs métairies). Il faut ajouter à cette somme énorme la redevance couvrant la période 1er janvier 1790-9 février 1790 [24]. Ces terrains sont vendus comme biens nationaux de 1795 à 1798. Le sommier des biens nationaux recense d’ailleurs les terrains compris dans le bail de Fémy et Gaudelet [25].

 

FERMIER GÉNÉRAL

La manufacture des tabacs de Morlaix du temps de Jean-Baptiste Gaudelet.
La manufacture des tabacs de Morlaix du temps de Jean-Baptiste Gaudelet.
Gravure du XVIIIe siècle.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Jean-Baptiste Gaudelet fait fonction de directeur des Fermes à Brest. La direction des fermes de Brest gère alors les traites, le monopole du tabac et une partie des anciens droits du domaine. Le directeur des Fermes dirige les services, centralise les recettes et les écritures comptables, coordonne l'action de la Direction à celle de l'administration centrale, formule toute proposition de nature à accroître l'efficacité de l'organisation et représente la compagnie devant les autorités provinciales. Jean-Baptiste Gaudelet est nommé Receveur des tabacs. Il gère la manufacture des tabacs de Morlaix qui emploie presque 1.000 ouvriers.

N°. 35G. Lettre de Sarline à Chardon, sur la prévention de la ferme générale sur les adjudicat. des tabacs  provenant des prises. 9 mars 1779. Je reçois ... une lettre de M. le direct, gén., qui justifie de titres précis en faveur de la prévention que la ferme générale réclame sur les adjudicat. des tabacs qui se trouvent dans la cargaison des prises : en conséquence, vous ferez remettre au . . . Gaudelet, chargé de l'entrepôt des tabacs à Brest, le boucaut dont il avait réclamé la préférence sur . . . Edera, lors de la vente que vous avife faite de la prise; et vous préviendrez les offic. de l'amirauté de Brest, de ma nart , qu'à l'avenir ils ne fassent aucune difficulté de substituer l'entreposeur du table de cette ville, aux adjudicat. des tabacs  provenant des prises , et qui seront exposés en vente , lorsqu'il en formera la demande à ladt' vente, la ferme générale devant toujours avoir la préférence pour cette denrée , en la prenant au prix de l'adjudication.

Gaudelet perd trois de ses cinq enfants. Il demeure à Brest, mais selon les Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne (v.35-38/1955), il est un membre important d’une loge maçonnique de Morlaix et de la société de pensée de Morlaix [26]. Dans Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France (fin du XVIIIe sìecle), Alain Le Bihan nous dit qu'il est affilié à la loge Saint-Jean Baptiste à Paris en 1787.

Messire Gaudelet, le 31 janvier 1784, demande l'adduction d'eau pour sa maison, rue Ducouedic, qui est située à deux pas de la rue de Siam. 

Brest 31 juillet 1784

Monsieur,
Désirant d'obtenir pour ma maison un filet d'eau, de même qu'en jouissent plusieurs personnes de la ville, agrées ma demande a cet égard et engagés de MM. les officiers de la ville à m'accorder ce filet d'eau que je prendrai au coin de la rue Traverse, je vous prie Monsieur d'être bien persuadé d'avance, ainsi que MM. de toute ma Reconnaissance comme du très Sincère attachement avec le quel J'ai l'honneur d'être, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur Gaudelet.

Le maire accède bien volontiers à sa demande. Il déclare : il n'y a pas lieu à délibérer. Du fait de ses fonctions, le sieur Jean-Baptiste Gaudelet se retrouve parfois au tribunal en cas de contestations de ses décisions :

Le Sieur Comte de Meheren Saint Pierre, major des vaisseaux du roi au département de Brest, demandeur en capital et en assignation signifié et controllé les 4 /18 et 31 février 1787 poursuivant l'audience au profit de defaut faute de comparoir levé au greffe le 3.

Le Vaillant

Les Sieurs Gaudelet, entreposeur du tabac à Brest et le sieur Le Vacher, trésoriers de la marine à Brest, défendeurs.

Dépôt de Messieurs et premiers juges consuls

Le siège après avoir ouïe Le Vaillant sans avoir égard aux exceptions plaidées par Le Moal pour le dit sieur Gaudelet et jugeant le profit du défaut faute de comparoir commis par le sieur de Vaubert cy devant datté et définitivement condamné solidairement par provision et par corps dudit sieur Gaudelet, defendeur et dudit sieur Le Vacherault défendeur et defaillant de payer la somme de 1120 livres de principal et pour les causes portées ledit protest et exploit de demande celle de 32 pour les frais dudit et peut de la lettre et chiffrer les intérêts et depenses l'instance taxee à 14 livres neuf sols neuf deniers.

Retrait et autres cautions devant nous les sieurs demandeurs. 

 

SECRÉTAIRE DU ROI DE LA GRANDE CHANCELLERIE DE FRANCE (1785)

René-Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou (1714-1792)
René-Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou (1714-1792)
Premier président au Parlement, Chancelier de France et Garde des Sceaux
© Anonyme (estampe)
Musée du château de Versailles
 En janvier 1785, Jean-Baptiste Gaudelet dépose un dossier de récipiendaire à la Grande Chancellerie de France [27]. Cette fonction, très recherchée, demande un passé irréprochable. Comme nous pouvons le voir, il est déjà un personnage important pour Brest et très apprécié à Paris. Une charge de Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances coûte environ 60.000 livres. Elle est anoblissante au premier degré, mais 20 % des conseillers sont déjà nobles [28]. Le dossier est particulièrement volumineux, en voici quelques extraits :

Messieurs Lebegue (= Le Begue : Garde minute), Gin d'Ossery  (= Grand Rapporteur en Chancelle) sont nommés Commissaires aux fins de la présente Information.

A Paris en chancellerie le 12 janvier 1785.

Tessier (= Garde des Rôles honoraires)

Paporet (= Garde minute)

A Messieurs le Doyen, Sous Doyen, procureur et ancien officier de Messieurs les Conseillers et Secrétaires du roy maison Couronne francaise et des finances.

 Supplie humblement Jean Baptiste Gaudelet banquier de la marine a Brest, receveur des tabacs, faisant les fonctions de directeur des fermes en ladite ville de Brest disant qu'il a obtenu l'agrément de Monseigneur de Monseigneur le garde des sceaux pour se faire recevoir en l'office de conseiller secrétaire du Roy maison Couronne francaise et des finances dont en revêtu m. Jean Jacques Legendre d'Amneville signe sur les provisions presentent a mon seigneur qui luy a accordé son ordonnance soi montré a vous Messieurs.

 Ce considéré il vous plaise pour proceder a l'information de vie et de mœurs du suppliant commettre ? Messieurs les Conseillers et Secretaires du Roy qu'il vous plaira et vous fery bien Information faite par nous Achille Le Begue et Pierre Louis Claude Gin, écuyer & Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et du service finances, Commissaire Députés de la compagnie de Messieurs les Conseillers Secrétaires du Roi pour son ordonnance du Douze du présent mois de janvier 1785, des vies, mœurs, conservation, Religion Catholique apostolique et romaine, de la fidélité et affection au Service du Roi et la capacité de Monsieur Jean Baptiste Gaudelet.

 Poursuivant le sceau et expédition des provisions, de l'office de Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et du service finances dont etoit pourvu M. Jean Jacques Legendre d'Amneville -dernier titulaire- à laquelle information nous avons procédé ainsi qu'il suit.

Marie-Anne Pierrette Paulze, fille du fermier général  Jacques Paulze, et son mari Antoine Laurent de Lavoisier.
Marie-Anne Pierrette Paulze, fille du fermier général Jacques Paulze, et son mari Antoine Laurent de Lavoisier.
© Jacques-Louis David
Metropolitan Museum of Art (NYC)
 Messire Jacques Paulze, écuyer, Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances et des fermiers généraux de sa Majesté, âgé de 60 ans demeurant à Paris, place Louis Le Grandrue de Cléry, paroisse St. Eustache lequel après serment par lui fait de dire vérité a déclaré n'estre ni parent, ni allié du dit Sieur Gaudelet, dépose connaître depuis plus de dix ans le Sieur Gaudelet tant à cause de ses relations d'affaires qu'il a eu avec lui, qu'à cause de l'amitié qui est entre eux; sait qu'il fait profession de la religion catholique apostolique et romaine et qu'il est en état de remplir les fonctions et office de Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances dont il poursuit la réception, et tout ce qu'il dit savoir Lecture à lui faite de la déposition a vut qu'elle contient vérité y a persisté et a signé. Fait par nous Commissaire sur les jours et ans que dessus. Ce Jacques Paulze est surtout connu comme, beau-frère de l'abbé Joseph Marie Terray. Il est le père de Marie-Anne Pierrette Paulze, épouse de Lavoisier.

Du Samedy 15 Janvier 1785

Monsieur Louis Malbette, prêtre du diocèse de Châtoux, ancien professeur de l'université de Paris, prieur du commanditaire du Prieuré de Notre Dame de Brest, âgé de 57 ans, demeurant à Paris rue de Saint Feret, paroisse de saint Sulpice, laquel après avoir mis la main déclaré et promis de dire la vérité a déclaré n'être parent n'y allié avec le Sieur Gaudelet pour professer la religion catholique apostolique et romaine et pour en remplir les devoirs avec édiffication et le croit très capable de remplir ses fonctions en Etat et office de... , dont il poursuit la réception. Et tout ce qu'i a dit seavoir lecture a lui faite de la déposition a vu qu'elle contient la vérité y a persisté et a signé. 

L. Malbette

Messire francois charles de Saint Hilaire [29], écuyer, Conseiller Secrétaire du Roi Maison Couronne de France et de ses finances et des fermiers généraux de sa Majesté, âgé de 50 ans demeurant à Paris, rue de Cléry, paroisse St. Eustache, lequel après serment par lui fait de dire vérité a déclaré n'estre ni parent, ni allié du dit Sieur Gaudelet, dépose connaître depuis près de quinze années le Sieur Gaudelet pour un homme attaché à ses droits, ayant rempli les places qu'ils occupent à la satisfaction des personnes qui l'ont connu, et avec la plus exacte probité, sait qu'il est d'une famille honorable qu'il tient à des personnes du Parlement de Dijon dont il est originaire et tout ce qu'il dit savoir Lecture à lui faite de la déposition a vut qu'elle contient vérité y a persisté et a signé. 

Charles de Saint Hilaire

 

PARIS (1787-1790)

En 1785, Jean-Baptiste Gaudelet rachète la charge de Jean Jacques Legendre d'Amneville, qui est mort en charge. Il est certes Secrétaire du roi à Brest depuis 1785, selon l'Almanach royal jusqu’en 1788.

En 1789, l'Almanach royal nous dit qu’il est Secrétaire  du roi, à Paris, rue du Bouloi.  L'ancien hôtel de la ferme des Tabacs, qu'il ne faut pas confondre avec celui de la ferme générale, est dans cette rue. Gaudelet  habite rue Ménars.

 

BANQUIER DE LA MARINE À BREST  (1785-1791)

La Folie Saint-James, à Neuilly-sur-Seine
La Folie Saint-James, à Neuilly-sur-Seine
Gravure ancienne.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Jean-Baptiste Gaudelet est un banquier qui ne tire que sur le Trésor public [30]. Comme pour éviter les transports d’argent et en faire moins sortir du Trésor public, le ministre de la marine a autorisé, en 1782, le Trésorier général de la Marine à faire de lui son préposé à Brest. Ce Claude Baudard de Saint-James (1736-1787), financier français devenu Trésorier général de la Marine, en profite. Il sait que Gaudelet doit emprunter à termes ou payer les fournisseurs et autres parties prenantes de la Marine. Il dispose de lettres de change qui sont timbrées du nom du département Marine. Elles sont enregistrées sur un registre tenu par le Trésorier général Saint-James et doivent normalement être acquittées à Paris par lui. Ce crédit va accélérer la chute du sieur de Saint-James. Séduit par l’appât trompeur des spéculations, il s’intéresse à une multitude d’entreprises en se chargeant d’en faire les fonds. Il les réalise en faisant tirer des lettres de change sur lui à diverses reprises par le sieur Gaudelet, son préposé à Brest, en les faisant timbrer du mot Marine. Il en fait tirer de nouvelles pour payer les premières, procédé désormais très utilisé par les hommes d’affaires malhonnêtes. L'ensemble de ses investissements est évalué à un total de sept millions de livres, sans compter ses plantations de Saint-Domingue. Il crée le château et le parc de la Folie Saint-James, à Neuilly, et achète en 1777 un hôtel particulier place Vendôme et le décore somptueusement.

 

LA FAILLITE DE BAUDART DE SAINT-JAMES (1787-1790)

Claude Baudard de Saint-James (1736-1787), financier français devenu Trésorier général de la Marine
Claude Baudard de Saint-James (1736-1787), financier français devenu Trésorier général de la Marine
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Charles Alexandre de Calonne refuse d'approuver les comptes de la Compagnie du Nord, qui avait obtenu un privilège du Roi en 1785, ce qui explique qu’il était pratiquement impossible à Gaudelet de tirer des lettres de change sur le Trésorier général de la Marine. Les paiements cessent donc le 1er février 1787  [31].  Baudard de Saint-James fait banqueroute. Il passe trois mois à la Bastille et meurt peu après.

Gaudelet a timbré Marine toutes les opérations faites pour service réel ainsi que les traites uniquement relatives aux affaires particulières de Saint-James. Celles-ci forment une somme considérable, que le roi jugera sans doute devoir payer répètent sans cesse pour se rassurer Gaudelet et ses autres victimes [32].  En effet, tout le monde se dit : Ces lettres de change et toutes autres encore existantes ont été tirées de Brest par le sieur Gaudelet, banquier de la marine, sur le sieur de Saint-James, trésorier de la marine, ainsi tirées à Brest par l’homme du gouvernement, elles sont enregistrées à Paris par l’homme du gouvernement. Il est vrai que c’est du fait de ses fonctions officielles très importantes que Baudart de Saint-James a pu duper ce banquier de la Marine et ses clients.

Anne-Pierre de Montesquiou-Fezensac, général en 1789, élu aux États généraux par la noblesse de Meaux, devient rapporteur du Comité des finances à l'Assemblée constituante. Il remarque à cette époque : Le sieur Gaudelet banquier à Brest y fait depuis longtems le service du trésor public. On tire sur lui des mandats. Il fait des traites sur le premier commis du grand comptant et c'est un compte ouvert de part et d'autre. M. Gaudelet envoie quelques fois des lettres de change sur Paris. On porte en recette ces lettres de change et les mandats tirés sur lui On porte en dépense d’abord les paiements qu'on lui fait et ensuite celui des traites qu'il fait sur le trésor public, mais de tout cela il n'y a de réel que le solde du compte

Suite du rapport de M. de Montesquiou [33] :

Ainsi pour connoître la véritable recette, il faut écarter ces articles qui n'en contiennent qu'une fictive et pour avoir l'état juste des dépenses, il faut en retrancher une somme pareille.

 Des lettres de change envoyées par le sieur Gaudelet forment un article de recette de : 1.537.360 livres.

  • Les mandats du premier commis du grand comptant forment un autre article de recette de : 7.197.461livres.
  •  Total de la recette : 8.734. 821 livres.

 II faut faire disparaître de cette somme des recettes et en retrancher une semblable de celle des dépenses correspondantes qui montent à : 10.294.343 livres.                                       

Les personnes lésées sont nombreuses comme le montre par exemple le Rapport et projet de décret, relatif au remboursement réclamé sur le Trésor public par le sieur David-Nicolas Gruyère, qui parle d'une somme de 65.800 livres de principal, avec intérêts et frais, pour le montant de lettres de change, timbrées marine, tirées de Brest sur le sieur de Saint-James, trésorier général de la marine, présentés, au nom du comité de liquidation, par M. Debranges, député du département de la Marne [34]. Ce chiffre est nettement inférieur à la dette de l’Etat à Brest. 

La France et les Français au XVIIIe siècle (1715-1788): économie et culture, de Philippe Guignet et René Grevet, nous montre que dans le bilan de Baudart de Saint-James Gaudelet figure pour des remises de traites et espèces à hauteur de 254088 livres.

En 1790, au titre des remboursements à des particuliers dans la banqueroute Saint-James,  le sieur Gaudelet, banquier à Brest trouve 482.033 livres [35].

En 1788,  Jean-Baptiste Gaudelet est cité parmi les sept principaux négociants notables de Brest dans l’Almanach général du commerce, des marchands, armateurs et négociants de la France, l’Europe et autres parties du monde et comme unique banquier.

En 1789, il a des problèmes certes moins graves, comme le montre le jugement qui suit :

Le Sieur Gaudelet, écuyer, banquier à Brest émis aux fins d'exploit et assigné les 17 et 18 juillet 1789 duement representé en jugement de proffit de defaut et comparaison au greffe.

Le Moal         

Demoiselle Anne et Catherine Kerboul demeurant à Brest defenseurs et defaillantes.

Le siege jugeant le proffit du defaut faute de comparaison laissé par les demoiselles et défaillance que le déclaré sieur a une lettre de change tirée de Bordeaux le 17 may 1789 par consigne de la somme de 467 livres  4 sols ... condamnées les dites demoiselles solidairement en dernier ressort dudit Sieur demandeur les sommes de 467 livres 4 sols pour la dite traite t devant en outre 9 livres 4 sols 9 d. our les frais de protet en même nature que la somme principale depuis qu'ils sont acquis et aux dépens de l'instance taxes et liquidés sur la vive et du mémoire à la somme de 18 livres six sols.

 

LE MARIAGE DE SA FILLE

Philippe-Charles de La Fare
Philippe-Charles de La Fare
(1687-1752), maréchal de France, diplomate.
© Serrur Henry Auguste Calixte César
"Chapitre"
Thérèse Renée Gaudelet se marie avec le futur général-comte Louis Groult des Rivières, officier des gardes du comte d'Artois, veuf d'une La Fare, fille d’un maréchal de France, Philippe Charles de La Fare, et nièce de l'évêque-duc de Laon, Etienne Joseph de La Fare, le second Pair de France. Françoise Mélanie était veuve du général Claude Louis Bouthillier de Chavigny, lui-même issu d’une famille célèbre. Son reliquat de fortune, certes encore considérable, lui venait de son grand-père maternel Claude François Paparel, Conseiller du Roy, Trésorier de l'extraordinaire des guerres et Trésorier général de la gendarmerie et des chevau-légers. Le premier beau-père de Louis Groult des Rivières avait dilapidé sa fortune immense en faisant la fête avec son ami le Régent.

En 1786, Louis Groult des Rivières est mestre de Camp. En 1789, Louis Groult des Rivières figure dans L’Etat militaire de France pour l'année 1789, de Roussel de la Tour, comme aide-major en survivance de la Compagnie des Suisses de la Garde Ordinaire du corps de Monseigneur le Comte d'Artois, et dans son dossier SHAT colonel, surnuméraire avec le service.

Louis achète avec ce qu’il reste de la fortune des la Fare-Paparel, le 5 juillet 1790 [36] le château de Morville, à Hanches, pour 354.225 livres. Sur l’acte de vente il est dit comte. Ce titre va figurer après la Révolution sur les actes officiels le concernant. Cette famille Groult (ou bien encore Grout) est originaire de Saint-Malo (où existe une autre branche les La Grassinais) et est présente aussi en Haute-Normandie (avec les  Saint-Paër). Ils portent De sable à trois têtes de léopards d’or placé 2 en 1.  Selon L'histoire de Bretagne, du R.P. dom Taillandier, le roi François Ier  en octobre 1518, fait tenir sur les fonts baptismaux, par Galéaz de Saint-Séverin, grand écuyer de France, le fils de Jean Groût, l'un des principaux habitants de Saint-Malo [37]. Ce Jean, né en 1492, est le descendant des Groot de Delft et des Cornetz, famille comtoise établie en Hollande depuis 400 ans. Les Groot sont une famille illustre depuis plus de quatre siècles [38]. Corneille de Groot, Hugo Grotius, Pierre de Groot sont des savants célèbres [39].

Louis est d’une branche originaire du Cotentin qui ne sont en rien des grands seigneurs. Il se retrouve châtelain à l’heure où la majorité des anciens châtelains fuient la France. Il quitte la rue Ménars et est mis à la retraite par les révolutionnaires avec le grade de général. Il va habiter son château et cultiver ses terres. A cette époque, une partie des nobles français, effrayés par la violence des partisans de Marat quittent les Tuileries et Paris et se réfugient dans les campagnes, qu’ils considèrent à tort comme plus calmes.

 

LES DÉBUTS DE LA RÉVOLUTION À BREST

Louis-Alexandre Expilly de La Poipe, le premier évêque constitutionnel français.
Louis-Alexandre Expilly de La Poipe, le premier évêque constitutionnel français.
gravure ancienne
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
 Jean-Baptiste Gaudelet n’est pas au départ un opposant à la Révolution. Il contribue à la rédaction des cahiers de doléances et est élu représentant des corps et corporations, celui des négociants et armateurs, lors des assemblées électorales du 30 mars au 2 avril 1789. Ces 92 délégués envoient 30 députés-électeurs représenter Brest à l’assemblée de la sénéchaussée. Jean-Baptiste Gaudelet fait partie des notables élus conseillers de la municipalité Malmanche, qui essaient de diriger la ville de mars 1790 à novembre 1791. La plupart des élus sont affiliés aux loges brestoises et issus du négoce, des professions libérales et de l’administration royale [40]. Le premier évêque constitutionnel français Louis Alexandre Expilly de La Poipe (1742-1794) est le beau-frère de Michel Behic, avec qui Gaudelet fait des affaires et qui, en 1799, deviendra l’un des membres de la belle-famille de son fils.

La Ferme Générale est supprimée le 27 mars 1790. Il continue son métier de banquier : Nous vous remettons ci-joint deux lettres de change tirées le 28 du passé par M. Gaudelet, ordre des officiers municipaux de Brest, sur M. Garat, caissier général du Trésor public à Paris, valeur provenant des dons patriotiques, l’une de 621 livres, l’autre de 14592 livres, le 7 juillet 1790. Un rapport sur le contrôle du banquier Gaudelet existe et est à l’origine d’une affiche contenant une proclamation du conseil général de la commune de Brest du 8 août 1790 le concernant. Le 4 septembre 1790, la foule lance des pierres contre l'hôtel de l'intendant Jean Claude Redon de Beaupréau. Les caisses sont vides. A bas l'aristocrate ! s'écrient alors deux mille voix et ils veulent le pendre. Trois cents canonniers-matelots se tiennent prêts à repousser les ouvriers s'ils tentent quelque mouvement. Heureusement il n'y a lieu à aucun déploiement de force, Gaudelet, banquier de la marine, consent à exécuter l'engagement de Redon de Beaupréau [41]

Gaudelet, banquier à Brest,  fait encore, selon le Moniteur, le service du trésor public du 1er mai 1790 au 1er janvier 1791. On continue à tirer sur lui des mandats. Il fait des traites sur le premier commis du grand comptant, et c'est un compte ouvert de part et d'autre. Jean-Baptiste Gaudelet envoie quelquefois des lettres de change sur Paris. On porte en dépense d'abord les payements qu'on lui fait, et ensuite celui des traites qu'il fait sur le trésor public. Les lettres de change envoyées par Gaudelet forment uN article de recette de 1.537.300 francs. Les mandats du premier commis du grand comptant forment un autre article de recette de 7.197.461 francs, soit une recette de 8.734.821 francs.

Les bureaux des finances et les élections disparaissent avec le décret des 7-11 septembre 1790. Gaudelet quitte Brest et est engagé depuis 1789 dans des opérations de crédit avec les trésoriers généraux de la Marine. Sa maison est désormais à Paris [42]. D’après d'autres sources, il est néanmoins banquier à Brest jusqu’en 1791 [43], notamment l'Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe, de 1912.

 

APRÈS LES MASSACRES DE SEPTEMBRE

L'ancien château de Morville à Hanches.
L'ancien château de Morville à Hanches.
Demeure des Fleuriau, des La Rochefoucauld, puis des Groult-Gaudelet d'Armenonville.
© Anonyme
Roger Vasseur auteur de la "monographie de Hanches" Lorisse le Livre d'Histoire 2010.
Jean-Baptiste Gaudelet est selon le Nobiliaire et armorial du comté de Montfort-l’Amaury, seigneur d'Armenonville. Effectivement, au début de la Révolution, il est dit sur les registres paroissiaux propriétaire de la terre d'Armenonville et négociant. Charles Fleuriau, marié avec la fille du richissime président Lambert de Thorigny, acquiert, en  1649, de Charles de Morais, seigneur de Fortisle, et   de   Louise de Tranchelion, la terre d'Armenonville, près  Maintenon, et il en embellit le château.  L'intendant des  finances le quitte pour celui du Loreau  ou Lauriot, à la porte d'Epernon, puis il vend ce dernier, en 1698, au marquis d'Antin, et achète alors le château de Rambouillet. 

Le gendre de Gaudelet, le général-comte [44], Louis Groult des Rivières, qui est son voisin à Paris, achète le château de Morville et ses terres qui sont proches du fief d’Armenonville. Cette terre est estimée comme valant 250.000 livres [45]. Ces terres et château ont été la propriété des Fleuriau, marquis d’Armenonville, comtes de Morville. Un certain Alexandre Nicolas Louis de La Rochefoucauld-Surgères, lieutenant général du roi, hérite du château et des terres. Il vend l’ensemble aux Groult-Gaudelet.

L’armorial de Montfort l’Amaury nous précise que Gaudelet est le dernier Trésorier de la Marine de Louis XVI.

Les charges de Secrétaires du Roi de la Grande Chancellerie de France sont supprimées par la loi du 27 avril-25 mai 1791 [46]. Les anciens Fermiers généraux et fonctionnaires du roi sont persécutés. Gaudelet prend peur et envoie son fils en Angleterre. Des commissaires viennent dans son appartement faire des recherches en mai 1792, et l’interroge longuement ainsi que ses proches et ses domestiques. Il quitte son domicile.

Jean-Baptiste Gaudelet sera  dit Fermier général noble victimé en 1792, dans un courrier au roi Louis XVIII de son fils François Gaudelet d’Armenonville datant de 1815.  Madame de Rambaud, la mère du mari de sa petite-fille, confirme ces faits dans un autre courrier destiné à Charles X. Elle parle de son gendre comme d’un homme malheureux à tous égards par la Révolution, ayant perdu une fortune immense… Monsieur Gaudelet était fils d'un fermier général et secrétaire du Roi... [47].

Le château de Morville en 1830
Le château de Morville en 1830
© Plan cadastral.
Roger Vasseur, "la monographie de Hanches" Lorisse le Livre d'Histoire
Nous le retrouvons vivant avec sa femme à Hanches, depuis six mois, le 24 décembre 1792. Le maire adjoint d’Hanche le précise dans un acte d’état-civil dans lequel Gaudelet est témoin au mariage de deux de ses domestiques. Ils se sont installés au château de Morville, chez leur fille qui est enceinte de leur première petite-fille. Le 4 janvier 1793, Gaudelet  avec sa femme et son gendre Groult des Rivières sont témoins à la naissance de sa nièce le même jour. Il est toujours négociant et propriétaire de la terre d’Armenonville, malgré l’émigration de son fils. Le maire adjoint note cette fois-ci  qu’il habite à Paris, section de 1792, rue Ménars. Cette section a déjà changé deux fois de nom. Son premier nom était Les Filles Saint Thomas et sont ses grenadiers de la Garde Nationale qui ont vaillamment défendu aux côtés des Suisses le château des Tuileries, le 10 août 1792.

Michel François Groult de La Planche, demi-frère de son gendre et sa femme Anne de Sabrevois vivent aussi au château de Morville. Il est témoin à beaucoup de mariages et de naissances, comme son frère, certainement pour s’assurer des soutiens au sein de la population du village.

 

UN FILS ÉMIGRÉ

Uniforme du Régiment de Léon (émigré) à Quiberon
Uniforme du Régiment de Léon (émigré) à Quiberon
© Khaerr et Guy de Rambaud
Source WP commons Image:Image:Quiberon émigrés.jpg
François Gaudelet, son fils, émigre donc à Londres en 1792. Il a 19 ans. Il réussit à embarquer pour l’Angleterre et Jersey. Dans cette île, la situation des nobles est en général fort précaire. Les quelques louis, hâtivement rassemblés dans la précipitation du départ, s’épuisent rapidement et la dernière ressource se résume dans l’indemnité mensuelle de 36 livres que leur attribue le gouvernement de Jersey.  En 1794, le gouvernement anglais forme des compagnies nobles à Jersey, une unité sous le commandement du prince de Léon et de Trégor, qui rassemble  des gentilshommes bretons. Les émigrés anciens officiers vont servir de cadres aux troupes nouvelles du régiment du Dresnay, puis de Léon. En avril 1795, 232 volontaires se présentent pour servir sous les ordres de ce prince de Léon. Les Anglais ajoutent à ces émigrés 500 prisonniers républicains. Son fils François sert comme fils noble de fermier victimé… la cause sacrée des Bourbons, dans ce régiment sous contrôle anglais. De nombreux certificats authentiques d'actes de bravoure et de dévouement… et de nombreux états de services civils et militaires sur terre et sur mer, en France et à l'étranger, tous gratuits constatent son inébranlable fidélité…. Le duc d'Havré [48] conservera les dits certificats et états en témoignant, qu’il avait même promis qu'il en parlerait au Roi, peu de temps avant l'interrègne… Le maréchal de France, marquis de Beurnonville [50], s'exprime ainsi en 1814 pour l’attribution de la légion d’honneur à son fils : Mr Gaudelet a rendu des services réels, c'est un homme brave qui mérite sous tous les rapports la décoration qu'il réclame.

Le colonel marquis de Breuilpont, adjudant major général des gardes de Monsieur, le général-comte Groult-Desrivières, le colonel-comte de Capdeville, le colone-comte de Lossefse écriront au château des Tuileries le 12 août 1815 : La conduite de M. Gaudelet a été brillante lors de la grande révolution, et il a donné tant de preuves de son dévouement à la cause sacrée des Bourbons que nous regarderions comme inutile de mettre une apostille à la demande, si nous ne nous faisions un devoir d'ajouter notre témoignage à celui des fidèles sujets du Roi qui ont su apprécier le caractère de M. Gaudelet dans les circonstances les plus difficiles.

"Interrogatoire d'un noble" lors des massacres de septembre
"Interrogatoire d'un noble" lors des massacres de septembre
Gravure extraite de l'Histoire de la Révolution, du Consulat et de l'Empire de Thiers\n
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
En 1793, les municipalités sont invitées à donner les noms des émigrés et un état de leurs biens et à surveiller les aristocrates. Le château de Morville est devenu maintenant une cible pour tous les extrémistes de la contrée… Groult est chevalier de Saint Louis et les révolutionnaires surnomment ses médaillés les chevaliers du poignard. Sous la Terreur, une série de décrets atteignent les émigrés :

  • Décret concernant les individus dont les fils ont émigré,
  • Motion de prendre en otages cent mille parents d'émigrés pour la sûreté des commissaires livrés à l'ennemi,
  • Décret pour la confiscation des biens de tout père d'émigré qui ne justifiera pas de son patriotisme,
  • Proposition d'une surtaxe à imposer aux parents d'émigrés dans l'emprunt forcé ; renvoi à une commission de l'examen des moyens de lever le séquestre mis sur leurs biens
  • Rapport et résolution sur le partage des biens des parents d'émigrés, avec la république, et la levée des séquestres dont ils sont frappés.

Dans les faits, ceux-ci sont souvent privés de liberté, déclarés incapables d’exercer des fonctions publiques et assez souvent guillotinés, même les jeunes filles. En 1793, les biens de Gaudelet sont vendus comme biens nationaux car il est parent d’émigré.

Officier des Gardes Suisses.
Officier des Gardes Suisses.
Lithographie ancienne
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Mais la perte de sa fortune est due aussi en partie à la faillite de Baudard de Saint-James qui est chiffrée à 9.658.071 livres. Toutefois, le 15 mai 1793, une transaction entre le gouvernement, les héritiers bénéficiaires et les créanciers réunis, a lieu. Les lettres de change émises par Gaudelet et timbrées Marine, ont été endossées par les frères Ferber et de nombreux porteurs se retournent contre eux. Ces banquiers Suédois agissaient pour pouvoir être les fournisseurs de la Marine et Baudard était leur associé. Lors de cette réunion, il n’en fait aucun reproche à Gaudelet qui n’a fait qu’obéir aux ordres du Trésorier payeur général de la Marine.

Fin 1793, Louis Groult des Rivières est dénoncé. Les élus locaux doivent faire une description de lui pour les autorités révolutionnaires : 5 pieds 7 pouces et demi, cheveux blancs, yeux bleus, visage ovale, yeux et bouches bien faites. Pour être officier des Gardes du roi ou de ses frères, il fallait être de très grande taille, beau et bien né.

L’église de Hanches est pillée et devient un Temple de la Raison. Un individu vivant au fin fond des bois, et s’appelant d’ailleurs Desbois, devient adjoint au maire. Il agresse verbalement son gendre devant l’autel de cette église, transformée à l’occasion en taverne :

- A votre santé Desrivières !

- Buvez, buvez, Desbois ! doit se contenter de répliquer Louis.

Le temps n’est pas venu de pouvoir répondre et faire respecter ses titres par ce type d’énergumène qui agit ainsi sachant très bien qu’il bénéficie de la protection des partisans des Montagnards du village, et des autorités locales, sans parler des tribunaux mis en place par Robespierre. L’idée de la guillotine calme même les plus audacieux. Nous avons confirmation que les Groult-Gaudelet n’habitent plus au château, le 17 février 1794, une autre fille aînée est née dans une maison dans l'étendue de la commune. Louis Groult des Rivières doit en effet se réfugier à Convent, un hameau perdu de Hanches, et ses beaux-parents aussi : … et  therrese françoise Duverger, épouse du citoyen Gaudelet, agée de 46 ans résidant dans cette commune

A Brest, c'est dans la maison du citoyen Gaudelet, rue Traverse du Vieux-Escalier que jugeront en 1794 le Président et les membres du tribunal révolutionnaire du Finistère. 

 

SON HÉRITAGE (1799)

Françoise Gaudelet d'Armenonville-de Rambaud, puis d'Allonville.
Françoise Gaudelet d'Armenonville-de Rambaud, puis d'Allonville.
© Candide Blaize
Archives Rodolphe Gaillard de Saint Germain
Presque un an après Thermidor, les persécutions contre les nobles ne cessent pas, car le 1er germinal de l’an III, le maire et trois citoyens doivent témoigner que le citoyen Desrivières  n'a pas émigré et qu'il paie ses impôts. Jean-Baptiste Gaudelet d’Armenonville retourne à Paris. Il meurt dans son lit, au 9 rue Ménars, à Paris, dans IIe Arrondissement le 6 novembre 1799.

Le 15 brumaire An VIII, son héritage est peu important pour un ex banquier de la Marine et Fermier général : Ont comparu chez Maître Gaudon, demeurant à Paris, rue Guillaume, n° 979, mandatant suivant pouvoirs certifiés véritables de Jean François Gaudelet et de Jeanne Thérèse Denise Renée Gaudelet, épouse du Colonel Groult des Rivières. Le premier résident à Morlay, département du Finistère, le second à Morville par Epernon, département de l'Eure et Loir, tous les deux fils du père décédé rue du Ménard, n° 9 le 15 Brumaire dernier d'après l'acte de décès présenté.  Héritage mobilier : 18.050 Francs créances actives : 37.725 Francs Frais 4.260 francs.

Cet acte nous dit que Louis Groult des Rivières est encore colonel, ce qui est faux. Selon son dossier militaire, il est général. Pour payer peu de droits de succession, Gaudelet a certainement transmis ses biens de son vivant à ses enfants. Car nous voyons son fils, François Gaudelet d’Armenonville, acheter la manufacture des tabacs de Morlaix 250.000 francs. Comme il est négociant à Morlaix, et que la ville souffre de la maîtrise des mers anglaises depuis le début des guerres, il est bien certain que cette somme doit venir en partie de son père. En 1811, Napoléon rétablit le  monopole d'état sur le tabac, car il s’est rendu compte, en observant les bijoux de la femme d’un fabricant de tabac, dans un bal aux Tuileries, que cette activité rapporte des fortunes. François Gaudelet, beau-frère de Groult, doit vendre le 5 novembre 1811 sa part de la manufacture à raison de 300.000 francs, pour le prix de l'immeuble, et 20.000 francs pour le mobilier. Il s’associe avec son beau-frère.

Louis Groult des Rivières, son gendre, s’occupe de ses terres et est élu membre du Conseil Général d'Eure-et-Loir, le 20 mars 1802. Il a cinq filles et un fils de 1793 à 1802. Selon les historiens locaux, en 1806, il fait cadeau de la grosse cloche à l’église, dont le fondeur est un certain Pique fils. Cette cloche nommée Thérèse par Louis Groult des Rivières, ancien maréchal de camp, membre du conseil général du département d’Eure et Loir, et président des marguilliers et par Madame Thérèse Françoise Duverg(i)er, veuve de Monsieur Jean-Baptiste Gaudelet, a été bénite le 11 septembre 1806 par Monsieur Jean Pierre Billaud, curé de cette commune, Jean Hochereau, Michel Fortin, marguilliers. 

Sa veuve demeure au 33, rue du Faubourg Poissonnière en 1817 [51].

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

1. De la situation du Trésor public au 1er juin 1791 par les commissaires de la Trésorerie nationale, Condorcet, Lavoisier, de Vaines, Dutremblay, Rouillé de l'Étang, Cornut de la Fontaine : par les commissaires de la Trésorerie nationale : Condorcet, Lavoisier, de Vaines, Dutremblay ..., Jean-Antoine-Nicolas de Caritat Condorcet, Jean-Pierre Poirier, François Hincker, Ed. du C.T.H.S., 1997, p.122

2. Christine Favre-Lejeune dans Les secrétaires du roi de la Grande Chancellerie de France, dictionnaire biographique et généalogique (1672-1789). C'est son dossier pour l'acquisition de sa charge d'office qui le précise. Les registres de Launois pour cette période sont brûlés.  D'Hozier énumère dans son Armorial général de France : recueil officiel dressé en vertu de l'Edit de 1696, Généralité de Bourgogne, différents membres de cette famille et décrit leurs blasons.

3. Côte-d'Or. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 : Série C. 1880, C. 2484

4 Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne, Collectif, Slatkine

5. Chanoine A. Dagneau de Richecourt, Recueil (manuscrit) de généalogies de familles de Laon et environs vers 1770, Archives Départementales de l’Aisne, à Laon.

6. Jean Bodin, La République, Roger Chauviré, Slatkine Reprints, 1969,  p.76 et 77.

7 Histoire de la Ville de Laon, par Jacques-François-Laurent Devisme, p.401.

8. Histoire de la noblesse du Comté-Venaissin, d'Avignon, et de la principauté d'Orange, Jean Antoine Pithon-Curt, Laffitte, 1970, v.3, p.581.

9. Michel Antoine dans : Le cœur de l'état. Surintendance, contrôle général et intendances des finances (1552-1791) nous parle longuement du père de ce parrain, Dodun, président du Parlement au parlement de Paris, contrôleur général des finances.

10. Journal of Claude Blanchard, Claude Blanchard,  Eyewitness accounts of the American Revolution, New York times, 1969, p. 69 et 107.

11. Henwood Philippe, Monange Edmond, Brest un port en révolution (1789-1799), Ouest-France 1989, p.39.

12. Denise Ozanam, Claude Baudard de Sainte-James, trésorier général de la Marine et brasseur d'affaires (1738-1787), Genève, Droz, 1969, p. 17.

13. Etablissement d'une banque à Brest, M. Gaudelet. Inventaire des Archives de la marine Série B. Service général de Henri Buche, Jean Mallon, Étienne Taillemite, Didier Neuville, Archives de la Marine (France) - Archives – 1963, p. 148.

14. Archives parlementaires de 1787 à 1860 recueil complet des débats législatifs ... , France Sénat, France Chambre des députés, France Assemblée nationale – 1884., p.258.

15. A.N. Marine B3 723, fol. 315-316, B3 729, fol.41 et Denise Ozanam, Claude Baudart…, p. 16n.

16. Les Trésoriers Généraux de la Marine, 1517-1788, Henri Legohérel, p. 267.

17. Marine B3 739, fol. 41.

18. Et dont la liquidation n'en sera terminée qu'en 1792.

19. Denise Ozanam, Claude Baudart…, p. 154.

20. Bibl. Min. Marine, ms. 182 A, Journal du maréchal de Castries, vol. I, fil.148.

21. A.N., Marine B3 739, fol. 65.

22. Henwood Philippe, Monange Edmond, Brest… p.24.

23. Volume 2 de Arrêts du Conseil du Roi: règne de Louis XVI : inventaire analytique des arrêts en commandement, Archives nationales, 1978, p.104.

24. Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, H. Champion, 1981, 108e année, pp. 78 à 81 et Archives nationales, Minutier central, XXVI, 714, pas de plan.

25. Arch. Nat., S5081685

26. Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1981, Librairie d’Argences, p.78 à 81.

27. Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, article: vol. 35-38 - 1955, p.94.

28. A.N. V/2/46 /15/1/1785, Almanach Royal, Christine Faure-Lejeune : Les secrétaires du Roi...

29. Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle: l'exode de toute une noblesse "pour cause de religion", Collection Voyages, migrations et transferts culturels, Patrick Clarke de Dromantin, Presses Univ de Bordeaux, 2005, p.108 et 109.

30. François Charles de Saint-Hilaire, écuyer, dernier seigneur de Combault de 1776 à 1789. Il assiste aux assemblées électorales de la noblesse de la vicomté de Paris.

31. Observations sur l'établissement d'une banque à Brest, M. Gaudelet Inventaire des Archives de la marine: B3 561-803 et GAUDELET (Jean-Baptiste), secrétaire du roi et des finances, banquier correspondant du Trésor public, 1791, 112 v. Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe, 1843, p.348 et Archives de la Marine (France), Didier Neuville, Henri Buche, Jean Mallon, Etienne Taillemite, Archives nationales (France), v.8, p.148.

32. Archives parlementaires de 1787 à 1860- recueil complet des débats législatifs et politiques... par France. Assemblée nationale p.258

33. Les Trésoriers Généraux..., p.353.

34. Journal des Etats généraux, convoqués par Louis XVI,  Étienne Le Hodey de Saultchevreuil

35. Archives parlementaires... p.648.

36. Finances et monnaie révolutionnaires (recherches, études et documents), Fritz Braesch p.30.

37. Histoire de la ville et du port de Brest, Prosper Jean Levot - Brest – 1866, p.231.

38. France, dictionnaire encyclopédique, Philippe Le Bas, p.138 et Histoire de Chartres, Eugène de Buchère de Lépinois, p.617.

39. Revue générale, biographique, historique, etc. Le Biographe universel et l'historien, E. Pascallet, 1846, p.240.

40. Moreri, p. 404.

41. Henwood Philippe, Monange Edmond, Brest… p.39 et 77.

42 Histoire de la ville et du port de Brest… p.23.

43  Banquiers, négociants et manufacturiers parisiens du Directoire à l'Empire Louis Bergeron, 1978, p.62.

44. GAUDELET (Jean-Baptiste), secrétaire du roi et des finances, banquier correspondant du Trésor public, 1791, 112 et Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe, 1843, p.348.

45 Louis Groult des Rivières ne sera général qu'en 1791 et comte après la Restauration.

46. Archives de la Bastille documents inédites, p.140 et Les Bigot, du XVIe siècle à la Révolution, évolution d'un lignage, Jean-Claude Dubé, Pierre Julien-Laferrière,

47. Christine Faure-Lejeune, Les secrétaires...

48. Guy de Rambaud, Pour l’amour du Dauphin, Anovi

49. Dernier duc d'Havré, Joseph Augustin Maximilien de Croix-Havré, ancien émigré, responsable d'une des 4 compagnies de Gardes de Corps du Roi. Sa sœur, Madame de Tourzel est gouvernante du Dauphin aux Tuileries avec Madame de Rambaud, future belle-mère de l’une des filles de ce François Gaudelet d’Armenonville.

50. Maréchal de France, marquis de Beurnonville (1752-1821), ministre de la Guerre en 1793, échangé le 26 décembre 1795 contre Madame Royale, puis rallié à Louis XVIII

51. Almanach des 25000 adresses des principaux habitans de Paris ..., D. H., Henri Wissemans, p.286.

 

Pour plus de détails sur la vie des Gaudelet et des Groult au château de Morville, je conseille la lecture de "La monographie de Hanches" de Roger Vasseur, aux éditions Lorisse le Livre d'Histoire.