Véritable bête de scène, Jacques Higelin repart en tournée dans toute la France pour le plus grand bonheur de ses fans.
Issu d’une famille modeste, Jacques Higelin est poussé par son père vers le monde du spectacle. Enfant, il chante des chansons de Charles Trenet dans les cinémas, au cours des fameux entractes music-hall aujourd’hui disparus. Adolescent, il passe auditions sur auditions et décroche un contrat de figurant pour l’opérette Nouvelle Orléans. Plus tard, il apprend la musique et suit l’enseignement théâtral du cours Simon. Sa carrière de comédien démarre avec un rôle dans Le bonheur est pour demain d’Henri Fabiani, suivi d’autres rôles, notamment dans Bébert et l’omnibus d’Yves Robert. Il fait également du théâtre, mis en scène par Michel Vitold dans Bon week-end monsieur Bennet. Comme nombre de jeunes artistes des années 1960-1970, Higelin sympathise avec les mouvements de gauche, même s’il demeure un poète sans étiquette.
Après son retour de la guerre d’Algérie, il renoue avec le théâtre et se lie d’amitié avec des comédiens comme Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clémenti ou bien encore Valérie Lagrange. Il écrit ses propres textes et entre ainsi dans un univers théâtral ambitieux. Mais cela ne lui suffit pas. Le jeune artiste épanche son trop plein d’énergie, de fantaisie et de créativité dans les petites salles de l’underground parisien. C’est le début de la grande époque du café-théâtre. Higelin joue des sketches, improvise des situations à la manière des avant-gardistes du moment. Et chante.
Absent des plateaux de tournage depuis Elle court, elle court la banlieue ou la Bande du Rex, sa production discographique du début des années 1980 est ressentie comme moins pertinente. Higelin 82 déçoit, et dans Aï, il tente de retrouver ses marques sans y arriver vraiment. Mais la notoriété acquise et la relation fusionnelle qu’il entretient avec son public depuis deux décennies lui valent une fidélité sans limite de la part de ce dernier et la critique musicale le classe parmi les grandes figures de la chanson française.
Au début des années 1990, chanteur et poète engagé, il retrouve le chemin des manifs en s’engageant, notamment aux côtés de l’Abbé Pierre et le plaisir de la scène avec une tournée au Grand Rex puis au Cirque d’Hiver de Paris. En 1993, Jacques Doillon lui offre un rôle dans Un homme à la mer en compagnie de Nicole Garcia. Depuis la sortie de l’album Paradis Païen (1998), Higelin est partout, sur tous les fronts, spectacles ou évènements. En 2004, il crée le spectacle Higelin enchante Trenet, exclusivement construit autour du répertoire du « fou chantant » dont il parle en ces termes : « C’est un grand jardin, cette œuvre. Un jardin extraordinaire, comme il le dit. Tu soulèves une chanson, elle en cache une autre aussi belle, et, chaque fois, tu découvres les surprises et les beautés de ce jardin. ».
Higelin n’a rien perdu de la fougue de ses débuts. À presque 70 ans, l’énergie est toujours présente et surtout l’envie de satisfaire son cher public. Concert magistral en totale adéquation avec son auditoire et avec ses huit musiciens dont on perçoit durant tout le concert l’attachement et la complicité. Higelin le magnifique entre en scène sur un air de Duke Ellington joué par un trio de cuivre au style zazou et démarre cette fabuleuse soirée sur un Coup de foudre. Les morceaux de son dernier album, J’ai jamais su, New Orléans, Qu’est-ce qui se passe à la caisse ?, Egéries, muses et modèles, Aujourd’hui la crise …se mêlent admirablement aux standards de sa carrière et c’est avec un réel bonheur que l’on réécoute Mona Lisa Klaxon, Paris-New York, New York-Paris, Je suis amoureux d’une cigarette, Champagne, Tête en l’air (à la guitare) et Pars qui clôture cette soirée passée trop vite (2h30) avec un Higelin qui se donne jusqu’au bout et qui nous transporte comme d’habitude jusqu’au plus profond de son âme. Merci !