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Loi de Réorganisation indienne
Loi adoptée par le Congrès américain en 1934, à l’initiative de John Collier, Commissaire aux Affaires Indiennes. Cette loi rompait avec la politique d’assimilation forcée des Indiens à la société américaine instaurée par la loi Dawes de 1887. Elle mettait fin au lotissement des terres indiennes, reconnaissait la notion de tribu et instaurait des gouvernements indiens autonomes.
En 1924, tous les Indiens des Etats-Unis étaient faits citoyens américains. Cette mesure semblait être le point d’achèvement de l’intégration des Indiens à la société américaine, une intégration poursuive depuis plus d’un demi siècle.
Pourtant, de tout le pays parviennent à Washington des rapports alarmants sur les extrêmes difficultés de vie que connaissent les Indiens.
En 1926, le Ministère de l’Intérieur charge le commissaire Lewis Meriam d’enquêter de manière approfondie sur la situation des Indiens. Pendant huit mois, la commission interroge les Indiens sur leur condition réelle et les causes profondes de leur mécontentement, de leur misère matérielle et morale.
Le "rapport Meriam", un texte de 872 pages publié en 1928, démontre de manière éclatante que les tentatives pour isoler l’Indien de sa tribu, l’individualiser et le transformer en petit fermier autosuffisant ont largement échoué. La politique de lotissement des terres indiennes en propriétés privées instauré par la loi Dawes est unanimement désignée comme la cause de tous les maux. L’autorisation de vendre leurs propriétés livre les Indiens aux spéculateurs. La déportation des enfants indiens dans des internats les empêche de mener une vie familiale normale. La suppression des structures tribales et familiales, de la vie culturelle et spirituelle, est cause de désordre, de découragement et de désespoir. En 1928, le Sénat commence à son tour une longue enquête sur la condition indienne qui aboutira aux mêmes conclusions que le "rapport Meriam".
C’est sur ces bases que John Collier, nommé Commissaire aux Affaires Indiennes en 1933, et grand admirateur des cultures indiennes, va élaborer un projet de loi pour tenter de sauver les Indiens de la mort lente qui les guette.
Le "Wheeler-Hoover Act" ou "Indian Reorganization Act" (Loi de Réorganisation Indienne) votée par le Congrès en 1934, met fin au lotissement des terres indiennes, prolonge l’inaliénabilité des propriétés indiennes et prévoit un crédit de deux milliards de dollars pour permettre aux Indiens d’acquérir de nouvelles terres. Les territoires indiens s’accroissent ainsi d’un million d’hectares.
La loi institue des conseils tribaux élus démocratiquement, selon la loi de la majorité. Elle incite chaque tribu à se doter d’une constitution établie sur le modèle de celle des Etats-Unis. Une majorité de tribus se prononce positivement sur ces propositions, mais il faut souligner que les abstentions, nombreuses, ont été considérées comme des votes positifs.
Pour la première fois dans l’Histoire, les Indiens ont été consultés sur leur avenir. La loi restitue ainsi aux tribus une sorte de personnalité morale, à défaut d’autonomie. Les décisions des conseils tribaux sont soumises au contrôle du Bureau des Affaires Indiennes, en laissant cependant aux Indiens une certaine marge de décision, la plus large qu’ils aient connu depuis le temps des réserves. L’agent indien est remplacé par un superintendant. John Collier veut diminuer le poids de l’administration des Affaires Indiennes sur les tribus. Les Indiens sont incités à se constituer en coopératives ou en sociétés d’affaires. La pratique dévastatrice des internats tend à disparaître au profit d’écoles de proximité. Les enseignants sont mêmes incités à valoriser les cultures indiennes. Les diverses expressions culturelles indiennes, les arts indiens sont encouragés. Des cérémonies, des rituels indiens interdits au début des années 1880 sont à nouveau tolérés.
La loi de 1934 voit se dresser contre elle une partie du Congrès et de la presse qui accuse John Collier de soutenir le communisme et de vouloir "indianiser" la société américaine. Il est la cible des militants de l’assimilation qui l’accusent de réduire à néant cinquante ans d’effort accomplis au nom du "progrès" de la race indienne. D’autres opposants particulièrement actifs sont les spéculateurs fonciers qui voient ainsi leur échapper les propriétés indiennes qu’ils comptaient acquérir à bas prix.
Tandis que de nombreux Indiens voient en John Collier le sauveur du peuple indien, d’autres considèrent la loi de 1934 comme une étape des plus perverses vers l’assimilation. En effet, la forme de gouvernement "à l’américaine" instituée par les conseils tribaux élus et soumis aux lois des Blancs, entre totalement en conflit avec les formes traditionnelles de gouvernement fondées sur le consensus et le gouvernement des sages, créant au sein des tribus de graves conflits entre "modernistes", souvent des métis, et "traditionalistes".
La loi de Réorganisation Indienne tourne résolument le dos à la politique d’individualisation et d’assimilation forcées qui avait jusque là été celle du gouvernement américain. L’indianité est reconnue, souvent valorisée. Une intégration douce, librement consentie est cependant, à long terme, le but de la loi.