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Il y a 40 ans, le Biafra

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Il y a 40 ans, le Biafra
Publié le:17/02/2010

Le 12 janvier 1970, la République éphémère du Biafra signait sa capitulation.


Entre juillet 1967 et janvier 1970, près de deux millions de Nigérians, victimes de la famine, trouvèrent la mort au cours de la tentative de sécession de la région pétrolière du Biafra. Rêves d’indépendance brisés pour le peuple Ibo qui souhaitait s’affranchir de la tutelle fédérale du Nigeria. Un conflit historique, héroïque et sanglant qui émeut une grande partie de l’opinion internationale.

Le pays ibo, un pays surpeuplé

L’hétérogénéité ethnique du Nigeria n’a cessé de constituer un problème depuis les origines. Ses quelque 250 ethnies se répartissaient majoritairement entre les groupes Haoussas et Foulanis au nord, Yorubas au sud-ouest et Ibos au sud-est.

Le pays ibo semble avoir été de tout temps surpeuplé. Il a fourni à la traite les plus gros contingents d’Afrique (776 400 esclaves, soit 30 % du total de la traite anglaise entre 1690 et 1807). De véritables États commerçants se développèrent chez les petites ethnies côtières (Ijos, Ibibios, Efiks), qui servaient d’intermédiaires entre les négriers européens et les marchés ibos de l’intérieur. La traite resta active dans les innombrables bras du Niger jusque vers 1830. Elle fut alors relayée par le commerce de l’huile de palme.

Lorsqu’éclata la crise, la région orientale du Nigeria couvrait 75 000 km2, réunissait 13,5 millions d’habitants dont 8 millions d’Ibos chrétiens, produisait les deux tiers du pétrole et la plus grande partie du charbon nigérian.

Naissance d’une bourgeoisie d’affaires ibo

Les Ibos, mieux que les Yorubas de l’Ouest, aux traditions artistiques et culturelles plus riches, et les musulmans des sultanats du Nord, figés dans leurs traditions, se sont adaptés aux techniques importées par les colonisateurs. Leurs structures sociales originales, très peu hiérarchisées et cloisonnées, les ont très tôt ouverts aux influences modernisatrices occidentales. Ils ont rapidement pris conscience des avantages matériels de l’éducation et se convertirent massivement : en 1910, le Nigeria oriental comptait 18 500 chrétiens, en 1920, 514 000, en 1960, 4 millions. Alors que leur excessive densité constituait un frein à toute amélioration économique réelle et que leurs villages se réduisaient à des réservoirs de main-d’œuvre, ils émigrèrent vers les villes, tout particulièrement celles des émirats du Nord, non seulement pour occuper les emplois administratifs, techniques et militaires mais aussi en développant à leur profit un vaste réseau commercial englobant le pays tout entier. Cette prédominance sociale à l’échelle nationale, jointe à un dynamisme économique, rapidement converti dans le secteur moderne du commerce et de la production, entrait en contradiction avec la domination numérique haoussa et la crise sociale du pays ibo surpeuplé.

Une vocation pan-nigériane

La bourgeoisie ibo, catholique, a été à la pointe du nationalisme anticolonial et a très largement contribué à l’acquisition de l’indépendance. Dès 1936, un courant nationaliste apparut dans la presse Zik, publiée par l’Ibo Nmandi Azikiwe. En 1944, celui-ci fonda le premier grand parti nigérian, le National Council of Nigeria and the Cameroons (NCNC). Dès sa formation, le NCNC affirmait ses prétentions pan-nigérianes, voire pan-africaines et se prononçait sans ambages pour la constitution d’un État nigérian unifié.

La guerre

La crise débuta par les mutineries militaires de janvier 1966, l’assassinat des Premiers ministres du Nigeria, du Nord et de l’Ouest, puis, en juillet, par ceux du général Ironsi, un Ibo, devenu Premier ministre nigérian, et de nombreux autres Ibos. L’accession au pouvoir du lieutenant-colonel Yakubu Gowon, issu d’une petite tribu chrétienne, rassura les minorités et les nordistes. Une conférence constitutionnelle (12 septembre-30 octobre), interrompue par de nouveaux massacres d’Ibos dans le Nord, mit en évidence l’ampleur des dissensions entre les délégations du Nord et de l’Ouest d’une part, et celle de l’Est d’autre part, que gouvernait le lieutenant colonel Odumegwu Ojukwu. Celui-ci n’admettait qu’un lien confédéral fort lâche et demandait une meilleure répartition des revenus pétroliers, trop favorables à la fédération et aux autres régions. Des milliers de réfugiés ibos affluèrent à l’Est, tandis qu’Ojukwu chassait de sa région les fonctionnaires non ibos. Une conférence des gouverneurs à Aburi (Ghana) en janvier 1967 adopta les thèses d’Ojukwu, qui, prétendant alors appliquer les accords, s’empara des postes fédéraux de la région orientale. Lagos réagit le 28 mai en décidant de diviser unilatéralement le Nigeria en douze États, dont trois dans l’Est ; ainsi, les Ibos étaient confinés dans leur territoire d’origine, Enigu et Onitsha, à l’exclusion de la région pétrolifère de Port Harcourt.

Le 30 mai 1967, Ojukwu proclama l’indépendance de sa province sous le nom de Biafra. La guerre lui fut d’abord favorable. Après quelques succès, le changement des capitales successives du Biafra reflète la diminution progressive du territoire ibo : Enugu (mai-octobre 1967), Umuahia (octobre 1967- avril 1969) et Owerri.

Un conflit aux dimensions internationales

La portée du conflit dépasse les frontières du Nigeria en raison des appuis internationaux dont bénéficièrent les belligérants. Quatre pays africains (Côte d’ivoire, Gabon, Tanzanie et Zambie) reconnurent au cours de l’année 1968 le nouvel État, soutenu matériellement par le Portugal, la Chine et la France. Les autres rejetèrent la sécession. La création du Biafra menaçait en effet la fragile édification de la plupart d’entre eux, où le sentiment national domine encore difficilement les vieilles hostilités tribales. L’Angleterre soutint également Lagos, craignant une nouvelle « balkanisation » aux conséquences sanglantes comme au Congo-Kinshasa entre 1961 et 1968. L’Union soviétique l’un de ses plus importants pourvoyeurs d’armes.

La capitulation

Criant au génocide, les militaires biafrais ne tardèrent pas à attirer l’attention sur leur sort. Les troupes régulières organisèrent le blocus de la région, refoulant tout convoi humanitaire. Lagos, mieux placée pour recevoir armes et munitions l’emporta au cours de deux offensives finales, en septembre 1968 et en mars-avril 1969, grâce au renforcement du blocus des côtes biafraises et à l’interdiction des vols de la Croix-Rouge.

Le Biafra, à genoux, demanda aux Nations unies de discuter les modalités d’un cessez-le-feu pour préparer des accords de paix. Le gouvernement central y opposa un non catégorique, ne souhaitant que la reddition totale et inconditionnelle. La capitulation des Ibos, le 12 janvier 1970, dans la troisième et dernière phase (octobre 1969-janvier 1970) devait leur permettre de reprendre leur place au sein d’une fédération réconciliée. C’était en effet la seule chance offerte au président fédéral Gowon de conserver son rôle d’arbitre afin de faire équilibre au pouvoir énorme du Nord victorieux.

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