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Hommage à Jacques Marseille

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Hommage à Jacques Marseille
Publié le:16/03/2010

Professeur à l'université de Paris-I Sorbonne, directeur de l'Institut d'histoire économique et sociale.


Ouvrages de la collection "À dire vrai" dirigée par Jacques Marseille et publiée aux Éditions Larousse
Ouvrages de la collection "À dire vrai" dirigée par Jacques Marseille et publiée aux Éditions Larousse
Né en 1945 à Abbeville, Jacques Marseille était historien de l’économie. Reçu premier à l’agrégation d’histoire en 1969, il avait fait sa thèse, sous la direction de Jean Bouvier, sur les relations économiques entre la France et son empire colonial, dans laquelle il démontrait que les colonies avaient entravé le développement économique de la France plutôt qu’elles ne l’avaient favorisé. En 1989, il avait succédé à Jean Bouvier à la chaire d’Histoire économique et sociale, fondée par Marc Bloch, à la Sorbonne. Chroniqueur au Point, il était intervenu ces dernières années sur les différents débats économiques.

Les liens entre les éditions Larousse et Jacques Marseille furent aussi nombreux que féconds. En effet, au début des années 1990, Jacques Marseille participa aux nouvelles orientations de la maison, impulsant notamment toute une gamme d’ouvrages illustrés de vulgarisation encyclopédique à destination du grand public. Il lança en particulier la collection Mémoires de l’humanité où, à travers une quinzaine de titres, il favorisa la diffusion d’un savoir de qualité par le biais de thèmes originaux (les grands procès, les grandes catastrophes, les grandes énigmes, les grandes inventions…), dans un style toujours accessible et vivant. Il dirigea également avec une dizaine d’historiens un ouvrage collectif intitulé Pierre Larousse et son temps, analysant certains des grands thèmes de la pensée laroussienne, concernant les colonies ou les femmes notamment, sans craindre de faire apparaître les préjugés de Pierre Larousse (au risque de faire grincer certaines dents), mais qu’en historien, il replaçait dans leur contexte, montrant par là-même en quoi Larousse les partageait avec les autres intellectuels de son temps.

Dès cette époque Jacques Marseille témoignait d’une double ambition, bien dans la lignée du fondateur de la maison. Le souci de la vulgarisation qui, quelques soient les livres publiés sous sa direction chez Larousse, était toujours présent aussi bien dans les thèmes abordés que dans la façon de les présenter. Son goût pour l’enseignement et son parcours (il aimait à répéter qu’il venait d’un milieu modeste, et devait sa carrière universitaire à l’ascenseur social qu’avait été à ses yeux l’école de la République) le prédisposaient à une telle envie de transmettre la connaissance au plus large public.

D’autre part, de son éducation chez les jésuites et de son bref passage au Parti communiste, il avait gardé un goût certain pour le paradoxe, en lequel il voyait un moyen sûr et efficace de susciter le débat d’idées. Il n’entendait pas vulgariser un savoir académique, mais un savoir vivant, en phase avec les attentes et les questions des lecteurs, persuadé qu’un fait divers, un slogan publicitaire ou une rencontre sportive avaient, tout autant que la grande histoire, la capacité de faire comprendre et sentir le sens d’une époque.

Toujours à la recherche de nouvelles idées et de nouveaux auteurs, il lança également la collection Jeunes talents, qui publia les meilleurs travaux en sciences humaines de chercheurs débutants : nombreux parmi eux savent ce qu’ils lui doivent.

C’est parce qu’il était en phase avec la philosophie de la maison, qu’il fit paraître sous sa direction de très nombreux ouvrages parmi lesquels on peut citer Le journal de la France au XXe siècle, Les années Hugo, France-Algérie, journal d’une passion, Les Immanquables...

Parti sous d’autres cieux éditoriaux, Jacques Marseille créa ensuite sa propre structure au début des années 2000 et s’associa avec Larousse pour publier la collection Terres de France qui visait à retracer l’histoire de chaque région française, sous la forme soit de dictionnaire (Dictionnaire du Nord-Pas-de-Calais), de journal (Journal de Bretagne) ou d’Almanach (Almanach de la Normandie, de l’Alsace).

En 2008, il dirigea une nouvelle collection d’actualité, A dire vrai, qui compte à ce jour près d’une quarantaine de volumes. Abordant sous une forme vivante et dynamique les grands thèmes actuels, cette collection mêlait informations, analyses et prises de position des auteurs. Des auteurs venus de tous horizons, car quelles que soient les positions de Jacques Marseille, qu’il définissait lui-même d’« anarcho-libérales »,  il n’hésitait pas à faire écrire des spécialistes de tous bords politiques et philosophiques, l’essentiel à ses yeux étant dans la qualité de la pensée et des arguments.

Homme de savoir et de débats, enthousiaste et plein d’énergie dès qu’une idée éditoriale surgissait, croyant au livre et aux idées, Jacques Marseille fut un véritable encyclopédiste moderne, soucieux de faire passer son amour de l’histoire et de l’économie auprès du plus grand nombre.

Avec lui, les éditions Larousse perdent non seulement un directeur de collection passionné et stimulant, mais également un compagnon d’édition avec qui elles partageaient les mêmes valeurs de diffusion de la connaissance.  

 

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