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Henri Forestier

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Henri Forestier
Publié le:16/01/2011

Comploteur contre Napoléon Bonaparte


Henri Forestier (1775-1806) est un général français qui s’illustra d’abord comme général vendéen durant les différentes guerres civiles qui déchirèrent la France entre 1793 et 1799 ; puis comme un adversaire acharné contre Napoléon Bonaparte. 

Naissance mystérieuse

La naissance d’Henri Forestier est un mystère. Les copies des registres paroissiaux de La Pommeraye (Maine-et-Loire), où il serait né, ne livrent  aucuns  actes de baptême à son nom né aux alentours de 1775… Mais, les registres subsistants n’étant que les doubles d’époque ; on peut imaginer que le prêtre  qui effectua ces copies, oublia simplement de recopier l’acte qui nous intéresse. Curieux hasard tout de même puisque l’étude de ses registres montre bien qu’ils furent dressé et paraphé en même temps que les originaux qui eux, furent probablement détruit durant la Révolution.
Rappelons pourtant ce que disent les historiens sur la naissance d’Henri Forestier.  Ils nous donnent en général deux dates différente.
Beauchet-Filleau affirma qu’Henri Forestier était né le 5 février 1775. Date qui fut parfois reprise sans vérifications par des historiens plus récents… Malheureusement Beauchet-Filleau ne donne pas ses sources…
Célestin Port, grand archiviste Angevin, note dans son « Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire" publié entre 1874 à 1878, que le général Vendéen était né le 5 juin 1775.  Malheureusement là aussi, Célestin Port ne donne que des sources incomplètes, et  en particulier ne donne pas l’origine de la date qu’il affirme être celle de la naissance du général…

Ne pouvant nous fier aux historiens, la source principale reste bien les registres paroissiaux. L’acte de baptême a été recherché dans la quasi-totalité des communes du Maine-et-Loire ; seul une commune, outre La Pommeraye, semble offrir une piste intéressante : Chanzeaux en Maine-et-Loire.

Le Comte de Quatrebarbe dans son ouvrage sur Chanzeaux (« Une paroisse vendéenne sous la Terreur »)  prétend qu’une famille Forestier habitait au village de la Jutière et y fut massacrée par les colonnes infernales en 1794. Il s’agissait, écrivit le Comte, d’un « frêre du fameux général de la cavalerie Vendéenne mort outre Loire, sa mère, sa femme et cinq enfants ».
Mais quelles sont les sources du Comte pour cette affirmation ? Encore une fois mystère…
Pourtant à la Jutière vivait une famille Chevalier (source : Quatrebarbe). Or, nous le verrons, Anne Brouard la seconde épouse de Sébastien Louis Forestier était veuve d’un Louis Chevalier. Ne peut-on imaginer qu’Anne Brouard se soit réfugiée chez un membre de son ex belle-famille ? Malheureusement à ce jour rien ne permet d’appuyer cette thèse.
Les registres paroissiaux de Chanzeaux pourtant attestent la présence dans cette commune d’une famille Forestier. Il s’agit de Jacques Forestier et de son épouse Jacquine Banchereau. Ils eurent au moins deux enfants décédés à Chanzeaux en 1791 et 1792. S’agit-il de la même famille que celle évoquée par le Comte de Quatrebarbe ? Possible, mais dans ce cas rien à voir avec la famille du général, puisque ce Jacques Forestier époux Banchereau est fils de François Forestier et de Renée Ogereau de Martigné-Briand. Une famille dont la généalogie ne semble pas présenter de liens proches avec les Forestier de La Pommeraye.
En vérité il est possible que le Comte ait fait un amalgame entre cette famille Forestier de la Jutière et celle de Jacques Sébastien Forestier (neveu du général, fils de Pierre René Forestier né à La Pommeraye le 15 juin 1761), qui se maria et s’installa à Chanzeaux en 1809…

En résumé, de nombreuses pistes existent pour tenter de retrouver la trace du baptême, et donc des origines du général. Mais aucunes à ce jour n’a aboutie. On ne peut exclure que les chercheurs soient passés à côté de l’acte recherché, par inadvertance ou face à la difficulté de lire certains actes particulièrement abîmé par le temps… Comme on ne peut exclure que l’acte est été détruit en même temps que certains registres, en périodes de troubles… Mais on ne peu que constater qu’entre 1773 et 1777 à ce jours aucun acte de baptême au nom d’Henri Forestier n’a été découvert. Faut-il alors se poser la question : sous quel nom le général fut-il baptisé ?

Le mystère de la naissance – Problème de nom…

 


La Marquise de La Rochejaquelein, qui fut une amie très proche du général Forestier et qui complota avec lui au début du XIXème siècle, écrivit dans ces mémoires : « J’ai entendu dire que son vrai nom était François Thibault… ».
Voici une affirmation d’autant plus curieuse qu’elle ne fut jamais confirmée par les historiens… Néanmoins, on ne peut que s’interroger sur la véracité de cette note de la Marquise. Les liens qui unissaient cette dernière et le général nous poussent à ne pas rejeter cette affirmation, mais au contraire à la considérer avec sérieux. D’autant que ce nom de « Thibault » ne nous est pas inconnu…

Il est communément admis que le général Forestier est né à La Pommeraye (certains historiens disent Chaudron, sans preuves) vers 1775, de Sébastien Louis Forestier, cordonnier né à Chalonnes en 1733 et marié à La Pommeraye le 7 septembre 1751 avec… Catherine Thibault. Une hypothèse s’impose alors… Le général Forestier serait-il un membre de la famille Thibault ? Plusieurs possibilités :

1)    Il serait un fils naturel de Catherine Thibault épouse de Sébastien Louis Forestier.
2)    Il serait parent (neveu ? cousin ?) de Catherine Thibault, recueilli par cette dernière.

La naissance d’un François Thibault a été recherchée dans la majorité des communes des Mauges (Sud Maine et Loire) et du bord de Loire, y compris Angers, entre 1773 et 1777.  A ce jour en vain. Notons que la famille de Catherine Thibault était de Saint-Quentin-en-Mauges où les recherches sont également restées infructueuses.

Quant à l’hypothèse du fils naturel, bien que possible, elle reste peu probable. Rappelons que Catherine Thibault était mariée depuis 1751 et qu’elle avait déjà onze ou douze enfants connus (sans compter le général qui serait le dernier né) tous nés entre 1752 et 1774. Et que lors de la naissance du petit dernier, Julien Jean Forestier le 22 janvier 1774, elle était âgée de 45 ans, âge déjà avancé à l’époque pour avoir un enfant. Ce qui jette à nouveau une ombre sur l’éventualité que Catherine Thibault soit bien la mère du général en 1775…
Existe-t-il alors d’autres hypothèses ?

La piste Domaigné

 


Divers historiens, malheureusement toujours sans donner de sources et bien souvent se contentant de se recopier les uns les autres, ont affirmé que la famille de Domaigné portait un intérêt particulier envers le jeune Henri. Que cette noble famille avait même permis au jeune Henri de suivre des études allant jusqu’à envisager que peut-être le Marquis de Domaigné était le vrai père du général Vendéen… Ce qui expliquerait qu’en 1793, le Marquis de Domaigné alors commandant de la cavalerie Vendéenne prenne Henri Forestier comme second. Sans la rejeter cette hypothèse est peu convaincante. Pourquoi ?

D’abord parce que le jeune Henri ne fut pas le seul de cette famille Forestier à suivre des études. Son « frère » Sébastien également, et devint prêtre.
Si Domaigné s’impliqua bien dans l’éducation d’Henri, pourquoi aussi dans celle de son frère ? Si Henri est un bâtard  des Domaigné pourquoi aider aussi Sébastien ?
 Quant à expliquer pourquoi le Marquis de Domaigné s’adjoigna les services de Forestier à la tête de la cavalerie vendéenne… Rappelons qu’avant ce poste Forestier était déjà secrétaire du Conseil Vendéen, il a peut-être simplement été remarqué pour son éducation et son intelligence.
Enfin, un document conservé aux archives Nationales anglaises (C 205/2/37) prétend que Henri Forestier aurait été éduqué par « une personne qu’il nommait l’abbé » et qu’il qualifiait parfois de « mon frère ». A l’évidence probablement l’abbé Sébastien Forestier… Ce qui jette un doute supplémentaire sur les liens avec Domaigné. Et précisons enfin que les mêmes sources Londoniennes conserve un témoignage affirmant qu’Henri lui-même aurait affirmé n’avoir jamais connu son père… Ce qui exclu définitivement l’hypothèse Domaigné.

 

Notons enfin que l'historien Beauchamp précise dans son article consacré à Forestier dans "Biographie universelle ancienne et moderne" au début du XIXème siècle, que Henri reçut un peu d'éducation que parce que sa physionomie et sa vivacité d'esprit avait frappé une dams de La Pommeraye qui le fit élever à ses frais à la condition qu'il s destinerait à la carrière éclesiastique. Malheureusment encore une fois l'auteur de l'article ne donne pas ses sources.

La piste Chevalier

 


Le 8 août 1786, Sébastien Louis Forestier, veuf de Catherine Thibault, épouse en secondes noces Anne Brouard, de Sainte Christine, veuve elle-même de Louis Chevalier.
Il existe un contrat de mariage entre Sébastien Forestier et Anne Brouard passé devant le notaire Huau de La Pommeraye. Dans ce document les enfants de Sébastien Louis Forestier sont  tous notés. Henri n’y figure pas… Ce qui confirme bien qu’il ne serait pas un fils de Sébastien Louis Forestier.
Ne peut-on alors envisager qu’il serait un fils d’Anne Brouard ? Né de son premier mariage avec Louis Chevalier (le mariage fut célébré à Sainte-Christine le 10 novembre 1766) ? Les recherches sur la naissance d’un éventuel Henri Chevalier (ou quelque soit le prénom) né vers 1775 et fils de Anne Brouard n’ont rien donné à ce jour. Elles ont porté sur la plupart des villes des Mauges ainsi que sur Angers et Chanzeaux.

La piste Pignerolle

 


Entre 1803 et son décès en 1806. Henri Forestier adopta divers noms, essentiellement pour des raisons de clandestinité. Une des identités qu’il prit le plus souvent fut « Pignerolle », ou « Marquis de Pignerolle » (avec ou sans S final)… Un nom qui n’est pas inconnu des Angevins.
Le domaine de Pignerolle est un domaine situé sur la commune de Saint-Barthélemy-d'Anjou. Ce château a été construit en 1776  pour le directeur de l'Académie d'équitation d'Angers, Marcel Avril de Pignerolle, écuyer du roi et seigneur de Pignerolle. Famille royaliste dont un membre mourut durant la Virée de Galerne, au Mans. Et Marcel lui-même décéda en prison à Angers en 1794… Pour quelle raison Henri Forestier s’affubla-t-il de ce pseudonyme ? L’avait-il entendu durant la guerre ? Ou il y aurait-il un lien plus fort ? Une parenté connue de lui seul ? A ce jour, les recherches n’ont pas permis de découvrir un enfant né vers 1775 qui permettrait de lier les familles Forestier et Avril de Pignerolle…
Notons enfin que les pseudonymes d’Henri Forestier furent nombreux, même si ce « Pignerolle » fut plus largement usité. Ainsi lors de son décès il se faisait appeler Henri Obart. Un nom qui a ce jour n’a rien donné non plus quant à une éventuelle parenté… Notons enfin que dans les archives anglaises, le général est régulièrement nommé « Alfred Henri Marquis de Forestier ».

 

Et si Forestier était bien un… Forestier ?

La question est simple, et bien que nous ayons vu que rien ne prouve qu’Henri Forestier soit bien le fils de Sébastien Louis Forestier et qu’aucun acte portant son nom n’ait à ce jour été découvert ; ce pourrait bien être pourtant la piste la plus évidente. Le général lui-même disait être un Forestier né à La Pommeraye (ce qui ne veut pas dire qu’il y fut baptisé) ; il le déclara en tout cas lors de demande de passeport en 1801 (AN – F76357).

Mais c’est surtout des documents conservés aux Archives Nationales Anglaises sous la côte C 205/2/37 , et déjà évoqués dans cet article, qui nous donnent des renseignements sur les origines du général. Il s’agit d’un imposant dossier consacré à la succession du général après son décès en 1806. Différentes personnes, créanciers et proches du général, témoignent. Parmi ceux-ci se trouvent Leonora de Almeida, Comtesse d’Oeynhausen, qui fut probablement la maîtresse et la confidente du général nous l’avons vu. Elle affirme que le vrai père du général est décédé alors qu’Henri Forestier avait quatre ou cinq ans ; et surtout que sa vraie mère est morte en lui donnant le monde à l’âge de seize ans et qu’il est  son seul enfant.  Même si les propos de la Comtesse d’Oyenhausen sont sujets à caution, puisqu’elle fut accusée d’être responsable du décès du général et intéressée par sa succession ; ces informations n’en sont pas moins précieuses… Or, le 26 septembre 1775, décède à La Pommeraye, Catherine Forestier, âgée de dix sept ans, fille de… Sébastien Louis Forestier et de Catherine Thibault ! Une sœur supposée donc du général.  Cette sœur serait-elle en vérité la mère du général, fille-mère tombée enceinte à seize ans ? Elle serait décédée des suites de couches d’un enfant (le futur général) dont le baptême ne peut être célébré à La Pommeraye ; ce genre de naissances étant mal vu… L’enfant serait alors élevé par ses grands-parents. Hypothèse très séduisante mais qui demande encore une confirmation. Néanmoins, notons que dans l’inventaire des biens de Sébastien Forestier rédigé devant le notaire Huau en 1786, est présent « Anne Jarry veuve de Louis Forestier »  « au nom et comme tutrice naturelle de Louis Forestier son fils ». Ce dernier Louis Forestier est donc petit-fils de Sébastien Forestier. Si l’hypothèse qui veut que Catherine Forestier soit la mère de Henri, ce qui fait de Henri un autre petit-fils de Sébastien ;  pourquoi alors celui-ci n’est pas représenté dans ce document ?

L'hypothèse "Pierre"

Une autre hypothèse est à soulever. Sur l'acte du notaire Huau, présentant le partage des biens de Sébastien Forestier en 1786, tous les enfants et petits enfants de ce Sébastien sont mentionnés. Sauf Henri, ce qui confirmerait donc que ce dernier n'est pas un fils de Sébastien Forestier. Posons l'hypothèse qu'il est bien mentionné sur l'acte mais sous un autre prénom. Les seuls fils de Sébastien cités sont : Jacques Sébastien (le prêtre) ; René Pierre (né en 1761 et qui épousa une dame Gallard - il est peu probable que ce soit lui...) ; Sébastien (né en 1768 dont on ignore tout à ce jour) - Pierre (né en 1771 dont on ignore aussi le devenir) et enfin Julien (décédé en 1787).

Et si Henri était ce Sébastien ou ce Pierre (dans certains documents de police ils sera plus tard nommé Pierre Henri...)... Les recherches restent à faire.

 

 

Guerre civile

 

Henri Forestier serait allé au collège, se destinant à devenir médecin. La guerre civile ayant éclaté dans l’Ouest de la France en 1793,  il prit les armes contre la République, et se fit très vite remarquer devenant secrétaire de l'état-major de l'Armée d'Anjou, puis commandant en second de la cavalerie de l’Armée d’Anjou et du Haut-Poitou.

Bataille de Granville - 1793
Bataille de Granville - 1793
Peinture de Jean-François Hue - Henri Forestier fut blessé durant cette bataille de la mi novembre 1793
© Jean François Hue
Musée de La Roche-sur-Yon

Il s'illustra dans de nombreux combats. Mais c'est après la bataille de Saumur en juin 1793 qu'il fut nommé à la tête de la cavalerie, grade qu'il délaissa en faveur du Prince de Talmont mais qu'il assura de fait sur le terrain. Après la défaite de Cholet en octobre, il suivi l’armée d’Anjou dans son exode outre Loire connu sous le nom de Virée de Galerne. Il commanda l'avant-garde vendéenne dans cette désastreuse expédition durant laquelle il fut blessé à plusieurs reprises. Mais après la bataille d'Angers en décembre il alla se placer sous les ordres du comte de Puisaye qui chouannait près de Rennes. Ce général lui confia alors le commandement d’une division. Mais après quelques mois, Forestier revint en Vendée Militaire devenant le second du général Stofflet négociant pour lui tous les grands traités de paix de 1795. Après la mort de Stofflet et la reddition de Charles d'Autichamps en 1796  il devint général en chef de l'Armée d'Anjou.

 

Le temps des complots

 

La guerre terminée, Forestier se rendit en Grande-Bretagne avec des lettres de recommandation de Madame de Donnissan veuve d'un général Vendéen, pour son frère le Duc de Lorges. Avec ce dernier il tenta dès 1797 de réorganiser une révolte dans l'Ouest... S’appuyant sur l’organisation royaliste secrète des « Institut Philanthropiques » dont le réseau couvrait la quasi-totalité du territoire, il espérait soulever d’un coup le Poitou, la Bretagne et l’Aquitaine. Ainsi en juin 1799 il reparut dans le Haut-Anjou à la tête d'un parti d'insurgés. Mais il se heurta au refus des autres généraux Vendéens de le suivre, bien qu'il ait été nommé Lieutenant Général par le Comte d'Artois. Gravement blessé en septembre 1799 à Cerisais (Deux-Sèvres) d’une balle qui lui frôla le coeur; il ne reparut qu'à la pacifications de 1800 qu’il refusa. En 1801 il se rendit  à Bordeaux, retrouvant la famille de Donnissan, et quoiqu'il fût déjà signalé par la police, il s'y procura un passe-port pour Bayonne, d'où il alla en Espagne, puis à Londres.
Après la rupture du traité d'Amiens, Forestier fut chargé, conjointement avec son ami Ceris, de soulever la Guyenne pour la cause des Bourbon. En conséquence il débarqua au Portugal en 1803, se rendit à Bordeaux par Bayonne muni d'instructions et d'argent par le gouvernement britannique. Le maréchal Lannes, alors ambassadeur à Lisbonne, ayant donné avis de cette entreprise à la police, Forestier fut recherché, en vain. Il avait en Guyenne des amis fidèles qui parvinrent à le cacher.

Mme de Donnissan se chargea avec lui d'organiser une armée secrète dont l'organisation militaire fut confiée à un ancien général Républicain Elie Papin. Ces opérations devaient coïncider avec celles de Georges Cadoudal à Paris et s'étendre jusque dans la Vendée et à Nantes, où un lieutenant de Henri Forestier, Dupérat, tenait un commerce de vins destiné à "blanchir" l'argent du complot. La découverte de la conspiration de Georges Cadoudal n'anéantit pas toutes les espérances de Forestier ; en 1804 un vaste réseau politique, militaire et financier, couvrait une partie de l'Europe et n'attendait que son signal pour déclencher la révolte. Mais le complot fut découvert durant l'été 1804 et plusieurs conjurés arrêtés. Le procès eut lieu à Nantes en décembre 1805 et vit plusieurs membres condamnés à mort (dont Forestier par contumace).

 

Sa mort mystérieuse

 

A  Londres, Henri Forestier fut rejoint par celle qui fut sa secrétaire et sa maîtresse : Leonor de Almeida, comtese d’Oyenhausen.

Leonor de Almeida
Leonor de Almeida
Dona Leonor de Almeida Portugal par Franz Joseph Pitschmann
© Franz Joseph Pitschmann
Colection Fronteira - Portugal


Née en 1750, Leonora  est issue d’une des plus hautes familles de la noblesse Portugaise. En 1758 la jeune Leonora fut enfermée (avec d’autres membres de sa famille pour raisons politiques) dans un monastère où elle découvrit la poésie et les œuvres des auteurs français des Lumières. Eprise d’une liberté dont elle fut privée de nombreuses années (elle ne fut libérée qu’en 1777), elle n’eut de cesse d’en défendre les idées au sein des salons de lecture qu’elle ouvre à travers l’Europe, au grès de ses voyages avec son mari le Comte Karl August Von Oyenhausen-Gravenburg, représentant du gouvernement Germanique. Et elle se lie d’amitié avec les intellectuels de son époque, dont Madame de Staël. Veuve en 1793, elle fonde alors « La Société de la Rose », officiellement salon littéraire, mais que l’on regarde aujourd’hui comme la première loge maçonnique du Portugal. Les propos que tenait la Marquise contre la société portugaise contraignent l’Intendant de l’époque, Pina Manique, à lui ordonner de quitter le pays. Elle s’installe alors à Madrid où elle ne cacha pas ses idées contre les gouvernements autoritaires, tel à ses yeux celui de Bonaparte… C’est alors qu’elle y rencontre Forestier probablement en 1802, et qu’elle s’engage à ses cotés, devenant sa secrétaire et plus encore…

Si on en croit les témoignages écris rédigés en 1808/1809 et conservés aujourd’hui aux archives Londonienne, Henri Forestier s’installe d’abord près de Londres au Manoir d’Huntercombe (où il a comme secrétaire le Marquis de Fulvy), puis au cœur de Londres à Leicester Square, partageant son toit avec un certain Jean-Baptiste Leclerc (personnage obscure et inconnu des historiens). Ce dernier témoigna qu’il avait consigne de ne pas laisser la Comtesse approcher le général, mais que pourtant celle-ci parvint à l’empoisonner (ce qui fut confirmé par les médecins). Leclerc laissa une description saisissante de l’état de dégradation physique dans lequel était tombé le général : et le poison eut finalement raison d’Henri Forestier qui rendit l’âme à Leicester Square donc le 14 septembre 1806 (Archives Nationales – Londres - C 205/2/37). Dans ces témoignages, le Marquis de Fulvy déclare avoir assisté à l’inhumation du général.

Les raisons d’un crime


La date, le lieu et les circonstances de la mort du général ne sont donc plus un mystère. Seuls demeurent les raisons du crime… Les documents d’archives conservés à Londres, démontrent que durant les années qui suivirent, et au moins jusqu’en 1810, plusieurs personnes se livrèrent un combat pour la succession du général. Le chevalier de Saint-Hubert, officier Vendéen et un des seconds de Forestier, intenta des procédures devant la Chancellerie anglaise. Il en fut de même de l’abbé Forestier, le « frère » (oncle ?) du général au moins dès 1807 puisque la Comtesse d’Oyenhausen contesta alors qu’il y ait une parenté entre l’abbé et le général – contestation sur laquelle il convient d’être prudent, la Comtesse n’ayant pas intérêt à ce qu’un héritier soit reconnu puisqu’elle devait officiellement hériter de l’argent dont Forestier était dépositaire, et qui lui fut finalement remis par le gouvernement anglais. L’argent serait-il simplement les raisons du crime ? Il est vrai que la correspondance de la Comtesse à l’époque (en particulier à sa fille la Comtesse d’Ega) reflète une grande souffrance financière (Correspondance conservé à Lisbonne).  Mais force est de constater que le crime profita également au gouvernement anglais, alors en rupture politique avec la Vendée. La Comtesse elle, après quelques années à Londres, retourna au Portugal où elle devint un des plus grands écrivains de son pays.

 

Innocente ?

 


Néanmoins, si les documents accusent la Comtesse, un doute subsiste quand à sa culpabilité… Des lettres du Marquis de Fulvy à destination de la Comtesse, écrites en 1805 et 1806 nous poussent à douter. Au regard de ces lettres (conservées à L’Institut Almeida à Lisbonne) il apparaît que la Comtesse resta au chevet de Forestier jusqu’à la fin et que c’est chez elle qu’il décéda (précisément au 29 Leicester Square). Une de ces lettres, émouvante, est datée du 14 septembre 1806, jour du décès du général… Fulvy y demande à la Comtesse de lui donner des nouvelles, mais qu’il « craint d’en avoir ». Alors, Fulvy n’a-t-il rien remarqué des agissements de la Comtesse ; a-t-il été dupé ? Ou est-elle innocente et victime des pires accusations comme elle l’a finalement affirmée elle-même ? Et si la Comtesse c’était simplement trompé ? Possédant des connaissances en médecine, a-t-elle tentée de soigner elle-même le général Français ? Leclerc affirme qu’elle lui faisait boire des potions… Aurait-elle surestimée ses connaissances et involontairement provoquée la mort du général ?

Le mystère reste entier.

Henri Forestier est un des grands oubliés de l’Histoire. Il fut pourtant un des principaux adversaires de Napoléon. Le complot qu’il organisa en 1805 présente une organisation qui couvrait tout l’Ouest de l’Europe et, bien que moins médiatisée que celui de Cadoudal auquel il était lié, n’en fut pas moins une des tentatives de renversement du gouvernement Français parmi les plus importantes.

 

Frédéric augris