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Guillaume Farel

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Guillaume Farel
Publié le:01/01/2010

Ses liens avec Gap et les Vaudois.


Guillaume Farel
Guillaume Farel
William Farel Öl auf Holz 2. Hälfte des 16. Jahrhunderts in der Bibliotheqe publique et universitaire, Genf
© Torsten Schleese
Wikimedia Commons
Guillaume Farel, né à Gap,  plus précisément aux Fareaux ou Farelles (à côté du col Bayard, entre Gap et le Champsaur) en 1489, meurt  à Neuchâtel le 13 septembre 1565.

Né au tout début de la Renaissance dans une famille de notaires épiscopaux du Dauphiné, Guillaume Farel est élevé sans bible et dans la superstition. En 1510, étudiant à Paris,  il devient le disciple de Lefèvre d'Etaples, et donc un homme de la Renaissance, par ses idées modernes et son sens de la critique. Pour ces raisons, il est chassé de Meaux par les moines de la Sorbonne. Guillaume retourne dès 1522 dans son Dauphiné natal pour y jeter les fondements de la Réforme. On le traite de juif et de mahométan et on lui jette des pierres. En 1532, il réussit à rallier les Vaudois à la Réforme lors d’une conférence dans les montagnes alpines. En Suisse, il se rend notamment à Zurich, chez Ulrich Zwingli, et à Strasbourg, chez Martin Bucer. Il fait passer Neuchâtel à la Réforme en 1530. Il s'établit à Genève en 1532, y devient ministre, et y attire Jean Calvin, avec lequel il opère la réforme dans cette ville : mais il ne tarde pas à se brouiller avec Calvin, à l'occasion de disputes sur la cène. Il est banni de Genève en 1538 pour son rigorisme excessif et se retire à Neuchâtel.

Maître Farel, âgé de 72 ans, repart en 1561, prêcher dans ses chères vallées dauphinoises, avec beaucoup plus de succès. Le développement du nombre d’églises protestantes en Dauphiné et en France fait que la répression devient chaque jour plus intolérable et provoque le début des huit guerres de religion. Farel, théologien, fixateur de la langue française, père de la Révolution religieuse du XVIe siècle est aussi à l'origine de la République suisse. C'est un homme dont le Gapençais a raison d’être fier.

 

 

SA FAMILLE

 

Plaque sur la maison construite à l'emplacement de la maison natale de Guillaume Farel à Gap.
Plaque sur la maison construite à l'emplacement de la maison natale de Guillaume Farel à Gap.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Bolesc affirme que Farel s’appelle à la naissance Fareau et qu’il est juif. Leclerc dit qu’il ne garantit pas Bolesc et ne parle pas de Farel dans sa Gallia orientalis. A l’époque, écrire que quelqu’un est juif est fait pour lui ôter tout crédit. Toutefois les mensonges sur ses origines persistent au XIXe s.. L’abbé M.E. Gaillaud dans ses Éphémérides sur les Hautes-Alpes, multiplie volontairement les erreurs. Il fait de Farel, le fils d’un bon paysan des Fareaux. A ses yeux, les hommes de bien sont toujours d’origines aristocratiques et très catholiques. Et les méchants, des fils de paysans ou des seigneurs brigands… de mauvais catholiques.

Dans ses dictionnaires historiques, Bayle consacre plusieurs pages à notre Farel et le dit fils de gentilhomme. Calvin (Opuscula, p.148) dit de notre réformateur sorti de si noble maison . Théodore de Bèze écrit : Guillielmum Farellum, delphinatem, nobili familià ortum.

Le milieu social dans lequel naît la Réforme dans les AIpes n'est en rien défavorisé, comme l'affirment sans preuves certains historiens catholiques. Les Farel ne sont ni des paysans analphabètes, ni de grands seigneurs :

  • Jacques Farel est mort avant 1385 [4].
  • Maître Guillaume Farel né vers 1320 à Pellapuerc est déjà notaire et vient s'installer en 1367 à Laye. Pellapuerc est un hameau à côté des Fareaux.
  • Il est le père de Jacques Farel (ca 1340-1396), notaire de Laye [1].  Laye est un village du Champsaur, situé de l'autre côté du col Bayard, à quelques kilomètres des Fareaux. En 1385 et en 1396, Jacques Farel, fils de Guillaume, a des propriétés à Laye et dans les environs.
  • Guillaume II Farel, né vers 1370 certainement à Laye, est le fils de Jacques et le père de :
  • Jacques II Farel (ca 1400-1453 ) est comme ses ancêtres avant lui notaire et pas paysan, comme l'affirment certains auteurs catholiques  [1].  Jacques II, fils de Guillaume II, laisse à ses enfants 608 florins de biens immeubles. Ces enfants ne sont nommés ni le 11 mai 1444, ni le 22 mars 1452, ni le 5 mars 1453. C'est que sans doute ils sont encore mineurs. Selon toutes les probabilités, l'aîné d'entre eux est François, le futur notaire.

Les Rambaud de Montgardin du temps des guerres des Dauphins ou d'Italie
Les Rambaud de Montgardin du temps des guerres des Dauphins ou d'Italie
Gravure ancienne
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Les ancêtres de Guillaume Farel nous sont mieux connus à partir de ce fils de Jacques II :

  • Noble François Farel (1426-1508) est, selon un acte de 1480 des archives du chapitre de Gap, notaire épiscopal et secrétaire du chapitre. Il se marie avec Jacqueline Frouin, fille de Guillaume, toujours selon Manteyer, qui lui apporte des immeubles valant près de 600 florins. Joseph Roman nous dit que le 1er mai 1462, François Farel, notaire épiscopal, impérial et delphinal en l'absence des évêques qui se sont enfuis pour leur sécurité, traite avec l'évêque [2]. Il est dès le 3 janvier 1475, procureur du vénérable chapitre de l'église cathédrale Saint-Arnoux de cette cité. Le 8 juin 1463, il reconnaît tenir une maison en ruines sur la place Saint-Étienne et, le 12 janvier 1483, une autre maison, rue Boucharde. Dans une enquête passée en 1463, il déclare avoir environ 35 ans. En 1506,  il en accuse environ 80. Il est donc né vers 1427 ou 1428 et, sans doute, hors de Gap ; en effet, jusque vers le milieu du XVe siècle, on ne voit guère de Farel existant dans cette ville [3]. Il teste le 14 août 1508. François est dit noble sur les actes. Dans le Haut-Dauphiné un noble peut être notaire sans déroger. Toutefois il est aussi dit honorable personne maître, et n'est qu'un bourgeois très respecté.
  • Le notaire François Farel laisse, de sa femme, au moins deux fils. A la date du 19 avril 1494, il paraît avec l'aîné, Antoine Farel (ca 1450-1521) et celui-ci s'empresse de suivre le plus tôt possible une profession qui a si bien réussi à son père. Quant au cadet, Sébastien, il se marie en 1505, avec noble Honorade Leydette et le cadastre montre qu'il a de vaines prétentions personnelles à la noblesse [3]. Revenons au père de Guillaume, Discrète et honorable personne, maître Antoine Farel qui se marie avec noble Anastasie d'Orcières. Maître Antoine est, bourgeois de Gap, notaire public apostolique, impérial et delphinal, secrétaire du vénérable chapitre de l'église cathédrale de Gap, greffier des cours spirituelle et temporelle, de ladite ville. Il paraît dans quelques actes qui s'échelonnent du 27 mars 1483 au 17 juin 1519. Lui et son frère, le maître apothicaire Sébastien, héritent d'un patrimoine en immeubles. L'aîné, Antoine, en possède pour la valeur de 1457 florins; le cadet, pour la valeur de 740. Sébastien Farel, apothicaire, s'enrichit. Ses aromates et ses remèdes prestement administrés l'y aident tellement que, de 740 florins, sa cote s'élève par bonds successifs à 1060, 1197, 1507, 1908, 2264, 2447 et 2745 florins. Son fils, sire Jean Farel,  le 20 août 1542 (G 1561, Armand, not. à Gap)  épouse noble Jeanne de Montorcier, fille de feu Guillaume de Montorcier, coseigneur d'Orcières, et de Marguerite de Rambaud de Montgardin. Ce mariage lui apporte mille écus d'or et elle est la cousine de l'évêque de Sisteron, Sisteron d'Orcières [3]. Guillaume Farel, par le mariage de son cousin germain avec une Montorcier et celui de son père avec une d'Orcières, est apparenté à la plupart des familles nobles du Haut-Dauphiné,  et en particulier avec les trois frères Rambaud, les célèbres capitaines Furmeyer [2].  Les Farel portent :  d’azur à l’épée d’argent, posée en pal, la pointe en bas  et leur devise est : Quid volo  nisi ut ardeat.

Guillaume a cinq frères et une sœur,

  • Philipinne Farel, qui se marie à Honorat de Riquetti, coseigneur de Siéyès en Provence. Il est de la famille de l’ami des hommes, du comte plébéien, de Mirabeau-Tonneau et de Gyp. Mirabeau n’oubliera jamais ses origines protestantes et le sort réservé aux huguenots. Il parle souvent de son cousin, l’amiral de Coligny et de la nuit de la Saint-Barthélémy.
  • De François Farel, l'aîné de ces sept enfants, on sait que son beau-frère noble Honorat lui prête 60 écus d'or, avant le 1er mai 1532. C'est lui sans doute qui, devenu prêtre, figure comme titulaire du prieuré-cure de Notre-Dame-de Puy-Servier, à Valserres. Il meurt entre le Ier février 1560 et le 13 novembre 1562 [3].
  • Gaucher Farel est  notaire dès 1526, secrétaire du chapitre, Greffier de la cour épiscopale de Gap, en 1532 et donzel de Sénarclens. Mais devenu réformé,  il se réfugie en Suisse en 1536. Son frère est marié à Françoise de Beauvois, fille de Jean. En 1562, les protestants consentent à restituer la chapelle de Sainte Colombe à l'autorité ecclésiastique et installent provisoirement leur prêche dans une maison de la rue Escoffière, qui appartient à Louise et Françoise de Beauvais, femmes de Claude et Gaucher Farel. Il est mort en 1557.
  • Dom Jean-Gabriel Farel va prendre ses grades en Avignon, comme étudiant à l'illustre collège apostolique du Roure ou dallo Rovere. Dès le 20 avril 1512, il est muni d'un petit bénéfice. Il est recteur de la chapellenie existant dans l'église cathédrale de la cité de Gap et fondée par l'évêque Dragonet de Montauban sous le titre des SS. Giraud et Paul, évêques. En avril 1513, bachelier ès décrets, il se prépare à devenir licencié. En attendant, il reçoit les reconnaissances des biens qui dotent sa chapellenie. Il meurt avant le 24 février 1531.
  • Claude Farel, notaire et donzel de Sénarclens, se réfugie en Suisse en 1538 (G 1560). Il se marie avec Louise de Beauvois, fille de Jean. Elle est la soeur de sa belle-sœur. Les Beauvois sont une vieille famille de Gap. Gilet de Beauvois est cité en 1418 [4].
  • Jean-Jacques Farel, le puîné, chapelain à Gap, devient apothicaire et bourgeois de Genève.

Guillaume est l'avant-dernier des fils Farel. Célibataire, il dit que les pasteurs doivent se marier. Et pour donner l'exemple, à l'âge de 69 ans, il épouse le 20 décembre 1558, à Genève, une toute jeune fille, Marie Thorel. C'est une protestante réfugiée à Neuchâtel, fille d’Alexandre Torel et élevée par sa mère une vraie veuve. Ils ont eu un enfant ensemble, né 5 mois après le mariage pour les catholiques et 5 ans après pour les historiens et les protestants. Ce fils, Jehan, né en 1564, meurt à l’âge de trois ans en 1567. Néanmoins ce mariage qui tarde avec une jeune fille de 16 ou 17 ans, selon le gouverneur de Bonstetten, qui vit sous son toit, fait jaser et son ami Calvin n'assiste pas au mariage.

 

UNE RÉGION ÉTERNELLEMENT REBELLE

 

Le Dauphiné s’est toujours montré épris d’indépendance.

Il a fallu aux Romains un demi-siècle pour le conquérir et sans le génie de César, un plus grand laps de temps leur eut été nécessaire. Même conquises, les peuplades du Dauphiné savent conserver une partie de leur autonomie et obtiennent le droit de cité de leur vainqueur.

Au Moyen-âge, les communes dauphinoises se font octroyer de leurs suzerains ecclésiastiques ou séculiers des chartes précieuses en garantie de leurs franchises. Les habitants des Alpes par les spécificités de leur caractère et leur passé, sont préparés à accueillir favorablement la Révolution religieuse du XVIe siècle. Le Dauphinois, sérieux, sévère et raisonneur, peu enthousiaste de sa nature, a déjà donné à la chrétienté des hérétiques célèbres, comme Pierre de Bruys.

Champion des dames Vaudoises
Champion des dames Vaudoises
Les Vaudoises sont présentées comme des sorcières.
© Martin Le France (1451)
W. Schild. Die Maleficia der Hexenleut', 1997, S. 97
Les Vaudois sont forcés de chercher un refuge dans les montagnes, comme tous les peuples ou les groupes religieux menacés de génocide. Traversant le Champsaur et le Valgaudemar qui s'étend jusqu'aux pics Briançonnais, ils laissent la trace de leurs doctrines qui ne s'efface pas derrière eux. Fixés dans le Briançonnais dès le commencement du XIIe siècle, ils y fondent des établissements importants et forment une colonie florissante quand les prédications de Pierre de Bruys attirent l'attention sur eux. Comme l'écrit Charronnet : Cet hérésiarque enseignait l'inefficacité du baptême conféré aux enfants dès l'âge de la puberté, prêchait l'inutilité des prières pour les morts et s'élevait contre le sacrifice de la messe. lui et son compagnon Henri, répandirent leurs doctrines dans les diocèses d'Embrun, de Gap, et de Die. Les évêques se liguèrent contre eux et les obligèrent à se cacher, mais les prédications n'en continuèrent pas moins, les spectateurs de l'hérésie devinrent de plus en plus nombreux et s'il faut en croire le curé Albert, auteur d'une histoire ecclésiastique du diocèse d'Embrun, les vaudois excitèrent des troubles vers le milieu du 14 ème siècle dans la Vallouise et les vallées de l'Argentière et de Freissinières.

Le pape Grégoire XI s'adresse au roi de France, au gouverneur du Dauphiné et à l'archevêque d'Embrun pour leur recommander de préparer des prisons pour les hérétiques dont ils doivent réprimer sévèrement les fausses opinions. Nous trouvons aussi dans les comptes du bailli d'Embrun qu'en 1336, on consacre une certaine somme à la poursuite et au châtiment des Vaudois. La persécution prend de vastes proportions à partir surtout de l'année 1380. À cette époque, le pape donna commission à François Borelly, de Gap, frère mineur et inquisiteur de la foi en Provence et Dauphiné, de sévir contre les hérétiques : Borelly cita les habitants de trois vallées, à comparaître à Embrun. Ils ne viennent pas et sont tous condamnés au feu, par contumace. Dans l'espace de treize ans, Borelly livre au bras séculier plus de deux cent trente hommes avec une grande quantité de femmes et de filles. En 1393, de la chaire de la cathédrale d'Embrun, l'excommunication tombe comme la foudre sur tous les hérétiques des vallées briançonnaises.

C'est seulement après ces rigueurs, qu'un véritable missionnaire, Vincent Ferrier, pénètre dans ces malheureuses contrées et cherche par la persuasion et la charité à ramener ces hommes égarés. Il en guérit un grand nombre, comme il l'écrit dans une lettre le 17 décembre 1403 au général de son ordre. Il rapporte qu'il a de nouveau visité les fameuses vallées hérétiques du diocèse d'Embrun, notamment l'Argentière, Fressinières et vallem puram olim pessimam, (= La Vallouise). Il les a déjà parcourues à deux ou trois reprises, mais il  veut les confirmer dans la foi. L'exemple donné par cet homme dont l'Église va faire un saint, n'est malheureusement pas suivi. La persécution décime de nouveau les Vaudois dans le courant du XVe s. L.es communautés voisines des villages vaudois leur intentent des procès pour obliger les hérétiques soit à se convertir soit à vider le pays. En même temps, les missionnaires, les inquisiteurs les tourmentent de toutes manières. Ces infortunés, nous dit Charronnet, s'adressent au roi Louis XI et en obtiennent le 18 mai 1478, des lettres patentes portant que  : les manants et habitants de Vallouise, Fressinières, Argentière et autre lieux ont exposés au roi qu'aucuns religieux mendiants, sous ombre d'office d'inquisiteurs de la foy les ont mis en géhenne et question, sans information précédente, ont pris et exigé fortes sommes et deniers et, par divers moyens, les ont injustement vexés et dépouillés... pourquoy, conclut le roi, après bonne délibération de notre certaine science, gré spécial, pleine puissance et de notre autorité delphinal et royale, avons mis et mettons à néant par ces présentes toutes poursuites et entreprises quelconques.

Femmes vaudoises empalées, puis cuites à la broche.
Femmes vaudoises empalées, puis cuites à la broche.
© "Impalement (1655)"
Gravure ancienne
Charronnet remarque que : Les vaudois avaient raison de se plaindre de cette quantité de moines vagabonds et avides qui s'étaient jetés comme sur une proie dans les vallées troublées par l'hérésie ; certains catholiques dont la foi ne pouvait même pas être soupçonnée, avaient été pillés et rançonnés par ces vautours et persécutés comme de véritables suppôts de Satan. Les lettres de Louis XI n'apportèrent au reste qu'un soulagement momentané aux malheurs des Vaudois ; le parlement de Grenoble, arrêta que les catholiques sommeraient une dernière fois les sectaires d'embrasser la religion romaine, et en cas de refus, s'empareraient des biens des hérétiques et chasseraient ces derniers. La sommation eut lieu, quelques uns se convertirent, d'autres cherchèrent un refuge à Lucerne, mais la masse demeura inébranlable et les poursuites contre les récalcitrants continuèrent par le moyen d'une commission composée de François Stim, ancien chapelain de Louis XI, Claude Saint-Martin, vice-châtelain de Briançon, Jean Balbery, vice-procureur fiscal de Briançon, et Michel Paris, notaire à Embrun. Ces commissaires menèrent une enquête sur les faits reprochés aux Vaudois et interrogèrent un grand nombre de personnes comme accusées ou comme témoins.

Les vaudois se réfugient, surtout entre 1490 et 1520, dans une quarantaine de localités du Luberon, dans cette basse Provence dépeuplée qui réclame des bras. Ils subissent de nombreuses persécutions. Celle du baron d’Oppède, en avril 1545, est sanglante : 9 villages incendiés, 18 localités pillées, 3.000 morts et plus de 660 hommes envoyés aux galères. Le procès de cette expédition s’ouvre en 1551. Aucun des accusés n’est condamné.

 

UN ENFANT SANS BIBLE


Gap (ancienne tour)
Gap (ancienne tour)
Dessin à la mine de plomb ; 10,1 x 12,2 cm
© Destailleur, Hippolyte (1822-1893)
Destailleur Province, t. 14
Près de la ville de Gap, au cœur des Hautes-Alpes, au pied du Col Bayard, existe un petit hameau à demi caché sous les arbres et entouré de vertes prairies émaillées de fleurs. A la fin du XVe siècle, les Fareaux, c'est le nom du hameau, dépendent d'un manoir dominant les chaumières et habité par un notaire épiscopal, nommé Farel. On voit encore les ruines du château et de sa haute terrasse entourée d'un verger.

Ce père est au service de l'Église et son grand-père maternel, Jacques d'Orcières a fait pendre des Vaudois en 1422. Mes parents, constate Farel, croyaient à toutes ces choses. 

Guillaume reste longtemps aussi crédule que ses parents, on lui enseigne, comme il le dit lui-même, à prier tant de saints et d'anges, que son esprit devient comme un temple d'idoles, semblable à un calendrier ambulant des jours de saints et de jeûnes.

Guillaume apprend en outre les merveilleuses légendes de ces saints : comment saint François en causant amicalement avec un loup dans les bois, le persuada de ne plus dévorer les hommes, comment il fit monter en chaire devant toute la congrégation le loup qui donna la patte en signe d'obéissance, et enfin comment ce bon loup tint fidèlement sa promesse.

Des contes pour enfants, à la limite de la sorcellerie, pour maintenir le peuple dans l’arriération mentale. On lui raconte aussi l'histoire de Sainte Élisabeth : Son mari lui avait défendu de donner du pain aux pauvres. La sainte continua ses distributions malgré les ordres de son mari. Or un jour qu'elle allait en ville avec son tablier plein de pain et de viande, elle rencontra son époux qui lui demanda ce qu'elle portait. Sainte Élisabeth répondit que c'étaient des fleurs, le mari méfiant ouvrit son tablier, mais n'y trouva en effet que des lis et des roses.

On apprend donc à Guillaume qu’il est louable pour une femme de désobéir à son mari, et qu’il peut être bien de mentir puisque les saints en donnent l'exemple. Guillaume Farel écrit : La dissimulation n'est permise en aucun cas. 

O

1538 : L'ordre et maniere qu'on tient en administrant les sainctz sacremens... par Guillaume Farel
1538 : L'ordre et maniere qu'on tient en administrant les sainctz sacremens... par Guillaume Farel
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
n lui apprend à lire lorsqu'il est encore un tout jeune garçon, mais hélas, personne ne lui donne la Bible. C'est un livre que lui et ses parents ne possèdent pas. Les bibles sont rares et toujours écrites  en grec, en hébreu ou en latin. Les papistes sont contre un développement trop important de l’imprimerie et interdisent la traduction en français des textes religieux.

Comme Luther, pour l’allemand, Guillaume Farel traduit les textes anciens en français. Il permet ainsi au peuple d’accéder à la culture. Il est aussi, par ses livres, l’un des premiers écrivains francophones. Au XVIe siècle, la population ne connaît pas le français. Suivant les provinces, on s’exprime en patois (berrichon, picard…) ou dans des langues régionales (occitan, franco-provençal, breton...) Seuls quelques lettrés écrivent et lisent le latin correctement. Cette langue est certes le trait d’union entre les sujets du roi de France, mais est réservé à quelques-uns. Farel, par ses écrits, est un fixateur du français et il permet à un plus grand nombre de personnes d’écrire dans notre langue nationale.

Guillaume Farel, dans Du vray usage de la croix, se souvient de la première notable idolâtrie et du premier pèlerinage auquel il est allé. C’est à la sainte croix qui est en une montagne auprès de Tallard, diocèse de Gap, laquelle croix sert, à ce qu'on dit, à faire recouvrer la vue. Le lieu porte le nom de la croix et l'on dit qu'elle est du propre bois de la croix en laquelle Jésus-Christ a été crucifié. Or le bois d'icelle croix est couleur de cendre, c'est un bois tout rude et non aplani, et en tout contraire à celui de la croix que j'ai adorée et baisée à Paris... et je ne pense point qu'il y ait un seul des bois que j'ai vas qu'on dit être de la croix, qui ressemble à l'aube ni qui soit de la même espèce de bois. Cette croix de laquelle j'ai tantôt parlé est garnie de cuivre... si le bois est saint, le cuivre l'est aussi au dire des prêtres, car ils prétendent qu'il vient du bassin dans lequel notre Seigneur lava les pieds à ses disciples... On a voulu maintes fois transporter cette croix ailleurs et l'enfermer, néanmoins elle retourne toujours en son lieu... le prêtre nous disait que quand le mauvais temps venait, toute la croix frémissait; mais que cela arrivait surtout à un petit crucifix mal en ordre et peint d'une manière burlesque, lequel était attaché à la croix. Ce crucifix, disait le prêtre, se mouvait tellement qu'il semblait sur le point de se détacher de la croix, comme voulant courir contre le diable. Et, en outre, il disait que le crucifix jetait des étincelles de feu, affirmant que si cela ne se faisait, il ne demeurerait rien sur la terre.

Le père et la mère de Guillaume écoutent tous ces prodiges et y croient fermement. Mais leur enfant semble avoir déjà l'esprit éveillé et manifeste cet amour du vrai, cette haine des faux semblants qui, nous le verrons plus tard, est un des traits les plus remarquables de son caractère. Il nous raconte que pendant que lui et ses parents regardent avec dévotion cette croix, une jeune femme arrivant pour rendre visite au prêtre a tout d’un coup l'air très affolé de la voir et l'emmène dans la chapelle voisine.  J'ose bien dire, ajoute Farel, que jamais danseur ne prit femme et ne la mena faisant meilleure mine que ces deux ne faisaient. Malgré ses sept ans, les manières effrontées de la jeune femme déplaisent à Farel, qui est en rien naïf. Quoiqu'il écrit : Nous étions tous si aveuglés que nous n'eussions pas même osé soupçonner quelque mal. Il y a encore un spectacle à contempler au pied de cette croix, c'est un homme qu'on appelle le sorcier du prêtre. Il est effrayant à voir avec ses yeux couverts de peaux blanches; le sorcier a pour mission d'appuyer tous les récits miraculeux du prêtre, lequel affirme que personne ne peut voir trembler le crucifix excepté lui et le sorcier aux yeux blancs.

Après ce pèlerinage, La famille Farel s'en retourne, satisfaite d'avoir vu la croix merveilleuse. Mais Guillaume se livre à beaucoup de réflexions qu'il ne communique à personne. Néanmoins, il ajoute foi à ce que ses parents lui disent, il n'a que sept ans et il ne se permet pas de douter de la véracité des prêtres, pourtant il se sent malheureux et perplexe. Les Farel ne sont pas une exception à cette époque. Ce récit montre le triste état des catholiques au XVIe siècle et explique les succès de la Réforme dans ce pays.

Revenons au petit Guillaume, qui ne passe pas tout son temps à apprendre les légendes des saints. C'est un enfant courageux, entreprenant, parfois même téméraire et emporté. Le développement de son corps est plus rapide que celui de son esprit, car de bonne heure il apprend à escalader les rochers et à traverser les rivières à la nage. Comme ses cousins Furmeyer et d'Orcières qui vont étonner leurs ennemis par leur prouesses physiques. Au siège de Grenoble, Antoine de Furmeyer traverse le Drac en hiver, un torrent impétueux. Il  épouvante tellement ses ennemis par cet acte et sa force qu’ils s’enfuient en Savoie. Furmeyer attaque ce jour-là, avec seulement un homme contre dix.

Guillaume aussi est fort et robuste, il grimpe avec ses frères dans les endroits les plus périlleux,  ne craint ni les hommes ni les bêtes, ni les précipices, ni les torrents impétueux. Son père le destine à la carrière des armes, et répète qu'il ferait un excellent soldat. Mais, en grandissant, Guillaume manifeste de tout autres désirs. Il demande à consacrer tout son temps à l'étude afin de devenir un savant.

 

ÉTUDIANT À PARIS

 

Un goût prononcé le porte à l'étude. Il s'y livre avec toute l'ardeur qui le distingue. A cette époque, les études commencent à être à la mode, non seulement parmi les fils de familles nobles, mais dans toutes les classes de la société. On rencontre un grand désir d'apprendre et en France et ailleurs, le peuple prend conscience de son ignorance.

Le seigneur Farel, mécontent du goût que son fils manifeste pour l'étude, cède toutefois. Il cherche d'abord quelqu'un pour lui enseigner le latin, mais il ne trouve que des maîtres très ignorants, probablement les prêtres du voisinage. Guillaume recherche vainement parmi de tels gens un maître instruit. Il est amèrement désappointé de voir leur ignorance du latin, mais encore bien plus de découvrir que ces hommes traitent avec mépris les cérémonies et les rites de leur propre église. Guillaume dit qu'il chercha partout un prêtre qui parut sincère et convaincu de la religion qu'il professait. Ne trouvant autour de lui ni hommes religieux, ni moyens d'étudier, Farel réussit à forces d'instances à obtenir de son père qu'il le laisse aller à Paris pour étudier à son aise.

Le collège de Sorbonne au début du XVIe s.
Le collège de Sorbonne au début du XVIe s.
Gravure ancienne
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
En 1509, Guillaume Farel part pour la capitale. Ses parents ont lieu d'être satisfaits de l'éducation qu'ils lui ont donnée, car son zèle pour la religion et sa dévotion austère contraste avec l'indifférence des autres gens. Cependant, Guillaume doit avoir entendu souvent proférer des paroles de mépris contre le pape, même dans sa famille, car pendant son enfance, il y a eu des guerres continuelles entre les rois de France et parfois les papes. Et puis, les seigneurs sont souvent en conflit avec la hiérarchie catholique. C'est le cas d'un aïeul du futur connétable de Lesdiguières qui défenestre un évêque. Les conflits avec les monastères sont eux aussi fréquents.

Le jour vient enfin pour Guillaume de quitter ses montagnes et de se lancer dans le vaste monde. C'est un vrai campagnard, jeune et simple, qui, dans sa tranquille demeure, a été tenu à l'abri de la corruption des grandes villes. Le Dauphiné est un pays pauvre, éloigné de tout, et aux mœurs rustiques. Il nous raconte que lorsqu'il arrive en vue de Lyon en entendant les cloches sans nombre des églises, son cœur tressaille de joie, en pensant à tous les gens pieux et saints qui vivent près de ces cloches qui résonnent nuit et jour.  Hélas, ajouta-t-il, j'en vis assez, rien qu'en passant, pour m'étonner de ce que la terrene s'ouvrait point et n'engloutissait pas une cité si corrompue.

Paris est, depuis longtemps déjà, le rendez-vous des savants et de tous ceux qui désirent s'instruire. Les étudiants accourent de toutes les parties de l'Europe, se logeant en chambres garnies ou dans les nombreux collèges. La faculté de théologie porte le nom de Sorbonne en souvenir de Robert de Sorbon , qui l'avait fondée vers le milieu du XIIIe siècle. Une portion considérable de la ville s'appelle l'Université. On y trouve des cours, des conférences, des professeurs en nombre suffisant pour satisfaire le jeune homme le plus avide de science. Guillaume apprend le latin à son aise, car chez les grands imprimeurs, les femmes, les enfants et même les domestiques parlent toujours latin, afin de pouvoir converser avec les étrangers qui arrivent à Paris. L'un des souhaits de Guillaume peut donc recevoir son accomplissement, mais il lui reste encore à découvrir des hommes sincèrement dévoués à Dieu et aux saints. Dans la nuit, Guillaume est souvent réveillé par ses camarades, qui parcourent les rues en troublant le sommeil des citoyens paisibles par leurs cris et leurs chants. Un de leurs amusements favoris consiste à jeter les agents de police qui les poursuivent dans la Seine. Guillaume Farel n’est pas des leurs. C’est dommage, la jeunesse est faite pour s’amuser ! Mais son destin est ailleurs…

 

LEFEVRE D'ÉTAPLES


Jacques Lefévre d'Etaple, Johannes Faber Stapulensis (1485-1536)
Jacques Lefévre d'Etaple, Johannes Faber Stapulensis (1485-1536)
© Anonyme
Bibliotheca Chalcographica (1652-1669)
C’est en vain que Farel cherche parmi ces  tapageurs, l'homme qu'il désire, mais un jour Il remarque dans les églises où il va souvent, un petit vieillard d'apparence chétive. Sur ceci, dit Farel, Dieu dans sa sage et grande patience, voyant un si grand pécheur et si infâme idolâtre; fit que j'en trouve un qui passait tous les autres, car jamais je n'avais vu chanteur de messe qui la tînt en plus grande révérence, quoique partout je les aie cherché, jusqu'au plus profond des chartreux. Celui-ci s'appelle Maître Faber. Il faisait aux images plus grandes révérences qu'aucun autre personnage que j'aie jamais connu, demeurant à genoux et disant ses heures devant icelles, à quoi souvent je lui ai tenu compagnie, fort joyeux d'avoir accès à un tel homme. 

Jacques Lefèvre d'Etaples, Maître Faber, humaniste et théologien français, est l'un des pères de la Réforme mondiale et un des plus grands philologues de la Renaissance. Persécuté par les docteurs de la Sorbonne, il trouve chez la reine de Navarre, Marguerite d'Angoulême, une protectrice qui l'accueille à Nérac de 1530, jusqu'à sa mort en 1536. Il fait paraître la première bible en français en 1534.

Guillaume trouve facilement moyen de faire la connaissance de Faber. Il apprend à sa grande joie que c'est un des professeurs les plus savants de Paris, où il jouit de l'estime et du respect universels. Il est docteur en théologie, a étudié les classiques païens et les écrits soi-disant chrétiens. De plus, il a voyagé, à la recherche de la science, non seulement en Europe, mais en Asie et en Afrique. D'après Erasme, c'est le premier des savants de France. Vous ne trouverez pas, dit-il, un Faber sur mille. Son talent pour l'enseignement est aussi remarquable que son érudition, et cela devient vite un des plus grands plaisirs de Farel que de suivre ses cours, de causer avec lui et de l'accompagner d'église en église pour adorer à ses côtés. C'est ainsi que Farel trouve dans l'amitié de Faber l'accomplissement de tous ses souhaits. Ce vieillard se révèle d'ailleurs un excellent compagnon, bienveillant, sympathique et parfois même très gai.

Mais, il a des heures de tristesse… souvent Guillaume et lui vont ensemble déposer des roses, des muguets et des boutons d'or sur l'autel de Notre-Dame, puis ils s'agenouillent côte à côte pendant longtemps et prient avec ferveur. Mais en retournant chez eux, Faber dit à Farel que Dieu renouvellera le monde et que lui, Guillaume, le verra, car il était impossible que le monde demeurât en sa méchanceté.

A ce moment-là, le pape Jules II, celui qu'on surnomme le prodige de vices, donne la permission d'appeler l'Ancien et le Nouveau Testament la Sainte Bible. Farel, en apprenant cela, conçoit pour les Saintes Écritures un respect qu'il n'a jamais éprouvé jusqu'alors et il commence à les lire. Mais, Guillaume rencontre à la même époque un Docteur qui le blâme sévèrement d'avoir lu les Ecritures, lui disant qu'il ne faut jamais le faire sans avoir d'abord étudié la philosophie. Guillaume obéit et met de côté sa Bible.

Quelques personnes riches, qui vivent à Paris, croient bien faire d'employer Guillaume à distribuer de l'argent aux pauvres. Il accepte cette offre avec empressement, comme un moyen de tranquilliser son esprit. Mais tous ses efforts échouent les uns après les autres et la paix ne venant pas, quoiqu'il y a auprès de Dieu des sauveurs et des avocats sans nombre, c'est-à-dire les saints, qu'il adore maintenant plus dévotement que jamais. Il y a aussi près de Paris un couvent de Chartreux dans lequel Guillaume se retire pour un temps, afin de se soumettre à leurs jeûnes et à leurs pénitences.

 

DES HOMMES ET UNE FEMME DE LA RENAISSANCE

 

Marguerite de Navarre
Marguerite de Navarre
© Clouet
http://www.canalacademie.com/Une-nouvelle-image-de-Calvin-moins.html

Le catholicisme, c’est l’homme substitué à Dieu. Le protestantisme, c’est Dieu remis à la place usurpée par l’homme.

C’est au commencement de l'année 1519 que Faber et Guillaume Farel sont amenés à la connaissance de l'Évangile. Ce changement produit une vive agitation dans l'Université de Paris. Lorsque Jacques Faber se met à prêcher Jésus-Christ, dit un contemporain, il y eut grand émoi parmi les étudiants. Ils commencèrent à s'occuper presque autant des doctrines de l'Évangile que de leurs études et de leurs pièces de théâtre. Certains des tapageurs deviennent des hommes de bien.

Après cela, écrit Farel, il me sembla être d'une nouvelle création; les Écritures me devinrent compréhensibles, la lumière se fit dans mon âme. Une voix jusqu'alors inconnue, celle de Christ, mon Berger, mon Maître, mon Docteur, me parlait avec puissance. Dieu, ayant pitié de nos erreurs, nous enseigna que c'est Lui seul qui efface nos transgressions, pour l'amour de Lui-même, par Christ, fait propitiation pour nos péchés, par Christ notre seul Médiateur, notre Avocat qui lave nos offenses dans son sang. C'est à lui seul que je me suis attaché; après avoir été ballotté ça et là par divers troubles, j'ai enfin atteint le port. 

Quelques années auparavant, un moine ayant publié un livre dans lequel il attribue toute autorité au pape dans l'Église le roi Louis XII en appelle à l'Université. Depuis des siècles, les rois de France maintiennent le droit qu'avait l'Église gallicane de choisir elle-même ses évêques, et Louis XII n'est nullement disposé à reconnaître le pouvoir absolu que s'arroge le siège pontifical. Louis XII meurt le 1er janvier 1515 et François Ier lui succède, et un autre pape est nommé, Jules II étant mort deux ans avant Louis XII. Le pape nouveau qui s'appelle Léon X, suscite bientôt des guerres dans toute l'Europe pour soutenir les intérêts de sa famille.

La sœur du roi, Marguerite, duchesse d'Alençon, est déjà célèbre par ses talents, son affabilité et l'influence extraordinaire qu'elle exerce sur François Ier. Marguerite est l'amie de Briçonnet (un proche de Farel et de Lefevre d’Etaples), elle cause familièrement avec lui et avec d'autres personnes de la cour, qui commencent à professer les nouvelles opinions. Ses dames d'honneur lui présentent des traités que Briçonnet leur a donnés. La princesse les lit avec avidité, car son cœur souffre au milieu de la cour dissolue et frivole de son frère. Elle demande à voir Faber et Farel, puis à lire la Parole de Dieu avec eux et avec l'évêque. C'est ainsi que Marguerite semble s'être réellement convertie à Dieu. Mais, elle n'abandonne jamais le papisme et ne suit pas complètement le Seigneur , car elle ne parvient jamais à la pleine connaissance de la vérité. Mais on ne peut pas douter qu'elle ne soit, malgré ses erreurs et ses faiblesses, parmi ceux qui dorment en Jésus. Il est certain qu'elle emploie toujours son influence sur son frère en faveur de la vérité. Elle encourage ceux qui la prêchent et, autant qu'elle en a le pouvoir, elle les protège contre la persécution.

Le roi montre alors des dispositions de nature à encourager Faber, qui espère l'avoir presque persuadé d'être chrétien, comme Paul, le roi Agrippa. En effet, François Ier semble disposé à laisser prêcher Faber et Farel, mais c'est seulement par aversion pour la tyrannie des prêtres. Je veux montrer, dit-il, qu'un roi de France ne se laisse pas tenir en lisières. D'ailleurs, le Monarque méprise les prêtres à cause de leur ignorance et de leur hostilité à la science. Le clergé s'élève même contre l'imprimerie qu'il appelle une invention du diable, accusant les imprimeurs d'être des sorciers. Le roi, en homme de la Renaissance, s'intéresse fort aux découvertes nouvelles, il croit d'abord que l'Évangile est une invention moderne destinée à réformer le monde. Hélas, le même roi, quelques années plus tard, préfère une église qui lui pardonne ses péchés et il laisse faire le massacre des Vaudois.

 

MEAUX

 

Guillaume Briçonnet (1472-1534), évêque et réformateur
Guillaume Briçonnet (1472-1534), évêque et réformateur
© Anonyme
http://www.museeprotestant.org/
C’est avec un étonnement mêlé de joie que les habitants de Meaux entendent parler de l'amour qui surpasse toute connaissance. Les ouvriers cardeurs de laine dans les manufactures, les commerçants, les paysans, remplissent les salles et les églises où l'on enseigne la vérité. L'évêque Guillaume Briçonnet (1472-1534) prêche assidûment. Il dit au peuple que ces doctrines, soi-disant nouvelles, sont celles du Christ et des apôtres. Il supplie ses auditeurs de croire ces vérités et de les retenir. Oui, dit-il, si quelqu'un s'oppose à vous, même si moi votre évoque, je vis renier Christ et abandonner la doctrine que je prêche maintenant, ne me suivez pas ! La Parole de Dieu ne peut changer, soyez fidèles jusqu'à la mort, s'il le faut. 

Sans négliger la prédication, Faber a trouvé le temps d'achever la traduction française des quatre Évangiles. C’est alors qu'il les publie. L'évêque de Meaux n'épargne ni l'or ni l'argent pour répandre partout cette portion de la Bible, toute la ville se met à la lire. Le dimanche et les jours de fête, les gens se réunissent pour en faire la lecture et en parler ensemble. Les paysans l'emportent dans leurs champs, les artisans interrompent le mouvement de leurs machines pour la lire. Briçonnet la fait distribuer parmi les faneurs et les moissonneurs qui viennent des autres provinces au moment des travaux agricoles. Ainsi l'Évangile se répand au loin dans les villes et les villages, où la bonne semence lève et porte du fruit. A Meaux, d'heureux résultats ne tardent pas à se manifester. Les jurements, dit-on, les querelles, l'ivrognerie deviennent presque inconnus dans la ville, en revanche on y entend les louanges de Dieu et de pieuses conversations. L'évêque Briçonnet ne se contente pas de répandre la Parole de Dieu dans son propre diocèse, il envoie les épîtres de Paul en français à la princesse Marguerite, qui se trouve bien isolée après le départ de ses amis pieux. Briçonnet la supplie de montrer les épîtres à son frère et à sa mère.

Farel quitte Meaux à peu près à cette époque, ayant sans doute beaucoup de peine à se séparer de Faber et du petit troupeau de croyants auquel il est attaché mais, ne trouvant que des sourds qui refusent d'entendre, il secoue pour toujours la poussière de ses pieds contre la grande cité, et se dirige par Metz, vers Les Fareaux. Loin de la Sorbonne et de ses censeurs, où il n'a pas un lieu où reposer sa tête…

 

RETOUR VERS LE DAUPHINÉ

 

Guillaume Farel
Guillaume Farel
© Nicolas de Neufchastel, vers 1560
Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel
La nouvelle du changement opéré en Guillaume est parvenue jusque dans son village, où sa famille apprend avec crainte qu'il se dispose à rentrer. Bientôt, il arrive en effet. Mais pour lui tout est changé. Il ne voit plus dans sa bien-aimée patrie que les âmes périssant dans les ténèbres loin du Sauveur. 

En 1522, Farel est devenu un grand orateur, il sait persuader même les plus récalcitrants, les plus hostiles. Ses contemporains sont unanimes à reconnaître la puissance de son éloquence.

A quoi ressemble-t-il en 1522 ?  Au physique il est trapu dit Charronnet, de pauvre apparence, de figure commune, le teint brûlé par le soleil. Au menton deux ou trois touffes d’une barbe rousse et mal peignée, l’œil de feu, la bouche béante, la voix tournante. 

Guillaume se met tout de suite à proclamer le message béni qu'il apporte de la part de Dieu. Ce qu'il a prêché à Paris et à Meaux, il l'annonce maintenant aux Fareaux, à Gap et dans tous les villages environnants. Dans une lettre du 25 octobre 1526, Farel écrit :  Olim errabondus in sylvis, in nemoribus, in aquis (= J’errais dans les forêts, les bois et le long des eaux).  Partout où il peut réunir deux ou trois personnes, on le trouve la Bible à la main, enseignant et annonçant Jésus-Christ. Au bout de peu de temps, ses frères Daniel, Jean-Jacques, Gauthier et Claude embrassent la foi en l'Évangile. Et quelques années plus tard, même si les persécutions deviennent plus menaçantes, ils confessent leur foi et sacrifient leurs biens. Guélis Rambaud de Furmeyer, leur cousin issu de germain, essaie de les sauver. Mais, l’église les leur reprend par un arrêt de 1545.

Jean-Jacques Farel devient apothicaire à Genève. Daniel, diplomate pour les églises réformées et se fait naturaliser Bernois. Gaucher trouve asile auprès de Guillaume de Fürstemberg, un des chefs de la Réforme en Lorraine. Quand à Claude, il disparaît et on n’entendit plus jamais parler de lui. Certainement assassiné par les papistes.

Mais, revenons à 1522… les prêtres du Haut-Dauphiné sont furieux. Quoi ! un jeune homme, un laïque, vient prêcher ainsi et répandre l'hérésie dans tous les lieux ! Il n'est ni prêtre ni moine ! s'écrit l'évêque de Gap. Bientôt Farel est cité à comparaître devant les magistrats et devant ce même évêque. Il est banni,  déchassé... on le traite de  juif, de mahométan, on lui jette des pierres.

Mais, il y a aussi des Dauphinois qui reçoivent la bonne nouvelle avant l'arrivée de Farel, en 1522 et voici par quel moyen. Non loin du manoir des Farelles s'élève celui du Chastelard, qu'habite une famille du nom de Coct. Le vieux seigneur du Chastelard a plusieurs fils, le second s'appelait le chevalier Anémond. Ce jeune homme a beaucoup voyagé, il rencontre Farel. Ils se sont connus dans leur enfance comme voisins, et retrouvés plus tard à Paris. Farel ayant appris au chevalier Anémond à connaître Jésus-Christ. De retour dans ses montagnes, le jeune chevalier annonce l'Évangile autour de lui. Parmi ceux qui croient à sa parole se trouve un prêtre de Grenoble, nommé Pierre Sebville. Ce prêtre annonce déjà la bonne nouvelle avec une grande puissance, lorsque Guillaume arrive en Dauphiné.

Farel continue à prêcher avec zèle pendant quelques mois dans les villages du Dauphiné. Il connaît chaque rocher et chaque caverne. Exercé dès son enfance à escalader les montagnes, il lui est donc facile de trouver des lieux de refuge. On m'avait bien averti, dit-il, que les épreuves, les persécutions et les ruses de Satan ne manqueraient pas de m'assaillir, mais je n'aurais pu les supporter par ma propre force et sans Dieu qui est mon Père. Il m'a fourni et me fournira toujours la force dont j'ai besoin.

Pendant que Farel est dans la joie à la vue des multitudes de pécheurs qui se convertissent, l'évêque de Gap reçoit des ordres afin qu'on se mette à la recherche du prédicant hérétique. Mais, Farel demeure introuvable, se dirigeant à l'ouest, il traverse les Cévennes et se rend en Guyenne. Là, il prêche quelque temps, mais les prêtres et les moines en ont bien vite l'éveil. Farel, de nouveau poursuivi par une nuée d'ennemis, s'échappe encore de leurs mains. Son ami Coct le supplie de venir le rejoindre en Suisse. Farel se met en route à travers mille dangers, se cachant dans les bois et les fentes des rochers. Enfin, grâce à la protection de Dieu, peut-être, il arrive sain et sauf à Bâle, en décembre 1523.

La vie de Farel en Suisse se confond avec l’histoire du protestantisme. Je vous renvoie aux nombreux ouvrages concernant les premiers temps du Calvinisme, ainsi que l’histoire de la Suisse à la Renaissance.

 

LES VAUDOIS ADHÈRENT À LA RÉFORME

 

Histoire générale des Eglises Evangeliques des Vallées du Piemont ou Vaudoises
Histoire générale des Eglises Evangeliques des Vallées du Piemont ou Vaudoises
© Jean Leger
A. Leyde: Chez jean le Carpentier, 1669.
Au mois de juillet 1532, à Grandson, on vient dire à Farel que deux inconnus demandent à lui parler. Ce sont des hommes au teint brun, à l'air étranger, mais qui parlent le français correctement. Ces braves gens viennent des Vallées vaudoises. Ils racontent leur histoire : A une époque très reculée, disent-ils, lorsque l'empereur Constantin voulut unir l'Église de Dieu au monde païen, nos pères refusèrent d'être au nombre de ceux qui acceptèrent ce mélange. Ne voulant pas servir deux maîtres, ils se réfugièrent dans les vallées retirées des hautes montagnes du Piémont, et c'est là que nous, leurs enfants, nous avons toujours vécu. Nous ne nous sommes jamais soumis au pape, nous n'avons pas eu d'autres instructions que celles de la Bible et par conséquent nous n'adorons ni les saints, ni les images, ni l'hostie, de sorte qu'on nous appelle des hérétiques et des infidèles.

A l'époque où naît Farel, le pape envoie une armée contre les Vaudois, et 4.000 de ces fidèles témoins sont massacrés dans leurs montagnes. Il y a dans le nombre quatre cents petits enfants qui sont mis à mort, tandis que le petit Guillaume dort tranquillement dans son berceau aux Farelles. Quatre-vingt-dix ans auparavant, les bandes du duc de Savoie avaient aussi attaqué les Vaudois à Noël, et 80 petits enfants furent trouvés gelés dans les bras de leurs mères qui étaient tombées mortes sur la neige en se sauvant. Mais ni le duc de Savoie ni le pape, n'avaient pu détruire complètement les Vaudois.

A l’époque de la Révolution religieuse du XVIe siècle, ils apprennent qu'il se passe en France, en Allemagne et en Suisse des choses étonnantes, à savoir que Dieu suscite des prédicateurs qui annoncent le même antique Évangile pour lequel ils souffrent et meurent depuis si longtemps. Ils décident d'envoyer un de leurs pasteurs, Martin Gonin, à la plaine, pour savoir si ce qu'on leur dit est vrai. Descendu des Hautes Alpes, Gonin ne tarde pas à rencontrer les évangélistes. Il revient dans ses montagnes chargé de traités et de bonnes nouvelles à répandre parmi ses frères. Lorsque ceux-ci entendent ses récits et lisent les traités qu'il a apportés, ils délèguent deux autres Vaudois en Suisse pour faire la connaissance des réformés et demander leur communion fraternelle.

George Morel et Pierre Masson sont les deux nouveaux délégués, ils sont aussi des pasteurs ou  barbes, comme on les appelle. Ils se rendent d'abord à Bâle et demandent à voir Œcolampade. Le réformateur est aussi heureux que surpris lorsque ces simples montagnards lui racontent leur histoire et lui montrent les parchemins sur lesquels ils ont écrit leur confession de foi. En voici un extrait: Christ est notre vie, notre vérité, notre paix, notre justice, notre berger, notre avocat, notre victime, notre souverain sacrificateur. Il est mort pour le salut des Croyants.  Œcolampade regarde ces hommes avec étonnement. Je rends grâce à Dieu, dit-il, de ce qu'il vous ait accordé autant de lumière.

Et maintenant, disent les barbes,  après avoir raconté cette rencontre et la mise à mort d’un des leurs, voulez-vous nous accompagner dans nos vallées, et tous nos collègues se réuniront pour entendre ce que vous aurez à leur dire ? Farel accepte volontiers, l'un de ses compagnons, Antoine Saunier, offre d'aller avec lui.

Les amis de Farel sont consternés lorsqu'ils entendent parler de ce lointain voyage. Le Parlement d'Aix-les-Bains vient de décréter une nouvelle persécution contre les Vaudois. Les prisons de la Savoie et du Piémont se remplissent de ces fidèles martyrs. Farel doit traverser les États du duc de Savoie ennemi acharné de la vérité, et auprès duquel la protection de Berne lui est inutile. Mais Farel non seulement est un grand théologien, mais aussi un homme d’un grand courage.

 

UNE CONFÉRENCE DANS LES ALPES

 

1544 : Épistre envoyée aux reliques de la dissipation horrible de l'antechrist, par Guillaume Farel,...
1544 : Épistre envoyée aux reliques de la dissipation horrible de l'antechrist, par Guillaume Farel,...
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Quel beau jour pour les habitants des Vallées lorsqu'ils voient arriver les évangélistes de la Suisse. Le voyage a été long et dangereux. Il a fallu éviter les villes et les villages, choisir les sentiers les moins fréquentés et se cacher dans les bois. Le rendez-vous général est à Angrogne, où demeure le barbe Gonin.

Dans les montagnes voisines, se trouvent beaucoup de grottes et de cavernes dans lesquelles les Vaudois se cachent pendant les persécutions pour rendre leur culte à Dieu. A l'approche des voyageurs, des hommes postés sur les rochers signalent leur arrivée. Un Vaudois, appelé Jean Peyret, est allé en toute hâte avertir ses amis et ses voisins qu'ils ne tarderaient pas à paraître. Celui qui monte le cheval blanc, c'est Farel, dit-il, et celui qui a le cheval noir s'appelle Antoine Saunier.

Les prédicateurs reçoivent un accueil chaleureux. On arrive de toutes parts pour les voir et pour assister à la réunion, car le bruit s'est répandu au loin qu'il va y avoir une grande conférence à Angrogne et que les évangélistes de la Suisse seraient présents. Tous ceux qui ont des chambres libres les offrent. Chaque maisonnette a plus d'hôtes qu'elle n'en peut contenir, les étrangers se comptent par centaines. Il est venu des Vaudois des colonies du sud de l'Italie, de la Bohême, de la France et de diverses parties du Piémont et de la Savoie. Ces colonies doivent leur origine à des Vaudois persécutés qui ont fui autrefois devant le feu et l'épée des papistes. Presque toutes les classes de la société ont envoyé des représentants. On voit des nobles arrivant de leurs châteaux, des barbes de différents villages, des pâtres, des laboureurs, des vignerons. Les réunions ont lieu en plein air. Martin Gonin a placé des bancs rustiques sous les châtaigniers, pour que tous puissent s'asseoir.

Deux opinions divisent les évangéliques. Les uns ne veulent absolument rien de Rome, et les autres défendent les concessions qui leur procurent la paix avec leurs voisins papistes. A la tête de ce dernier parti, se trouvaient deux barbes influents, Jean de Molines et Daniel de Valence. Le parti fidèle est soutenu par Farel et Saunier. Les nobles sont pour la plupart du parti modéré.

Le 12 septembre 1532, la conférence est ouverte Farel aborde tout de suite la question principale. Les chrétiens, dit-il, n'ont point de loi cérémonielle, les rites inventés par les hommes pour le culte n'ont point de valeur devant Dieu. Ces innombrables fêtes, ces consécrations, ces cérémonies avec leurs litanies et leurs vaines redites sont de grands péchés. Qu'est-ce donc que le culte ? Le Seigneur répond à cette question que Dieu est Esprit et que ceux qui l'adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité.

Je suis allé porter le feu dans le Piémont (Vaudois)
Je suis allé porter le feu dans le Piémont (Vaudois)
© Anonyme
http://www.regard.eu.org/Livres.14/Felix_Neff_Porteur_de_feu/09.html
Jean de Molines et Daniel de Valence ne sont pas satisfaits de ce discours. Ils veulent bien rejeter certaines cérémonies, mais en conserver d'autres. Les autres barbes disent que Farel a parlé comme parlaient leurs pères, et que dans les vieux écrits renfermant les anciennes confessions de foi, il est dit : Toutes les fêtes de saints, l'eau bénite, I'ordonnance de faire maigre, ainsi que toutes les autres inventions humaines, doivent être rejetées.

En entendant ces paroles, l'assemblée presque entière se range à l'avis de Farel, mais celui-ci ne se contente point de cette adhésion, si générale qu'elle soit. C'est en s'appuyant sur cette doctrine de nos forces naturelles, dit Farel, que le papisme a pu ôter le salut des mains de Dieu pour le mettre dans celles des prêtres. Dieu a élu dès avant la fondation du monde tous ceux qui ont été ou qui seront sauvés. Comment les élus pourraient-ils être perdus ? Quiconque s'appuie sur la volonté humaine nie absolument la grâce de Dieu. 

Quelques-uns des barbes produisent alors leurs antiques confessions de foi, dans lesquelles on trouve que nier les doctrines de Farel, c'est l'œuvre de l'Anti-Christ. Bien mieux, répond Farel, ce que je vous dis est écrit dans la Bible, et il leur cite les passages se rapportant au sujet discuté. A l'exception de Jean et de Daniel, tous les barbes finissent par donner raison à Farel.

 

Alors la voix de tonnerre de Farel se fait entendre. Il déclare que toutes les formes extérieures sont des mensonges. Farel parle longtemps et avec conviction. Ses paroles solennelles atteignent enfin le cœur des Vaudois, qui se mettent à pleurer en confessant qu'ils ont péché contre Dieu. Puis, ils rédigent une confession, la signent et déclarent que désormais ils n'ont plus rien à faire avec les cérémonies papistes.

Pendant le reste de son séjour au val d'Angrogne, Farel a d'intéressantes conversations avec les barbes et les villageois. Ceux-ci lui montrent leurs vieux manuscrits. Quelques-uns, disent-ils, remontent à quatre siècles en arrière. Les Vaudois les conservent comme de précieux trésors de père en fils. Ces livres sont très rares et c'est tout ce qu'ils possèdent en fait d'écrits religieux. Il y a parmi ces manuscrits, d'anciennes Bibles copiées avec soin en vieux français. Pendant que, dans les pays soi-disant chrétiens, la Parole de Dieu est devenue un livre inconnu, ces paysans la possèdent et la lisent de génération en génération.

Mais, leur dit Farel, si ce sont là toutes les Bibles que vous possédez, beaucoup d'entre vous ne peuvent la lire que bien rarement; vous devriez en avoir chacun une. S'il y a des sectes et des hérésies, c'est parce qu'on connaît mal la Parole de Dieu. Il faut faire imprimer des Bibles en français et que vous en ayez autant que vous voudrez.  Les Vaudois sont enchantés de celle proposition, mais elle n'est pas facile à réaliser. On possède, il est vrai, le Nouveau Testament en français, car Faber l’a traduit. Malheureusement, il y en a fort peu d'exemplaires. En outre, Farel pense que la traduction pourrait être meilleure. Il entrevoit une grande œuvre à faire, celle de traduire la Bible entière en bon français, de la faire imprimer et de l'envoyer en abondance dans les Vallées vaudoises. Farel s'adresse au Seigneur afin qu'il suscite des hommes capables d'entreprendre ce travail. Ce n'est pas tout que d'avoir des Bibles, ajouta t-il, il vous faut encore des maîtres d'école; je tâcherai de vous en envoyer. Les Vaudois, très reconnaissants, prient aussi Farel de rédiger un rapport de ce qui s'est passé à la conférence, de le faire imprimer, puis de le leur envoyer. Enfin, les réformateurs et les Vaudois doivent se séparer. Les montagnards retournent chez eux en bénissant Dieu d’avoir envoyé Farel dans leurs montagnes.

 

HAINE 

 

Farel et Calvin bannis de Genève (1538)
Farel et Calvin bannis de Genève (1538)
© Van Muyden
Jubilé de 1909 Jean Calvin
Farel, du fait de ses succès, est détesté par tous les papistes. Voici un extrait de l'un des nombreux textes, 

l'Histoire de la vie et des ouvrages de Calvin, qui parle de lui : Il était né pour le drame populaire, avec son œil de feu, son teint brûlé par le soleil, sa barbe rousse et mal peignée . Si vous hissez sur une borne ce nain, caché dans une épaisse touffe de cheveux , il entraînera le peuple qui passe dans la rue. Descendez le dans les mines de Mansfield, et les ouvriers l’écouteront, quitteront leurs enclumes pour le suivre. Si vous le transportez dans une chaire entourée d’images, il prendra un couteau ou un marteau pour déchirer ou pour briser ce qu’il appel les idoles…Mensonges, violences, séditions, tout lui paraît bon pour renverser le « papisme » … Si Froment, Saunier n’avait tempéré les ardeurs de cette tête méridionale, de nos saints édifices, il ne resterait pas pierre sur pierre. Dieu, pour châtier le monde, n’aurait besoin dans sa colère que de deux ou trois anges déchus pétris du limon de Farel, et la société retomberait dans les ténèbres.

 

RETOUR VERS LE DAUPHINÉ

 

A la fin de 1561, il vit alors à Neuchâtel, en Suisse, et n’a pas revu son pays natal depuis 38 ans. Malgré ses labeurs incessants, Maître Farel n’a jamais oublié le lieu de sa naissance, les Alpes françaises. Depuis l’époque où, après avoir quitté Meaux, Farel prêche en Dauphiné, plusieurs de ceux qui l’ont entendu, se sont employés à faire connaître la Parole de Dieu dans leurs contrées. En outre, Farel envoie fréquemment dans son pays des colporteurs qui répandent des Bibles en français et dont les efforts n’ont pas été vains, grâce a Dieu. Enfin, il a formé quelques pasteurs suisses, et les a envoyé dans le Dauphiné.

D’ailleurs, les autres compatriotes du réformateur ne l’oublient pas. En 1560, quelques délégués arrivent de Gap à Neuchâtel et le supplient de venir les visiter encore une fois. Les protestants sont de plus en plus nombreux dans le Gapençais. Il entreprend alors un dangereux voyage. Le vieillard part avec une Bible et le bâton à la main. Peu après, il délivre la  bonne parole, comme au temps de sa jeunesse, dans ses montagnes natales. Il passe par Grenoble, où il fortifie les frères de cette église et amène de Genève le pasteur Eynard Pichon.

Maître Farel prêche d’abord dans un moulin à côté de Gap, appelé à cette époque de Burle, situé de l’autre côté de l’église des Cordeliers, hors de l’enceinte des murailles de la ville. A partir du 8 octobre 1561, c’est dans une maison d’école qu’il prêche.

N’y tenant plus, il rentre à Gap de nuit, le 15 novembre, un samedi et immédiatement les réformés, enhardis par sa présence, se concertent et se procurent la clé de la chapelle de Sainte-Colombe, située hors des remparts, non loin de la porte de ce nom. Le chanoine leur délivre volontiers. Le lendemain, un dimanche, Farel s’introduit dans la chapelle, y prêche les portes ouvertes. Non seulement les protestants, mais des curieux en grand nombre, accourent pour l'entendre. La foule est plus grande au dehors qu'à l'intérieur. Les consuls, craignant que l'ordre ne soit troublé, somment alors le juge épiscopal de prendre des mesures de police en conséquence, ce qu'il fait aussitôt… aucun incident tumultueux ne se produit.

Juvenis écrit : Farel qui n’avait pas eu encore l’asseurance de semer ouvertement sa fausse doctrine en son pays se hazarda de prescher publiquement le 16 et 17 novembre du mesme an (1561), dans la chapelle de Sainte-Colombe de cette ville.

Pendant un certain temps, il prêche sur la Place du marché à Gap. Ses auditeurs lui demandent ensuite de le refaire dans une église. Le gouverneur défend alors de prêcher ailleurs que dans des maisons particulières. Mais, l’église Sainte-Colombe est le seul local assez vaste pour contenir la foule. Donc, Farel continue les réunions dans cet édifice.

Le procureur du Roi reçoit l’ordre de faire saisir ce prédicant rebelle. mais le procureur est un de ceux qui ont cru à l'Evangile. Il refuse d’arrêter Farel. Il lui lit le texte de l'édit de juillet 1561 interdisant les assemblées religieuses sous peine de bannissement et de mort, lui demande qui l'avait appelé à Gap et lui enjoigne de s'abstenir de toute manifestation extérieure jusqu'à ce que le parlement de Grenoble et le gouverneur du Dauphiné, auxquels on avait écrit, répondent.

Maître Farel refuse de dénoncer ceux qui l'avaient fait venir. Il affirme que l'intention du roi n'est point d'interdire le culte réformé; qu'à Lyon et dans beaucoup d'autres villes les prédications protestantes sont tolérées, et qu'au surplus, tant qu'il y aura deux auditeurs, il restera à Gap, dût-il souffrir la mort. Il demande en attendant la décision du parlement et du gouverneur La Motte-Grondin, à ne point suspendre ses assemblées. Le bailli ne s'explique pas à cet égard, mais il le fait reconduire avec honneur, sans lui faire aucune menace.

Guillaume parle avec une éloquence ardente et passionnée, ce qui produit assez rapidement une impression profonde sur une partie des magistrats. Leurs convictions en sont ébranlées.

Le jeudi 20 novembre, Farel baptise un enfant suivant les rites réformés. Les jours suivants, tout est calme. Le dimanche 23 novembre, il fait une exhortation le matin et une autre l'après-midi. La seconde est interrompue par le son des trompettes municipales et la voix du crieur public ordonnant de par le roi, de cesser toute assemblée non autorisée et de restituer à qui de droit les édifices religieux dont on s'est emparé. Pendant trois jours les mêmes publications ont lieu sans que les réformés en tiennent aucun compte. Enfin, le 26 novembre, au moment où ils va s'introduire dans la chapelle Sainte-Colombe, un huissier du bailliage, debout sur la porte et une baguette à la main, leur en interdit l'entrée.

La Motte-Grondin est pendu lors de la prise de Valence en 1563
La Motte-Grondin est pendu lors de la prise de Valence en 1563
© Jean-Jacques Perissin
Gravure ancienne
Farel se rend aussitôt chez le bailli. Ce magistrat lui montre des lettres du parlement lui traçant la conduite à suivre et le somme d'obéir. Le ministre huguenot, à son tour, exige qu'il lui soit délivré une copie de ce document. Cependant, comme son absence se prolonge, les réformés inquiets se rendent en tumulte chez le magistrat, craignant qu'il n'est ordonné d'emprisonner leur ministre, et lui demandent d'un air menaçant s'il veut faire naître une sédition. Il proteste que telle n'était point son intention, mais qu'il est obligé de faire exécuter les ordres qu'il a reçus. Cependant, il propose d'écrire encore une fois au gouvernement du Dauphiné pour avoir des instructions plus précises. La Motte-Gondrin, c'est le nom de ce gouverneur, s'en réfère simplement, dans sa réponse, à ses instructions antérieures.

Les protestants consentent alors à restituer la chapelle de Sainte-Colombe à l'autorité ecclésiastique et installent provisoirement leur prêche dans une maison de la rue Escoffière (du Centre) qui appartient à Louise et Françoise de Beauvais, femmes de Claude et Gautier Farel. Guillaume Farel prend pour adjoint et collaborateur Pierre Reynaud, qui a fait ses études à Lausanne.

Mais, La Motte-Grondin, le Lieutenant-général, l’accuse de rébellion et de désobéissance et on le jette en prison, en février 1562.

Grâce au concours de quelques amis qui l’avoient mis dans une corbeille et descendu en bas par une fenestre de la prison qui estoit dans la muraille de la ville. Guillaume parvient à s’échapper en trompant la vigilance des gardes. Il quitte Gap, bien décidé à y revenir rapidement.

Furmeyer, son cousin, avec deux amis, le 25 avril 1562, vont pendre La Motte-Grondin à la fenêtre de son hôtel. Le peuple applaudit, ce Lieutenant-général ayant fait assassiner des dizaines de paysans sur un marché par ses soldats.

 

Gap, ville huguenote

 

François de Bonne, duc de Lesdiguières
François de Bonne, duc de Lesdiguières
Château de Vizille
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Mais revenons à Gap, croyant avoir gagné, les catholiques font que la paix n’est plus troublée et les deux communions ennemies vivent assez paisiblement côte à côte, deux mois. Grâce à cette liberté relative, le protestantisme fait alors à Gap de grands progrès. L' « impunité » lui assure le succès, écrit de cette période-là, Joseph Roman..

Parmi les conquêtes du protestantisme à Gap à cette époque, deux surtout ont une grande influence sur les événements qui suivent, celle de l'évêque Gabriel de Clermont et surtout celle de Jacques de Rambaud, prévôt du Chapitre.

La famille de Clermont en haine avec celle des Guise, penche fortement vers la réforme. Antoine de Clermont, gouverneur du Dauphiné et frère de l'évêque de Gap, a été remplacé comme suspect.  Sa charge a été donnée à la Motte-Gondrin. Julien de Clermont, seigneur de Thoury, un autre de ses frères, a publiquement embrassé la réforme. Louise, leur sœur, est femme d'Antoine de Crussol, l'un des chefs du parti protestant. Il n'est pas douteux que l'évêque de Gap, lui aussi, ne soit devenu protestant avant 1562. Il s'empresse de rejeter des dogmes et des sacrements qui sont pour lui une gêne et une condamnation.

L’année suivante, Farel reparaît dans les montagnes du Dauphiné. Les réformés viennent de recevoir la permission de se réunir en plein air, pourvu que les officiers du roi soient présents. Parmi l’auditoire se trouve le vieil évêque de Gap, Gabriel de Clermont. Un prêtre qui a écrit l’histoire de ces temps-là, nous dit qu’à la fin d’un des sermons, ce vieillard se lève, et jetant à terre la mitre et la crosse, qu’il a portées pendant trente cinq ans, il les foule aux pieds, déclarant qu’il veut suivre le Seigneur Jésus avec Maître Farel. L'apostasie de l'évêque de Gap a pour résultat de mettre le désarroi dans le clergé de son diocèse.

Mais bien autrement importante par ses conséquences est celle du prévôt du Chapitre de Saint-Arnoulx, Jacques de Rambaud de Furmeyer. Cet ecclésiastique est frère d'Antoine de Rambaud, seigneur de Furmeyer et de Montgardin, homme de guerre fort distingué, qui s'est brillamment conduit, sous les ordres du maréchal de Brissac, en Italie [2]. Tous deux sont parents rapprochés de Farel, tous deux se font protestants. Le Chapitre ne peut admettre que l'un de ses principaux dignitaires soit hérétique. Le 22 avril 1562, il chasse Jacques de Rambaud et élit à sa place comme prévôt, Barthélemy Martin.

Jacques se retire, plein de colère, auprès de son frère, qui lui ayant promis de venger son affront ne perd pas de temps, rassemble en toute hâte ses amis et sa famille, et dix jours plus tard, se jette sur Gap avec une troupe de protestants armés. Rien n'a été préparé pour résister à une agression aussi imprévue, les assaillants trouvent les portes de la ville ouvertes, ils n'ont que la peine d'entrer.

Le 2 mai 1562, Guillaume Farel rentre dans la ville où il avait connu la prison, en chantant de sa voix rauque le triomphe des huguenots. Il insulte tout ceux qui l’ont fait condamner. Il laisse le Vibailli mourir auprès des siens, mais il reprend avec ardeur le cours de ses prédications interrompues par la force.

Les prêtres sont chassés, le trésor de la cathédrale pillé et l'on s'acharne contre les monuments ecclésiastiques avec une fureur extraordinaire. Le couvent des Cordeliers, les prieurés de Saint-André et de Saint-Arey, le palais épiscopal situé alors, derrière la cathédrale, et la maison du Chapitre, tombent sous le marteau des démolisseurs. Les consuls catholiques sont remplacés d'autorité par des protestants, les bourgeois catholiques les plus en vue s'enfuient à Embrun. Mais la ville n'est pas brûlée par le capitaine Furmeyer,, comme l'affirme sans preuve et pour la première fois depuis 450 ans un prélat du pape.

Les protestants établissent une église sous la direction du pasteur Blanchard et l’ensemble des notables demandent par une lettre signée de Furmeyer, des Consuls, anciens et députés de Gap et signé du Coing, que cela soit à vie aux protestants suisses.

La prise de la ville répand la terreur dans la contrée chez les catholiques. Tallard et toutes les places voisines de Gap tombent sans coup férir entre les mains des capitaines réformés, qui se partagent les terres épiscopales, les bénéfices, les prieurés. Plusieurs sont restitués au milieu du XVIIe siècle seulement, écrit Roman.

 Le capitaine Antoine de Furmeyer, en présidant à ces destructions, veut, sans doute, venger ce qu'il considère comme une offense à sa famille, mais il obéit aussi à un mot d'ordre : les protestants se sont soulevés dans la France entière. Partout les catholiques, pris au dépourvu, ont dû céder à la force et le baron des Adrets est maître de tout le Dauphiné ou peut s'en faut.

Mais, les Huguenots sont nettement inférieurs en nombre et cette victoire n’est donc pas de bien longue durée. A Gap, ils se voient menacés de toutes parts, car le Grésivaudan, le Briançonnais, l’Embrunois et la Provence sont au pouvoir des catholiques. L’ennemi approche. Sisteron, sans secours, tombe. Tallard, sans défenseur ou presque, est prise.

Le 24 septembre 1562, à 10 heures du soir, 400 hommes, femmes et enfants quittent la ville et se réfugient d’abord à Corps, où ils rencontrent le capitaine Furmeyer qui s’y est réfugié après la bataille de Lagrand. Ceux qui sont restés connaissent les pires tortures. La foule les déchire. Quelques catholiques qui ont parlé de tolérance connaissent le même sort. La  populace et les bourgeois, après ce bain de sang, pillent les maisons de leurs victimes, puis le calme revenu, les plus riches confisquent les biens des proscrits  à leur profit.

 

MORT DE MAÎTRE FAREL

 

Gravure ancienne représentant Guillaume Farel et Jean Calvin conversant à Genève du temps de la révolution religieuse du XVIe s..
Gravure ancienne représentant Guillaume Farel et Jean Calvin conversant à Genève du temps de la révolution religieuse du XVIe s..
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
De longues marches attendent Furmeyer et Farel.

L’un remporte victoires sur victoires, ou se replie face à un ennemi toujours supérieur en nombre. Il devient  Gouverneur des Montagnes pour les protestants, mais finit lâchement assassiné aux Césaris. Sa maison, à Gap, est détruite par les papistes. Il est remplacé dans ses fonctions par son cousin Lesdiguières.

L’autre réussit à rejoindre la Suisse, à l’époque terre de liberté et d’accueil pour les réformés.

L’évêque de Gap, Gabriel de Clermont,  les accompagne un bout de chemin, puis, avant le mois de mai 1562, il se retire paisiblement dans son château de Selles, en Berry, d'où il entretient une active correspondance d'affaires avec des membres du clergé et des notaires de Gap. Il y prend toujours le titre d'évêque. Il se marie et vit paisiblement avec sa famille.  Le pape ordonne en 1563, de lui faire son procès, comme aux autres évêques apostats. Mais, comme il se tient tranquille et loin de son diocèse, il recule devant un scandale inutile et lui permet de toucher pendant dix ans encore les revenus de son évêché. Il n'a de successeur qu'à la fin de 1571.

Jacques de Rambaud à la mort de son frère Antoine, prend le titre de Capitaine Furmeyer. Il se bat avec Lesdiguières et négocie avec le roi pour le compte du futur Henri IV.

Le 13 septembre 1565, à l’âge de soixante seize ans, Guillaume Farel meurt, quinze mois après Calvin. Son corps repose dans le cimetière de Neuchâtel, mais personne ne sait plus où est sa tombe. Un gardien a répondu à un ami que :  Dieu le savait et qu’il l’ouvrirait le jour venu.

Un pasteur protestant qui s’occupe de lui raconte que « ceux qui visitèrent Farel pendant sa dernière maladie, eurent un avant goût du ciel qu’ils ne purent jamais oublier. Ils s’en retournèrent donnant gloire à Dieu, c’est ainsi que le pieux évangéliste fut encore utile, par sa mort édifiante, aux intérêts de la cause qu’il avait si fidèlement servie. »

En 1577, Gap est à nouveau protestante pour plusieurs années. Ceux-ci achètent à Aubert de Champoléon un édifice pour trois cents livres et le transforment en temple.

Le 2 mai 1681, les huguenots sont exclus des charges municipales et du Conseil de la ville de Gap. D’ailleurs, dès la mort d’Henri IV, les protestants finissent assassinés, exilés, aux galères… La grande masse se convertit pour pouvoir vivre, travailler, occuper des fonctions administratives ou politiques. A l’époque, un protestant ne peut pas être officier dans les armées du Roi (sauf s’il est étranger).

Partie centrale du monument international de la Réformation à Genève. Farel est à la gauche de Calvin.
Partie centrale du monument international de la Réformation à Genève. Farel est à la gauche de Calvin.
© Massimo Macconi
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ginevra1.JPG
Le 11 juillet 1685, Monseigneur d’Hervé, évêque de Gap, ordonne la destruction de neuf temples sur douze dans le Gapençais. Trois jours plus tard, un ordre de Louis XIV ordonne la destruction de tous les temples dans les villes, dont celui de Gap.

Les prêtres font des récits mensongers des guerres où les victimes deviennent les responsables de la plupart des crimes. Les Farel ne pourront jamais revenir. Un des leurs se retrouve aux galères Le petit château des Rambaud est rasé.

Par contre, à Gap, l’une des plus importantes artères porte le nom de Guillaume Farel. En Suisse et dans tous les pays protestant, Guillaume Farel est considéré comme l’un des pères de la Réforme avec Martin Luther, Calvin, de Bèze… Et, Farel est considéré en France, comme un fixateur de la langue française. En Suisse, on se souvient qu’il est à l’origine de la proclamation de la République.

 

Ses œuvres principales sont :

  • Summaire briefve déclaration d'auscuns lieux fort nécessaires à ung chrestien (1525) ;
  • Maniere et Fasson qu'on tient en baillant le Saint Baptême (1533) ;
  • Lettres d'aucuns grands troubles advenus à Genève (1534) ;
  • Épître exhortatoire (1542) ;
  • le Glaive de la Parole (1550).

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

1. Guillaume Farel - 1489-1565- Biographie Nouvelle, Collectif, Slatkine.

2. Histoire de la ville de Gap, [Collection] Rediviva, Joseph Roman, Lacour, 2002, p.89.

3. Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, Société d'études des Hautes-Alpes (Gap), 1908/01.

4. Jean Grodidier des Mathons, Armorial Haut-Alpin, Mémoires et documents, Versailles.

 

Joseph Roman, Histoire de la ville de Gap, Gap 1892, réédité par Laffitte Reprints, Marseille, 1973

Roman, Joseph : Etat ecclésiastique administratif et féodal antérieur à 1789, histoire, biographie, bibliographie de chacune des communes qui le composent (1887-1890)

Dictionnaire topographique du département des Hautes-Alpes comprenant les noms de lieu anciens et modernes  / réd. par M. J. Roman,... Edition de Paris : Impr. nationale, 1884

Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières . vol. 1/2/3  / publiés sur les manuscrits originaux par le Comte Douglas et J. Roman,...Edition de Grenoble : impr. de E. Allier, 1878-1884 (Documents historiques inédits pour servir à l'histoire du Dauphiné)

Inventaire et analyse des documents du Moyen âge relatifs au Haut-Dauphiné / par J. Joseph -Hippolyte Roman,...Edition de Paris : A. Picard, 1887-1890

Ch. Charronnet, « Les guerres de religion et la société protestante dans les Hautes-Alpes (1560-1789) », Gap Typographie de P. Jouglard, 1861, réédité par la Librairie des Hautes-Alpes, place Jean Marcellin à Gap

Histoire de Serres et des Serrois  par Jean Imbert  1966 (réédité par Res Universis en 1993)

Les Hautes-Alpes. Ephémérides pour servir à l’histoire de département  par l’ Abbé M.E. Gaillaud 1874 (réédité par Res Universis en 1993)

Histoire du Dauphiné, par Chorier

Histoire du Connestable de Lesdiguières  par Louis Videl.

Bayle. Dictionnaire historique et critique. Tome sixième. [Drabicius-Furius] / Pierre Bayle

Paris : AUPELF : France-Expansion, cop. 1973 (Archives de la linguistique française ; 30-6). Reprod. de l'éd. de Paris : Desoer, 1820

 

Et surtout :

Histoire des protestants du Dauphiné/Volume premier : Etablissement de la Réforme en Dauphiné et guerre de religion (1522-1598) par E. Arnaud, Pasteur réédité par Thierry Davin Libraire-Editeur

 

Remerciements :

Je remercie le pasteur Richard Riesen qui m’as permis de reprendre en partie ses passionnants textes sur Guillaume Farel.

En grand remerciement aussi à Monsieur Denys Faure, spécialiste de l’histoire et la généalogie des vieilles familles du Dauphiné et de la Provence qui m’aide dans mes recherches de l’an 1000 à 1600.

Sans oublier, l’équipe des Archives départementales des Hautes-Alpes.