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Juriste, député, homme d'affaires...
George Russell de Swallowfield est né le 23 août 1828, au château de Swallowfield Park, ancienne demeure royale, et meurt à Londres le 7 mars 1898.
Fils de Henri II Russell, Sir George Russell est d’abord Barrister (= avocat plaidant) à Lincoln en 1853, puis Recorder (= juriste) de Wokingham. Le New York Times, le lendemain de sa mort, nous dit que Sir George est également, de 1874 à 1885, juge à la County Court (= tribunal régional), puis député pour le parti conservateur de Wokingham dès 1885. Il est le président de trois compagnies de chemin de fer en Argentine, au Costa Rica et au Venezuela[1], puis de la South-Eastern Railway Company en 1895[2]. Quatrième baronnet de Swallowfield à la mort de son frère aîné, il épouse Constance Lennox (1832-1925), le 5 mars 1867. Elle est la petite-fille du duc et de la duchesse de Richmond. Elle va devenir une historienne et écrivaine célèbre en son temps. Sir George Russell Bart. est un ami de Wilkie Collins, de Charles Dickens, William Makepeace Thackeray, Collins, du caricaturiste John Leech, du peintre Millais et un proche de la romancière Mary Russell Mitford (1787-1855). Il est aussi nommé , en 1886, l'un des Court of Referees et Governor of Wellington College.
Les Russell de Swallowfield, dans le Comté de Berkshire, sont admis dans la baronnie du Royaume-Uni le 10 décembre 1812.
Henry Russell (1751-1836), son grand-père, est le Président de la Cour Suprême du Bengale[3] et est admis au Conseil Privé du roi (Privy Council) en 1816. Sa grand-mère est la soeur du comte Charles Whitworth (1752-1825), important diplomate et homme politique anglais.
Son père, Henri II Russell, est le deuxième baronnet et le British Résident de l'État princier autonome d'Hyderabad. Sa mère, Marie Clotilde Mottet de La Fontaine (1793-1872), est la fille du baron Benoît Mottet de La Fontaine, une descendante des Mottet. Elle est la belle-sœur du général John Doveton. Clotilde Mottet de La Fontaine a écrit le manuscrit de Swallowfield and its owners, que sa belle-fille Constance Charlotte Eliza Gordon-Lennox (1832-1925) va corriger et faire éditer.Sa tante est la mère de William Frederick Foxcroft Jones. Son frère aîné, Charles Russell (1823-1883) est le troisième baronnet. Cet ancien lieutenant-colonel représente le Berkshire et Westminster à la Chambre des communes comme député conservateur. Ses exploits militaires lui valent la Victoria Cross et de nombreuses autres médailles. Sa sœur Anna ne se marie pas et vit au château avec sa mère qui meurt assez âgée en 1872. Son autre sœur, Priscilla Russell (1830-1924) épouse le 25 avril 1865 George Brackenbury (1827-1895), un diplomate qui écrit deux livres sur la guerre de Crimée[4].
Les Russells sont alliés avec les Whitworths de Leybourne, (déjà mentionné); les Metcalfes, les Baronnets de Fern Hill; les Perys, les comtes de Limerick, les Greenes de Slyne...
Comme l’écrit le New York Times du 5 mai 1900, Swallowfield Park est une ancienne demeure royale. Entre ses murs ont vécu de nombreux princes et princesses d’Angleterre et même des rois. Sa mère, pourtant née Française, écrit Swallowfield and its owners. Elle se passionne pour la vie de ses anciennes propriétaires. Le quotidien new-yorkais cite les noms de Katharine (1253-1257), fille d’Henry III et des célèbres six femmes d’Henry VIII.
Son père, Sir Henri II Russell Bt, s’est enrichi aux Indes et ses anciennes fonctions font qu’ils fréquentent la meilleure société. George et sa famille voyagent beaucoup. Les enfants Russell deviennent les amis de Wilkie Collins (1824-1889) en Italie, alors que leurs parents visitent ensemble ce pays. Cette amitié ne va pas être éphémère. Mary Russell Mitford constate dans ses écrits que Wilkie Collins séjournait très souvent chez les Russells au château de Swallowfield. Il va devenir aussi l’ami de Constance Lennox, la future Lady George Russell.
George Russell fait des études à Eton, comme son frère Charles, mais également à Exeter College[5], à Oxford. Avocat en 1850, il est formé à la à Lincoln's Inn, l'une des quatre Inns of Court (= auberges de la cour), en 1853. Sir George Russel devient rapidement un juriste célèbre. Son frère par contre choisit de devenir officier.En 1852, à la mort de leur père, Henri II Russell, ils héritent entre autres de la baronnie qui rapporte 3.000 £ par an[1]. Il est à noter qu'à l'époque, 3.000 livres sterling correspondent à 72.000 francs français. Avec cette somme l’on peut acheter près de Paris un petit château avec des communs et une centaine d’hectares (ou pour le même prix deux ou trois propriétés équivalentes dans les campagnes éloignées des villes).
George Russell est nommé Recorder de Wokingham en 1862. Londres n’est pas très éloignée de cette ville et il y séjourne fréquemment. George devient l’ami de Charles Dickens, qui lui écrit une lettre le 1er mai 1863, pour le féliciter de ses succès, fruits de son labeur. Les deux hommes font partie des mêmes clubs et s’intéressent tous les deux aux mêmes choses, l’éducation, la culture, l’aide aux artistes, réformer le Garrick Club, pour qu’il devienne le lieu de rendez-vous des écrivains… Dickens emploie ce mot français certainement pour faire plaisir à son ami George, dont la mère était née Mottet. Au Garrick Club George Russell attribue un prix à Charles Dickens. Ce dernier lui écrit très souvent[6].
George Russell vit avec Constance Charlotte Eliza Gordon-Lennox (1832-1925) sans être marié pendant bien des années. Sa compagne va s’occuper de sa vieille mère et reprendre ses écrits sur Swallowfield et les éditer. Ils vont devenir les amis de Mary Russell Mitford (1787-1855). Depuis bien des années cette femme écrivain célèbre aime ses jeunes ducs diplômés d’Eton. Mary Russell Mitford nous dit que Clotilde Mottet de La Fontaine, la dame du manoir, aime les vieilles traditions. Elle écrit pour transmettre tous ses souvenirs à ses enfants. Mary est bonne avec la vieille femme. Et Clotilde lui apporte parfois des fleurs d'acacia. Mary écrit que ces jours là un souffle embaumé d'été envahit alors sa maison. Swallowfield Park plaît à cette écrivaine âgée,car elle la trouve très britanniques et voit apparaître au milieu des murs, des salles, des beaux arbres vieux et centenaires, tous les personnages qui firent sa grandeur ou connurent des tragédies. Elle rappelle au lecteur dans Our Village que le manoir a été un cadeau d'Henry VIII d'Angleterre à toutes ses femmes.Nous comprenons aussi mieux en lisant Mary Russell Mitford les idées que se font les Anglais du deuxième Bonaparte. Lors d’une soirée à Swallowfield Park, nous retrouvons l’écrivaine avec Constance et un ami en train de manger un excellent pâté en croûte de gibier. C’est une soirée entre amis, à laquelle la politique donne un soupçon d’intérêt. Le sujet de toutes les conversations est le futur Napoléon III que la vielle dame a bien connu. Louis Napoléon, exilé en Angleterre, a été son protégé. Le même individu devenu empereur Paris l’a à peine reconnue à l'hôtel de Ville. Ce jour-là désirant rencontrer son ancien protégé elle fait plusieurs tentatives pour qu’il la voie. Il l’avait bien vue, mais faisait exprès de l’éviter. De ce fait, elle va le voir et il lui dit :
Ah, Madame, depuis quand êtes-vous Paris… quinze jours ?
Elle lui répond tranquillement :
Et vous ?
Mary Russell Mitford ne parle pas que de politique. Elle nous montre une Constance Lennox conduisant à toute allure un phaëton pour aller à sa rencontre et les frères Russell dressant un pur-sang arabe blanc... Tout cela est finalement presque banal. Mais elle les voie comme ses bienfaiteurs. Il est vrai que la famille Russel est d’une grande générosité avec cette pauvre femme, descendante des Bedford par sa mère, mais dont le père a gaspillé la dot et son héritage. Enfant elle a été élevé par des émigrés français. Les Russell l’invitent à déjeuner régulièrement, notamment avec leurs amis William Makepeace Thackeray, Wilkie Collins, le caricaturiste John Leech, le peintre Millais ou Charles Dickens. Ils l’aident à écrire et surtout vendre ses merveilleux livres, qui font revivre les campagnes heureuses de l’Angleterre du XIXe siècle, d’où des gentlemen et parfois de simples fermiers partent dominer le monde. Avec Dickens, la conversation porte souvent sur Walter Scott et Don Quichotte.
En 1853, Mary Russell Mitford a un accident sérieux en menant son attelage dans le parc du château de Swallowfield. Le chariot s'est retourné sur la vieille dame et elle a une paralysie partielle. Elle vit encore deux ans, abandonnée de tous. Elle ne reçoit la visite que de Madame Clotilde Mottet de La Fontaine et sa famille. Pendant trente quatre elle a été leur amie.
En 1858 Sir George Russell part aux États-Unis, porteur de lettres d'introduction de son ami Charles Kingsley et d'autres écrivains. En conséquence, durant son séjour à Boston, il fait la connaissance de nombreux Américains célèbres, comme Dana, Emerson, Hawthorne, Longfellow, Russell Lowell, Motley, Prescott, ou Oliver Wendell Holmes.
George Russell se marie avec Constance Charlotte Eliza Gordon-Lennox, le 5 mars 1867, dans la paroisse Saint James de Westminster[7]. A l’époque il est à cette époque juge des Derbyshire County Courts. Il va rester à poste jusqu'en 1874. George et Constance vivent selon un recensement du 3 avril 1871 avec sa famille et cinq domestiques au 23 Wilton Place Belgrave, St George Hanover Square, à Londres. Mais ils séjournent souvent à Swallowfield. C'est là que na finir ses jours et être enterré Bumble, le chien de Charles Dickens, leur ami, décédé en 1870.Sir George est juge à East Kent Circuit de 1874 à 1885. Un autre recensement (1881) nous dit qu’il vit avec sa famille, son frère et huit domestiques à cette époque au 19 Clifton Crescent, à Folkestone, dans le Kent. Ses fonctions juridiques sont très prenantes. Il doit traiter des milliers d'affaires tous les ans. Ses qualités font que ses collègues, les avocats, les notaires... font une pétition pour qu'il ne soit pas déplacé. C'est attitude sans précédent dans l'histoire des tribunaux civils britanniques. George Russell devient le quatrième baronnet Russell de Swallowfield à la mort de son frère en 1883. En 1885, il prend sa retraite de ses activités de juge. Mais il a l'honneur de devenir l'un des Court of Referees.
Dès 1885, Sir George est nommé président de trois compagnies de chemin de fer en Argentine, au Costa Rica et au Venezuela. De 1889 à 1895, il dirige après son frère la Great Western Railway[8]. Puis il est nommé au poste important de président de la South-Eastern Railway Company en 1895, société qu’il redynamise et dans laquelle il mène une autre politique que ses prédécesseurs. En 1896, il rencontre avec ses directeurs et ses cadres les responsables du monde agricole et organise avec eux le transport des productions des campagnes vers les villes [8]. Russell participe financièrement aux grands travaux pour faire du port de Folkestone un port moderne et modernise ou allonge aussi ses lignes ferroviaires.
George, devenu un juge célèbre, demande au parti Conservateur de soutenir sa candidature aux élections législatives de 1885 dans la circonscription Berkshire-est. Les membres du parti l'accueillent chaleureusement. Il va être élu et réélu député. La qualité de son travail de parlementaire, son sens de la répartie et son humour deviennent rapidement connus de tous. Sir George est réélu Deputy Lieutenant pour Berks en 1892 avec un grand nombre de voix et en 1895 ses opposants renoncent à se présenter faute de soutiens. A la même époque il est nommé Governor of Wellington College.Mais début mars Sir George Russell Bt ne peut accompagner, comme il en a l’habitude, le Prince de Galles, le futur Édouard VII (1841-1910) qui se rend Paris. Il est malade, souffre principalement de la gorge. Il meurt quelques jours après, le 7 mars 1898, à 3 heures hier après-midi, dans sa résidence londonienne au 16 Sloane Gardens, à Chelsea. Il est inhumé dans la chapelle familiale de la paroisse d’All Saints Church, à Swallowfield.
Constance Charlotte Eliza Gordon-Lennox est plus connue sous le nom de Constance Lennox ou Lennox-Russell, en tant qu’écrivain et collectionneuse de minéraux. Lady Russell collectionne également les œuvres d’un certain nombre de pastellistes représentant des membres de sa famille ou de celle de son mari. Ses toiles ont fait en partie l’objet d’une vente importante chez Christie's, en 1972, notamment de Liotard, Lady Coventry, Gunning et Mrs Travers mais aussi Mrs Travers, Hamilton (Argyll) et de Read Ancaster et Campbell.
Le nom de Gordon-Lennox vient du mariage de son grand-père Charles Lennox (1764-1819), 4e duc de Richmond et de Lennox avec Charlotte Gordon, fille d'Alexander Gordon, 4e duc Gordon. Constance est la descendante du roi Charles II d’Angleterre et de Louise Renée de Penancoët de Keroual .
George Russell et Constance Charlotte Eliza Gordon-Lennox sont les parents de :
1. The English and colonial bars in the nineteenth century, Daniel Duman, Routledge, 1983, p.161.
2. The parliamentary debates, Great Britain. Parliament, Reuter's Telegram Co., 1899.
3. All in due time: the collected essays and broadcast talks of Humphry House, Essay Index Reprint Series, Humphry House, Ayer Publishing, 1972, p.588.
4. Plantagenet Roll of the Blood Royal: The Clarence Volume, Containing the Descendants of George, Duke of Clarence, Marquis of Ruvigny & Raineva, Genealogical Pub Co, 1994, p.549.
5. Who's Who of British Members of Parliament: Volume I 1832-1885, Michael Stenton, Stephen Lees (The Harvester Press 1976).
6. Volume 10 de The Letters of Charles Dickens, Graham Storey, British Academy, Charles Dickens, Madeline House, Graham Storey, Kathleen Tillotson, Oxford University Press, 1998.
7. Almanach de Gotha : contenant diverses connaissances curieuses et utiles pour l'année ..., Almanach de Gotha Ltd (London), 1764-2004, 1903, p.437/439.
8. The Investors review, Volume 7, Morecross, v.7, p.145
9. Agricultural organisation: its rise, principles and practice abroad and at home, Edwin A. Pratt, P.S. King, 1912, p.141.
Guy de Rambaud, Maison des Mottet (manuscrit)
Guy de Rambaud, Pour l’amour du Dauphin, Anovi 2005, ISBN : 2-91418-02-5, biographie d'Agathe de Rambaud.
M. Rougé : Évocation de l'Inde d'autrefois : A propos de la tombe d'Edouard et Georgina Mottet de La Fontaine au cimetière de Dinan.
Swallowfield and its owners, Constance Charlotte Elisa Lennox Russell (Lady.), Longmans, Green, and co., 1901
Three generations of fascinating women and other sketches from family history, Constance Charlotte Elisa Lennox Russell (Lady.), Longmans, Green, 1904
Collection Level Description: Papers of the Russell Family of Swallowfield, Berkshire
Warren, Comte Édouard de, L'Inde anglaise avant et après l'insurrection de 1857, Paris, Hachette et Cie, 1858, 2 vol. ou réédition Kailash en 1994.
The Russell of Swallowfield Archives