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Loi de partage des terres indiennes en propriétés privées
La loi de partage des terres tribales en propriétés privées, votée par le Congrès en 1887, prévoyait d’attribuer une petite ferme à chaque famille indienne afin de transformer les Indiens nomades en agriculteurs, bons citoyens et bons chrétiens. Les terres non-loties devaient être ouvertes à l’installation des colons.
La loi adoptée le 4 février 1887 par le Congrès américain sur proposition du sénateur Henry L. Dawes décide le partage des terres des réserves indiennes en propriétés privées entre les membres de la tribu.
La principale disposition de la loi est l’attribution à chaque chef de famille d’un lot d’une soixantaine d’hectares en toute propriété, les célibataires n’en recevant que la moitié.
L’autre disposition importante prévoit que les terres qui, après les opérations de lotissement, se trouveront en surplus seront "restituées au domaine public" et vendues par l’Etat à des colons blancs.
Pour répondre à ceux qui dénoncent cette loi comme un vol pur et simple et une violation des traités indiens, il est prévu que chaque Indien pourra choisir son lot et que les sommes recueillies par la vente des surplus seront utilisées "au profit des Indiens", c’est-à-dire à l’achat de matériel agricole pour les aider à exploiter leurs fermes, ainsi qu’à l’installation de missions et d’écoles destinées à les assimiler à la culture blanche.
Dans le cas où les Indiens mettraient de la mauvaise volonté à prendre leurs lots, bloquant ainsi le processus, des attributions forcées seront faites au bout d’un certain temps. C’est ce qui s’est produit pour les Utes du Nord en Utah.
La loi recommandait de ne pas attribuer aux Indiens des lots voisins. On redoutait une reconstitution des clans familiaux. Elle prévoyait de séparer des lots indiens par des parcelles occupées par des Blancs "chrétiens et de bonne réputation" qui donneraient aux Indiens des leçons d’agriculture et de civilisation. La loi avait prévu qu’au moment où un Indien prendrait possession de son lot, il deviendrait citoyen américain.
Pourtant, les Indiens ont montré une grande réticence à profiter de ces dispositions. A la fin du XIXè siècle, moins d’un Indien sur quatre avait pris possession de son lot. Les Indiens refusaient de briser leurs liens tribaux et familiaux et d’abandonner leur relation avec la terre qu’ils avaient toujours considérée comme un bien collectif. Par cette résistance passive, certaines tribus ont réussi à différer et souvent à bloquer le processus destiné à les détruire.
Sur les réserves lakotas où l’opposition au lotissement est très forte, le partage des terres a pu être retardé. L’agent du gouvernement chargé de la réserve de Pine Ridge, au Dakota du Sud, souligne dans son rapport de 1883 que 90% des Oglalas y sont opposés parce que les terres sont impropres à l’agriculture et que les Indiens veulent continuer à pratiquer l’élevage extensif. Le partage des réserves lakotas commence en 1903. Il doit être interrompu sur la réserve de Cheyenne River en 1905 à cause des vives protestations des Indiens.
Les Hopis, en Arizona, résistent par tous les moyens au partage de leurs terres. La réserve des Cheyennes du Nord, une terre de pâturages, ne sera lotie qu’en 1931, trois ans seulement avant la Loi de Réorganisation Indienne qui aurait pu la sauver.
Le Congrès fait procéder en 1895 l’arpentage des terres des "Cinq Nations Civilisées" du Territoire Indien qui possèdent en commun de vastes territoires que convoitent les colons et les compagnies de chemin de fer. En 1898, il autorise le lotissement de leurs terres et ordonne la dissolution de leurs institutions politiques. En 1899, le lotissement des terres creeks commence, suivi par celui des terres cherokees. Des Cherokees de race pure demandent à recevoir des lots voisins. Cette tentative pour maintenir un semblant d’unité tribale est aussitôt repoussée.
En 1906, la loi est modifiée. Elle repousse l’accession à la citoyenneté, mais autorise les Indiens à vendre leurs propriétés. Les conséquences très négatives ne se font pas attendre. Bientôt, poussés par la misère, le découragement, trompés et intimidés par des Blancs sans scrupules, les Indiens commencent à vendre leurs parcelles. Des milliers d’Indiens se retrouvent ainsi privés de toutes ressources, des vagabonds dans leur propre pays.
La Loi de Lotissement des Terres Indiennes a eu pour conséquence une forte diminution de la surface des terres contrôlées par les Indiens, la faisant passer de cinquante-six millions d’hectares en 1887 à une trentaine de millions d’hectares en 1934, date à laquelle cette politique a été abandonnée.
La loi Dawes a été l’une des causes principales de la destruction des liens tribaux qui unissaient les Indiens et de la perte de leur culture.