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Frédéric Chopin

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Frédéric Chopin
Publié le:03/03/2010

À l'occasion du bicentenaire de la naissance du compositeur.


Appartenant à la Pologne par la nature de son art et par les sources de son inspiration, Frédéric Chopin est, en plein romantisme, un musicien d’esprit encore classique. Il a joué un rôle exceptionnel dans la formation de l’harmonie moderne et dans l’histoire du piano.

Le génie précoce

Fils de Nicolas Chopin, Français émigré en Pologne, Frédéric, qui prend, dès l’âge de 6 ans, ses premières leçons de musique avec sa mère polonaise, révèle sa virtuosité de pianiste et son génie de compositeur (Polonaise en si bémol mineur, 1826 ; Variations sur « Don Giovanni », 1827). À Berlin (1828) puis à Vienne (1829), il se gagne les faveurs de l’aristocratie. À 19 ans, il compose sa première Étude, après avoir entendu Paganini et par référence à Bach, son musicien préféré avec Mozart.

C’est en 1830 que Chopin décide de quitter la Pologne (« J'ai l'impression que je pars pour mourir »). Il se trouve en Allemagne lorsqu’il apprend l’échec de l’insurrection de Varsovie : comme le Scherzo en si mineur, son Étude en ut mineur, dite « la Révolutionnaire », sont sans doute les premières œuvres qui mettent la musique aussi directement au service d'une nation opprimée.

Choisissant de s’installer à Paris, où il arrive le 11 septembre 1831, Chopin mène une vie mondaine, entrecoupée de périodes de réclusion en raison des atteintes de la tuberculose. Il fait la connaissance de Camille Pleyel, qui le fournira en pianos toute sa vie. Il se lie à Liszt et à Berlioz, à Heine et à Musset. Surtout, il est accueilli dans les salons polonais. Il donne désormais des leçons et trouve parmi ses admiratrices, souvent bonnes musiciennes, de ferventes propagatrices de son œuvre.

L’hôte de Nohant

En dix-huit années de vie parisienne, Chopin se produira dans dix-neuf concerts, mais, en fait, il ne jouera en soliste que quatre fois seulement. En 1837, il se lie avec George Sand, qui l’emmène passer l’hiver de 1838 à Majorque. C’est là qu’il peaufine la plupart de ses Préludes – où l’on retrouve ses trois qualités essentielles : passion, lucidité, concision. La romancière l’invite ensuite dans sa maison de Nohant, en même temps que Liszt et Marie d'Agoult (à laquelle il dédie un cahier d’Études).

L’époque de Nohant est, pour Chopin, celle de la maturité (Sonate en si bémol mineur, 1839). Travailleur acharné, il remanie sans cesse ses partitions, témoigne George Sand. Lui qui n'a écrit que pour le piano (à l'exception d'un duo concertant et de ses 17 Lieder de jeunesse, publiés à titre posthume) revient une dernière fois à la musique de chambre (Sonate en sol mineur pour violoncelle et piano, 1845-1846). Au retour d’une tournée en Grande-Bretagne, le 24 novembre 1848, il lui reste moins d’un an à vivre. Selon son vœu, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, auprès de Bellini. Sur son cercueil, on jette la poignée de terre polonaise qu’il avait emportée en quittant son pays natal.  

Le phénomène Chopin

Dans l’œuvre de Chopin, la musique d'inspiration classique regroupe les 5 rondos, les 2 concertos, les 3 sonates (dont la 2e, dite « funèbre », avec sa célèbre marche) et les quatre cahiers de variations. La musique d'inspiration folklorique comprend 58 mazurkas et 16 polonaises (dont la complexe Polonaise-Fantaisie [1846]). Les partitions d’inspiration libre, marquées par un profond lyrisme, se composent des 21 Nocturnes (1827-1846), des 27 Études (1833, 1837, 1840), des 4 Impromptus (1834-1842), des 4 Scherzos (1835-1843), des 4 Ballades (1836-1842) et des 24 Préludes (1837-1838). À cet ensemble s’ajoutent des pièces diverses, comme ses Valses et son Boléro, sa Fantaisie en fa mineur (1841), sa Berceuse (1844) et sa Barcarolle (1846), que Ravel qualifiera de « mystérieuse apothéose ».

En vertu même des choix de Chopin – le piano contre l’orchestre, les petites formes contre l’opéra ou la symphonie –, on ne peut que s’étonner de la diffusion d’une œuvre qui est encore, dans le monde, l’une des plus jouées en concert – et l’une des plus enregistrées. Aux antipodes de la facilité, la véritable nature du musicien est tout entière dans les alternances dynamiques qui font passer de la sérénité à la violence. Génie multiple à la mesure d’« une nature intensément passionnée » (Liszt), qui le pousse à transcender ses fantasmes et ses drames personnels, Chopin annonce les bouleversements qu'apporteront Ravel et Debussy – pour lequel sa  musique est  « une des plus belles que l'on ait jamais écrites ».

Frédéric et George

Frédéric Chopin était âgé de 26 ans et George Sand de 32 au moment de leur première rencontre, en 1836. Lui resta sur son quant-à-soi (« est-ce bien une femme ? » se demanda-t-il). Elle tomba aussitôt sous le charme et mit Liszt dans la confidence pour qu’il facilite leur liaison. Celle-ci dura près de dix ans – mais leur intimité, peut-être pas plus de quelques mois. Les enfants de George Sand réagirent différemment : Maurice, le fils aîné, snobait Chopin, tandis que la fille, Solange, l’idolâtrait.

Gravement malade, Chopin n’eût peut-être pas été ce qu’il fut sans son amie romancière, qui lui soufflait à l’oreille tandis qu’il composait au piano : « Courage, doigts de velours ! » On peut alors parler, comme André Maurois, de la « magique influence de Nohant » sur l’œuvre du compositeur.

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