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Dans les pas de Charles Darwin

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Dans les pas de Charles Darwin
Publié le:27/10/2009

Le père de la théorie de l'évolution


Il y a tout juste 200 ans, le 12 février 1809, naissait Charles Darwin. Pour célébrer ce bicentenaire, ainsi que la parution, il y a 150 ans, de son ouvrage De l'origine des espèces, de nombreuses manifestations sont organisées un peu partout en France tout au long de l'année 2009, et se prolongent parfois jusqu'à début 2010.

Variations individuelles et sélection naturelle

À la base de l’œuvre de Darwin figure l’impressionnante masse de documents et d’observations sur la faune et la flore rapportés d’une expédition l’ayant conduit, de 1831 à 1836, en Amérique du Sud (notamment aux îles Galápagos), à Tahiti, en Australie et en Afrique du Sud. Au terme d’une vingtaine d’années de dépouillement de ces données, Darwin publie, en 1859, son ouvrage majeur, De l’origine des espèces par la voie de la sélection naturelle, dans lequel il expose une théorie explicative de l’évolution biologique beaucoup plus achevée que le transformisme de Lamarck.

Darwin est le premier à proposer un mécanisme convaincant capable d’expliquer la transformation des espèces au cours du temps. Pour lui, chaque individu est unique et tous les membres d’une même espèce diffèrent les uns des autres par des « variations » de taille, de couleur, de résistance aux maladies, de comportement… Ces variations apparaissent par hasard et sont transmissibles aux descendants.

Dans un milieu donné, certaines variations d’un caractère ou d’un autre peuvent conférer un avantage à leur porteur : ce dernier aura une plus grande probabilité de se reproduire et de transmettre ces particularités à ses descendants. Cette « sélection naturelle » est une clé de l’évolution.

Cependant, si l’environnement change, par exemple si le climat devient plus chaud ou plus froid, des caractéristiques précédemment avantageuses ne le seront plus et la sélection s’orientera différemment. Selon Darwin, « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. »

L’accumulation des variations au fil des générations conduit à l’apparition de nouvelles espèces. Le moteur de cette évolution est une lutte pour la vie, un concept que Darwin emprunte à l’économiste Thomas Malthus.

Du darwinisme au néodarwinisme

Darwin ignorait tout des mécanismes de l’hérédité. Il lui était donc très difficile d’expliquer l’origine des variations individuelles et comment elles sont transmises aux descendants d’une espèce donnée. Bien que les lois de l’hérédité aient été publiées dès 1866 par Gregor Mendel, elles sont restées quasiment inconnues jusqu’au début du XXe siècle.

À la lumière des apports de la génétique, de l’écologie et d’autres disciplines modernes de la biologie, la théorie de Darwin a été substantiellement enrichie à partir des années 1930. Dans sa version moderne, appelée « théorie synthétique de l’évolution » ou « néodarwinisme », l’évolution n’est plus envisagée comme la transformation d’individus isolés, mais comme celle de groupements d’individus de la même espèce. Les caractères biologiques sur lesquels s’exerce la sélection naturelle résultent de mutations génétiques dues au hasard. Ces mutations sont héréditaires et transmissibles génétiquement, contrairement aux modifications acquises par l’action du milieu.

Créationnisme et dessein intelligent

Dans son livre sur l’origine des espèces, Darwin s’est bien gardé d’aborder un sujet qu’il savait polémique, celui de l’origine de l’homme. Mais la question est inscrite en filigrane dans sa théorie. C’est pourquoi, très rapidement, le naturaliste s’est attiré les foudres d’hommes d’Église lui reprochant d’aller à l’encontre du récit biblique de la Création.

Le 30 juin 1860, à Oxford, un débat resté célèbre voit s’affronter l’évêque de la ville, Samuel Wilberforce, et un jeune zoologiste, disciple de Darwin, Thomas Huxley (grand-père de l’écrivain Aldous Huxley), athée notoire et inventeur du mot « agnostique ».

Par la suite, les détracteurs de Darwin n’hésitent pas à caricaturer ses idées. Pour mieux le combattre, ils prétendent qu’il affirme que l’homme descend du singe. « Pourvu que cela ne soit pas vrai ! Mais si cela l’était, prions pour que cela ne se sache pas ! » s’exclame, horrifiée, lady Worcester, l’épouse d’un archevêque anglican.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des théologiens chrétiens ne lisent plus le livre de la Genèse comme la description scientifique des premiers temps de l’Univers et ne considèrent plus l’évolution des espèces comme incompatible avec la croyance en un Dieu créateur. Certains groupes religieux fondamentalistes, particulièrement actifs aux États-Unis et en Grande-Bretagne, s’en tiennent cependant au texte de la Bible selon lequel Dieu a créé en six jours toutes les espèces vivantes, indépendamment les unes des autres, en terminant par l’homme. Aux États-Unis, ces adeptes du « créationnisme » ont réussi, dans plusieurs États, à obtenir que le récit biblique de la Création soit enseigné en biologie à égalité avec la théorie de l’évolution.

Depuis les années 1990, on assiste aussi au développement d’un mouvement de pensée dont les défenseurs sont convaincus que l’Univers a une finalité et qu’il est l’aboutissement d’un dessein intelligent. Sans remettre en cause l’évolution des espèces, ils critiquent le matérialisme du darwinisme et tentent de promouvoir d’autres théories pour expliquer la complexité et la diversité du vivant. Leur vision du monde pose en fait la question des rapports entre la science et la religion.

La pensée darwinienne dévoyée

Dans les années qui ont suivi la parution de l’Origine des espèces ont fleuri des théories dont les auteurs se réclamaient très abusivement des idées de Darwin. Le philosophe Herbert Spencer (1820-1903) imagina en 1862 le « darwinisme social ». Celui-ci fournit une explication biologique aux inégalités sociales ou aux conflits entre les nations. Il soutient que les différents groupes sociaux qui composent l’espèce humaine sont en compétition les uns avec les autres et que ce sont finalement les meilleurs qui l’emportent. Tout ce qui affaiblit un groupe bénéficie à ses concurrents. Par suite, toute protection artificielle des faibles est un handicap pour le groupe social auquel ils appartiennent, puisqu’elle alourdit le fonctionnement du groupe et le met en position d’infériorité face à ses rivaux. Le darwinisme social a été utilisé par les adeptes du libéralisme pour justifier la non-intervention de l’État dans le domaine économique et social.

Cousin de Darwin, l’anthropologiste et statisticien Francis Galton (1822-1911) – qui préconisa l’utilisation des empreintes digitales comme moyen d’identification des individus – fut un ardent défenseur de la théorie de l’évolution. Mais, convaincu que les progrès de la civilisation entraînent une dégénérescence de l’espèce humaine, il proposa d’appliquer en compensation une sélection artificielle : les êtres humains porteurs de caractères handicapants seraient jugés indignes de se reproduire et stérilisés. Galton prôna ainsi l’eugénisme, mot qu’il inventa en 1864.

Darwin, toujours très soucieux de produire des faits à l’appui de tout ce qu’il avançait, ne cautionna jamais ces extrapolations de sa théorie. Il s’opposa au contraire, en 1871, dans son ouvrage la Filiation de l’homme, aux recommandations sociales et politiques qui en émanaient.

L’héritage de Darwin

Malgré les perfectionnements qui lui ont été apportés, la théorie de l’évolution laisse encore ouvert le débat sur de nombreuses questions. Par exemple, les mécanismes de la formation d’une espèce nouvelle (spéciation) ne sont pas tous élucidés. Les spécialistes restent aussi partagés sur le rythme de l’évolution : à quelle vitesse les espèces évoluent-elles ? Cette vitesse est-elle constante ?

Selon la théorie des équilibres ponctués, formulée en 1972 par les paléontologues américains Stephen Jay Gould (1941-2002) et Niles Eldredge (né en 1943), l’évolution ne se caractérise pas par des transformations graduelles et continues de lignées établies. Elle comprend de longues périodes d’équilibre, ponctuées de mutations brutales de grande ampleur provoquant des apparitions et des extinctions d’espèces.

L’adaptation des espèces à leur milieu est un autre sujet de discussion : quels sont les poids respectifs de l’adaptation et de l’héritage génétique de l’espèce dans l’adaptation d’un organe ?

Peut-être enfin, comme le propose le biologiste français d’origine roumaine Denis Buican (né en 1934), avec sa théorie synergique de l’évolution, la sélection naturelle ne représente-t-elle qu’un cas particulier et spécifique d’une sélection multipolaire généralisée ? Celle-ci opérerait à tous les niveaux du vivant, de la molécule à l’écosystème, et pas seulement sur les phénotypes, comme l’établit le darwinisme classique.

Quoiqu'il en soit, la théorie de l’évolution des espèces a fait du naturaliste britannique l’une des figures emblématiques de la science. Elle a bouleversé la biologie, ouvrant de nouveaux champs de recherche à la zoologie, la botanique, l’embryologie, la paléontologie…Par ses implications sur l’origine de l’homme, elle a aussi déclenché des controverses passionnées, qui ne sont pas encore éteintes.

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Les pinsons de Darwin

Les 13 espèces de pinsons que Darwin captura lors de son séjour aux îles Galápagos ont contribué à lui faire prendre conscience du rôle de la sélection naturelle dans l’évolution. Ces oiseaux diffèrent notamment par la forme et la grosseur de leur bec. Certains ont un bec qui leur permet de percer le bois, comme des pics ; d’autres ont un bec ressemblant à celui des perroquets et mangent des graines ; d’autres encore ont un long bec fin et sont insectivores. Darwin émit l’hypothèse que toutes ces espèces dérivent d’un ancêtre commun, un pinson venu du continent sud-américain, dont la morphologie aurait ensuite évolué différemment selon les îles, en fonction de la végétation locale, donc du régime alimentaire.

Un papillon prédit par Darwin

Toute sa vie, Darwin se passionna pour les orchidées. Ayant reçu d’un correspondant des fleurs d’une orchidée originaire de Madagascar, Angraecum sesquipedale, communément appelée l’étoile de Madagascar, il fut particulièrement intrigué par leur morphologie : elles comportent un éperon de 25 à 30 cm de long, dont la base est remplie de nectar. Aucun des papillons que Darwin connaissait n’était en mesure d’atteindre une telle profondeur. Comment pouvait donc s’opérer la pollinisation des fleurs, sans laquelle cette orchidée aurait disparu ? Darwin supposa qu’il existe à Madagascar un papillon doté d’une trompe suffisamment longue pour parvenir à aspirer le nectar au fond de l’éperon. Son hypothèse fut d’abord tournée en dérision, puis renforcée par les recherches d’autres naturalistes, notamment celles d’Alfred Russel Wallace (1823-1913). Le papillon a finalement été découvert en 1903,  41 ans après que Darwin eut prédit son existence. Il s’agit d’un gros papillon nocturne, de la famille des sphingidés, auquel a été donné le nom latin de Xanthopan morgani praedicta.

 

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