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Eva Perón

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Eva Perón
Publié le:11/11/2009

(2) : 1944-1946. Premières années avec Perón


María Eva Duarte de Perón, Première Dame d'Argentine
María Eva Duarte de Perón, Première Dame d'Argentine
Archives famille Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
María Eva Duarte de Perón, plus connue sous le nom d’Eva Perón, surnommée Evita, est une actrice argentine, d’origines basques, qui choisit en 1945 de devenir une femme politique. Elle se marie avec le colonel Perón et est élue Vice-présidente de la république d’Argentine et présidente du sénat argentin (1951). Eva supervise le travail du ministre du travail (1946-1952), de celui de la santé (1946-1952). Elle est  présidente de la branche féminine du parti péroniste (1947-1952), présidente de la fondation María Eva Duarte de Perón (1948-1952). Elle contribue à faire sortir Perón de prison et l’aide à devenir président de la république. En tant que Première Dame (1946-1952), elle se bat pour les droits des travailleurs et des femmes. Sa fondation accomplit une vaste oeuvre sociale, notamment en faveur des nombreuses personnes pauvres que compte ce pays pourtant très riche. Nommée par la propagande du régime, Guide Spirituelle de la Nation (mai à juillet 1952), elle combat pour l’indépendance économique, la souveraineté politique et la justice sociale de son pays en s’appuyant sur les descamisados (miséreux, sans chemises). Bien que ne voulant en rien bâtir une société bureaucratique et elle-même victime du racisme social et racial, Evita est montrée du doigt par les Américains qui l'accusent d'être une nazie et les produits argentins sont boycottés par les Etats-Unis et par une partie de l’Europe dépendante du plan Marshall. Eva Duarte de Perón dit elle-même sur son lit de mort : Tout a été dit sur Evita. Ou peut-être, tout reste encore à dire. 90 ans après sa naissance, faire ressurgir la femme ensevelie sous deux mythes, parlant l’un d’une sainte du peuple et l’autre de la Eva, une prostituée, peut contribuer à la connaissance historique de la vraie personnalité d’Evita et à travers elle de l’histoire de l’Argentine du XXe siècle. Eva María Ibarguren est  née le 7 mai 1919 dans une estancia de Los Toldos et María Eva Duarte de Perón est morte le 26 juillet 1952 à Buenos Aires.

 

Aller à Eva Peron (1)


LES DEUX PREMIERES ANNEES AVEC PERON (1944-1946)

 

Eva Duarte de Perón, par Ricardo Gianetti à Buenos Aires.
Eva Duarte de Perón, par Ricardo Gianetti à Buenos Aires.
© Mahadeva
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Lorsque je voyais Perón serrer les mains des travailleurs, je ne pouvais m’empêcher de penser que, en lui et par lui, pour la première fois, l’Argentine enfin avait rencontré son bonheur. Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), p.44.

 

En janvier 1944, Eva rencontre le colonel Juan Perón lors d'une vente de charité organisée afin de récolter des fonds pour les victimes du tremblement de terre qui vient de faire 10.000 morts dans la région de San Juan. Perón, encore secrétaire des affaires sociales du gouvernement militaire, court sur les lieux du drame et déclenche une mobilisation nationale. Contrairement à la plupart des autres gradés, Perón se souvient qu’il est le petit-fils d’un maçon métis. Il convoque les artistes de la capitale au Luna Park, dont Evita. Il parle avec toutes les personnes ce soir là, comme si chacun d’entre eux est unique. Elle lui dit juste très émue : Merci d'exister, mais un mois plus tard elle devient sa compagne. Elle n’a que 25 ans et lui le double. Il est ébloui et voit en elle la Mujer de ley (la femme loyale) qu’elle n’a jamais pu être jusqu’ici.

Eva continue sa carrière artistique. Elle fait trois émissions radios tous les jours :

  •  Hacia un futuro mejor (10:30) (Vers un futur meilleur), où elle informe les travailleurs sur leurs nouvelles conquêtes sociales et le travail qu'effectue le Secrétariat du Travail.
  • Puis elle interprète deux pièces de théâtre radiophonique Tempête (18 : 00) et Reina de reyes  (20 : 30).

Elle joue dans deux films,  La cavalcade du cirque (1945) et  La pródiga (1945). Francisco Muñoz Azpiri, auteur de la série des émissions historiques en crée d’autres pour elle. Ecrivain et patriote, il est le futur auteur des discours d’Evita. Elle va glisser progressivement du spectacle artistique à la politique. D’ailleurs, elle est élue présidente de son syndicat, Asociación Radial Argentina (ARA).

Perón de son côté est très populaire car, comme secrétaire des affaires sociales du gouvernement militaire, il est à l’origine d’une série de mesures en faveur des travailleurs :

  • contrats collectifs,
  • augmentation des salaires,
  • paiement de l’aguinaldo ou treizième mois,
  • paiement des congés payés
  • protection des droits de l’ouvrier agricole,
  • protection des droits des journalistes,
  • paiement de retraites aux travailleurs,
  • indemnités de licenciement pour tous les travailleurs,
  • création des tribunales de trabajo (Prud’hommes),
  • création d’un hôpital  pour les cheminots,
  • création des lycées techniques,
  • interdiction des agences de colocations,
  • signature de premières conventions collectives, 123 concernant 1.400.000 ouvriers...

Mariage d'Eva Duarte avec le colonel Perón en 1945.
Mariage d'Eva Duarte avec le colonel Perón en 1945.
AGN (public domain, Ley 11723, art. 34)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Ces réformes contredisent une autre légende. Elles démontrent qu’avant de connaître Evita, Perón sait prendre des mesures très avant-gardistes qui donnent des droits aux travailleurs. Devenu incontournable, il est nommé ministre de la guerre le 4 mai 1944, puis vice-président de la république le 7 juin. Mais les autres généraux putchistes craignent son ambition et veulent supprimer ses premières réformes sociales. Ils le font arrêter le 13 octobre 1945. Il est embarqué sur une canonnière et déporté à l’île Martín García. Le colonel a peur et fait une demande au nouveau dictateur pour  être mis à la retraite. Il écrit à Evita qu’il va bien et songe à écrire ses mémoires. Il semble avoir été coutumier du fait. A tel point qu’Evita déclare à qui veut l’entendre : Quand Perón se dégonfle, je le relève d’un bon coup de pied dans les couilles.

Ce n’est pas la première fois que les militaires se débarrassent de lui. Déjà à son retour d’Italie en 1941, il est envoyé au fin fond des Andes, car ses collègues le croient devenu communiste. Cette fois-ci il craint d’être fusillé. Eva aussi, pour une fois, a très peur. Elle se réfugie chez sa mamma, Pierina Dealessi, et elle sanglote dans ses bras.

Toutefois à partir du 15 octobre les syndicats commencent à se mobiliser pour exiger la liberté de Perón. Evita lance des appels au peuple à la radio pour qu’il défende ses acquis sociaux et Perón. Elle se dit la voix du peuple à la radio. Son rôle est toutefois encore bien modeste, selon les historiens. Ce sont les syndicats, dont la CGT, qui déchaînent la grande manifestation du 17 octobre 1945 et obtiennent la libération de leur chef. Le colonel revient au gouvernement et des élections présidentielles sont annoncées. Le parti des Travailleurs désigne ses candidats : Perón et Quijano.

Même si un officier a l’interdiction d'épouser une actrice, née de l’adultère, Juan et Eva se marient civilement le 22 octobre 1945 à Junín et religieusement deux jours après à La Plata. Comme l’écrit l'historien Noberto Galasso : L'union avec Perón, c'est le début de la revanche pour cette femme née sous le signe de trois humiliations : c'est un enfant naturel, c'est une femme, elle est pauvre.

 

UNE NOUVELLE ARGENTINE (1946)

 

Evita dans le train "el descamisado" durant la campagne électorale de 1946.
Evita dans le train "el descamisado" durant la campagne électorale de 1946.
Source : AGN 1946 (Public Domain)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Je n’étais et je ne suis encore qu’une humble femme, un moineau perdu dans une immense volée de moineaux. Lui c’est le condor qui vole, haut et loin, parmi les cibles et près de Dieu. Si je vole plus haut, c’est par lui. Si parfois je frôle le ciel de mes ailes, c’est par lui. Eva Perón, La razon de mi vida (la raison de ma vie), avant-propos.

 

 Evita  se lance à fond dans la campagne qui est très violente. Cette violence est d’abord verbale. Les partisans du parti des Travailleurs sont aux yeux de leurs ennemis des êtres vulgaires et sales, des basanés stupides... et cette attitude peu démocratique est réciproque. À la fin de décembre, Perón fait campagne dans les provinces en utilisant un train baptisé le descamisado, mais aussi avec des camions. Pour la première fois dans l'histoire du pays, le conjoint d'un candidat l'accompagne. Ses origines modestes font d’elle le lien idéal entre son mari et les travailleurs. Elle contribue fortement à la campagne de son mari pour cette élection présidentielle de 1946. Utilisant son émission de radio hebdomadaire, elle se lance dans des discours enflammés appelant les pauvres à s’insurger. Elle met en avant ses racines modestes, affirme sa totale solidarité avec les classes les plus défavorisées et se dit sauvée par Perón comme l’Argentine et son peuple.

Mais contrairement au mythe Evita, elle n’est pas à l’origine de l’élection de son mari, présenté comme un personnage falot. Le 8 février 1946, elle parle à un meeting des travailleuses à Luna Park. Le candidat à la présidence, malade, n’est pas là. Eva essaie de leur parler de son programme. Elles ne la laissent pas parler. À chaque phrase la réponse est  invariablement Nous voulons Perón ! D’ailleurs si Perón est élu, le 24 février 1946, c’est  grâce au soutien de l’armée et du clergé et pas uniquement du prolétariat urbain.Le nouveau président de la république magnifie son statut de femme en l’imposant sur la photographie officielle du couple. Un cliché doublement révolutionnaire, car ils sont tous les deux sur le cliché et surtout il est debout, elle assise. C’est le contraire de ce qui se fait dans les bonnes familles argentines. 

           

LA TROISIEME VOIE (TERCERA POSICION)

 

María Eva Duarte de Perón
María Eva Duarte de Perón
Archives Guy de Rambaud
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Le monde nécessite une pluie de réformes sociales (Evita)

 

Les revendications ouvrières ne sont pas nées avec Perón, mais Evita et lui vont les transformer en lois et donc en acquis sociaux. Dès 1946, Eva Perón établit des liens très forts avec les travailleurs et les syndicats. Perón nationalise les banques possédées par la finance internationale. L’indépendance économique de l’Argentine est solennellement proclamée à Tucuman le 9 juillet 1947.

Une loi, copiée sur le modèle soviétique, confère au gouvernement le monopole du commerce extérieur. Les produits sont achetés à bas prix aux propriétaires terriens et revendus à l’étranger avec de gros bénéfices. Les bénéfices énormes permettent de diminuer l’emprise étrangère sur l’économie en nationalisant les grands services, notamment :

  • les chemins de fer,
  • la compagnie du gaz,
  • l’Union téléphonique du Rio de la Plata...

Comme de Gaulle, les Perón, sans être communistes, sont à l’origine de plans quinquennaux, dont celui très ambitieux de 1947-1951. Il met l’accent sur l’industrialisation du pays, des routes modernes, l’électricité et l’eau courante, même dans les campagnes...  Une marine marchande est crée.

La déclaration des droits des travailleurs ou Décalogue du travail est promulguée dès février 1947. La sécurité sociale est développée et des logements sont construits partout pour les ouvriers. Les salariés voient à nouveau leur salaire augmenté et Evita obtient qu’ils reçoivent une part des bénéfices du pouvoir dans les entreprises. Cela n’est pas sans rappeler le socialisme par la participation, projet gaulliste... abandonné.

 

Aller à Eva Peron (3)

 

SOURCES :

 

Livres d’Eva Perón :

La razon de mi vida (la raison de ma vie), Editorial Peuzer, Buenos Aires, 1971.

Mi mensaje, Ediciones del Mundo, Buenos Aires, 1987.

 

Livres sur Eva Perón :

Borroni Otelo, Vacca Roberto (1970), Eva Perón. Buenos Aires: CEAL.

Borroni Otelo, Vacca Roberto (1970). La Vida de Eva Perón. Testimonios para su historia. Tomo I. Buenos Aires: Galerna.

Chávez Fermín (1990). Eva Perón sin mitos. Buenos Aires: Fraterna. 950-9097-92-0.

Duarte Erminda (1972). Mi hermana Evita. Buenos Aires: Centro de Estudios Eva Perón.

Dujovne Ortiz Alicia, Eva Perón, 1995, Édition Grasset & Fasquelle.

Dujovne Ortiz, Alicia (1996). Eva Perón. La biografía. Buenos Aires: Aguilar.

Fraser Nicholas, Navarro Marysa (1981), Eva Perón. New York: W. W. Norton.

Lelait David, Evita, le destin mythique d’Eva Perón, Payot & Rivages 1997.

Navarro Marysa (2002). Evita: mitos y representaciones. Buenos Aires: Fondo de Cultura Económica.

Posse Abel (1995). La pasión según Eva. Barcelona: Planeta.

Gálvez Lucía (2001). Las mujeres y la patria, nuevas historias de amor de la historia argentina. Grupo editorial Norma.

Pigna Felipe (2007). Evita, Planeta

Spencer Joanna, Eva Peron, Bartillat, Paris, 2007