La Ruhr ne respire plus la poussière mais l'avenir
Essen et la Ruhr partagent cette année avec Istanbul et Pécs le titre de capitale européenne de la culture. Sous la dénomination Essen pour la Ruhr 2010, c’est la région urbaine toute entière qui est capitale culturelle européenne. Son histoire récente témoigne d'une grande capacité d'adaptation et de création.
Première région industrielle et urbaine de l’Allemagne, fondée sur le charbon et l’acier, la Ruhr a été durement touchée dès les années 1960 par la concurrence du charbon américain et du pétrole ; en 1966 déjà,le nombre des mineurs avait été divisé par deux par rapport à 1950.
Dès lors la restructuration industrielle s’est imposée, mise en œuvre à la fois par l’État et par le Land de Rhénanie-du -Nord-Westphalie. Il était indispensable de développer de nouvelles activités, de réhabiliter les espaces abîmés par l’industrie et d’améliorer le niveau de formation des habitants. La première université de la région est créée en 1965 à Bochum, premier établissement parmi la vingtaine qui vont être installés par la suite.
La prise de conscience des enjeux sociaux et mémoriels que représente le patrimoine industriel va entraîner la conservation, la réhabilitation et la valorisation d’un grand nombre de sites industriels et miniers. Paralèllement, les espaces naturels sont restaurés.
Actuellement, la Ruhr compte 30 % de sa population active dans l’industrie et plus de 60 % dans le secteur tertiaire. Elle constitue la troisième concentration urbaine européenne après Londres et Paris, regroupant plus de 5,3 millions d’habitants sur un peu plus de 4 400 km2.
Dans un espace dense, sillonné de voies de communications autoroutières et routières, ferroviaires, mais aussi fluviales grâce aux trois affluents du Rhin, la Ruhr, l’Emscher et la Lippe, le paysage, maintenant largement boisé, est entrecoupé d’une cinquantaine de villes qui ont toutes, des plus grandes aux plus petites, développé des activités spécifiques et composent une offre culturelle riche et diverse.
Essen, la plus importante des villes de la Ruhr, vient de réouvrir, après rénovation, l’un des plus riches musées d’art moderne de toute l’Allemagne. Elle a réhabilité une mine de charbon et une cokerie, le Zollverein, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en 2001.
Dortmund a créé dans une ancienne brasserie un centre culturel consacré à l'économie de la création, dans le domaine de la usique et du numérique, lié à un site de cyber TV.
Duisbourg est le site du plus important port fluvial européen, dont une partie a été réaménagée par Sir Norman Foster, tandis que les silos à blé ont été transformés pour accueillir un musée d’art contemporain. Une usine sidérurgique a par ailleurs été intégrée à un parc de loisirs de plein air.
Parmi les « monuments spectaculaires » on peut citer : le gazomètre d’Oberhausen et les terrils, notamment celui de Bottrop, surmonté d’une sculpture, le Tetrahedron. Sans oublier la Route de la Culture Industrielle, boucle de 400 km qui relie divers lieux marquants comme l’élévateur à bateaux de Waltrop, la mine Zollern de Dortmund, la fonderie intégrée Henrichshütte de Hattingen ou le Musée du Textile à Bocholt .
Au cœur de la région, un vaste programme a été consacré, entre 1989 et 1999, à la vallée de l’Emscher, créant un parc paysager d’environ 800 km2. Le système aquatique de la rivière a été restauré, d’anciens sites industriels ont été réhabilités pour accueillir de nouvelles activités et un programme de construction a complété la requalification de l’habitat existant.
Les musées sont nombreux, technique comme le musée du Chemin de fer de Bochum, artistique comme le musée consacré au peintre Emil Schumacher, dans sa ville natale de Hagen, ou archéologique comme celui de Herne, qui présente une grande exposition sur le monde médiéval. Certaines villes sont aussi marquées par une spécialisation artistique : le théâtre à Bochum, la musique à Dortmund, sans oublier le sport, football en tête.
Parmi tous les évènements qui vont jalonner l’année 2010, certains auront des résonnances particulières.
En mai, plusieurs centaines de ballons jaunes flotteront sur toute la région à 80 mètres d’altitude, marquant chacun l’emplacement d’un ancien puits de mine, et en juin aura lieu une nuit du patrimoine industriel, avec une mise en lumière de nombreux sites.
En juin, une journée du chant rassemblera des centaines de chorales et le 12 septembre 2010, exactement un siècle après sa création, sera exécutée la Symphonie des mille de Gustave Malher. Tout au long de l’année seront jouées des œuvres de Hans Werner Henze, à qui un opéra pour les jeunes a été commandé.
Dans le courant de l’été, l’autoroute A40 sera fermée à la circulation sur 60 km pour que s’y déroule un grand pique-nique au milieu de spectacles de rue.
Six dramaturges vont revisiter l’Odyssée, et les six nouvelles versions seront présentées en différents lieux tout au long d’un week-end. Toute l’année se déroule un concours de slam qui verra son terme dans la Grande halle industrielle de Dortmund.