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ESCALE A BARCELONE, ESPAGNE

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ESCALE A BARCELONE, ESPAGNE
Publié le:26/09/2009

Le Paral.lel, Sant Pau et Raquel Meller


 

Dans sa simplicité et dans la grande diversité des réponses données aux internautes, le Net fait les délices de ceux qui veulent sourire et être bien dans un monde qui va mal (Woody Allen). Chaque rêveur est un voyageur en soi et l’existence étant dominée par le hasard, nous avons fait confiance à notre ordinateur pour trouver une escale. Ce système particulier a projeté notre voyage à Barcelone d’une façon singulière puisque nous lui avons demandé « Le Café Espagnol Olimpia ».

 

Image n°1. Escale autour du Paral.lel
Image n°1. Escale autour du Paral.lel
Escale autour du Paral.lel. Barcelone, Espagne.

Après l’avenue « Les Ramblas » et le restaurant  « Los Caracoles », le touriste pressé peut se fondre dans la peau d’un habitant de Barcelone et se rendre au Café Espagnol Olimpia sur l’avenue Paral.le. C’est pourquoi nous avons fait entrer dans la recherche Google ce café renommé et donné ainsi du grain à moudre à l’aventure.

 

Le Café Espagnol Olimpia fait partie du paysage historique.  Ceci parce qu’il est situé sur l’avenue dite des théâtres, qui abrite des salles de cinéma, terrasses de bars et autres services (image n°1). Le « Café » est aussi le restaurant de l’hôtel Auto Hogar (image n°2). Depuis l’aéroport un taxi jaune et noir vous laisse à sa porte en 25 minutes, mais si vous êtes en voiture vous pouvez  garer celle-ci à l’intérieur même de l’hôtel et vous déplacer facilement à pied. En effet, l’autre grande avenue de la ville, les Ramblas, se trouve à 800 mètres et vous avez une station de métro à la sortie de l’hôtel, ce qui rend la promenade délectable. 

Au levant, la vue s’étend au Port et à la Mer, au sud, face à l’hôtel, vous êtes au pied de la montagne Montjuic ( il existe un funiculaire à prendre à la station de métro Paral.lel), et la vieille ville est derrière vous car l’avenue est un axe imaginé par l’urbaniste Ildefonso Cerda, idéaliste rousseauiste, pour agrandir Barcelone et en faire une des cités les plus attirantes et agréables du monde. Protégée du vent et de la pluie par les montagnes, ses hivers sont cléments. On s’y promène en toute tranquillité car le trafic intense est contrebalancé par les allées piétonnes d’un modèle dix-neuviémiste qui incite à flâner au gré des rues et des places. Il est même possible depuis cette avenue nommée Paral.lel, car parallèle à l’équateur, de découvrir une centralité de la ville qui en possède plusieurs.

 

Le Paral.lel. Le centre urbain, que constitue cette avenue inaugurée en 1894, part du Port, à l’est de la ville, et sépare ensuite le quartier le plus pauvre de la vieille ville « El Raval », de Montjuic et du « Poble Sec » qui garde encore quelques jardins-vergés et  ateliers. Le Paral.lel longe ensuite le district élégant de l’Eixample,  aménagé en damier, pour se terminer par la Place d’Espagne. Avec de nombreux bâtiments d’architecture baptisée Modernismo, Barcelone offre une réelle modernité accompagnée d’un style propre qui fait de la ville un pôle européen du tourisme.

Le Paral.lel s’est peuplé alors que la Catalogne étonnait le monde par son industrie, c’est pourquoi la zone près du Port qui débute l’avenue garde les traces de ses fabriques sous forme des Trois Cheminées (image n°3). Pour distraire les nouveaux arrivants une série de divertissements ont rapidement rendu cette avenue  emblématique de Barcelone. L’un des théâtres des plus connus, El Molino (1899-2007) ouvrit alors que le tramway électrique commençait à se déplacer dans l’artère*. Les principaux théâtres, music-halls et cafés qui ont  animé l’endroit sont : les théâtres Arnau (1894-2004), Olimpia (Para.le) (1900-1909), Talia (1900-1988), Apol.lo (1901-      ), Nou (1901-1988), Condal (1903-       ), Victoria (1905-     ), Comic (1905-1962) et Circ Olympia (Ronda de Sant Pau) (1924-1947).  De ce passé vient l’affection particulière que nous portons au Café Espagnol Olimpia, successeur du Gran Café Espagnol (issu du petit café -1895- du Circo Modelo (théâtre) Espagnol) jadis situé à côté du Théâtre Olimpia (1900-1909). Il ne faut donc pas confondre l’Olimpia avec le théâtre Olympia (1912 et 1914), également sur le Paral.lel ou encore avec l’Olympia Circus de la Ronda de Sant Pau (1924-1947).  Tous ces théâtres ont leur histoire propre et nous allons évoquer leur mémoire à l’aide de la première star internationale espagnole : Raquel Meller.

 

Raquel Meller , la célèbre Violetera, a sa statue depuis 1965 sur le Paral.le à quelques mètres du Café Espagnol Olimpia en descendant vers le Port (image n°4). C’est au niveau de la place que se trouvait le théâtre Arnau où elle a chanté en 1911 La Violetera et El Relicario qui l’ont rendue immensément populaire (Charlie Chaplin a orchestré  La Violetera  en 1931).

Née en 1888, Francisca Marqués Lopez a débuté en 1908 au Gran Pena sous le nom de « Belle Raquel », choisi pour attirer le public ainsi que l’ont fait la « Belle Otero » ou « Chelito la Bella ». La beauté de Chelito (1880-1960) fut d’ailleurs remarquée par Picasso qui l’a dessinée lors de sa période bleue (Penrose R. 1981 Picasso, his life and work, Berkeley Univ. California Press, page 82). Raquel Meller épouse en 1918 un ambassadeur, dandy qui avait connu Mata-Hari et débute au cinéma en 1919 dans la Gitane blanche (Los Arlequines de Seda y Oro) projeté pour la première fois à l’Eldorado de la Place de Catalogne. La célébrité cinématographique lui vient de films d’Henry Roussell : les Oprimés et Violettes Impériales (1923), puis de Carmen (1926) de Jacques Feyder. Aux Etats-Unis elle triomphe sur scène et participe aux premiers films parlants.

Au début des années 30, Raquel triomphe en France et joue une nouvelle version sonore de Violettes Impériales en 1932. La Guerre Civile et la Guerre Mondiale ont interrompu sa carrière (elle vit alors en Argentine). Elle a fait un retour au sein de la « Campanas de Viena » d’Artur Kaps en 1957. L’année suivante Sara Montiel a joué à son tour La Violetera et ainsi contribué à ce que l’on élève une statue au mythe sorti de la ville de Barcelone : La Violetera. Mais le pays catalan n’est pas avare d’ »icône », il en existe une fondamentale qui repose deux rues plus à l’ouest : la pierre funéraire du comte Guifré Borrell.

 

La naissance de la nation avec la dynastie de Guifré-le-Velu. Avec l’aide de son frère, ce comte wisigoth du 9ème siècle a réuni sous son autorité les comtés de Cerdagne, d’Urgell, de Gérone et de Barcelone. Ses fils, Sunyer I et Guifré II Borrell, ont été les premiers chefs à ne pas avoir été nommés par le roi de France. Borrell II, descendant dudit Guifré, est le premier à ne pas renouveler  le serment d’allégeance au roi Franc en 988 : c’est l’indépendance de fait.

Guifré  Borrell (897-914) est le fondateur du monastère de Sant Pau del Camps qui se trouve entouré d’un jardin à l’arrière du Café Espagnol Olimpia (image n°5). Ses murs épais conservent les prodiges de simplicité qui font la force de l’architecture de l’art Roman (image n°6). L’état général est excellent et seul le clocher octogonal est en partie détruit. La façade de l’église (image n°7) est du XIIème siècle mais sa porte d’entrée s’ouvre entre deux colonnes dont les chapiteaux sont probablement wisigoths (5ème  ou 6ème  siècle). Le tympan est décoré d’un Christ en majesté entouré de Saint Paul (à la tête dégarnie) et de saint Pierre. Il est surmonté de pierres en relief : au centre une main de Dieu, et le tétramorphe personnifiant les quatre évangélistes :aux pieds de l’arc, comme des gargouilles, un lion (St. Marc) et un taureau (St. Luc) alors qu’au dessus se trouvent deux bas reliefs, plus volumineux, un ange (St. Matthieu) et un aigle (St. Jean) regardent vers votre gauche.

Le cloître a été construit, lors des rénovations et extensions des12ème et 13ème siècles, pour abriter une communauté monastique. Il ne mesure pas plus de 15 mètres de côté, et surprend par ses arcs polylobés d’influence maure. Sa forme quadrilatère est interrompue par des renforts intermédiaires. Le charme singulier vient des blocs rustiques. Dans l’église, une stèle nous rend très présent Guifré Borrell, fils de Guifré le Velu (image n°8). Cette pierre massive est autre chose qu’un décor, elle est chargée d’une valeur poético-symbolique semblable à un conte grec. Ceci parce que l’espace de Sant Pau del Camp est devenu un espace mythique où les comtes Guifré ont trouvé le repos après avoir lutté pour maintenir les Maures et participé ainsi à ce qui allait devenir la « Reconquête ». La soudure se fait entre le présent de ce lieu réel et un passé légendaire dont l’origine se perd dans la nuit des temps. La pierre tombale est le monument des origines de la Nation catalane.

 

La ville est comme une comédie du temps  marqué par l’interaction des icônes que nous avons découvertes depuis le Café Espagnol Olimpia. Ce « quartier général » dégage une grande théâtralité. Pourtant, tout y est naturel et nous fait entrer dans la réalité quotidienne du quartier. Face au Café, le théâtre Apolo joue des pièces en catalan, c’est parfait si vous voulez tester vos capacités (image n°9). C’est aussi la raison pour laquelle la vie autour du Paral.lel est protégée des touristes qui emplissent toute l’année l’hôtel de ce café-restaurant. Le barman a connu la belle époque d’avant les jeux olympiques et nous parle des transformations du quartier comme de la montée des prix : Barcelone n’est plus la même, les cheminées d’usine ont été transformées en musée (image n°10). Seulement les attitudes demeurent et le Café conserve les rythmes de la vie d’un quartier qui ne s’endort jamais (image n°11). Maraichers, travailleurs, chômeurs, ménagères, hommes d’affaires, touristes, acteurs et spectateurs. Si on s’intéresse au paysage humain, le Café nous offre une image très internationale dont la modernité apparaît dans le simple vocabulaire de la mode vestimentaire. Les éventails et mantilles (image n°12) ne sont plus que des souvenirs qu’on ne peut comprendre qu’une fois saisie la manière dont les images montrent ce qui ne peut être immédiatement vu du contenu de leur sujet.

Au total, l’intérêt est stimulé par le plaisir qu’il y a de découvrir les images de divers sujets dont la machinerie alimente l’imagination. Sans album souvenir, sans la voix de Raquel Meller qui reste celle du Paral.le, sans Guifré le Velu dont les fils on fait la Catalogne et sans le Café Espagnol, l’escale n’aurait pas donné le scénario de ce carnet de voyage qui contribue à entretenir notre passion pour Barcelone.

 

Pierre-François Puech et Bernard Puech

 

*Chaque fin de siècle tente d’instaurer notre « hominité » avec une grande intensité. En1899, alors que Pablo Picasso est de retour à Barcelone et s’installe Carrer Nou de la Rambla (période bleue), Antoni Gaudi élève le Palais Güell dans cette même rue entre le Paral.le et les Ramblas. Ce palais représente, par ses formes étranges, une synthèse de la fantaisie du « Modernismo ».