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Dictionnaire Universel de Furetière [1619-1688]
Précédé de l'Essai d'un dictionnaire universel de 1684, ce dictionnaire de langue française a été publié en 1690 à La Haye et Rotterdam [Reinier et Arnoud Leers, éditeurs], soit deux ans après la mort de son auteur et quatre ans avant la première édition du dictionnaire de l'Académie française ; cet ouvrage représentait pour son auteur plus de quarante années de labeur.
Le Dictionnaire universel, contenant generalement tous les mots François, tant vieux que modernes, et les Termes de toutes les Sciences et des arts, selon son titre complet, recense environ 40.000 termes, contre seulement 15.000 à la première édition du Dictionnaire de l'Académie [1694] et 25.000 au Dictionnaire françois de *Richelet [1680]. Membre ? au demeurant ? de l'Académie, en désaccord avec les conceptions lexicographiques de cette dernière, Furetière voulut répondre aux besoins nouveaux d'une description systématique du français. Imagier de la culture [...] et anti-linguiste par excellence, selon l'expression d'A. Rey, Furetière s'écarte des modèles de la lexicographie bilingue que représentaient encore à l'époque Nicot [1606], Cotgrave [1611] et Monet [1636], et, outre les mots communs, il couvre l'ensemble des "arts", c'est-à-dire des techniques, et des sciences, selon l'ordre alphabétique strict, qui rend sa consultation plus aisée.
Le Dictionnaire universel conserve les mots périmés, ceux que l'époque percevait déjà comme des archaïsmes. Les rares proscriptions auxquelles procède Furetière concernent des termes qui n'étaient plus couramment compris au milieu du XVIIe siècle. A la question cruciale du néologisme et de la néologie qui opposait les théoriciens puristes et libéraux de la langue, Furetière répond par un sens aigu de l'observation des usages qui le rend d'une grande mansuétude à l'égard des innovations lexicales ; le néologisme est dans son ouvrage beaucoup mieux représenté comme tendance vive de la langue vivante que ne le reconnaissent Richelet, le Dictionnaire de l'Académie française, ainsi que nombre de ses contemporains. Furetière, auteur par ailleurs du Roman bourgeois, Ouvrage comique [1666], est également l'un des premiers lexicographes de la langue française à ordonner ses descriptions en fonction de niveaux que l'on pourrait presque qualifier par anticipation de socio-linguistiques : les termes de la nomenclature se répartissent selon trois niveaux, celui du peuple, celui du bourgeois, et celui de la Ville et de la Cour.
Partageant avec le Dictionnaire des Arts et des Sciences de Thomas Corneille [1694] ainsi qu'avec le Dictionnaire de Trévoux [1704] une indéniable visée encyclopédique, l'ouvrage de Furetière a connu un durable succès. Il fut souvent réimprimé dans les milieux protestants de Hollande, notamment en 1702 sous l'influence de Basnage de Beauval. Pillé et plagié par les jésuites de Trévoux, il fut reconnu, après Boiste [1800] par les grands lexicographes de la seconde moitié du XIXe siècle [Poitevin, Littré, Larousse]. Et il est encore aujourd'hui réédité.
Édition : Furetière, Dictionnaire Universel, La Haye 1690, réédition anastatique, 3 vol. in-folio, Slatkine-Champion, 1970 ; réédition préfacée par Alain Rey, SNL Le Robert, 1978, avec biographie, bibliographie et index.
Études : Fabienne Gégou : Antoine Furetière, abbé de Chalivoy ou la chute d'un immortel, Nizet, 1962. Brigitte Lépinette : Trois dictionnaires : trois traitements différents de l'étymologie [Richelet 1680 ; Furetière 1690 ; Académie 1694], in Lexique 9, 1990, p.p. M. Glatigny ; André Collinot, Francine Mazière : Un prêt-à-parler, le Dictionnaire Universel d'Antoine Furetière et sa postérité immédiate, le Trévoux. Une lecture du culturel dans le discours lexicographique,Lexicographica 3, 1987, pp. 51-75 ; Jan Fennis : Le vocabulaire maritime dans Furetière 1701, Travaux de Linguistique et de Philologie, XXVI, Strasbourg, 1988, pp. 75-93.
J.-Ph. S.-G.