SERVICES
Article Contributeur
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail

Danse du soleil

Note moyenne : pour 5 votes
Commentaires (100) Ajouter un commentaire Signaler un abus Votre vote  
En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse
Danse du soleil
Publié le:12/07/2009

Importante cérémonie des Indiens des Plaines


La danse du soleil est le principal rituel des Indiens des Plaines d’Amérique du Nord.


Le nom "danse du soleil" vient de l’expression lakota wiwanyank’wacipi qui signifie "ils dansent en regardant le soleil". D’autres rituels voisins existent comme l’okeepa des Mandans, une cérémonie d’initiation à laquelle se soumettent tous les jeunes garçons, la danse du soleil des Crows qui est un appel à la vengeance, ou la cérémonie du renouveau de la vie des Cheyennes qui a lieu tous les ans au printemps et ressemble beaucoup au rituel lakota. Mais seuls les Lakotas "dansent en regardant le solei".
Actuellement, le nom et le rituel lakota ont prévalu pour des raisons à la fois cultuelles et politiques, la religion lakota tendant à s’imposer comme forme religieuse prépondérante pour les Indiens d’Amérique du Nord, pour ceux du moins qui n’ont pas conservé une forte tradition religieuse. Ainsi, aux Etats-Unis où, depuis 1978, les détenus sont censés pouvoir pratiquer leur religion en prison sous la direction de conseillers spirituels, les rituels proposés aux détenus indiens sont tous issus de la tradition lakota.


Origine de la danse du soleil

 

La danse du soleil est considérée comme l’un des sept rites apportés aux Lakotas par la Femme Bison Blanc (Ptesan Win). Selon Black Elk, un jour, juste avant le solstice d’été, un homme se serait mis à danser en déclarant : "Une nouvelle manière de prier vient de m’être révélée dans une vision. Le Grand Esprit est venu à notre secours". Il aurait ajouté : "Cette danse sera une offrande de nos corps et de nos âmes au Grand Esprit et sera pleine de mystère. [….] Cette façon nouvelle d’envoyer nos voix au Grand Esprit sera très puissante ; son usage se répandra et chaque année à cette saison, beaucoup de gens prieront le Grand Esprit. [….] Notre prière sera vraiment la prière de toutes les choses, car en réalité elles sont une. Cela je l’ai vu dans ma vision. Puissent les quatre pouvoirs de l’univers nous aider à accomplir ce rite !"
Ces paroles fondatrices expriment déjà l’essentiel du rite : un sacrifice des corps et des esprits, une forte dimension cosmique. Les danseurs du soleil ne prient pas seulement pour leurs proches, pour leur peuple, ils prient pour toutes les choses créées par le Grand Esprit et avec elles.

Déroulement

 

La danse du soleil se déroule au solstice d’été et nécessite douze jours de préparation. On procède à l’aménagement de l’aire de danse, un vaste espace circulaire autour duquel sont dressés des abris de branchages pour les spectateurs. Traditionnellement, de nombreuses personnes piétinent longuement le sol pour l’aplanir au rythme du tambour. Puis vient l’abattage de l’arbre sacré choisi par les hommes médecine, en général un cotonnier. Les quatre premiers coups donnés à l’arbre le sont par quatre jeunes filles. Puis l’arbre abattu est dressé au centre de l’aire de danse. La cérémonie est organisée et conduite par un "intercesseur", un saint homme qui sert de lien le monde des esprits et les hommes.
Black Elk, qui décrit le rituel originel, parle de la "loge du soleil" ouverte vers l’est et constituée d’un grand cercle de vingt-huit poteaux supportant vingt-huit perches dont l’extrémité s’appuie sur l’arbre au centre, représentant l’univers. C’est ainsi qu’est construite la loge des Cheyennes. Actuellement, le rituel lakota se déroule à ciel ouvert, autour de l’arbre sacré.
Les préparatifs comportent de nombreux moments de purification dans la "sweat lodge" (inipi), l’installation au pied de l’arbre d’un autel fait d’un crâne de bison, la préparation des vêtements et accessoires rituels, la récolte et la préparation d’une grande quantité de nourriture car la cérémonie est l’occasion pour de nombreux clans familiaux de se rassembler. C’est l’occasion pour chacun de manifester sa générosité, son dévouement aux autres, sa force d’âme. Aucune personne animée de mauvaises pensées (jalousie, égoïsme, orgueil) ne peut approcher l’aire sacrée. C’est un moment de purification collective.
Le dernier jour a lieu l’épreuve finale, le sacrifice auquel se sont engagés les "danseurs du solei". Depuis plusieurs mois, ces danseurs ont fait connaître à l’intercesseur leur intention de se sacrifier à la prochaine danse du soleil. A partir de ce moment, ils doivent mener une vie exemplaire, incarnant de façon parfaite les quatre vertus cardinales des Lakotas : courage, sagesse, force d’âme, générosité.
Les danseurs, qui jeûnent depuis la veille, ont passé une nuit en prière. A l’aube, après s’être purifiés, ils sont conduits vers l’aire de danse. L’intercesseur salue le lever du soleil avec la pipe cérémonielle (canunpa) appelant les bénédictions du Grand Esprit sur l’épreuve qui se prépare. Les aides de l’intercesseur procèdent alors au "percement". Ils pratiquent sur la poitrine ou le dos des danseurs deux entailles à travers lesquelles ils passent une cheville de bois reliée à une longue lanière de cuir attachée à l’arbre. Chaque danseur doit danser en tirant sur les lanières jusqu’à ce que sa peau se déchire et le libère. Certains danseurs choisissent de courir autour de l’aire de danse en traînant des crânes de bison jusqu’à ce que ceux-ci s’arrachent de leurs épaules. Chaque danseur porte une couronne et des bracelets de sauge et un sifflet fait d’un os d’aigle, la voix de l’oiseau sacré. Des spectateurs font souvent offrande de petits morceaux de la chair de leurs bras qui sont mis au pied de l’arbre. Les danseurs sont censés regarder le soleil tout le temps que dure l’épreuve, c’est-à-dire pendant des heures. Il est certain qu’ils ne le pourraient sans avoir les yeux brûlés. Les danseurs interrogés reconnaissent fixer l’arbre auquel ils font face et qui symbolise le centre du monde.
La foule qui se presse autour sous les abris de branchages encourage les danseurs par des chants, des prières. Quand l’épreuve se prolonge, l’intercesseur peut décider de couper la peau du danseur afin de le libérer. De toute façon, la danse ne peut se poursuivre au-delà du coucher du soleil. Une fois libéré, le danseur peut aller se reposer à l’ombre et ses blessures sont soignées. Quand tous les danseurs ont été libérés, ils doivent encore subir l’épreuve d’une "sweat lodge". Ce n’est qu’après qu’ils seront autorisés à boire et à se restaurer.

Quelle signification ?

 

La participation au rituel en tant que "danseur du soleil" est un acte parfaitement assumé, volontaire. Le danseur choisit de souffrir pour attirer les bénédictions du Grand Esprit et de ses principaux pouvoirs (le soleil, la terre, l’aigle, le bison, etc) sur les siens, sur son peuple. La prière la plus souvent prononcée, citée par Black Elk, est : "O Grand Esprit, Wakan Tanka, sois-moi miséricordieux ! Je fais ceci pour que mon peuple vive !" Dans le rituel originel l’accent est mis sur le rôle de l’être humain en tant que porte-parole de "tout ce qui se meut sur la terre" qui, à travers lui, rend grâce au Grand Esprit pour ses bienfaits. Ce peut être aussi une demande plus personnelle, comme la guérison d’un proche, ou une action de grâce pour l’avoir obtenue. Il peut exister d’autres motivations moins nobles, comme se faire valoir aux yeux du peuple, en particulier des femmes, attirer l’attention sur soi en vue d’une promotion sociale.

La danse du soleil de nos jours

 

Apparaissant comme un rituel barbare, une manifestation de paganisme particulièrement choquante, la danse du soleil a été prohibée en 1883 par la loi dite des "offenses indiennes". A cette occasion ont été interdites des cérémonies à caractère intime comme la garde d’âme d’un défunt, la cérémonie de puberté des jeunes filles, ce qui marque de la part du législateur une volonté de casser les liens tribaux et même familiaux. Il est cependant certain que des danses du soleil ont continué à se dérouler clandestinement dans des lieux écartés, les Bad Lands par exemple. Mais la cérémonie n’était plus l’occasion des grands rassemblements qui assuraient la cohésion, la fierté tribale.
A partir des années 1920, une forme abâtardie de la danse du soleil, évidemment sans "percement", est présentée en public, souvent à l’occasion des rodéos, comme une simple manifestation folklorique. C’est vers 1970, sous l’influence du renouveau culturel et spirituel qui touche les Indiens d’Amérique du Nord, que réapparaissent sur certaines réserves lakota des danses du soleil dans leur rituel complet, avec "percement".
Le renouveau de la cérémonie doit beaucoup au mouvement écologique, au respect plus grand accordé par la société dominante aux cultures et aux pratiques religieuses non chrétiennes. Il doit surtout beaucoup à l’AIM qui a contribué à renouveler et à diffuser la spiritualité lakota. La plupart des membres de l’AIM sont danseurs du soleil. Au début des années 1980, des militants de l’AIM ont tenu des danses du soleil dans des communautés navajo qui résistaient au déplacement forcé imposé par le Bureau des Affaires Indiennes.
Actuellement, au moins une douzaine de danses du soleil sont pratiquées tous les étés sur la seule réserve de Pine Ridge, créant une sorte de concurrence entre les hommes-médecine qui les organisent. Autoriser la présence de non Indiens à la cérémonie a été parfois un sujet de débat.
Les motivations des danseurs du soleil sont maintenant plus personnelles. La dimension cosmique s’est affaiblie. Bien souvent, ils demandent au Grand Esprit la force de renoncer à l’alcool, à la drogue, des fléaux si présents sur les réserves indiennes. L’engagement très fort pris devant l’arbre sacré et le peuple assemblé constitue une puissante thérapie. Il s’agit plus globalement d’affirmer son indianité, de manifester son attachement aux valeurs spirituelles et culturelles indiennes.