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Cérémonie indienne (1889)
Cérémonie qui s’est développée chez les Indiens des Plaines à partir de 1889. La Danse des Esprits, qui révèle le désespoir des Indiens prisonniers des réserves et leur refus de l’assimilation à la société blanche, avait pour but de provoquer la disparition des Blancs et de faire revenir la vie traditionnelle indienne.
A la fin des années 1880, tous les Indiens des Etats-Unis sont enfermés dans des réserves. C’est chez les Indiens des Plaines qui, avec les Apaches, ont été les derniers à se rendre, que la perte d’un mode de vie auquel ils sont passionnément attachés est le plus douloureusement ressenti. Les Plaines sont totalement investies par les Blancs, les bisons, le gibier sauvage ont disparu. Le désespoir des Indiens est à son comble.
La situation des Lakotas est particulièrement difficile. Sous la menace d’une déportation en Territoire Indien, le gouvernement leur a fait accepter à une courte majorité le partage de la Grande Réserve Sioux en six petites réserves, les réserves actuelles. Puis, malgré les très mauvaises récoltes des années 1889 et 1890, le gouvernement a diminué de moitié les rations qui permettent aux Indiens de survivre. La disette s’installe.
Au printemps 1889, Wovoka, un Paiute du Nevada, fait connaître une vision qu’il a eue. Il a vu revenir les morts indiens, tous ces guerriers tués au combat, tous ces enfants morts de maladie. Il a vu la terre indienne libre et débarrassée de tout ce que les Blancs y ont apporté : les villes et le chemin de fer, le bétail et les clôtures. Il a vu revenir les bisons, les eaux pures et l’herbe fraîche, les campements d’Indiens heureux..
Pour retrouver ce bonheur ancien, il suffit aux Indiens de pratiquer une cérémonie très simple de danses et de chants que chaque nation adapte à sa culture. Comme pour la Danse du Soleil, les Indiens dressent un arbre au centre de l’aire de danse et les hommes et les femmes tournent autour en se donnant la main, une plume d’aigle dans les cheveux. Ils chantent d’abord ce que Wovoka leur a enseigné, puis ils inventent des chants. Chacun peut venir au centre et chanter. Les chants qui plaisent sont repris les jours suivants et beaucoup ont été conservés. Ce sont les récits d’une vision, le désir de revoir un être cher, de pathétiques supplications au "Père". Les Indiens prient en fait le Grand Esprit, l’entité suprême commune à toutes les tribus.
Les Paiutes, les Shoshones, les Arapahos sont les premiers à pratiquer la cérémonie de la Danse des Esprits. A l’automne 1889, les Cheyennes du Nord dansent à leur tour. Deux émissaires lakotas, Kicking Bear et Short Bull, vont rencontrer le prophète et prendre contact avec les tribus qui pratiquent déjà la cérémonie. Ils quittent la réserve secrètement, chevauchant de nuit. Wovoka leur fait voir leurs parents morts et la nouvelle terre et leur enseigne les danses et les chants sacrés. Les Indiens du sud, Omahas, Comanches, Caddos, Kiowas et même des clans apaches dansent à leur tour la Danse des Esprits.
Certains parlent d’un gigantesque raz-de-marée dont les Indiens devront se protéger en grimpant sur une montagne. D’autres pensent que la vieille terre, celle qui porte les Blancs, va s’enrouler comme un tapis, laissant place à une terre renouvelée. Selon Wovoka, le miracle s’accomplira de lui-même, sans violence. Les Indiens, toujours attachés à leur mode de vie traditionnel et qui refusent l’assimilation à la culture blanche, reprennent espoir.
C’est sur les réserves lakotas que la Danse va prendre sa plus grande extension. Au printemps 1890, seuls dansent les opposants anciens et déterminés. A l’automne, les trois quarts des Lakotas dansent. Red Cloud et les siens n’y participent pas, mais ne se prononcent pas contre non plus.
Au début, les Indiens dansent quatre jours par mois, comme l’a recommandé Wovoka. En novembre 1890, ils dansent presque sans discontinuer, comme s’ils voulaient hâter leur délivrance. L’émotion, la fatigue, la faim provoquent de nombreux évanouissements, surtout chez les femmes. L’un des danseurs se met à trembler et s’écroule au centre du cercle. Revenu à lui, il raconte avoir rencontré l’un de ses parents morts. Des femmes ont retrouvé leurs enfants dans le Monde des Esprits, des hommes ont vu revenir les bisons, ils ont chassé, comme autrefois. A la fin de l’été, les Lakotas qui redoutent, avec quelque raison, une réaction violente des Blancs, se mettent à fabriquer des « chemises des esprits » destinées à les protéger des balles.
Cette ardeur religieuse commence à inquiéter les Blancs. En novembre 1890, l’agent de la réserve de Pine Ridge, Daniel F. Royer, réclame l’intervention de l’armée et s’efforce de lever une milice. Il parcourt Rushville, à la frontière de la réserve, en criant : "Aux armes ! Guerre indienne !". Des troupes sont envoyées par le général Nelson A. Miles depuis son quartier général de Chicago. Les provocations contre les Lakotas se multiplient, menées par des milices, ainsi que par certains éléments de l’armée.
La Danse des Esprits prend fin, du moins pour les Lakotas, avec le massacre de Wounded Knee Creek du 29 décembre 1890.
Les Arapahos n’abandonneront la Danse qu’en 1893. Au printemps 1901, des journaux du Montana rapportent que les Cheyennes du Nord la pratiquent à nouveau. L’agent de la réserve cheyenne ordonne que les meneurs soient fouettés et mis aux travaux forcés. En 1915, les Kiowas de l’Oklahoma commencent des cérémonies de la Danse des Esprits. Les responsables sont arrêtés et envoyés aux travaux forcés.
En 1973, durant Wounded Knee II, les hommes-médecine lakotas ont tenté de faire revivre la Danse des Esprits.
Les résurgences de la Danse des Esprits témoignent de l’attachement des Indiens, en particulier de ceux des Plaines, à leur mode de vie traditionnel et de leur opposition persistante à l’assimilation à la culture blanche que depuis près de cent cinquante ans on veut leur imposer.