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DINOSAURE DU SUD DE LA FRANCE

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DINOSAURE DU SUD DE LA FRANCE
Publié le:11/06/2009

Variraptor et d'autres dinosaures sur les plages du Midi


Quand on parle de dinosaures majeurs, c'est tout de suite le Diplodocus herbivore qui vient à l'esprit, ou un grand carnivore comme Tyrannosaure. Et il ne fait aucun doute que ce sont ces grandes bêtes terribles qui captent l'attention de tous. A notre avis, pourtant, il y a un groupe qui se place au dessus de tous depuis que l'on a imaginé Jurassic Park, ce sont les fameux "raptors" Dromaeosauridae (dromeus = coureur). Il y a 65 millions d'années (Ma) l'un d'entre eux a cessé de courir dans le sud de la France mais reste toujours parmi nous grâce aux découvertes des paléontologues. Il s'agit de Variraptor, pourvu de toutes les grandes capacités prédatrices de ces "raptors" et maintenant présent en "os et en plumes" au musée international d'Espéraza.

 

Dinosaures (Variraptors) en chasse
Dinosaures (Variraptors) en chasse
Il y a 70 millions d'années l'Europe était un vaste archipel et la partie sud de la France formait, avec l'Espagne et le Portugal, une île couverte de dinosaures. Les strates géologiques de cette période sont accessibles de nos jours près de la Méditerranée car elles ont été mises au jour, soulevées par la construction de nos chaînes de montagnes. La période géologique concernée, appelée mésozoïque (car considérée pour un temps comme étant de l'âge moyen de la vie des animaux identifiés), est celle des dinosaures qui comprend le Trias, le Jurassique et le Crétacé. Périodes qui se sont succédées de -248 Ma à -65 Ma.

Plus de 800 espèces ont été décrites de part le monde, provenant de tous les continents car, lorsque les dinosaures se font  connaître au Trias, il y a 220 Ma, les continents sont alors groupés en un seul bloc appelé Pangée. Au Jurassique, entre 200 et 145 Ma, la Pangée se divise et l'Europe se trouve tout d'abord soudée à l'Asie. Au Crétacé inférieur (le début) l'Océan atlantique sépare définitivement les dinosaures d'Europe de ceux d'Amérique du Nord, puis au Crétacé supérieur, entre 100 et 65 Ma, l'Europe de l'Ouest devient un archipel au climat tropical qui génère des îles aux sols rouges qui deviendront des bauxites alors que les argiles et les sables des plaines des bords de l'eau sont peuplés de dinosaures. Leurs ossements conservés fossilisés ont permis de reconnaître diverses espèces comme Titanosaure, Tarascosaures, Ampelosaure ataci (qui pèse 20 tonnes), Variraptor, Megalosaure (décrit dès 1676), Rhabdodon et un ancien apparu il y a  155 à 150 Ma: le Compsognathe.

Les carnivores ont toujours eu la dent longue, c'est le cas du plus ancien et du plus complet des dinosaures trouvés en France: le petit Compsognathe de Canjuers (Var). Son paysage est alors celui d'une vaste plateforme couverte d'eau peu profonde, c'est pourquoi il a été trouvé en compagnie de squelettes de poissons, de tortues, de divers reptiles dont l'un est volant. Bipède, il possède de fortes griffes et de nombreuses dents pointues et bien tranchantes. Autre caractéristique, sa queue est pourvue de vertèbres et lui sert de balancier. Un autre Compsognathe trouvé en 1859 en Bavière avait conservé dans l'estomac les restes d'un petit lézard terrestre, connu pour être très rapide. On déduit de cela que Compsognathus, au corps comparable à une grosse volaille, possédait des dents coniques au tranchant crénelé utiles pour réduire les insectes et les petits lézards. On sait de plus qu'il était très certainement couvert d'un duvet qui isolait son corps (Ostrom 1978).

Les petits dinosaures des lagons ont  probablement vécu en compagnie de plus gros dinosaures carnivores et herbivores. Les carnivores, bien moins nombreux que les herbivores, étaient en constante compétition partout sauf dans les marécages ou les plages de vase où seuls les petits ne risquaient pas de s'enliser. C'est pourquoi on a retrouvé dans les sédiments des lagunes une variété de Dromaeosauroïdés fossilisés. Certaines espèces sont si petites que l'on suppose qu'elles ont vécu dans les arbres (Longrich et Currie 2009). En 1992, les dents et quelques vertèbres de celui qui sera reconnu comme Variraptor mechinorum, ont été déterrées par Patrick et Annie Méchin. L'étude nous apprend que cet animal de 50 kg et de la taille de l'homme, qui a vécu il y a 70 Ma, à la fin du Crétacé, était un Dromaeosauridé cousin des fameux "raptors" du Jurassic Park. Comme les autres "dromies",  il était couvert d'un duvet et probablement aussi de plumes. Il devait sa grande habileté à sa queue qui lui servait de balancier et ses griffes en faucille lui permettait de crocheter ses proies.

Dents et griffes. La plupart des dinosaures du sud de la France peuvent être étudiés au musée où les moulages des ossements s'y trouvent remontés afin que l'on puisse comparer les squelettes. Les paléontologues (ceux qui étudient les animaux disparus) trouvent dans leur examen, de la tête aux pieds, les preuves tangibles de la façon dont ils vivaient, ceci parce que les dents comme les griffes conservent les traces de l'action de leurs surfaces du vivant de l'animal.

Les griffes de la main de Variraptor sont très fortes mais la plus spectaculaire est celle du deuxième doigt du pied. Elle forme un crochet acéré qui se rétracte durant la marche et comme dans Jurassic Park on peut imaginer les "raptors" chasser en bande les dinosaures herbivores avec des griffes pour perforer les proies agrippées avant de les dépecer. L'action des dents est variable selon le type de nourriture. Les dents pointues, pourvues ou non de crénelures, de cannelures ou festonnées, peuvent saisir, déchirer ou couper la viande ou les végétaux. Les végétaux comportent des fibres qui obligent les dents à une autre action de déplacement latéral et d'écrasement, qu'il s'agisse de feuillage, de racines, d'écorces, de fruits ou de fleurs, leurs formes doivent y être adaptées. Toutes ces actions produisent des surfaces arrondies, polies, rayées et altérées par des éclats que l'on peut examiner au microscope et comparer à des usures connues afin de déterminer si ce sont les matières abrasives des végétaux ou celles de la viande qui les ont produites.

La diversité des dinosaures traduit une grande faculté d'adaptation qui s'exprime dans la diversité dentaire. Le profil et la section des dents carnassières est celui d'un cône aplati qui ne laisse pas supposer une découpe de la viande comme le ferait le croisement serré des lames de ciseaux, c'est pourquoi nous présentons ici l'aspect d'usures vu au microscope électronique qui indiquent diverses possibilités comme celle de la pénétration de la série de pointes du sécateur à os de poulet.

 

Dents de dinosaures végétariens
Dents de dinosaures végétariens
La répartition spécifique des stries microscopiques des dents de la collection P. et A. Méchin (Aix en Provence) illustre leur action:

-l'extrémité active de la dent en baguette de l'herbivore Titanosaure est arrondie par l'usure et couverte de stries suivant l'axe de la dent alors que le reste des surfaces en est pratiquement exempte;

-la forme "en feuille" dotée de longues cannelures de l'herbivore Rhabdodon présente un bord libre en "V" couvert de multiples stries parallèles entre elles qui se poursuivent un court temps sur la face externe. L'aspect est identique à celui observé sur les dents de cerfs (Puech et al. 1981);

-la pointe de la dent conique de Tarascosaure est érodée comme le sont les multiples petits dômes des "denticules" des deux arêtes crénelées (antérieure et postérieure). De nombreux dômes sont fracturés, si bien que l'on suppose que leur fonction a été de pénétrer les matières saisies et que les plus dures (comme l'os) ont été serrées très fortement pour être brisées;

Dents de dinosaures carnivores
Dents de dinosaures carnivores

-la petite dent pointue de Variraptor n'est crénelée que sur l'arête postérieure. Cette dentelure est faite d'une suite de plots profilés "en quille". Les stries sont localisées sur la pointe principale de la dent et sur les plots de la dentelure, elles sont toutes orientées suivant le grand axe de la dent. L'action essentielle de la dent pointue du carnivore a donc été de pénétrer axialement dans les aliments, la série de petites pointes latérales ayant pour fonction de relayer la découpe au fur et à mesure de l'enfoncement.

 

Les données mettent en évidence  différents états microscopiques des surfaces qui résultent de la pénétration des dents au cours de leur action pour mordre, retenir, percer, taillader les aliments. Chaque dent de dinosaure a montré une spécialisation en fonction du choix alimentaire. Le végétarien, comme le carnivore, agrippe les aliments mais il ajoute une action transversale d'écrasement nécessaire pour déstructurer les végétaux. La recherche d'un lien entre l'usure dentaire et la forme de la dent n'est qu'une première étape de connaissance qui, après de nouvelles découvertes de fossiles, va s'étendre à l'étude de populations dans la recherche de choix alimentaires suivant l'âge ou les saisons. Il sera alors possible de vérifier l'hypothèse émise de migrations saisonnières des dinosaures à duvet et à plumes, comparables à celles de leurs descendants les oiseaux (Mitch Leslie 2007).

Références:

Le Loeuff J., Buffetaut E., Méchin P., Méchin-Salessy A. 1992 The first record of dromaeosaurid dinosaur (Saurischia, Theropoda) in the Maastrichtian of the souther Europe: palaeobiogeographical implications. Bulletin de la Société géologique de la France 163 (3): 337-343.

Longrich N.R. et Currie P.J. 2009 A microraptorine (Dnosauria - Dromaeosauridae) from the late Cretaceous of North America. Proceedings of the National Academy of Sciences (USA) 106 (13): 5002-5007.

Mitch Leslie 2007 The strange lives of polar Dinosaurs at http://www.smithsonianmag.com/history-archaeology/polar-dinosaurs-200712.html

Ostrom J.H. 1978 The osteology of Compsognathus longipes. Zitteliana Abbandlungen Bayerischen Staatssammlung Paldontol. Historische Geol. (Munchen) 4, 73-118.

Puech P.-F., Prone A., Albertini H. 1981 Reproduction expérimentale des processus d'altération de la surface dentaire par friction non abrasive et non adhésive. C.R.Acad.Sc.Paris, t.293 (série II): 729-734.

 

Pierre-François PUECH et Bernard PUECH

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