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Compiègne. Camp de Royallieu

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Compiègne. Camp de Royallieu
Publié le:23/06/2009

Le Mémorial de l'internement et de la déportation.




L' histoire du Camp de Royallieu

 ..."Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
Scandant la cruauté de tes vers réguliers
Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles
Tu avais en ces jours ces accents de gageure
Que j'entends retentir à travers les années
Poète de vingt ans d'avance assassiné
Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure.

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne"

Robert le  Diable.  Louis Aragon, Jean Ferrat .

En 1940, la caserne de Royallieu, faubourg de Compiègne, créée en 1913 et devenue entre 1939 et 1940 un hôpital d'évacuation secondaire, devient le  Frontstalag 170 KN 654, qui va regrouper jusqu'à 6 000 prisonniers de guerre des Allemands.

Ce camp de prisonniers de guerre devient en juin 1941 un "camp de concentration permanent pour éléments ennemis actifs du Reich", avant de devenir, dans le cade de la poltique de collaboration initiée lors de la rencontre de Montoire entre Hitler et Pétain, un "camp de détention de police". Y sont internés des civils, en majorité des politiques, désignés comme otages dans le cadre de mesures de représailles exigées par l'occupant allemand. Bien qu'appelé "camp de concentration", comme le Struthof (en Alsace), le camp de Royallieu, Frontstalag 122,  s'en distingue en étant avant tout un point de rassemblement de personnes victimes de la politique de répression et de persécution des Allemands menée avec le soutien du régime de Vichy, en vue de leur exécution ou de leur transfert en camp de concentration ou d'extermination.

Parmi les politiques et résistants emprisonnés à Royallieu,  certains seront exécutés dans la forêt de Compiègne toute proche. et à partir de mars 1942, d'autres feront partie des convois à destination de l' Est.

Les convois concernent d'abord des Juifs : un premier convoi à destination d'Auschwitz et d'Auschwitz-Birkenau part le 27 mars 1942.

À partir de 1942 et de l'invasion de la zone sud par les Allemands, René Bousquet , secrétaire général de la police du gouvernement de Vichy signe avec Karl Obert, chef des SS et de la police allemande en France, un accord en vue de lutter contre la Résistance, traquer les Juifs et les réfractaires au STO.

De nombreuses prisons de France, la Santé, le Cherche-Midi, Fresnes (Paris),

Fort Montluc (Lyon), Fort du Hâ (Bordeaux), Maison d'arrêt (Limoges), les Baumettes (Marseille), etc. , des Juifs, des "indésirables, des résistants communistes ou non sont rassemblés à Royallieu, en vue de leur transfert à l'Est.

Le premier convoi de mars 1942 sera ainsi suivi de nombreux autres parmi lesquels : 

- le "Convoi des 31 000"  (du numéro de matricule des prisonniers, dont font partie, 230 femmes, parmi lesquelles Danielle Casanova, Charlotte Delbo, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Maï Piolitzer, qui partiront pour Auschwitz, puis Ravensbrück ;

- le "Convoi des tatoués", qui regroupe 1 700 hommes, pour un  grand nombre d'entre eux  des résistants communistes, dont le poète Robert Desnos.

Au total 28 convois transportant 39 559 personnes partiront vers les camps :

Auschwitz et Auschwitz -Birkenau (5 152) ; Sachsenhausen (3 388) ; Mauthausen (4 698) ; Ravenbrück (219) ; Buchenwald (14 568), Neuengamme (7 239) , dachau 4 295). 43,6 % des déportés décéderont pendant le transport ou sur place.

Le Mémorial

"Sol de Compiègne !

Terre grasse et cependant stérile.

Terre de silex et de craie

Dans ta chair

Nous marquons l'empreinte de nos semelles

Pour qu'un jour la pluie du printemps

S'y repose comme l'oeil d'un oiseau

Et reflète le ciel, le ciel de Compiègne,

Avec tes images et tes astres

Lourd de souvenirs et de rêves

Plus dure que le silex

Plus docile que la craie sous le couteau

 

Robert Desnos, Sol de Compiègne, 1944, extrait 

 

En 1993, le Premier ministre, Édouard Balladur ayant décidé une restructuration des unités militaires, les 20 hectares du camp de Royallieu sont disponibles ; la décision est prise d'y installer  le Mémorial,  dont la mise au point prendra plusieurs années ; son inauguration a eu lieu en 2008.

 

 Sources documentaires : Le Camp de Royallieu (1941-1944). de L''Histoire au Mémorial

Textes réunis par Christian Delage