SERVICES
Article Contributeur
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail

Communication et langage

Note moyenne : pour 3 votes
Commentaires (100) Ajouter un commentaire Signaler un abus Votre vote  
En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse
Communication et langage
Publié le:28/10/2009

Les routines interactives comme précurseurs des échanges langagiers.


     La "communication" proprement dite a donné lieu à de nombreuses définitions dont on peut extraire un consensus minimal sur trois éléments:

1- Au cours du processus de communication, il y a transfert ou circularion de 'quelque chose' qui peut être une pensée, une expérience, une information, un message, un signal,...

2- Cette transformation s'effectue entre au moins deux partenaires: -individus ou sujets parlants/entendants  ou non (comme vous et moi), -organismes (cellules biologiques, organisations sociales de divers ordres,...), systèmes (informatiques par exemple)- dont l'un est émetteur et l'autre récepteur.

3- Au cours du processus de communication, l'information a été codée (ce qui peut se réaliser de différentes manières: paroles, gestes, symboles,...), ce qui influence ou modifie l'état du partenaire-récepteur.

     En ce sens, la communication consiste en un sous-ensemble de phénomèmes interactifs qui consiste à savoir (ou pouvoir) mettre -en gestes, en postures, en mimiques, en voix, en mots, en phrases- des conduites qui tiennent compte d'un contexte. La communication consiste alors à élaborer ces conduites de façon aussi adéquate que possible aux attentes d'autrui et aux désirs des deux partenaires de l'échange.

Deleau (1990, p. 77-78)2 considère que la communication ne concerne que certains phénomènes interactifs, c'est-à-dire ceux "qui aboutissent à construire quelque chose qui, au teme d'une procédure iteractive, devient commun aux deux protagonistes de l'échange".

 

 

     Cependant, interaction et communication ne s'opposent pas pour autant; il faut plutôt voir une filiation entre les deux, dans le sens où c'est dans et par l'interaction que se sonstruit et que s'effectue la communication. Dans cette optique, de nombreuses études ont porté sur les interactions entre le bébé humain et les familiers de son entourage. L'on s'est ainsi aperçu que les situations interactives sont fragmentées; en d'autres termes, l'on peut déterminer des séquences interactives dont on a pris l'habitude de nommer "routines interactives". Ce sont des situations microsociales hautement répétitives: "elles peuvent être reproduites quotidiennement et parfois durant des mois, avec certaines variantes" (ib., p. 85). Qui plus est, ces situations interactives sont répétées le plus souvent en succession immédiate. L'exemple le plus classique -qui a été étudié par nombre de chercheurs- est le jeu de "cache-cache" entre un adulte et un jeune enfant; ce jeu de "coucou" est, en effet, une des premières situations interactives entre l'enfant et la mère dans laquelle il n'existe pas d'objectif utilitaire particulier du point de vue de la dyade (il ne s'agit pas de situation d'alimentation ou de situations de soins).

Au cours de cette activité ludique, on ne joue presque jamais à un seul épisode de "coucou", mais à plusieurs épisodes brefs qui se succèdent rapidement. Dans cette situation de jeu, l'adulte parle, émet des mots, des sons, des onomatopées ce qui favorise, chez l'enfant, l'émission de vocalises, de sourires,...

     Ce jeu de "coucou" a été abondamment étudié par J.S. Bruner (1987, p. 39 & sq)1 qui relève les points suivants:

- Dans ces situations interactives, la routine du jeu consiste à faire alterner la dissimilation et la réapparition du visage de l'autre: c'est le but du jeu, inhérent en lui-même. De ce fait, le jeu présente un caractère tout à fait conventionnel (comme le langage).

- Ce jeu se compose d'un ensemble d'actes organisés séquentiellement selon un ordre précis, c'est-à-dire qu'il se compose d'un ensemble de règles. Cette organisation structurée confère à celui-ci une sorte de syntaxe (ou de grammaire).

- Par ailleurs, au cours de ce jeu, certaines modifications peuvent être effectuées:

* différents objets (mouchoir, meuble, tout type d"écran") peuvent servir à cacher le visage;

* différents objets peuvent être cachés (visage, jouet,...);

* les partenaires peuvent changer de rôle (celui qui cache devient celui qui est caché); en ce sens, les partenaires sont à la fois complémentaires et interchangeables.

Ce qui est important à relever est que, quelle que soit la modification apportée, le structure profonde du jeu reste la même et conserve à la situation interactive la même signification, en l'occurrence "on joue à 'cache-cache'.

- Enfin, ces situations interactives sont l'occasion, pour l'enfant, de focaliser, de maintenir son attention dans un contexte situationnel qui met en jeu une séquence ordonnée d'événements.

 

     En définitive, ces routines interactives possèdent un caractère organisé, systématique, conventionnel; cela confère au jeu un sens, tout en permettant aux partenaires d'échanger leurs rôles. En ce sens, les routines interactives s'apparentent à des proto-conversations ou préconversations (Bruner, 1987, p. 41) qui sont à envisager comme des précurseurs des échanges langagiers ultérieurs.

 

 

1 Bruner, J.S. (1987). Comment les enfants apprennent à parler. Paris: Retz.

Deleau, M. (1990). Les origines sociales du développement mental. Communication et symboles dans la première enfance. Paris: Colin.

 

                                                                      Claudine DAY

Auteur de l'article
Claudine Day Claudine Day Voir sa fiche
Ajouter à mes favoris Envoyer un message
Plan de l'article