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Ce scherzo débute sur un rythme d'enfer.
Au cours d’une œuvre musicale, le scherzo indique traditionnellement une section au caractère léger et divertissant. Chopin se réapproprie ce type de développement et en fait une œuvre à elle toute seule. Davantage, « il lui donne un caractère romantique fiévreux et grave, empreint de fulgurances expressives et d’audaces harmoniques. Chopin en a composé quatre qui constituent chacun des chefs d’œuvre. Leur virtuosité extrême combinée à leur puissance émotionnelle en a fait des compositions très populaires » (Les textes entre guillemets proviennent de Notes de Programme rédigées par Frédéric Archambeaud qui nous a aimablement autorisé à les reprendre.)
Chopin a développé ces scherzi dans un rythme à trois temps.
Le Scherzo n° 1, en si mineur, op. 20. porte l'indication de rythme 'Presto con fuoco.'
Pour écouter cette oeuvre, veuillez cliquer sur le lien internet dans le cadre ci-contre. C'est l’interprétation de Yundi Li qui vous est proposée, d’une durée de 9’59.
En 1830, Chopin quitte la Pologne en hâte en raison des troubles que connaît son pays. Peu de temps après survient en effet l’insurrection de Varsovie. Il ne reverra jamais son pays natal. Réfugié à Vienne, il aura l’idée de ce Scherzo après avoir passé une nuit entière dans la cathédrale alors qu’il était désespéré par l’exil, par les mauvaises nouvelles venues de Pologne et par l’appréhension concernant les membres de sa famille. Le morceau débute par deux accords d’une audace harmonique inouïe pour l’époque. Le premier d’ailleurs est cinglant, comme un coup de fouet : à la main droite : Si, Mi, Si , et en même temps, à la main gauche : Si, Mi, Sol, Si.
Les deux accords initiaux introduisent une abondance de notes qui s’emballent en un rythme effréné. Il faut être virtuose pour ne pas s’emmêler les doigts.
On découvre aussi assez vite des exemples très frappant de la technique caractéristique à Chopin, celle du ‘rubato’, à savoir la répétition de changements très audibles de rythme au sein d’une même phrase musicale.
Pour attirer le public aux concerts, ce Scherzo a été un moment sous-titré : ‘Banquet infernal’, et ce, malgré l’opposition du compositeur. D’où vient cette expression ? Nul ne l’explique. Le qualificatif ‘infernal’ a peut-être été inspiré par les indications de rythme que Chopin a lui-même donné pour cette première section : ‘Presto con fuoco’ (rapide, avec flamme). On peut aussi faire le rapprochement avec des conceptions musicales du Moyen âge selon lesquelles certains intervalles entre des tons devaient être évités. L’intervalle représenté par les notes Fa-Si, par exemple, était considéré comme un intervalle diabolique. En revanche, rien ne permet de comprendre le mot ‘Banquet’.
L’effet qu’a produit sur moi l’accord initial que j’ai qualifié de cinglant comme un coup de fouet a entraîné mon imagination à penser que le rythme de l’épisode qui suivait pouvait évoquer un cheval au galop…d’autant plus que cela pouvait se concilier avec la technique du ‘rubato’ : un cheval qui ralentit à certains moments pour repartir de plus belle. Si je peux oser une autre dénomination puisque le compositeur n’est plus là pour s’y opposer, je donnerais alors à ce scherzo le sous-titre de ‘Galop d’enfer’.
«Le seul moment de répit dans cette page fiévreuse et angoissée est le passage central en Si majeur, (3' 50'') marqué ‘molto piu lento’. Chopin y cite, sur le rythme d’une berceuse, un Noël traditionnel polonais, ‘Dors, Jésus, dors’ (Lulajze Jezuniu)": Un mélodie très simple, diaphane presque. Un accompagnement élégant dont une note identique, qui tinte dans les aiguës, ajoute douceur et légèreté.
Les phrases se terminent par une ‘volute’ très belle et toute simple dont voici le dessin.
En fin de ce passage médiant, les notes s’entrelacent étrangement avec les accords cinglants du tout début de l’œuvre, inaugurant ainsi la troisième partie de l’œuvre. Cette section reprend l’abondance de notes du début dans le même rythme effréné, mais parfois aussi avec une belle douceur.
La reprise de cette première partie entraîne l’œuvre, de plus en plus virtuose, vers une coda splendide. En 8' 56'', une transition lyrique et douce puis en 9' 23'', une répétition vigoureuse d’accords de 5 notes suivie d’une belle descente en dents de scie puis d’une fameuse remontée de notes et se terminant enfin par quelques accords plus apaisants. Une finale de toute beauté !
Si l’on pouvait donner à la composition musicale en particulier et à la création artistique en général la définition d’une habileté à organiser de beaux contrastes, nous en avons ici un très bel exemple.