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Charlotte Corday

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Charlotte Corday
Publié le:03/09/2010

La Jeanne d’Arc de la démocratie.


Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont est plus connue sous le nom de Charlotte Corday, mais son prénom usuel est Marie. Elle est née le 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneries,  dans le pays d'Auge, et guillotinée le 29 Messidor an I (17 juillet 1793) à Paris. Alphonse de Lamartine, dans son Histoire de Charlotte Corday : un livre de l'Histoire des Girondins écrit qu’un charpentier qui aide le bourreau empoigne brutalement sa tête tranchée, et, la montre au peuple, puis la soufflette. Selon Clémentine Portier-Kaltenbach son crâne se trouve de nos jours chez les descendants du prince Radzivill et son squelette probablement aux Catacombes.

 

Charlotte Corday, par J.D. Court, peintre normand du XIXe s.
Charlotte Corday, par J.D. Court, peintre normand du XIXe s.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Fervente admiratrice de la vertu et du courage des Romains de la République, des citoyens Spartiates ou Athéniens, Marie-Anne-Charlotte de Corday l’est aussi des idées nouvelles émises par les encyclopédistes et des législateurs de 1789. Pour Clémenceau  la Révolution était un bloc, en d’autres termes il ne veut pas dissocier la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et les massacres d’innocents perpétrés dans les années qui suivent. Au contraire, cette jeune Normande déplore que Marat se serve des principes de 89 pour appeler au meurtre et bâtir une nouvelle tyrannie. Charlotte, lit les journaux et sait que c’est surtout Marat qui  orchestre la terreur lors des massacres de la journée du 10 août 1792 et ceux de septembre dans les prisons parisiennes. Ne nous y trompons pas, la Terreur est déjà la solution qu’envisage Robespierre. L’assassinat de Marat va servir de prétexte pour s’en prendre aux Girondins et à tous les opposants de droite ou de gauche. Plus près de nous l’attentat contre un diplomate nazi sera aussi un prétexte à l’origine de la Nuit de cristal et de la solution finale.

Elle rédige un long texte intitulé Adresse aux Français amis des lois et de la paix, qui explique le geste qu'elle va commettre. Jérôme Garcin, dans le Nouvelle Observateur, du 5 mars 2009, remarque que la jeune Normande entre dans la légende des siècles pour avoir tué le sanguinaire Marat. C’est le trépas d'un chien galeux et la naissance d'une femme sublime, comme l’écrit Michel Onfray. Avant lui, Lamartine la surnomme l’ange de l’assassinat. Elle devient une héroïne antique dès 1795 avec la tragédie Charlotte ou La Judith moderne, comme l’écrit Sylvie Dangeville, dans Comment en finir avec la Révolution....  Maurice Ulrich, dans L’Humanité, remarque que le grand Michelet parle d’elle avec amour : C’est la figure d’une jeune demoiselle normande, figure vierge s’il en fut, l’éclat doux du pommier en fleur…, et André Chénier, dans son Ode à Marie-Anne-Charlotte de Corday, exalte son image : Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée… [1]. Dans ses Mémoires, son bourreau, Sanson la dit martyre de la liberté et Jeanne d’Arc de la démocratie.

Charlotte se prend pour Brutus assassinant César. Comme Tite-Live, elle considère qu’en tuant le tyran, on rend au peuple sa liberté. Et en effet, cette religion du poignard est celle de tous les Résistants au despotisme, à la tyrannie et à l’oppression, qui furent les héros de la Résistance à l’occupant nazi, celle de tous ceux qui, aujourd’hui, opposent la vertu à la corruption politique, écrit Michel Onfray. Mais à la future Charlotte Corday ne peut-on rappeler ces mots de Shakespeare, dans Cymbeline, King of Britain (Act III, Scene 4) : Where is thy knife ? Thou art too slow ? (= Où est ton couteau ? Tu tardes trop !).

L’assassinat de Marat est-elle la dernière œuvre de Corneille ?

 

LA MISÈRE DE LA DESCENDANTE DU GRAND CORNEILLE

 

Timbre français représentant Pierre Corneille.
Timbre français représentant Pierre Corneille.
© A. Delzers
Timbre-poste commémoratif
L’historien socialiste Louis Blanc écrit : Il y a alors à Caen une jeune fille que le sort des Girondins touche profondément. On la remarque tout d'abord à l'expression de sa physionomie, mélange aimable de calme, de gravité et de décence. Dans son œil d'un bleu incertain, la vivacité d'un esprit clair est amortie par beaucoup de tendresse, et les seules cordes de l'amour semblaient vibrer dans le timbre de sa voix, faible et douce comme celle d'une enfant [2].

Née le 27 juillet 1768, dans une petite ferme de la commune des Ligneries, d'une famille noble, mais qui n’a que 1.500 francs de rentes, elle se nomme Charlotte de Corday d’Armont, du nom d'une terre située dans l'arrondissement d'Argentan. Elle a de bonne heure perdu sa mère. Son père, Jacques-François d'Armont entre dans l'armée. Sa carrière est des plus courtes. Il est nommé enseigne, le 9 novembre 1755, au régiment de La Fère-Infanterie. Le 17 janvier 1757, Corday est promu lieutenant dans la compagnie de Villeneuve et suit cette unité dans ses déplacements à Collioure, Montlouis, Perpignan... Jacques-François, dès 1763, donne sa démission et rentre au Mesnil-Imbert, pour épouser, le 14 février 1764 demoiselle Charlotte-Jacqueline-Marie de Gautier des Authieux de Mesnival, sa cousine. L’étude de la carrière révolutionnaire de Jacques François de Corday d’Armont, montre comment le déclassement qui frappe les petites noblesses à la fin de l’Ancien Régime, va faire de certains d’entre eux des révolutionnaires [3]. Ce patriote n'est toutefois connu que par un écrit qu'il lance en 1790 contre le droit d'aînesse, dont il a eu beaucoup à se plaindre comme sixième enfant.

Louis Blanc précise : Elle ne peut, au reste, avoir une plus illustre origine [2], car elle est arrière-petite-fille du grand Corneille (à la 5e génération). Etrange famille marquée par le destin, ses deux frères, royalistes convaincus émigrent. L’un d’eux, Charles-François, après le débarquement de Quiberon de l'armée des émigrés, est fusillé avec son oncle Pierre de Corday, sur l'ordre de Tallien. Pourtant, leur célèbre ancêtre va par la suite entrer au Panthéon républicain et enseigner, aux élèves des lycées laïques comme à ceux des bons Pères, l’amour sacré de la patrie, de 1871 à 1914 [4]. Pourtant son Cinna dit : le pire des États, c’est l’État populaire. Et il est également récupéré par les chrétiens, les fascistes (= Brasillach et Drieu La Rochelle) et les monarchistes. Après la Seconde Guerre Mondiale, Ralph Albanese, auteur d’un Corneille à l’école républicaine : du mythe héroïque à l’imaginaire politique en France, 1800-1950,  ajoute que Pétain et de Gaulle se sont inspirés du dramaturge et ont, chacun à leur manière, récupéré sa rhétorique [4]. Son arrière-petite-fille va elle aussi être récupérée. Elle est l’Antigone ou la Jeanne d’Arc de bien des ennemis des droits de l’homme [5], alors qu’elle est très fortement attachée aux principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

 

UNE ÉDUCATION RELIGIEUSE ?

 

Veüe de l'Abbaye de la SAINCTE TRINITE DE CAEN, fondé par Guillaume le Conquerrant Roy d'Angleterre et duc de Normandie, pour des religieuses benedictines.
Veüe de l'Abbaye de la SAINCTE TRINITE DE CAEN, fondé par Guillaume le Conquerrant Roy d'Angleterre et duc de Normandie, pour des religieuses benedictines.
© Boudan, Louis (16..-17.. ; dessinateur et graveur)
Gallica
 Charlotte de Corday grandit aux manoirs de Cauvigny et de Glatigny, à la Ferme du Bois, et au château du Renouard, demeures situées pas très loin de l'endroit où elle est née. Ce château du Renouard appartient à son grand-père. A l'âge de huit ans Charlotte est placée chez son oncle, l'abbé de Corday, qui à l'époque est curé de Vicques.

Songeant à l’éducation de ses filles, Jacques-François d'Armont réussit à les placer, en 1782, à la Sainte-Trinité de Caen (= Abbaye-aux-Dames). Le roi a le privilège de pouvoir y placer cinq jeunes filles, nobles et sans fortune, sans qu'il en coûte rien aux parents. L'abbesse a chaudement appuyé cette candidature, car sa coadjutrice est une Pontécoulant, et les Pontécoulant sont alliés aux Corday [6]. La jeune Charlotte de Corday y reste jusqu'en février 1791 [7]. Les deux fillettes comprennent qu’elles sont cloîtrées du fait de leur pauvreté. Certes, Madame de Louvagny est une cousine, et le ton de la maison quelque peu mondain, mais c’est tout de même une forme de détention qu’elles subissent. Charlotte mène là une vie bien différente de celle qu’elle menait dans ses collines du Pays d'Auge.

Mademoiselle de Corday devient quelqu’un de très cultivé par rapport à ses contemporaines bourgeoises ou nobles et même de l’Abbaye-aux-Dames. Elle lit des œuvres de son ancêtre Corneille, de Plutarque, de Montesquieu, Voltaire et ce qui moins habituel chez les petits nobles, Rousseau. Elle admire les philosophes des lumières, et à la différence de beaucoup de jacobins, même futurs députés, elle réfléchit sur les liens entre les idées nouvelles et celles des fondateurs des démocraties athénienne et romaine.

Comme l’écrit un critique du quotidienLe Monde : Charlotte Corday est un modèle de vertu, non au sens chrétien du terme (quoiqu’elle fût élevée par les sœurs, elle s’affranchira du carcan religieux comme des idéologies, elle tenait trop à sa liberté), mais au sens romain [9]. En effet, bien qu’elle soit d’une famille très catholique et élevée par des religieuses, elle ne manifeste jamais d'intérêt particulier pour une religion. Mais cette attitude est fréquente en cette période pré-révolutionnaire. Il en est de même pour la fierté de ses origines. Camille Naish, dans Death comes to the maiden: sex and execution, 1431-1933, nous rappelle si elle descend d’Hugues de Corday, fils d’un autre Hugues, sieur de Baumais en 1077, que Charlotte est surtout très proche des pauvres.

Charlotte Corday à Caen en 1793.
Charlotte Corday à Caen en 1793.
Elle découvre dans les livres ce qu'était la notion de vertu chez les Romains de la République...
© Robert Fleury Tony
Musée Bonnat à Bayonne
En lisant Corneille, elle a développé en elle les qualités de quelques-unes de ses héroïnes. Michelet voit en elle une Chimène, une Pauline, la sœur d’Horace... De ces femmes, elle a la vertu et l’immense courage. Toutefois Charlotte n’est-elle pas aussi, ou plutôt, une femme moderne ? Frédéric de Corday, un de ses parents, va se souvenir avec effroi d’une Charlotte qui avait le feu sacré de l’indépendance, ses idées étaient arrêtées et absolues. Elle ne faisait que ce qu’elle voulait. On ne pouvait pas la contrarier, c’était inutile, elle n’avait jamais de doutes, jamais d’incertitudes. Son parti une fois pris, elle n’admettait plus de contradiction. Son oncle, le pauvre abbé de Corday m’en a parlé dans les mêmes termes, comme d’une personne qui avait un caractère d’homme. Elle avait, en outre un esprit assez railleur, assez moqueur... Elle était susceptible de sentiments nobles et élevés, de beaux mouvements. Avec l’énergie dont elle était douée, elle s’imposait et n’en faisait jamais qu’à sa tête. Quoique dans la famille les femmes soient toutes énergiques, il n’y en avait pas qui eussent un caractère aussi décidé, aussi capable. Si elle eût commandé un régiment, elle l’eût bien mené, cela se devine.

Ses lectures et son caractère ne vont pourtant pas la mener à l’extrémisme, qu’il soit révolutionnaire ou contre-révolutionnaire. C’est une partisane des principes de 1789, une farouche républicaine qui affirme devant le tribunal révolutionnaire : J’étais déjà républicaine avant la Révolution. Lors de son procès Charlotte va répondre au président du tribunal qui lui demande si elle a un défenseur :

J'avais choisi un ami, mais n'en ayant point entendu parler depuis, je présume qu'il n'a pas eu le courage d'accepter ma défense.

Cet ami c’est Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant, que Charlotte a l’occasion de rencontrer à Caen, chez la supérieure de l'Abbaye-aux-Dames, quand elle y est pensionnaire. Ce Louis-Gustave, futur député normand, est à cette époque officier dans la compagnie écossaise des gardes du corps. Il va être un partisan modéré de la Révolution. Plutôt que de défendre sa jeune amie, il préfère se réfugier en Suisse, évitant une mort certaine.

Un autre de ses amis, dès 1789, ne va pas échapper à la mort, le vicomte Henri de Belzunce.

 

DES ANTHROPOPHAGES À CAEN !

 

La France pendant la Grande Peur (1789)
La France pendant la Grande Peur (1789)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
En mai 1789, une famine touche la paisible ville de Caen. Onfray, dans La Religion du poignard  note :

 Les révolutions ne se déclenchent pas à la lecture du Contrat social de Rousseau, De l’esprit des lois de Montesquieu, encore moins de l’Ethocratie du baron d’Holbach… Elles montent des rumeurs anonymes de la rue quand les miséreux, contraints par leur état, ne peuvent plus autre chose que demander la fin de leur malheur, quel qu’en soit le prix, par n’importe quel moyen. Le peuple ne veut ni la Liberté ni la République, il souhaite manger à sa faim, sans plus [8]. Il ajoute : La population attaque donc le château et s’offre une victime expiatoire en la personne d’un jeune vicomte arrogant et antipathique. Le corps est dépecé. Il est grillé et mangé par un peuple chauffé à blanc, ivre de sang. Ecce homo : être humain en tant qu’individu, le phénomène de groupe le transforme en monstre incontrôlable, en fauve enragé. Henri de Belzunce, le bouc-émissaire, perd toute humanité, se trouve réduit à l’état de pièce de boucherie. La Révolution française dispose de son banquet totémique, remarque l’auteur [9]. Le quotidien Le Monde précise qu’à : ... Caen, le peuple, devenu populace par l’atrocité de son crime, ne s’en tiendra pas au barbecue ; il plantera la tête du vicomte sur un pic et ira l’exhiber sous les fenêtres de l’Abbaye-aux-Dames, dont sa tante est l’abbesse. A l’intérieur de l’abbaye, se trouvait une certaine Charlotte Corday [9].

Ses futurs juges vont remarquer que Charlotte Corday est douloureusement émue par l’assassinat, dans des circonstances particulièrement odieuses, de l’un de ceux que l’on considéra à tort comme un de ses soupirants, le jeune vicomte Henri de Belzunce, major en second du régiment Bourbon-Infanterie, neveu de l’abbesse qui avait témoigné à l’adolescente orpheline une si précieuse affection.

Un soupirant parmi d’autres, on lui en prête beaucoup après son geste. Une autopsie est pratiquée après son exécution, car les amis de Marat racontent qu’on a affaire à une nymphomane qui a eu plusieurs enfants d’ennemis de la Révolution. Mais les chirurgiens découvrent que la jeune fille est vierge. Et tous ses admirateurs pourront parler soit d’une vierge romaine, soit d’une nouvelle Jeanne d’Arc.

 

LA CITOYENNE CORDAY

 

Massacres de Septembre, vus par Charles Dyckens.
Massacres de Septembre, vus par Charles Dyckens.
© Hablot K. Browne
The Writings of Charles Dickens, "A Tale of Two Cities", "The Sea rises".
Cet acte de cannibalisme se passe en 1789. Or, ce n’est qu’en février 1791, six mois après, que Charlotte sort de l’abbaye. Son père part à Argentan, et la fille trouve un asile décent chez sa tante à la mode de Bretagne, Madame Coutellier de Bretteville-Gouville, laquelle vit à Caen, rue Saint-Jean, près de l'hôtel de Faudoas [1]. Cette dame, âgée d'environ soixante ans, qui est restée royaliste, comme certains de ses proches, invite sa nièce à boire un verre à la santé du roi. Charlotte ne boit pas. Elle admet que Louis XVI est un homme bon, mais elle ne le juge pas vertueux. Pour elle, un roi ne peut apporter que la misère à son peuple. Madame Coutellier de Bretteville-Gouville est désolée par cette attitude. Elle lui reproche de vivre dans le passé, en lisant et relisant sans cesse Plutarque et Corneille. Charlotte lui répond :

C’est possible,  mais j’aurais préféré vivre à Athènes ou à Sparte, qui comptaient de nombreuses femmes courageuses [10].

Mais lors des dîners, elle parle volontiers de ses lectures favorites. Elle vit la plus du temps avec les trois domestiques de sa tante. L’un d’eux, Augustin Leclerc, qui tient un rôle d’intendant, est tourné vers les idées des Lumières. Charlotte Corday, la jeune patriote, s’entend bien avec lui.

Cette vestale de la Révolution confie à une amie : Jamais je ne renoncerai à ma chère liberté, jamais vous n’aurez sur l’adresse de vos lettres à me donner le titre de Madame. Certes, comme l’écrit Maurice Ulrich, des jeunes hommes fréquentent cependant Mme de Bretteville. Aussi bien le marquis de Faudoas, monarchiste, que Bougon-Langrais, fonctionnaire de l’administration départementale, qui deviendra en 1792 procureur général syndic du département, et Doulcet de Pontécoulant, qui sera député à la Convention. Ils sont au coeur des débats du temps et bientôt de ses convulsions [1].

Son ami Boisjugau de Maingré est pris, en 1792, les armes à la main, et fusillé comme traître à son pays [2]. Les massacres de septembre inspirent à Charlotte une horreur désespérée [11]. Olympe de Gouges, la rédactrice de la Déclaration des droits de la femme, dénonce le boutefeu Marat. Journaux et articles arrivent jusqu’à Caen. Pour Charlotte,  le principal responsable de ces milliers de morts est Marat.

 

 

UN DRÔLE DE CITOYEN : MARAT

 

Jean-Paul Marat à la Convention.
Jean-Paul Marat à la Convention.
© E.Viollat
Les musées chez soi
Marat est né à Boudry (principauté de Neuchâtel). Son père, Giovanni Mara, est un capucin défroqué d'origine sarde, converti au calvinisme [12]. C’est un homme des plus respectables. Il est lettore di arte et un pédagogue renommé de l’Ordre de la Merci. Alors qu’il s’évertue à implanter un collège à Bono, il doit émigrer. Comme son patronyme est Mara,  Edouard Drumont, qui est en train d’élaborer son scénario de la Révolution française résultat d’un complot judéo-maçonnique, en fait un  juif. Il est vrai que Mara est un prénom juif, mais David aussi et tous les David ne sont pas Israélites. En patois normand un marat, c’est un  maraud, un mauvais sujet. Charlotte doit savoir que cela vient du grec μιαρ?ς : scélérat, qui a produit marrans, vieille expression qui signifie juif. En patois Wallon, maraïe signifie canaille [13]. Dans la vie de tous les jours, Marat ne va ni dans les temples, ni dans les synagogues. Drumont nous dit qu’il est juif car il a une maladie de peau, il sent mauvais et est laid. Comme Mary Ann Frese Witt, on peut s’étonner de cet étrange raisonnement [5]. Les juifs sont entre 100 et 300 à Paris et aucun chef révolutionnaire n’est juif. Drieu La Rochelle va parler, en 1939, de la descendante de Viking tuant le juif Marat. Mais Charlotte Corday ne parle jamais de la supposée religion ou des origines de Marat.

Dans «judéo-maçonnique», il y a une attaque contre la franc-maçonnerie. Marat a bien été initié dans une loge britannique, mais le moins que l’on puisse dire c’est que ses actes ne vont plus être guidés par l'humanisme et la spiritualité assez rapidement. Il n’est pas le seul frère à agir ainsi. Dans les armées des émigrés leurs déclarations provocatrices ne vont pas non plus laisser guère de chance à  la sœur de  Joseph II d’Autriche. Pourtant, ils sont de familles catholiques et monarchistes et ne peuvent être accusés de complot à l’origine de la Révolution !!!

Michel Onfray nous dit qu’il est un faux médecin, ce qui à l’époque ne veut pas dire grand-chose. Il a un peu étudié en France. Le quotidien Le Monde nous dit qu’en 1765, Marat part en Grande-Bretagne et  achète à une université anglaise un diplôme de médecine sans jamais y avoir étudié [9]. Il publie dans ce pays quelques mémoires sans grand intérêt et les Chaînes de l'esclavage, un énorme pavé, totalement indigeste, mais qui sera très apprécié par Karl Marx du fait des idées qu’il y exprime.

Physiquement, Marat est de stature chétive. Il a le teint bistre, un visage asymétrique, des yeux  jaune sales et saillants, un nez écrasé au-dessus d'une bouche bestiale. Il semble appartenir, comme va l’écrire Michelet, à la race des batraciens. Brissot le compare à un sapajou, Roederer à un oiseau de proie, Levasseur de La Sarthe à un insecte, Madame Roland à un chien enragé, Boileau à un tigre, le député Barral à un reptile... Toutefois Marat sait persuader aussi bien une marquise un peu crédule que des pauvres gens qui n’ont plus rien. Le futur révolutionnaire qui tiendra des discours, style :

 

Chapeaux bas, grands seigneurs! bourgeois et valetaille,

Vos maîtres vont passer, saluez la canaille !

 

Grâce à sa marquise il devient le médecin de la Compagnie des Suisses de Monseigneur le Comte d'Artois. Il vit confortablement logé dans un hôtel privé de la rue de Bourgogne. Selon Michel Onfray, en bon charlatan, il consulte au prix fort ! Si l’on en juge par ses tarifs, précise l’auteur non sans malice, il précéda Lacan dans le dépassement d’honoraires… [8] [9].

Marat vit en partie dans le luxe, paraît-il, grâce à l’argent de Claire Adélaïde Antoinette de Choiseul Beaupré (1751-1794), épouse de Maximilien de L'Aubespine-Sully, colonel du régiment de Dragons de Marie-Antoinette. Une pareille union étonne Jacques-Pierre Brissot : la dame est  douce, aimable, bonne, et il n'y a rien de si rêche, de si violent, de si sauvage dans la vie domestique que Marat [14]. Il est vrai que Marat n’a aucun respect pour ses maîtresses. Mais la dame est ruinée, son mari est un escroc qui lui a transmis des maladies vénériennes. Elle est toutefois marquise du fait de son mariage, comme ses deux sœurs. A cette époque, Marat va même jusqu'à tenter de démontrer la noblesse de ses origines. Il affirme que la jeune huguenote française, Louise Cabrol, sa mère,  descendante de la famille Cabrol originaire de Castres  ne dérogeait pas en faisant du commerce. Ce qui est ridicule. Le frère du roi, du fait des relations dans la noblesse, en fait le onzième médecin de sa maison jusqu’en 1783. 

Caricature anglaise des Sans-culotte et des excés de la Révolution française.
Caricature anglaise des Sans-culotte et des excés de la Révolution française.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Par contre, Diderot, tout comme Voltaire n'apprécient pas son Essai sur l'homme. Le premier déclare que Marat extravague, le second, le compare à Arlequin faisant des cabrioles pour égayer le parterre.

En 1788, le grand médecin, pour les uns, le charlatan, pour tous les autres, tombe à nouveau malade.

Michelet dans son Histoire de la révolution française écrit que le terroriste scientifique qui croyait tuer Newton, Franklin, Voltaire, devint le terroriste politique. Lors de la convocation des Etats Généraux, Marat s’affole et déclare je commençais à respirer, dans l'espoir de voir l'humanité vengée, de concourir à rompre ses fers et de me mettre à ma place... Plus que ses remèdes et ses soins, la Révolution semble le guérir physiquement.

Mentalement, c’est différent. Comme l’écrit un critique du quotidienLe Monde : Marat, faux ami du peuple, incarne le ressentiment des médiocres frustrés, de ceux qui, à la faveur des convulsions de l’Histoire, saisissent toute occasion de faire exploser leur haine, leur envie, leur jalousie, et organisent la terreur partout où ils peuvent sévir dès qu’ils s’arrogent un lambeau de pouvoir [9].  Toutefois, une révolution ne suffit sans doute pas pour créer la maladie mentale, mais elle peut la révéler.

Dès 1789, des crimes se commettent pour obéir à ses mots d’ordre. Marat excite et exhorte les foules à tuer. Le 12 septembre 1789, il crée le Publiciste parisien, journal politique, libre et impartial, plus connu sous le nom de l'Ami du peuple. Ces appels au meurtre, notamment contre Necker et La Fayette, font qu’il doit se terrer dans des caves et fuir en Angleterre. Mais il revient et continue à tenir des appels à l’élimination de ses adversaires dans son journal L’Ami du peuple, et des réunions de révolutionnaires [15].  Ses propos sont d’une violence incroyable [16]. Durant l'année 1790, saisissant sa plume, il déclare : il faut épurer l'armée... pendre 800 députés...  faire rôtir les ministres au jardin des Tuileries. Il explique plus tard que sa véhémence cannibale n'est que rhétorique, ce qui va néanmoins donner des idées à ses lecteurs.

Marat n'entend plus ses amis qui lui conseillent la modération. Il se terre au fond de l'une de ses fameuses caves, habillé avec de vieux vêtements sales et déchirés. Sa tête est en feu. Il doit la couvrir d'un linge humide [17], de couleur rouge et très sale [18], dont des cheveux gras s'échappent par mèches.

"Interrogatoire d'un noble" lors des massacres de septembre
"Interrogatoire d'un noble" lors des massacres de septembre
Gravure extraite de l'Histoire de la Révolution, du Consulat et de l'Empire de Thiers\n
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Toutefois, il ne semble pas avoir tué lui-même des Français. Il excite les bandes armées des faubourgs Saint Antoine et Saint Marcel à le faire. Marat, par exemple, dans un libelle intitulé : C’en est fait de nous, propose de s’assurer de la personne du Dauphin et d’abattre six cents têtes. Quelque temps après, suite aux graves évènements de désobéissance de Metz et de Toulon et à la volonté de Mirabeau de faire prêter serment  aux soldats, il ordonne qu’on dresse 800 potences aux Tuileries. Or, le château n’accueille que 700 personnes, dont les petits commis des cuisines [19]. Mais 800 morts, c’est son chiffre au début de la Révolution pour chacun de ses groupes d’ennemis. Mais il va rapidement demander 300.000 têtes.

Membre des Cordeliers, sa rage révolutionnaire se déchaîne encore plus après l’arrestation du roi à Varennes et la fusillade du Champ de mars. Avant les Massacres de septembre, il n’est pas le seul pamphlétaire à demander au peuple la purge des prisons [19], mais Marat encourage incontestablement l’esprit meurtrier chez ses lecteurs [20].  Une de ses citations est très connue : C'est par la violence qu'on doit établir la liberté. Certes Cavaignac écrit en 1838 qu’il ne faut pas considérer Marat comme un anthropophage au teint cuivré, à l'œil hagard, plus digne d'habiter une caverne qu'une société civilisée, mais il remarque que l’injustice l'avait possédé [21]. Il n’entend plus ceux qui lui disent, avec beaucoup de raison, qu'il n'y a plus, dans la République, ni seigneurs, ni bourgeois. Il faut absolument à Marat ses 300.000 têtes. Alors il montre du doigt ceux qui ont les mains blanches et délicates, portent des dentelles, l'habit de soie, ceux sont en voiture ou sortent de l'Opéra, ou bien encore ceux qui ont des chevaux, des valets et cœtera. Aristocrate ! On peut le tuer sans scrupule ! [22]. Et quand ils seront morts, ce sera le tour des possesseurs de chiens ou de chats ?

Les tribunes interrompent et menacent parfois les élus du peuple avec des armes du temps de la Convention.
Les tribunes interrompent et menacent parfois les élus du peuple avec des armes du temps de la Convention.
© Yan Dargent.
Histoire de la Révolution, du Consulat et de l'Empire de Thiers.
Cela pourrait être drôle, mais des milliers d’hommes et de femmes meurent souvent après avoir été battus à mort, découpés en morceaux encore vivants. Le sang des aristocrates guillotinés est parfois offert aux pauvres comme boisson reconstituante et des enragés dévorent, comme à Caen en 1789, le foie de leurs victimes lors des massacres de septembre 1792 [23]. Le quotidien Le Monde écrit : Le sang versé, sous la guillotine ou lors des massacres de septembre 1792 (mille quatre cents détenus décapités ou égorgés au couteau), l’instinct de vengeance sous couvert de réaliser le bonheur de l’humanité, répugne Charlotte Corday [9].

Lamartine écrit : Depuis le 10 août, Marat ne faisait plus seulement sortir sa voix des souterrains qu'il habitait, comme un gémissement du fond du peuple; il se montrait avec affectation à la multitude, aux Jacobins, aux Cordeliers, à l'Hôtel-de-Ville, aux sections, dans tous les tumultes. Il commençait à s'affranchir de la tutelle de Danton, qu'il avait longtemps briguée et subie. Il commençait à disputer à Robespierre les applaudissements des Jacobins. Robespierre ne promettait au peuple que le règne de lois populaires, qui répartiraient plus équitablement le bien-être social entre toutes les classes. Marat promettait des renversements complets et des dépouilles prochaines. L'un retenait le peuple par sa raison, l'autre l'entraînait par sa folie. Robespierre devait être plus respecté, Marat plus redouté. Il sentait ce rôle et voilà en quels termes il se caractérisait lui-même dans l'Ami du Peuple : Que mes lecteurs me pardonnent si je les entretiens aujourd'hui de moi. Ce n'est ni amour-propre ni fatuité, mais désir de mieux servir la chose publique. Comment me faire un crime de me montrer tel que je suis, quand les ennemis de la liberté ne cessent de me représenter comme un fou, comme un anthropophage, comme un tigre altéré de sang, afin d'empêcher le bien que je voudrais faire! [24].

Marat, du fait de la démagogie dont il fait preuve pour les sans-culottes et les miséreux, est choisi par sa section pour être député de Paris à la Convention le 9 septembre 1792. Choisi ne correspond pas vraiment à la réalité. Sur 7.000.000 d'électeurs, il y a 630.000 votants. Voter à main levée deux jours après les massacres de septembre à Paris est un acte de grand courage. Les sans-culottes guettent les éventuels opposants. De ce fait, les élus sont tous de fervents révolutionnaires, mêmes les Girondins.

Marat  appuie la Commune et la Montagne contre les modérés. Mais sa bestialité verbale choque même ceux qui partagent ses idées. Et puis, Marat est sale, dépoitraillé et débraillé, à un point que Charlotte Corday ignore encore [18]. Comme va l’écrire le journal L’ouvrier, en 1868 (v.7) : Maximilien est toujours tiré à quatre épingles, frisé, poudré, musqué, ni plus ni moins qu'un marquis, avant 1789. Les chefs Montagnards se servent de Marat, mais le tiennent à l'écart. Toutefois l’homme est habile et il leur fait peur. Pierre Paganel écrit ... l'âme de Marat étoit fermée à toute ambition. Ce noble sentiment est étranger à de tels monstres. Anthropophage avec une extrême bassesse, il auroit préféré à Robespierre un roi qui lui auroit livré plus de victimes. Il caressoit le tyran, non par affection pour sa personne, mais pour être le ministre de sa tyrannie [25].

Gaspard-Séverin Duchastel (1766-1793)
Gaspard-Séverin Duchastel (1766-1793)
Ce député girondin ose venir voter contre la mort du roi Louis XVI de France, bien que très malade. Il est guillotiné avec d'autres élus le 31 octobre 1793.
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Avant le procès de Louis XVI, il déclare : je ne croirai à la république que lorsque la tête de Louis XVI ne sera plus sur ses épaules ! A Caen, Charlotte Corday suit, horrifiée, à travers les journaux les appels aux massacres de l'Ami du Peuple. Lors du Procès du roi, le terrible polémiste exige que le scrutin soit public et nominal. Plus hideux, plus sale, plus jaune, plus hâve, plus plein de fiel et de menace pour reprendre un portrait fait par Alexandre Dumas, il terrifie les députés du Marais (= centre). Il aboie comme un chien d'enfer, écrit Joseph Shearing, écrivain anglais qui a l’occasion de le voir haranguer les masses populaires [26].  Les provinces ne sont pas en général partisanes de l'exécution du Roi, mais la nouvelle arrive à Caen, province attachée à la famille royale. Charlotte Corday pleure comme une enfant.

Après la condamnation du Roi, la lutte de Marat, devenu président des Jacobins [26], contre les Girondins se poursuit avec plus de barbarie encore. A la suite de l'un de ses appels à l'insurrection, ses adversaires, les Girondins, le font ordonner d'accusation. L'infinie popularité dont il bénéficie à Paris chez les sans-culottes lui permet de triompher devant le tribunal révolutionnaire [26]. Il est ramené en triomphe par la plèbe à la Convention. Il s'acharne alors contre ses contradicteurs [17]. Un gouvernement révolutionnaire d’exception va se mettre en place et Marat organise une mobilisation permanente des masses. Dans les faits, 140 députés Montagnards [26] font trembler 600 députés.

Dans la période qui suit, nombre de girondins se réfugient dans la région de Caen. Ils y tiennent des réunions, que suit Charlotte. Le 3 février, l’abbé Gaumont, qui avait assisté sa mère dans ses derniers moments et qui a refusé de prêter serment, est guillotiné. Avec lui, cinq autres personnes sont exécutées. Le 10 juin, on appelle les citoyens à lutter contre le parti de Marat [1].


Charlotte Corday 1 (SUR DAILYMOTION)

 

TUER LE DIEU ANThROPOPHAGE

 

Figure féminine, style péloponnésien, venant certainement de Sparte
Figure féminine, style péloponnésien, venant certainement de Sparte
© Marie-Lan Nguyen
Louvre, Department of Greek, Etruscan and Roman antiquities, Sully, first floor, room 32.
Le 9 juillet, Charlotte Corday prend seule la diligence pour Paris, où elle n’est jamais allée. Elle s’installe à l’hôtel de la Providence, au numéro 19 de la rue des Vieux-Augustins. Là, elle rédige une Adresse aux Français amis des lois et de la paix. Elle cite Voltaire : Mon devoir me suffit, tout le reste n’est rien. Le 13 juillet, à 8 heures, dans une boutique du Palais-Royal, elle achète un couteau ordinaire, qu’elle paye quarante sous [1].

Marat vit avec Simone Evrard rue des Cordeliers, une couturière provinciale qui a pignon sur rue au faubourg Saint Honoré. Pour vivre, il accepte l’argent d’une jeune maîtresse qui le loge et l’entretient [27]. Il la traite comme une esclave et reçoit Charlotte, car elle est jeune et a une jolie voix. Il va jusqu’à lui demander si elle est belle ! Sale, hideux, pauvre, elle le soigne; elle préfère à tout d'être, au fond de la terre, la servante de Marat, écrit Michelet dans son Histoire de la révolution française [28].

Alphonse de Lamartine va imaginer la scène dans son Histoire des Girondins [24] :

Soit jalousie, soit défiance, Albertine Marat obéit avec répugnance. Elle introduisit la jeune fille dans la petite pièce où se tenait Marat, et laissa, en se retirant, la porte du corridor entrouverte, pour entendre le moindre mot ou le moindre mouvement de son frère. Cette pièce était faiblement éclairée. Marat était dans son bain. Dans ce repos forcé de son corps, il ne laissait pas reposer son âme. Une planche mal rabotée, posée sur la baignoire, était couverte de papiers, de lettres ouvertes et de feuilles commencées. Charlotte évita d’arrêter son regard sur lui, de peur de trahir l’horreur de son âme à cet aspect. Debout, les yeux baissés, les mains pendantes auprès de la baignoire, elle attend que Marat l’interroge sur la situation de la Normandie. Elle répond brièvement, en donnant à ses réponses le sens et la couleur propres à flatter les dispositions présumées du démagogue. Il lui demande ensuite les noms des députés réfugiés à Caen. Elle les lui dicte. Il les note, puis, quand il a fini d’écrire ces noms : "C’est bien ! dit-il de l’accent d’un homme sûr de sa vengeance, avant huit jours ils iront tous à la guillotine." À ces mots, comme si l’âme de Charlotte eût attendu un dernier forfait pour se résoudre à frapper le coup, elle tire de son sein le couteau et le plonge, avec une force surnaturelle jusqu’au manche dans le coeur de Marat. Charlotte retire du même mouvement le couteau ensanglanté du corps de la victime et le laisse glisser à ses pieds. "À moi, ma chère amie ! À moi !" s’écrie Marat, et il expire sous le coup.

 

Après avoir liquidé Marat la jeune Charlotte Corday est agressée par une foule vengeresse.
Après avoir liquidé Marat la jeune Charlotte Corday est agressée par une foule vengeresse.
© "L'assassinat de Marat", par Jean-Joseph Weerts
Roubaix, Musée d'Art et d'Industrie.
La conversation dure environ un quart d’heure. La moderne Judith résiste à la vision de cet être très laid, qui commence à se putréfier et de draps sales sur la baignoire [29]. L’odeur est, paraît-il, insupportable. Ses propos odieux la poussent à l’acte. Selon les dernières études sur son acte kamikaze, Charlotte ne fait que précipiter les choses. Marat est mourant. Ses jours, au mieux ses semaines, sont comptés. Bien involontairement, la jeune Normande abrège ses souffrances.

La pauvre femme qui vivait avec ce tyran s’écrie Pourquoi l’as-tu tué c’était un saint ! Pour elle, un démagogue responsable de la mort de milliers d’ecclésiastiques, cela s’appelle un saint. Bien des Français chuchotent au contraire au milieu de nos plus grands malheurs, elle a osé frapper le monstre Marat, cet anthropophage révolutionnaire, le digne précepteur des assassins de France ! [30].

La citoyenne Evrard va déposer longuement devant le tribunal. Ce témoignage nous dit ce qui se passe après l’élimination de Marat : Un cri parti du cabinet où était Marat m'a fait accourir ; j'ai appelé les voisins, et les voisins étant venus, j'ai couru vers Marat : il m'a regardé sans rien dire; j'ai aidé à le sortir du bain ; alors il a expiré...  La jeune fille est frappée par les voisins, qui veulent la tuer [31]. Le commissaire de police du quartier, les représentants l’escortant vers la prison voisine de l’Abbaye ont une obsession : empêcher la vengeance punitive du peuple, pour mieux soumettre Charlotte à la justice révolutionnaire et prévenir un complot qu’ils imaginent vaste.

Charlotte Corday après avoir été agressé par la foule qui veut venger Marat est arrêtée et conduite en prison.
Charlotte Corday après avoir été agressé par la foule qui veut venger Marat est arrêtée et conduite en prison.
© Yan Dargent
Histoire de la Révolution, du Consulat et de l'Empire d'Adolphe Thiers
Les papiers inédits de Courtois nous montrent que Robespierre, homme d’ordre, naguère opposé à la peine de mort, se réjouit de la mort de Marat et dit à plusieurs députés de la Convention montagnarde : Marat a fait bien des sottises, il était temps qu’il finît. Danton prédit quelques jours après la mort de Marat celle d’un orateur exalté [32].  Saint-Just écrira dans son rapport sur les Dantonistes : Danton faisoit le familier près de Marat, qu’il détestoit, mais qu’il craignoit [33]. Cela ne va pas empêcher l’encre des journaux de verser sur Marat, le dieu anthropophage, des flots de larmes [34].

On ne sait quels sont les chemins qui amenènent Charlotte Corday à sa décision, ni à quel moment elle l’a prise. A-t-elle été manipulée par certains Girondins ? Rien ne sera jamais prouvé dans ce sens mais il semble clair que, pour elle, Marat est le tyran sanguinaire qu’il faut à tout prix abattre. Maurice Ulrich, dans L’Humanité, écrit : Au soir, elle entre dans l’histoire avec Jean-Paul Marat. Longtemps la droite la plus réactionnaire la revendiquera comme l’une des siennes. Ce qui est très réducteur. En effet, les manuels scolaires de la IIIe République, la télévision ou les objets les plus divers de la culture de masse et surtout les érudits locaux, les passionnés de faits divers, les Michelet, les Alphonse Esquiros, les Victor Hugo (invoquant Charlotte lors d’une séance spirite), les Munch et les Picasso… n’ont rien à voir avec la droite la plus réactionnaire. Ce n’est qu’à partir de 1850 qu’une partie de la droite conservatrice et monarchiste ose créer une icône imaginaire, Charlotte la contre-révolutionnaire. Par contre,  Marat ne va être timbrifié que par les régimes totalitaires [35]. En URSS, son nom devient même un prénom à la mode. Le régime soviétique va même jusqu'à baptiser un cuirassé du nom de Marat à l'époque où le pays compte des millions et des millions de morts du fait des famines.

Le procès de Charlotte permet de mieux comprendre ce qu’est la justice du temps de la pré-Terreur.

 

UN SIMULACRE DE PROCÈS

 

Charlotte Corday demeure deux jours à la prison de l’Abbaye. Elle est surveillée en permanence par un garde qui est dans sa cellule 24h sur 24 et n’a donc aucune intimité. Son procès y est instruit. Elle revendique un républicanisme directement issu des Lumières, empreint d’idéal et de pureté. Elle s’affirme comme républicaine romaine, version revue et corrigée par le Grand Siècle – autrement dit Bravoure, Vertu, Honneur, Droiture [9].

Fouquet-Tinville choisit les juges les plus favorables aux Montagnards. Il demande à ce que ne soient présents que des témoins à charge et que le peuple soit là pour faire peur aux jurés. Il conseille au président Montanet de ne prévenir l’avocat qu’elle a choisi que trop tard.

La veille du simulacre de procès qui va inéluctablement la conduire à l’échafaud révolutionnaire, la jeune Charlotte écrit à son père, veuf depuis quelques années, une lettre concise, particulièrement digne et émouvante :

Pardonnez-moi, mon cher papa, d’avoir disposé de mon existence sans votre permission. J’ai vengé bien d’innocentes victimes, j’ai prévenu bien d’autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d’être délivré d’un tyran. Si j’ai cherché à vous persuader que je passais en Angleterre, c’est que j’espérais garder l’incognito, mais j’en ai reconnu l’impossibilité. J’espère que vous ne serez point tourmenté. En tout cas, je crois que vous auriez des défenseurs à Caen. J’ai pris pour défenseur Gustave Doulcet : un tel attentat ne permet nulle défense, c’est pour la forme. Adieu, mon cher papa, je vous prie de m’oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort, la cause en est belle. J’embrasse ma sœur que j’aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents. N’oubliez pas ce vers de Corneille :

Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud !

C’est demain à huit heures, qu’on me juge. Ce 16 juillet.

Caricature anglaise du procès de la "heroic Charlotte la Cordé" qui a tué le "Regicide Marat".
Caricature anglaise du procès de la "heroic Charlotte la Cordé" qui a tué le "Regicide Marat".
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Elle comparaît devant le tribunal révolutionnaire [32]. La contenance de Charlotte est ferme, son air modeste. La fierté de ses regards est tempérée par un double sentiment de dignité et de douceur. Mais parfois elle affecte l'attitude des héroïnes de théâtre, elle se glorifie volontiers de son crime [32]. Alphonse Esquiros, élu d’extrême-gauche, dans sa Charlotte Corday, écrit en 1840 :

Depuis quelques instants le dialogue s'était élevé à la hauteur d'une scène de Corneille. Tout l'auditoire admirait. Charlotte Corday était sublime dans sa simplicité : ses yeux bleus jetaient un grand éclat, tempéré par de longs cils presque toujours abaissés modestement ; son port magnifique, ses belles épaules, les plans larges et développés de sa poitrine saillante, donnaient à son attitude calme une certaine fierté romaine qui était d'un effet fort imposant. Sa figure se tenait toujours à l'unisson des sentiments que sa bouche exprimait ; ses traits mobiles suivaient l'âme avec une prestesse et une fidélité charmantes, dans ses moindres émotions, qu'accompagnait merveilleusement sa belle voix. Aux jeux même de ceux qui désapprouvaient son crime, Charlotte Corday était dans ce moment-là une femme adorable et surhumaine : on lui eût baisé les pieds [36].

On a impliqué dans son procès les députés Claude-Romain Lauze-Duperret (1747-1793) et Claude Fauchet (1744-1793), tous deux Girondins. A leur égard l'instruction ne paraît pas assez avancée, et l'on ajourne leur comparution en justice [32]. Ils seront condamnés à mort plus tard.

Interrogée par le président, Charlotte Corday répond avec la fermeté tranquille de la conviction et de l'innocence, ne cherchant point à affaiblir la vérité, ne contestant aucune charge dirigée contre elle, évitant toutefois de rien dire qui puisse compromettre les députés girondins présents ou absents.

—    C'est moi, dit-elle, qui ai tué Marat.

—    Qui vous a engagée à commettre cet assassinat ? lui demande le président.

—    Ses crimes.

—    Qu'entendez-vous par ses crimes?

—    Les malheurs dont il est cause depuis la révolution.

—    Quelles étaient vos intentions?

—    De faire cesser les troubles.

—    Depuis quand aviez-vous formé ce projet ?

—    Depuis le 31 mai, jour de l'arrestation des députés du peuple.

—    N'avez-vous point assisté aux conciliabules des députés transfuges à Caen ?

—    Non : j'étais républicaine bien avant la révolution ; j'ai tué un homme pour en sauver cent mille. Je n'ai jamais manqué d'énergie.

—    Qu'entendez-vous par énergie?

—    L'action de mettre de côté l'intérêt particulier, et de se sacrifier pour la patrie.

—    Qui vous a conseillé de commettre cet assassinat ?

—    Personne.

—    Croyez-vous avoir tué tous les Marats ?

—    Non, certainement.

—    N'étiez-vous pas l'amie de quelques-uns des députés transfuges?

—    Non.

—    Était-ce à un prêtre assermenté ou insermenté que vous alliez à confesse ?

—    Je n'allais ni aux uns ni aux autres; je n'avais point de confesseur.

Exécution des Girondins.
Exécution des Girondins.
© Duplessi-Bertaux
Vergniaud, Eugène Lintilhac (1920)
Un jeune homme qui l’a coiffée une fois et qui relate seulement les faits est arrêté. Montanet va se retrouver emprisonné. Une révolutionnaire vient témoigner sur un ton agressif qu’elle l’a vu à la Convention avec le député Claude-Romain Lauze-Duperret(1747-1793). Le but n’est pas de faire condamner Charlotte, mais cet élu girondin afin d’étayer la thèse du complot girondin. En permanence, l’accusateur public menace les témoins, les juges, et fait taire l’accusée. Son avocat désigné par le président du tribunal ne la défend pas et parle de son fanatisme politique et de son exaltation, alors qu’elle est très calme et ne parle que des droits de l’homme et des appels au crime de Marat que tout le monde connaît.

La parole est donnée à Fouquier-Tinville. Celui-ci est un insomniaque, victime d'hallucinations terrifiantes. Les révolutionnaires les plus extrémistes vont lui donner le pouvoir de tuer des milliers d’innocents. La tâche de l'accusateur public est facile à remplir : l'accusée avoue tous les faits à sa charge. Elle revendique son crime, pour éviter 100.000 victimes. Quand le défenseur, Chauveau-Lagarde s'acquitte à son tour de sa pénible mission, il se borne à demander aux jurés de vouloir bien faire la part de l'exaltation et du fanatisme politique. Au bout de quelques instants, l'arrêt de mort est rendu. Le procès dure quelques heures mais Fouquier-Tinville et Robespierre pensent qu’il faut supprimer tout cela [31]. Etant sûrs de pouvoir éliminer les Girondins, ils commencent à menacer tous ceux qu’ils rencontrent de la guillotine. Le Président Montanet en est un exemple. Il sera agressé par les bandes armées qui tiennent Paris et jeté en prison par Fouquier-Tinville. D’après Madame Roland, il évite de très peu la mort.

Charlotte Corday entend prononcer sa sentence, et son beau visage ne donne aucun signe d'émotion. Rentrée dans sa prison, elle consacre le temps qui lui reste à écrire à son père et à Barbaroux. Elle se prépare à sa mort.

 

SON EXÉCUTION

 

Exécution de Charlotte Corday.
Exécution de Charlotte Corday.
© Yan Dargent
Histoire de la Révolution, du Consulat et de l'Empire
Mais voici les derniers moments. Elle demande au prêtre de ne pas l’importuner. Elle en rit avec le peintre qui termine son portrait : Que voulais t’il ? Que je demande pardon pour une bonne action.  Elle enfile elle-même la robe rouge des condamnés. Charlotte demande à rester debout dans la charrette qui la mène à la guillotine pour regarder les Parisiens dans les yeux. La charrette la conduit à la place de la Révolution. Le bourreau Sanson est à ses côtés. Il dit avoir reconnu à une fenêtre de la rue Saint-Honoré Robespierre, Camille Desmoulins et Danton.

Vous trouvez que c’est bien long ? dit-il à la jeune femme.

Bah, nous sommes toujours sûrs d’arriver, lui répond-elle en bonne Normande.

Sanson veut lui cacher la guillotine : J’ai bien le droit d’être curieuse, je n’en avais jamais vu.  Seule, elle gravit l’escalier. D’elle-même elle se place sur la bascule. Sanson n’est pas encore monté mais il veut aller vite et fait un signe à son aide, Fermin. Le couperet tombe [1]. Le jeune Camille Desmoulins parle d’une belle mort [32].

Le quotidien Le Monde, nous rappelle que Sanson la dit martyre de la liberté et Jeanne d’Arc de la démocratie. Les héros de Plutarque étaient ses seuls amis ; nourris de cette moelle de lion, elle dédaignait toute lecture qui ne pouvait fortifier les généreuses aspirations de son cœur. En montant sur l’échafaud, elle n’a que vingt-quatre ans, un âge où la mort engendre la légende [9]. Alors viennent à certains d’entre nous les images de ce jeune étudiant chinois devant les chars des communistes place Tien-Amen, de l’opération Walkyrie du comte  Claus Philip Maria Schenk von Stauffenberg ou des derniers moments du poète Mishima.

Bloc-feuillet de Madagascar commémorant l'exécution de Charlotte Corday.
Bloc-feuillet de Madagascar commémorant l'exécution de Charlotte Corday.
© Bloc-feuillet de 1989.
Postes malgaches.
 Charlotte Corday, cette figure étrange et énergique, à qui l'antiquité eût dressé des statues, vit et meurt loin des truismes lénifiants, des révoltes de salon, des autocongratulations et des leçons de morale que nous assènent régulièrement les philosophes germanopratins, médiatisés et cyniques [9] C’est le destin, hélas peu banal, d’une jeune normande, qui tue un tyran, responsable de la mort de milliers d’innocents et qui dans sa baignoire organise la mort prochaine de 300.000 Français. 300.000 hommes et femmes est un chiffre hallucinant en 1793 ! Marat annonce par ses écrits les crimes des idéologies totalitaires du XXe s.. A l’époque des derniers jours de Charlotte Corday, le peintre David se réjouit avec ses complices : Qui se souviendra d’elle ? Pourtant dix-huit mois après son exécution, les restes de Marat sont retirés du Panthéon.

En cas d’échec de cette héroïne française - autant qu’universelle dans sa lutte contre la tyrannie [9] - que serait-il advenu de nous ?

 

NOTES ET RÉFÉRENCES :

 

1. Maurice Ulrich, Le destin de Charlotte Corday, L’Humanité 16 juillet 2009.

2. Histoire de la révolution française, Louis Blanc, Pagnerre, 1867, 2e édition, v. 9-10.

3. Jacques François de Corday d’Armont, ou les espoirs déçus d’un noble en Révolution (1787-1793), Guillaume Mazeau, Revue historique 2009/2, n° 650, p. 345-369.

4. Albanese (Ralph), Corneille à l’école républicaine : du mythe héroïque à l’imaginaire politique en France, 1800-1950, Paris : L’Harmattan, 2008.

5. The search for modern tragedy: aesthetic fascism in Italy and France, Mary Ann Frese Witt, Cornell University Press, 2001.

6. Xavier Rousseau : Les de Corday au Pays d'Argentan, Editions du Pays d'Argentan, 1938.

7. Bernardine Melchior-Bonnet, Charlotte Corday, Perrin, 2000.

8. Michel Onfray,  La Religion du poignard, Galilée, 2009.

9. Onfray et Charlotte Corday, Le Monde, 19 mai 2009.

10. Paris révolutionnaire, Chez Guillaumin, 1834.

11. Charlotte Corday, Michel Corday, E. Flammarion, 1929.

12. Marat en famille: la saga des Mara(t), Charlotte Goëtz, Pôle nord, 2001.

13. Du Bois,Louis (1773-1855) : Glossaire du patois normand, augmenté des deux tiers, et publié par M. Julien Travers.1856.

14. Mémoires de Brissot, publiés par Ladvocat et Montrol, Paris, 1830-32, tome I.

15. Gérard Walter, Marat, Albin Michel, 1960.

16. Bernardine Melchior-Bonnet, La Révolution, Larousse, 1988.

17. Le massacreur de Septembre J.P Marat.

18. Charlotte Corday, Jacqueline Dauxois, Albin Michel, 1988.

19. Guy de Rambaud, Pour l’amour du Dauphin, Anovi 2005.

20. Frédéric Bluche, Danton, Librairie Académique Perrin, 1984.

21. Godefroy Éléonore Louis Cavaignac, Paris révolutionnaire, Pagnerre, 1838, v. 2
22. Revue britannique, Volumes 1-2, Dondey-Dupré, père et fils, 1850.

23. Cannibalisme, anthropophagie et hémophagie.

24. Histoire des Girondins, Alphonse de Lamartine, Tarride, 1850, 5e édition.

25. Essai historique et critique sur la révolution française: ses causes, ses résultats, avec les portraits des hommes les plus célèbres, Pierre Paganel, C.L.Y. Panckoucke, 1815

26. Le Comte Boissy d'Anglas, Alice Saunier-Seïté, Editions France Univers, 2001.

27. Jean Epois, L'affaire Corday-Marat : prélude à la Terreur, Volume 3 de Le Cercle d'or histoire, 1980.

28. Histoire de la révolution française, Jules Michelet, Chamerot, 1847, v.2.

29. Jacques Guilhaumou, La mort de Marat, 1793, Volume 212 de La Mémoire des siècles, Editions Complexe, 1989

30.. Les Femmes et la Révolution française: modes d'action et d'expression, nouveaux droits, nouveaux devoirs : actes du colloque international 12-13-14 avril 1989 / Université de Toulouse-Le Mirail. Éd. préparée par Marie-France Brive, Université de Toulouse-Le Mirail. Centre de promotion de la recherche scientifique, Presses universitaires du Mirail, 1990, Volume 2.

31. Amédée Gabourd, Histoire de la révolution et de l'empire, Volume 7, Jacques Lecoffre, 1859.

32. Charlotte de Corday et les Girondins, Charles Vatel, Adamant Media Corporation, Tome 3.

33. Histoire parlementaire, v. XXXII, p.95.

34. Citoyennes: les femmes et la Révolution française, Annette Rosa, Messidor, 1988

35. Propagande et philatélie

36. Alphonse Esquiros, Charlotte Corday, Paris, Desessarts, 1840.