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Héros de la guerre de Crimée, député...
Fils de Henri II Russell, Sir Charles fait des études à Eton. Adulte, il va être le troisième baronnet de Swallowfield, dont il hérite en 1852. Lieutenant-colonel du 1st Foot Guards (=Régiment des grenadiers de la Garde), il est présent au siège de Sébastopol et aux batailles de l'Alma, de Balaklava et surtout d’Inkerman. Lors de cette bataille, son unité compte 580 morts et blessés. Il se conduit très héroïquement, prenant et perdant une batterie d’artillerie sept fois. A son retour en Angleterre Russell est l’un des rares combattants auxquels la reine Victoria épinglé la Victoria Cross, Pour le Courage, le 26 juin 1857. Il a de l’avancement et est décoré de la Médaille de Crimée, de la Légion d’honneur et de deux décorations turques. Il prend sa retraite en 1867 et est nommé lieutenant-adjoint du Berkshire et colonel de réserve du 4e régiment des Volontaires fusiliers du Middlesex en 1871. Il est un proche de la romancière Mary Russell Mitford (1787-1855).
Dans cette deuxième partie de sa vie, il devient un homme politique anglais, député conservateur du Berkshire de 1865 à 1868, puis de Westminster de 1874 à 1882, soit pendant huit années [1]. Sir Charles fait restaurer l'église de Swallowfield, bâtie en 1256, avec l’aide financière du duc de Wellington. A sa mort à l’âge de 57 ans son frère George Russell, ancien juriste d’affaires et également parlementaire devient le quatrième baronnet de Swallowfield.
Les Russell de Swallowfield, dans le Comté de Berkshire, sont admis dans la baronnie du Royaume-Uni le 10 décembre 1812.
Henry Russell (1751-1836), son grand-père, est le Président de la Cour Suprême du Bengale [2] et admis au Conseil Privé du roi (Privy Council) en 1816. Sa grand-mère est la sœur du comte Charles Whitworth (1752-1825), important diplomate et homme politique anglais.
Son père, Henri II Russell, est le deuxième baronnet et le British Résident de l'important État princier autonome d'Hyderabad. Sa mère, Marie Clotilde Mottet de La Fontaine (1793-1872), est la fille du baron Benoît Mottet de La Fontaine, gouverneur de Pondichéry, et une descendante des Mottet. Elle est la belle-sœur du général John Doveton. Clotilde Mottet de La Fontaine a écrit le manuscrit de Swallowfield and its owners, que sa belle-fille Constance Lennox (1832-1925) va corriger et faire éditer.
L'une de ses tantes est la mère de William Frederick Foxcroft Jones.
Son frère cadet, Sir George Russell est d’abord Barrister (= avocat plaidant) à Lincoln en 1853, puis Recorder (= juriste) de Wokingham. Le New York Times, le lendemain de sa mort, nous dit que Sir George est également, de 1874 à 1885, juge à la County Court (= tribunal régional), puis député pour le parti conservateur de Wokingham dès 1885. Il est le président de trois compagnies de chemin de fer en Argentine, au Costa Rica et au Venezuela, puis de la South-Eastern Railway Companyen 1895 [3]. Quatrième baronnet de Swallowfield à la mort de son frère aîné, il épouse Constance Lennox (1832-1925), le 5 mars 1867. Elle est la petite-fille du duc et de la duchesse de Richmond. Elle va devenir une historienne et écrivaine célèbre en son temps. Son frère, Sir George Russell., est aussi un ami de Charles Dickens et comme lui un proche de la romancière Mary Russell Mitford (1787-1855).
Sa sœur Anna ne se marie pas et vit au château avec sa mère qui meurt assez âgée en 1872. Son autre sœur, Priscilla Russell (1830-1924) épouse le 25 avril 1865 Sir George Brackenbury (1827-1895), un diplomate qui écrit deux livres sur la guerre de Crimée [4].
Les Russells sont alliés avec les Whitworths de Leybourne, (déjà mentionné); les Metcalfes, les Baronnets de Fern Hill; les Perys, les comtes de Limerick, les Greenes de Slyne...
Comme l’écrit le New York Times du 5 mai 1900, Swallowfield Park est une ancienne demeure royale. Entre ses murs ont vécu de nombreux princes et princesses d’Angleterre et même des rois. Sa mère, pourtant née Française, écrit Swallowfield and its owners. Elle se passionne pour la vie de ses anciennes propriétaires. Le quotidien new-yorkais cite les noms de Katharine (1253-1257), fille d’Henry III et des célèbres six femmes d’Henry VIII.
Son père, Sir Henry Russell Bart., s’est enrichi aux Indes et ses anciennes fonctions font qu’ils fréquentent la meilleure société. George et sa famille voyagent beaucoup. Les enfants Russell deviennent les amis de Wilkie Collins (1824-1889) en Italie, alors que leurs parents visitent ensemble ce pays. Cette amitié ne va pas être éphémère. Mary Russell Mitford constate dans ses écrits que Wilkie Collins séjournait très souvent chez les Russells au château de Swallowfield. Il va devenir aussi l’ami de Constance Lennox, Lady George Russell.
Charles Russell fait des études à Eton, comme son frère, George Russell [5]. Alors que celui-ci devient homme de lois, il choisit de devenir officier.
A l’âge de 21 ans, en 1847, il est affecté au 35th (Sussex) Regiment of Foot, en garnison en Irlande. De cette île, ils partent à Stirling Castle, à Port Louis (île Maurice), puis il va aux Seychelles fin 1847. Sir Charles revient en Europe et a le privilège d’être nommé lieutenant dans le 3e bataillon du 1st Foot Guards (= Régiment des grenadiers de la Garde). C’est un régiment d’élite et il a fallu de tout le poids et l’appui d'Arthur Wellesley de Wellington, le vainqueur de Waterloo, un ami personnel de ses parents et leur voisin à Swallowfield, pour obtenir cet immense honneur.
En 1852, à la mort de leur père, Henri II Russell, lui et son frère héritent entre autres du titre et des terres de la baronnie qui rapportent 3.000 £ par an. Il est à noter qu'à l'époque, 3.000 livres sterling correspondent à 75.000 francs français. Avec cette somme l’on peut acheter près de Paris un petit château avec des communs et une centaine d’hectares (ou pour le même prix deux ou trois propriétés équivalentes dans les campagnes éloignées des villes).
Sir Charles Russell Bart. ne passe pas tout son temps à garder les palais de la famille royale, principalement Buckingham, le Palais de St James et le château de Windsor. Le régiment est caserné dans la Tour de Londres, les casernes Wellington, King's New (près de la National Gallery), Portman Street, Knightsbridge ou Victoria, à Windsor. Mais, il peut assez souvent aller gérer ses biens et rencontrer ses proches à Swallowfield Park.
Comme George Russell et sa future belle-sœur, il est l’ami de Mary Russell Mitford (1787-1855). Depuis bien des années cette femme écrivain célèbre aime ses jeunes ducs diplômés d’Eton. Mary Russell Mitford nous dit que Clotilde Mottet de La Fontaine, la dame du manoir, aime les vieilles traditions. Elle écrit pour transmettre tous ses souvenirs à ses enfants. Mary est bonne avec la vieille femme. Et Clotilde, mère de Charles, lui apporte parfois des fleurs d'acacia. Mary écrit que ces jours là un souffle embaumé d'été envahit alors sa maison. La maison et le parc de Swallowfield plaisent à ce vieil écrivain, car elle les trouve très britanniques et voit apparaître au milieu des murs, des salles, beaux arbres vieux centenaires tous les personnages qui firent sa grandeur ou connurent des tragédies. Elle rappelle au lecteur dans Our Village que le château a été un cadeau d'Henry VIII d'Angleterre à toutes ses femmes.
Mary Russell Mitford ne parle pas que d’histoire. Elle nous montre une Constance Lennox conduisant à toute allure un phaëton pour aller à sa rencontre et les frères Russell dressant un pur-sang arabe blanc... Tout cela est finalement presque banal. Mais elle les voie comme ses bienfaiteurs. Il est vrai que la famille Russell est d’une grande générosité avec cette pauvre femme, descendante des Bedford par sa mère, mais dont le père a gaspillé l’héritage. Ils l’invitent à déjeuner régulièrement, notamment avec leurs amis William Makepeace Thackeray ou Dickens. Ils l’aident à écrire et surtout vendre ses merveilleux livres, qui font revivre les campagnes heureuses de l’Angleterre du XIXe siècle. Ces cottages et manoirs d’où des gentlemen ou parfois de simples fermiers partent dominer le monde. En 1853, Mary Russell Mitford a un accident sérieux en menant son attelage dans le parc du château de Swallowfield Park. Le chariot s'est retourné sur la vieille dame et elle a une paralysie partielle. Elle vit encore deux ans, abandonnée de tous. Elle ne reçoit la visite que de Madame Clotilde Mottet de La Fontaine et sa famille.
Le 3e bataillon du 1st Foot Guards (= Régiment des grenadiers de la Garde) et les 1er bataillon des Coldstream Guards et les Scots Guards sont les seules unités de la Garde envoyées en Crimée en 1854. Les Britanniques débarquent dans la baie de Calamita, à 30 milles au nord de Sébastopol, ville qui est leur objectif.
Dans un premier temps, l’armée russe se retranche sur les hauteurs au-dessus de la rivière l’Alma. Le 20 septembre 1864. Sir Charles traverse la rivière avec ses Grenadiers et atteint l'autre rive avant les et Scots Guards. L’ennemi s’enfuie après des combats acharnés.
Les Gardes progressent et tiennent des positions autour d'Inkerman début novembre. Le 5, les Russes profitent d'une brume épaisse pour s'approcher d'eux. Du fait de la nature du terrain, ce n’est pas une bataille, mais des batailles d’Inkerman. Le 3e bataillon du 1st Foot Guards défend la batterie de Sandbag et repousse des attaques de forces ennemies à la fois nombreuses et voulant vaincre à tout prix. Le capitaine Russel n’a bientôt plus que 100 hommes en état de se battre. Il a failli être tué d’un coup de baïonnette et s'est battu avec le grand courage, notamment contre un géant russe, réussissant à lui prendre son fusil. A un moment, les grenadiers de la Garde, manquant de munitions, lancent des pierres sur l’infanterie russe qui escalade la montagne [6]. La batterie est prise et reprise sept fois en 6 heures. Alors que les russes ont repris une dernière fois la batterie Sandbag et empêche par un feu nourri une attaque... un soldat crie : si n'importe quel officier est prêt à nous commander, nous chargerons. Sir Charles saute la paroi de leur tranchée et, agitant son revolver, hurle : Allons, mes garçons ; qui me suivra ? Trois hommes le suivent et leur exemple est bientôt suivi [6] pat tous les Anglais. Sir Charles Russell a déjà eu le temps de tuer un Russe à coups de revolver [7]. Ils reprennent la batterie.
Son unité compte 580 tués et blessés. Plus que la Brigade légère ! Un cousin du côté de sa mère, lui-aussi encore capitaine, Ernest de Rambaud, sauve avec son régiment français les survivants de cette unité. L’attitude courageuse de Sir Charles Russell et de ses hommes fait partie de l’histoire nationale de la Grande-Bretagne. Leur sacrifice a permis en grande partie aux forces alliées de vaincre ce jour-là les Russes. Une compagnie de la Garde porte désormais le nom d’Inkerman en l’honneur de ces héros.
Par la suite, Sir Charles est présent au siège de Sébastopol. C’est là encore une épreuve terrible pour les survivants de son bataillon. Ils sont retranchés autour de la forteresse jusqu'à la reddition russe le 9 septembre 1855. L'hiver de 1854/5 particulièrement froid, la faim, des vêtements inappropriés, puis le choléra et le scorbut, les déciment. Et il va leur falloir supporter un autre hiver et d’autres combats avant que la paix ne soit signée en mars 1856.
A son retour en Angleterre Russell est l’un des rares combattants auxquels la reine Victoria épinglé la Victoria Cross, Pour le Courage, le 26 juin 1857. Il a de l’avancement et est décoré de la Médaille de Crimée, de la Légion d’honneur et de deux décorations turques. Il est promu lieutenant-colonel en 1858 et prend sa retraite 10 ans plus tard. Il est nommé lieutenant-adjoint du Berkshire et fait colonel du 4e Volontaires fusiliers du Middlesex en 1877.
Face à un adversaire susceptible de l’emporter dans le Berkshire les Conservateurs décident de présenter un candidat ayant des chances de l’emporter et leur choix est tombé sur Sir Charles Russell de Swallowfield [8]. Il devient le député du Berkshire de1865 à 1868.
Dans le recensement de 1871, il est décrit comme un baronnet, colonel à la retraite, vivant à Swallowfield Park avec sa sœur Anne, célibataire comme lui. Elle a 50 ans. Ils ont de nombreux domestiques et reçoivent beaucoup. L'hospitalité de Sir Charles Russell à Swallowfield est proverbiale partout dans le comté. Sir Charles Russell Bart. fait restaurer All Saints Church, l’église de Swallowfield, construite en 1256, par John de Spencer, alors baron de Swallowfield [9]. Il réussit à convaincre le duc de Wellington de l’aider dans cette tâche.
Le colonel Charles Russel est député pour Berkshire, mais il veut se présenter à Westminster pour le parti Conservateur [10]. Ce qui est accepté. Il est donc élu député conservateur aux Communes pour Westminster de 1874 à 1880. Quand Arthur Hobhouse se présente contre lui pour les libéraux dans la circonscription de Westminster en 1880, Russell est réélu [11].
Sir Arthur est contraint à donner son avis dans l’affaire de la charge de la brigade légère. Malgré son mandat il ne le condamne qu’à moitié Nolan, ne voyant en lui q’un de ces problèmes qui empêchent le fonctionnement des machines [12].
Son frère, Sir George Russell, est nommé juge à la County Court de 1874 à 1885. Un recensement de 1881 nous dit qu’il vit avec sa famille, dont Charles et huit domestiques au 19 Clifton Crescent, à Folkestone, dans le Kent.
Sir Charles Russell Bart. meurt célibataire le 13 avril 1883 à Swallowfield Park. Il est enterré dans le caveau familial d’All Saints Church, à Swallowfield. Dans son cercueil il porte son uniforme de la bataille d’Inkerman, ses insignes et sa ceinture d’officier. Son frère, Sir George Russelll de Swallowfield, lui succède.
NOTES ET RÉFÈRENCES
1. The representative history of Great Britain and Ireland, comprising biographical and genealogical notices of the members of parliament from 1 Edward vi., 1547 to 10 Victoria, 1847, Robert Henry O'Byrne, Robert Henry O'Byrne, 1848, p.202 et The history of the Victoria Cross, Philip Aveling Wilkins, A. Constable, 1904.
2. All in due time: the collected essays and broadcast talks of Humphry House, Essay Index Reprint Series, Humphry House, Ayer Publishing, 1972, p.588.
3. The parliamentary debates, Great Britain. Parliament, Reuter's Telegram Co. 1899.
4. Plantagenet Roll of the Blood Royal: The Clarence Volume, Containing the Descendants of George, Duke of Clarence, Marquis of Ruvigny & Raineva, Genealogical Pub Co, 1994, p.549.
5. Who's Who of British Members of Parliament: Volume I 1832-1885, Michael Stenton, Stephen Lees (The Harvester Press 1976).
6. The V. C. Its Heroes And Their Valor, D. H. Parry, Stanley L. Wood, ÉditeurKessinger Publishing, 2005, p.38 et The Liverpool Academy and other exhibitions of contemporary art in Liverpool, 1774-1867: a history and index of artists and works exhibited, University Press - Contemporary French & Francophone Cultures, Edward Morris, Emma Roberts, Liverpool University Press, 1998, p.194.
7. The Book of the V. C., Volume 3, Arthur Lincoln Haydon, BiblioBazaar, LLC, 2008, p.29.
8. Lord Wantage, V.C., K.C.B.: a memoir, Harriet Sarah Loyd-Lindsay Wantage (Baroness), Smith Elder1907, p.164.
9. Consiste en Kelly's directory of Berkshire, Bucks and Oxon, Kelly's directories ltd, 1883, p.141.
10. The Age of Disraeli, 1868-1881: The Rise of Tory Democracy, Richard Shannon, Longman, 1992, p.60.
11. Dictionary of national biography, Volume 6, Sir Leslie Stephen, Adamant Media Corporation, 1986, p.272.
12. The Home Rule Movement, Michael MacDonagh, READ BOOKS, 2008, p.228.
Guy de Rambaud, Maison des Mottet (manuscrit)
Guy de Rambaud, Pour l’amour du Dauphin, Anovi 2005, ISBN : 2-91418-02-5, biographie d'Agathe de Rambaud.
M. Rougé : Evocation de l'Inde d'autrefois : A propos de la tombe d'Edouard et Georgina Mottet de La Fontaine au cimetière de Dinan.
Swallowfield and its owners, Constance Charlotte Elisa Lennox Russell (Lady.), Longmans, Green, and co., 1901
Three generations of fascinating women and other sketches from family history, Constance Charlotte Elisa Lennox Russell (Lady.), Longmans, Green, 1904
Collection Level Description: Papers of the Russell Family of Swallowfield, Berkshire
Warren, Comte Édouard de, L'Inde anglaise avant et après l'insurrection de 1857, Paris, Hachette et Cie, 1858, 2 vol. ou réédition Kailash en 1994.
The Russell of Swallowfield Archives
Kidd, Charles, Williamson, David (editors). Debrett's Peerage and Baronetage (1990 edition). New York: St Martin's Press, 1990
Swallowfield, quatre siècles d’histoire (Royal Beckshire) ( superbe !)