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(1889-1977) et le débarquement allié en A.F.N. (1942)
Charles Mast est le fils de Michel Edmond Mast, officier, et de Jeanne Gouat, il est issu d'une famille originaire de Brumath en Alsace. Il compte parmi ses ancêtres des théologiens luthériens du Palatinat ou du Bade-Wurtemberg venus se réfugier en France au XVIIe siècle, dont Andreas Cellarius.
Mast fait des études au lycée Rollin à Paris. Il entre à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, d'où il sort sous-lieutenant en 1909.Il est diplômé de l’Ecole militaire et de l’École spéciale des Langues orientales. Nouvelles du Sud (Silex éditions, 2003) et François-Marin Fleutot Des royalistes dans la Résistance nous disent qu’il est monarchiste. Il est officier de la Légion étrangère et fait la Première guerre mondiale dans l’infanterie. Dès le 22 août 1914, il se retrouve au milieu de la bataille de Rossignol, l'un des grands désastres de la bataille des frontières, aujourd’hui bien oubliée. Il est le commandant du bataillon Mast de la 3e division coloniale qui est le seul à réussir à franchir la Semois. A midi, son unité arrive dans le village de Rossignol, à la défense duquel il va concourir. Barthélemy Edmond dans La grande guerre sur le front occidental nous dit que Mast y est cinq fois blessé. Son bataillon est décimé. Les survivants cherchent en vain à rétablir la liaison avec le reste du régiment resté de l’autre côté de la Semois. La mêlée devient terrible… Sous un soleil de plomb, tout le monde se bat avec un acharnement inouï et les marsouins, les bigors tombent de tous côtés, dans l’effrayant cercle de feu qui les entoure, écrit Louis Garros. Des fantassins peuvent s’échapper, dont Charles. Mais des artilleurs, aucun, pour ainsi dire, ne peut franchir le cercle de fer et de feu qui entoure Rossignol.
Mast s'est marié, le 19 février 1913, avec Suzanne de Bigault de Casanove, dont il a un fils, Georges Mast (1914-1978), polytechnicien, promotion 1936. Il divorce et se remarie le 14 mai 1935 à Yokohama. Sa seconde femme, Marie-Madeleine Leroy est une amie d'Antoine de Saint Exupéry. Elle le voit régulièrement, avant sa disparition au cours d'un raid sur l'Europe nazie. Le lieutenant-colonel Brunet de Sairignéqui la côtoie en Tunisie la trouve charmante. Marie-Madeleine Leroy est férue d'histoire et elle publie sous le nom de Marie-Madeleine Mast un livre sur l'homme au masque de fer.Après l’armistice Mast est officier d’état-major. Puis il part au Japon. Il écrit en 1928 un rapport de 169 pages sur l’armée japonaise, puis en 1929 un autre sur l’Ecole de guerre de Tokyo. Weygand s’entretient avec lui plusieurs fois. Avant la Seconde Guerre mondiale, en tant que lieutenant-colonel il retourne comme attaché militaire français à Tokyo. Le 25 mars 1937, Charles Mast est nommé colonel, mais il a déjà 48 ans. Il devient un spécialiste du Japon et Jean Baptiste Barbier dans Un frac de Nessus le décrit comme un homme d’esprit vif et d’une extrême activité. John E. Dreifort nous dit dans Myopic grandeur: the ambivalence of French foreign policy toward the Far East, 1919-1945 que Mast ne peut que constater la rapide dégradation des relations franco-japonaises. Le pacte franco-soviétique, les progrès de l’Allemagne nazie et la politique étrangère du Front populaire font que Mast remarque que les germanophiles nippons gagnent du terrain. Il insiste auprès de ses interlocuteurs japonais sur le soutien des Hitlériens à la Chine nationaliste, sur la puissance de l’armée française et sur l’hostilité des militaires français au pacte franco-soviétique. L’ambassadeur tient le même discours et parle de neutralité de la France par rapport à la politique d’expansion japonaise.
Le colonel Mast est à l’origine de la constitution de la 21e D.I et attaque les fortifications allemandes dans la Sarre. Le haut-commandement lui demande de se replier. Dans La Bretagne à l'épreuve: 1939-1940 : Sarre, Flandres - Dunkerque : été 1944: la chevauchée américaine - Objectif Brest, Alain Le Grand et Alain Le Berre écrivent que Mast laisse parmi ses hommes le souvenir d’un homme capable et d’un guerrier. Il est nommé général le 23 mai 1940 et commande la 3e Division d’Infanterie Nord-africaine. Dans la nuit du 23 au 24 mai, sa division fait mouvement sur la rive gauche de la Meuse, en réserve de C.A., à l'Est de Buzancy. Elle est partiellement complétée par le C.I.D. et des renforts, venus des dépôts. La 3e DINA revient le 29 sur la rive droite de la Meuse, région de Haraumont. Elle relève la 41e D.I. dans le secteur de Marville, tient un front de Velosnes à Longuyon. Les pertes sont très importantes. Mast est nommé chef d'état-major du 10e corps d'armée, le 1er juin 1940.
Fait prisonnier par les nazis le même mois, Mast est déporté à la forteresse de Königstein. Il s'y retrouve captif avec une centaine d'autres généraux dont les généraux Juin et Giraud. Roger Carcassonne-Leduc et Gérard Linquier affirment dans 8 novembre 1942: la première victoire que Mast fait évader Giraud, ancien commandant de la VIIe armée le 21 avril 1942. Après vingt mois de captivité, alors qu'il prépare son évasion, il est lui-même libéré à la fin du mois. Officiellement, c’est son ami, le colonel Numata, attaché militaire nippon auprès du régime de Vichy, qui demande sa libération et l'obtient. Joseph Barthélemy, écrit dans Ministre de la justice, Vichy 1941-1943 : mémoires qu’il est libéré du fait de l'intervention du maréchal Pétain. Mario Faivre dans Le chemin du Palais d'été Alger 1942 confirme les propos du ministre maréchaliste. L’Etat français le destine à redevenir attaché militaire français au Japon. Mais comme le précise le général A.S. van Hecke, dans son ouvrage La Jeunesse au secours de la France, Mastne veut pas partir en Extrême-Orient, il veut prendre un commandement dans l’armée d’armistice.Toutefois, les Allemands refusent qu’il prenne un commandement en France métropolitaine.
Charles Mast est à sa sortie de camp nommé chef d'état-major du 19e corps, en 1942 en Afrique du Nord. Joseph Barthélemy affirme que Charles Mast est nommé à ce commandement du fait de ses idées maréchalistes. Pourtant dès son arrivée il est décidé à favoriser un éventuel débarquement allié. En mai 1942, Mast est devenu le représentant du général Giraud en Afrique du Nord, son ami, monarchiste comme lui. Il prend contact avec le groupe des cinq (Lemaigre-Dubreuil, Rigault, Henri d’Astier de La Vigerie, Van Hecke et Tarbé de Saint-Hardouin). Le lieutenant-colonel Jousse assure la liaison avec Mast nommé commandant de la région d'Alger par Vichy. Après le débarquement Mast doit commander l’armée et le groupe des cinq se charger de la diplomatie ainsi que de la politique économique du gouvernement d’Alger. Selon Annie Rey-Golzeiguer, auteur de Aux origines de la guerre d’Algérie, le groupe des cinqsont des personnages d’opérette qui heureusement bénéficient de l’appui de Charles Mast et de Jousse. Le général à l'état-major de la région d'Alger est l’un des premiers et des plus importants collaborateurs des services américains. En août 1942, Charles Mast se voit confier le commandement de la division d’Alger par le gouvernement de Vichy. C’est à cette époque qu’il demande qu'une délégation du commandement américain vienne immédiatement en Afrique du Nord, pour y rencontrer nos propres délégués afin de pouvoir discuter des questions impossibles à discuter de loin. D’accord avec les Cinq, Jousse rédige les rapports militaires qui seront présentés à la conférence et que Mast approuve.
Le général Charles Mast, qui commande la place d'Alger, tient une place éminente dans la préparation matérielle du débarquement. Il est l'un des premiers et des plus importants collaborateurs des services américains pour préparer l'opération. Il rencontre lors d'une réunion clandestine tenue à Cherchell, le 21 octobre 1942, sur la côte, non loin d'Alger, dans la villa Teyssier, le général Mark Wayne Clark, adjoint d'Eisenhower venu secrètement en sous-marin rencontrer divers représentants militaires et civils de la résistance, dont le colonel Jousse, Charles Mast, et Bernard Karsenty, adjoint de José Aboulker. Clark, Mast et Murphy commencent à négocier dès le 21 octobre 1942 au soir, car Mast doit retourner à Alger. Le général A.S. van Hecke, dans son ouvrage La Jeunesse au secours de la France, écrit que Mast se conduit en homme sage et habile négociateur. Le général précise que Giraud souhaite que le débarquement n’ait lieu qu’au printemps 1943, car il veut avoir le temps d’organiser un soulèvement en métropole. Mast n’est pas écouté quand il conseille aux alliés de débarquer à Bizerte pour pouvoir être à Tunis avant l’Afrika Korps. Connaissant bien ses collègues, il ne cache pas aux représentants anglo-américains que la Marine va s’opposer à leurs troupes. Il leur présente ses plans pour paralyser la défense de l’Algérois. Les accords de Cherchell, outre une partie militaire, incluent des dispositions très favorables à la France, qui doit être traitée en alliée après le débarquement. Cette première conférence entre les états-majors alliés et français met en colère Charles de Gaulle qui soupçonne les Américains de ne pas lui faire confiance. Effectivement, le général Mark Wayne Clark, bras droit d'Eisenhower, considère Charles Mast comme le porte-parole de Henri Giraud et le chef des armées françaises en Afrique du Nord et donc le représentant de la France. Dans ses Mémoires Murphy constate que : Jusqu’alors aucun général français ne s’était formellement engagé à nos côtés. Ayant occupé les fonctions d’attaché militaire à Tokyo, Mast avait une vaste et exceptionnelle connaissance de la politique mondiale. De Gaulle n’est donc pas à ses yeux un général formellement engagé à ses côtés. Avant de quitter les délégués Américains, Mast déclare qu'il va immédiatement écrire un rapport à Giraud de tout ce qui a été convenu au cours de la conférence. Mais il précise qu’au cas où Giraud ne serait pas d’accord, il le remplacerait comme chef des opérations.
Le général Mast fait ressortir le danger d'un contact préalable avec Darlan qui risque de compromettre la réussite de l'opération. Mais de son côté, Darlan négocie avec les Américains pour se placer à la tête de l'Afrique du Nord et le groupe des cinq pense que ce collaborationniste est susceptible de les faire passer en justice. Ils ont raison. Les colonels Jousse, Baril et Magnan, ainsi que les généraux de Montsabert, Béthouard et Mast, sont relevés de leurs commandements et mis en quarantaine par l’amiral vichyste.
Toutefois à la veille du 8 novembre 1942, Charles commande la Division d'Alger. Il donne des ordres par écrit à tous les chefs responsables des troupes qui vont se retrouver face aux alliés afin de faciliter le débarquement. Le général a fait stocker un milliers de vieux fusils depuis quelques jours déjà. En principe cet armement est destiné au Service d'Ordre Légionnaire. Il les fait distribuer aux volontaires pro-alliés. Les chefs du soulèvement vont accomplir leurs missions. Le Groupe des Cinq tient une réunion ultime, à laquelle Murphy et Mast prennent part. Ce dernier adresse la proclamation de Giraud à faire paraître dans la presse locale du 8 au matin, dans une édition spéciale.
Lorsque dans la nuit du 7 au 8 novembre, Charles acquiert la certitude que la ville d'Alger est entre les mains des insurgés, il lance son ordre du jour et s’installe à Sidi Ferruch. Selon le général A.S. van Hecke, la prudente éclipse du général Mast donnant le temps aux forces loyales à Vichy de se ressaisir est une pure invention. Dans la réalité, selon Raymond Aron, Mast fait arrêter tous ses supérieurs hiérarchiques et prend le commandement le plus réglementairement du monde. Mast, à très juste titre, demande aux Américains d’envoyer un détachement allié afin de se rendre immédiatement à Blida pour occuper l'aérodrome et y soulager Monsabert. Il apprend qu’il est remplacé dans ses fonctions et que son successeur le général Juin demande aux militaires de s’opposer aux troupes d’invasion. La garnison de Blida obéit aux ordres, seule l’arrivée de 300 Américains bien armés la force à se rendre.
Dès le 9 au matin, Darlan demande que le général Mast soit destitué pour avoir manqué au serment de fidélité au général, avoir manqué à l’honneur et avoir volontairement facilité l’invasion du territoire par une armée étrangère. Quelques heures plus tard, l’amiral s'empresse de demander à Vichy la mise en jugement de Mast.
Mast doit rencontrer Giraud pour essayer de lui insuffler un peu de cran afin de renverser la situation s'il en est temps encore. Ce général ne se conduit pas comme le chef d’une insurrection et se laisse berner par Darlan. Il ne rêve que de former un corps franc luttant aux côtés des Américains. Mast refuse de lui céder un seul homme et doit se fâcher, allant même jusqu’à jeter son képi par terre et hurler, pour l’obliger à prendre le commandement en chef des troupes françaises. Après cette scène, il n’ajoute pas grand crédit aux bonnes résolutions de Giraud, qui change d’avis régulièrement. Charles Mast sert d'intermédiaire entre Giraud et De Gaulle notamment pour les questions militaires. Il se pose en adversaire de Darlan et d'Alphonse Juin. Selon Couve de Murville, le général Mast est excessivement clair dans son Histoire d'une Rébellion, il aurait suffi que le général Giraud à cette époque déclare : Je prends le commandement civil et militaire de l’Afrique du Nord pour que les alliés le lui donnent. Mais Giraud n’est pas un homme politique. Mast écrit : Ce fut le 10 novembre que Giraud perdit ses chances de jouer un rôle de premier plan.
La présence du général Mast à Alger rassure les Américains avant le débarquement. Ce général écrit : le haut commandement de Vichy ne s'est pas trompé sur les responsabilités exactes. Un décret du 2 décembre 1942 me condamnaitpar contumace. Je fus déchu de la nationalité française et mes biens saisis. Joseph Barthélemy affirme dans Ministre de la justice, Vichy 1941-1943 : mémoires que la lutte de Mast contre Juin et Darlan ne lui sera jamais pardonné par l’armée d’Afrique.
Mast écrit aussi : le comte de Paris se trouvait à Alger et ne se présentait pas en prétendant monarchiste mais en rassembleur de tous les Français d'Afrique du Nord. Toutefois la tentative du prétendant orléaniste, malgré les idées royalistes de beaucoup de conjurés, dont Mast, Rigault, Henri d’Astier de la Vigerie et Tarbé de Saint-Hardouin va échouer, comme le rappelle Xavier Walter et Emmanuel Le Roy-Ladurie dans Un roi pour la France: Henri comte de Paris, 1908-1999, essai de biographie intellectuelle et politique pour servir à la réflexion d'un prince du XXIe siècle.Mast semble n’être pour rien dans l’assassinat de l’amiral Darlan par le résistant royaliste Bonnier de La Chapelle.
Charles Mast prend le commandement de la division de marche de Casablanca, en novembre 1942, puis il devient le chef des Missions militaires en Syrie et Égypte, en 1943. Arthur Pellegrin rappelle dans son Histoire de la Tunisie depuis les origines jusqu'à nos jours, qu’il est chef de la Mission française auprès des alliés.
Au début de 1943, Mast a un accident d'avion en se rendant à Damas, accident qui provoque la mort du plus jeune colonel de l'armée française, Baril.
Immédiatement après la prise de Tunis et de Bizerte, le général vichyste Prioux est écarté et Mast choisi le 7 mai 1943, car il est désormais proche du général de Gaulle et bénéficie toujours du soutien de Giraud. Le général Juin assure l'intérim de la résidence générale jusqu'à ce que le général Mast, se remette de sa blessure. Quand il arrive à Tunis à peine remis, il marche encore avec des cannes. Le lieutenant-colonel Brunet de Sairignéécrit : Le général Mast a été très touché par son accident : il boîte encore très bas.
L’une de ses premières actions en occupant son poste est de condamner l’arrestation par Juin de 10.000 Tunisiens, suspects de collaboration avec les nazis, et le massacre de 200 d’entre eux. Dès le 26 juin 1943, le général de Gaulle se rend à Tunis, où il est accueilli par Mast et Lamine Bey. De Gaulle encourage Mast à limiter les mises en accusation des indigènes qui ont collaboré. Les conseils du Général ne sont pas inutiles. Selon plusieurs historiens, Mast a fait arrêter des centaines de musulmans et leur a infligé des amendes et punitions collectives. Même l’ancien bey, Moncef Bey, qui a défendu la communauté juive et refusé que les fascistes accordent l’indépendance à la Tunisie, est détenu à Ténès, petite ville côtière de l'Algérie, dans des conditions difficiles. Toutefois cette épuration n’est pas sanglante et selon Yves Benot, auteur de Massacres coloniaux : 1944-1950 : La IVe République et la mise au pas des colonies françaises, elle est provisoirement efficace. Serge La Barbera et Lucette Valensi donnent une version différente, dans Les Français de Tunisie: 1930-1950, dans laquelle le général Mast critique l’épuration des supposés collaborateurs musulmans du bout des lèvres et de Gaulle la condamne, au point de recevoir une lettre de félicitations du Parti communiste tunisien.
En ce qui concerne les collaborateurs français, le Résident conclut sur l'inutilité de continuer à épurer en disant qu’ils sont des lampistes et peu nombreux. Selon lui, les plus acharnés des maréchalistes sont partis avec les nazis ou bien la plupart du temps se sont ralliés à la France combattante. Et il n’hésite pas à citer régulièrement le nom du futur maréchal Juin qui en est pour lui le cas le plus évident. Pour cette autre partie de la population tunisienne, de Gaulle lui conseille là encore la plus grande modération. Il invoque le 27 juin, Notre Dame la France dans un discours prononcé à la cathédrale de Tunis. Mast fait néanmoins étudier tous les dossiers des policiers et gendarmes. Un certain nombre d’entre eux sont emprisonnés. Malgré cela il est accusé de prendre des demi-mesures par les socialistes. Mast constate l’importance de la communauté italienne et des liens de certains de ses membres avec le fascisme.
Mast est donc maintenu dans ses fonctions de Résident général au mois d’août de la même année et fait général de Corps d'Armée. La médaille de la Résistance française lui est décernée. En 1947, il devient Grand officier de la légion d'honneur.
Jean-François Martin juge que La France mène la politique des petits pas dans La Tunisie de Ferry à Bourguiba. Les discours du Résident en indiquent l'orientation et en posent les limites : réforme du Grand Conseil dont la compétence sera élargie et l’égalité numérique assurée entre sections française et tunisienne, institution d’assemblées élues par les cheikhats. Néanmoins comme l'écrit Maurice Martin du Gard, dans La carte impériale: histoire de la France outre-mer, 1940-1945, Mast doit affronter avec le nouveau Bey le Néo et le Vieux-Destour, les communistes et, dit-on, l'Angleterre. Selon la Revue d'histoire maghrébine, le Résident général gouverne par l’intrigue, la manœuvre et le secret. Charles Mast est une sorte de proconsul. Il gouverne la Tunisie avec un paternalisme autoritaire. Mast considère le projet de réforme de l'enseignement tunisien, dont il n’a pas été informé au préalable, comme nul et non avenu. Le Résident doit reconnaître le Parti communiste tunisien. Il signale que beaucoup de militants sont au front et que le parti compte de plus en plus de militants musulmans. En revanche, il refuse le retour du bey destitué, Moncef Bey, qui a régné sous l'occupation des forces de l'Axe et reste favorable aux nationalistes. Mast veut également contrôler le Néo-Destour, dont le chef Habib Bourguiba a été arrêté à la suite des événements du 9 avril 1938. Ce leader indépendantiste est libéré par Klaus Barbie, puis reçu avec tous les honneurs par Mussolini. Il parle sur les radios fascistes italiennes aux musulmans mais il ne leur demande pas de devenir les alliés des Allemands. Et finalement en 1942, il change d’attitude et demande aux nationalistes tunisiens de se rallier aux alliés. Il est finalement libéré et regagne Tunis avant de gagner Le Caire. Du temps de Charles Mast la presse tunisienne est censurée, les congrès des partis nationalistes interdits, les militants indépendantistes parfois arrêtés. Mais il n’existe pas de mouvements nationalistes virulents et les rapports avec le nouveau Bey sont bons.
Charles Mast reste Résident général jusqu'au 22 février 1947. Il est remplacé par Jean Mons qui va sur ordre de Paris faire des réformes modérées qui ne plaisent à aucune des trois communautés.
Le général Mast n'est pas dans un premier temps un partisan de la décolonisation. D'ailleurs, à Tunis en août 1945, il conseille à Salan d'être prudent en Indochine française : Si vous donnez trop de droits aux Annamites, il y aura des répercussions en Tunisie...
Après la Tunisie, le 20 février 1947, Mast est général de division ayant rang de commandant d'armée et appellation de général d'armée. De retour en France, Charles Mast entre au Conseil Supérieur de la Guerre. En novembre 1948, le général prononce son allocution d'ouverture des cours du nouvel Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (1948-1950), dont il est le premier directeur. L’Institut s'installe en 1948 à l'École militaire. Sa mission consiste à préparer des hauts fonctionnaires, des officiers généraux ou supérieurs et des personnes particulièrement qualifiées d'un point de vue économique ou social à tenir les emplois les plus élevés dans les organismes chargés de la préparation et de la conduite de la guerre. Mast entreprend d'organiser la nouvelle institution sur le modèle du Collège des Hautes Etudes de Défense Nationale. Une étude dirigée par le général porte sur l’action combinée des forces de terre et de l’air pour la défense de l’Europe occidentale. Mast est atteint par la limite d'âge en janvier 1950.
Mais, avant 1950, il y a l’Indochine. Son ami, le général Georges Revers, est partisan de l'indépendance de l'Indochine française. Selon lui, il faut laisser le pouvoir à Bao Dai, monarque constitutionnel, avec comme premier ministre le général Xuan, favori des socialistes français, et à une haute commission militaire française. Commission qu’il voit présidée par Charles Mast, qui a désormais, lui aussi, le soutien des socialistes parisiens. Charles Mast établit des contacts privilégiés avec les socialistes français et le Kuomintang car il est devenu l'un des meilleurs spécialistes de la question indochinoise. Il se sent très capable de manipuler Bao Dai et le général Xuan comme des marionnettes. Du fait de l'opposition de la Chine, de l'influence d'Ho Chi Minh, des divisions de la gauche française et de l'attitude de certains officiers du corps expéditionnaire, cette tentative pour rétablir la paix n'aboutit pas.
Le 15 mai 1949, à l'issue d'une inspection en Indochine, Revers rédige un rapport qui préconise notamment l'évacuation des places fortes de la route coloniale 4, le développement d'une armée vietnamienne, l'éloignement de l'empereur Bao Dai ainsi que la concentration des pouvoirs civils et militaires sur une seule tête. Le rapport Revers comporte une foule d'indications d'ordre financier, administratif aussi bien que politique et stratégique : c'est un bréviaire pour le futur patron de l'Indochine. Pour ce poste, le général Revers a d’ailleurs un candidat, le général Mast, directeur de l'Institut des Hautes Études de Défense nationale. Dans les milieux socialistes, on pense aussi au général Mast, comme le rappellent Ðình Th?o Tr?nh, et Dinh Khai Trinh dans la Décolonisation du Viêt Nam: un avocat témoigne.
L'ébruitement de ce rapport parvient jusqu'auprès de l'ennemi Vietminh, est à l'origine de l'affaire très politique dite affaire des généraux. A ce scandale dans lequel Revers et Mast, sont impliqués, s’ajoute la divulgation au grand jour l'existence du trafic des piastres. L’affaire des piastres est un scandale financier et politique de la Quatrième République né dans le contexte de la Guerre d’Indochine. L'empereur Bao Dai, l'ancien haut commissaire Emile Bollaert, les généraux Mast et Revers, l'ancien ministre Paul Giaccobi sont paraît-il au nombre des personnages importants qui s’y adonnent. François Mitterrand est alors ministre des Colonies et René Bousquet directeur de la Banque d’Indochine.
Selon Gérard Gilles Epain, dans Indo-Chine : une histoire coloniale oubliée, le 23 septembre 1949, Revers et Mast sont innocentés de l’affaire des généraux. Jean Barale écrit dans La Constitution de la IVe République à l'épreuve de la guerre : il semble que Roger Peyré ait emprunté au général Mast une copie du rapport. Des documents sont retrouvés chez ce repris de justice employé par le SDECE. Revers accuse le directeur de la DST et le ministre de la France d’Outre-mer de l’avoir compromis, selon les historiens Ðình Th?o Tr?nh, et Dinh Khai Trinh. Mais des sommes importantes ont été allouées au général Mast - 1 million de francs de l’époque - au général Revers et à André Le Troquer, vice-président socialiste de l’Assemblée Nationale. Le scandale éclate au grand jour. L’affaire des généraux aboutit au limogeage de Charles Mast par le ministre de la défense René Pleven en décembre 1949.
Le 17 janvier 1950, un débat parlementaire sur cette affaire a lieu. Mast donne sa démission en avril 1950 et est mis à la retraite par René Pleven en juin 1950. Il est désormais général de réserve. A partir de cette époque, il n’écrit plus à sa famille alsacienne certainement du fait de ce scandale. En 1953, Revers et Mast sont auditionnés par la commission d'enquête sur le trafic des piastres.
La justice n’est pas la même pour les politiciens. André Le Troquer devient Vice-président de l'Assemblée nationale. Il est président par intérim du Congrès à Versailles lors de l'élection de René Coty à la présidence de la République en décembre 1953. Puis il est président de l'Assemblée nationale.
En 1947, le général Mast a racheté le château de Grossœuvre aux descendants de Michel Bernard Gaillard de Saint Germain. Il l’a fait réparer avec l’aide de l’armée, car la bâtisse a beaucoup souffert de sa réquisition par les nazis. Charles Mast ne reste pas inactif. Il fait des affaires, écrit en 1969 Histoire d'une rébellion, Alger, 8 novembre 1942, et répond aux questions des journalistes. Jusqu'à sa mort, il reste très pessimiste quant aux capacités de la défense occidentale en cas d'attaque de l'Europe de l'Ouest par les armées des pays communistes. Il est mort à Paris à l'âge de 88 ans.
Barthélemy, Ministre de la justice, Vichy 1941-1943 : mémoires, Pygmalion, 1989.
Hecke, A.S. van, La Jeunesse au secours de la France, Nouvelles Editions Latines, 1970.
Mast Charles, Histoire d'une rébellion, Alger, 8 novembre 1942, par Plon 1969.