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(Ecole indienne de)
Située en Pennsylvanie, c’est la première école professionnelle pour les Indiens. Son fondateur et directeur, le capitaine Pratt, en a fait un puissant instrument d’assimilation des jeunes Indiens à la civilisation blanche.
En 1875, le capitaine Richard H. Pratt est chargé de désigner parmi les Cheyennes, Arapahos, Comanches et Kiowas prisonniers ceux qui seront déportés en Floride pour des crimes commis contre des Blancs durant la guerre de la Red River. Soixante-douze prisonniers sont acheminés vers la prison militaire de Fort Marion, près de Saint Augustine. Deux seront tués durant le voyage en tentant de s’évader.
A Fort Marion, le capitaine Pratt entreprend l’éducation de ses prisonniers. Aidé d’enseignants qu’il a recrutés, il leur enseigne à lire et à écrire, ainsi que divers métiers manuels. Des prisonniers s’adonnent au dessin, produisant de remarquables documents sur la vie indienne. Un climat de confiance et même d’amitié s’instaure entre le capitaine Pratt et la plupart des Indiens.
En 1878, les prisonniers sont libérés, mais sans être autorisés à rejoindre leur tribu. Le capitaine Pratt continue à s’occuper d’eux, les plaçant sous l’autorité de l’église épiscopalienne. Les soixante-dix Indiens sont envoyés à Hampton, en Virginie, dans une école professionnelle où le général Armstrong s’occupe de la formation d’anciens esclaves noirs.
En 1879, le ministre de la guerre autorise le capitaine Pratt à installer une école pour les jeunes Indiens dans des baraquements militaires désaffectés à Carlisle, en Pennsylvanie. C’est la première école de ce genre à être financée par des fonds fédéraux. Quelques anciens prisonniers de Fort Marion viennent apporter leur aide au capitaine Pratt.
L’école de Carlisle reçoit des enfants indiens, garçons et filles, venant de tous les Etats-Unis. Quand ils apprennent que des enfants y sont morts, de maladie, de chagrin pour la plupart, les parents indiens deviennent réticents à y envoyer leurs enfants. A plusieurs reprises, des enfants sont pris de force pour compléter les effectifs de Carlisle.
Le grand principe qui anime toute son oeuvre, le capitaine Pratt l’exprimera en 1892 devant la conférence des Oeuvres de Bienfaisance tenue à Denver, au Colorado : "Tout ce qu’il y a d’Indien dans la race doit être tué : tuez l’Indien en lui, et sauvez l’Homme".
A Carlisle, la langue anglaise est seule autorisée. Tout usage d’une langue indienne est sévèrement puni. Tous les jeux indiens sont strictement proscrits. L’instruction y est celle donnée aux enfants blancs auxquels les jeunes indiens sont fortement incités à ressembler. On s’efforce de développer chez eux le patriotisme américain, le culte du drapeau américain. On leur demande d’éprouver de la reconnaissance pour ce que la nation américaine fait pour eux. L’enseignement professionnel dispensé par l’école forme des artisans, des ouvriers, des commis de magasin, des valets de ferme, des domestiques.
Le capitaine Pratt estime que la seule chance de survie des Indiens réside dans leur totale assimilation à la culture et à la nation américaines, et que le plus grand malheur que puissent connaître les Indiens est de demeurer isolés sur les réserves, à l’écart de l’influence bienfaisante de la civilisation. Les élèves de Carlisle sont placés dans des familles blanches avec lesquelles ils vivent et travaillent. C’est le principe, cher au capitaine Pratt, de l’immersion des Indiens dans la culture blanche. Les enfants sont ainsi maintenus durant plusieurs années totalement isolés de leurs familles demeurées sur les réserves.
En 1889, le commissaire aux Affaires Indiennes Thomas J. Morgan, s’appuyant sur l’expérience de Carlisle, définissait ainsi la politique du gouvernement : "Notre principal devoir est, pour l’heure, de préparer la génération montante des Indiens au nouvel ordre des choses auquel ils doivent se soumettre. Un large système d’éducation calqué sur le système américain des écoles publiques, mais adapté aux besoins spéciaux des Indiens, destinés à tous les individus en âge scolaire, obligatoire et uniformément administré, devra être mis en place dès que possible".
L’école de Carlisle, ainsi que celles qui ont été ouvertes à la fin du XIXè siècle à Genoa, au Nebraska, à Chemawa, en Oregon, à Grand Junction, au Colorado, à Albuquerque, au Nouveau Mexique, à Lawrence, au Kansas, ainsi qu’à Chilico, sur le Territoire Indien, ont constitué un très puissant outil de la politique d’assimilation des Indiens à la culture américaine.