



pour 10 votes
Général Bonaparte ou Sultan El Kébir le Grand
Lorsque Bonaparte maîtrise Le Caire, il comprend immédiatement que les troupes françaises ne doivent pas se comporter comme une force d’occupation en utilisant la terreur et l’intimidation. Très vite, il s’attache à ce que son comportement et celui de ses hommes soient respectueux des us et coutumes de l’Egypte, terre d’Islam.
Dès son arrivée au Caire, il s’installe au Palais Elfy jusqu’ici résidence d’un favori de Mourad Bey. Il y conserve le décor somptueux et y reçoit les chefs religieux, les cheikhs. Il fait tout pour que les Egyptiens « oublient » le désastre d’Aboukir. Les Français ne doivent pas être de cruels occupants mais ne doivent pas non plus apparaître comme une armée défaite prisonnière de la terre d’Egypte.
Bonaparte va alors en profiter pour administrer, décider, gérer, se comportant en Chef d’Etat. Glissant ses pas dans ceux d’Alexandre, il célèbre la crue du Nil. Tout son état-major est présent. Le cérémonial est soigneusement respecté. Accompagné du doyen des oulémas et de tous les notables du Caire, Bonaparte exécute un geste de la main comme l’ont fait avant lui les pharaons. La digue est coupée, le Nil est lâché. C’est une fête plusieurs fois séculaires qui commence. Les Egyptiens sont reconnaissants aux Français. Bonaparte offre alors un feu d’artifice. Lors de cette journée Bonaparte a très envie de franchir le pas, de se fondre avec la population locale et d’adopter même un vêtement turc. La pression de son entourage est trop forte. Il renonce.
Peu à peu, le nouveau maître du Caire prend goût à la vie égyptienne. Il découvre une population chaleureuse à laquelle il souhaite plaire, non seulement par intérêt stratégique, mais aussi par soif de sa culture. Il se fait traduire le Coran et réfléchit sérieusement à se convertir. Mais pour un soldat français habitué à boire du vin, la circoncision fait peur. Même s’il renonce encore une fois, il s’attache à ce que la fête de la naissance du Prophète soit entièrement prise à sa charge avec fanfare et grands banquets ouverts à tous.
Est-il vraiment tombé sous le charme de ce peuple et de sa religion ou tout cela relève t-il de la stratégie de l’occupant ?
Très vraisemblablement un peu des deux. Habile communicant, Bonaparte ne peut avoir envisagé tout ces actes uniquement pour ses seules envies d’Orient. Il est clair que débarquant dans un pays à la culture très différente de celle de la France, il a tout de suite mesuré la nécessité de limiter un maximum les conflits avec les populations civiles et le clergé musulman.
Dans le même temps, on peut également en déduire qu’il ne s’est pas beaucoup forcé pour adopter cette attitude. Si son entourage ne comprend pas toujours cette vue, le Bonaparte de l’expédition d’Egypte est un soldat certes mais c’est aussi un homme assoiffé de culture et de découverte et jamais il ne sacrifia ces dernières aux bénéfices des ambitions militaires et politiques que le Directoire lui avait fixées.
Par ce comportement, il déstabilise un peu plus le pouvoir français pourtant à des milliers de kilomètres de là. Le fruit sera bientôt mûr.
Bonaparte et l’Egypte éd. Favre, 2005, Frédéric Künzi
Le Figaro – hors-série, Bonaparte en Egypte, Feu et Lumières, automne 2008