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Une fantaisie? Oui, mais pleine de prouesses!
L’intitulé de cette sonate pourrait indiquer que l’auteur a pris quelque liberté (fantaisie) par rapport à la forme traditionnelle de la sonate. Et notamment déjà, parce qu’elle débute par un ‘Andante’, une sorte de chanson lente, tandis que la sonate commence généralement par un mouvement plus rapide. Aussi, par la différence très grande de durée des 4 mouvements
I. Andante – Allegro – Tempo I 5’17
II. Molto Allegro e vivace 2’18
III. Adagio con expressione 2’48
IV. Allegro vivace 5’28
Voici ce mouvement interprété par Enzo en cliquant ci contre sur les mouvements I, II et III:
[Le lecteur, désarçonné par les fragments de partition, pourra les 'écouter' en réduisant les fenêtres et en les juxtaposant selon la procédure que voici:.
1. Dans la vidéo d’exécution de la musique, remonter la minuterie et le curseur temporel juste au dessous de son portail (négligeant ainsi l'image) et descendre toute cette fenêtre jusqu’au tiers inférieur de l’écran.
2. Remonter la base de la fenêtre du commentaire ‘larousse.fr’ de façon à juxtaposer les deux fenêtres à l’écran.
3. Le curseur temporel permettra de retrouver, dans le déroulement de l’œuvre, le moment (minute et seconde) du passage de la partition qui est bien souvent indiqué dans le commentaire]
Les quatre premières mesures sont faciles à discerner et à mémoriser. Un double exposé d’un schéma musical simple : Trois accords longs, suivis de lignes montantes ou descendantes dessinées par des notes courtes :
C’est ici qu’il y a lieu de lire le bref commentaire de Etienne Moreau dans la revue Diapason de février 2010, p. 71 : « Cette ‘Quasi una fantasia’ n’aura jamais si mal mérité son nom. Elle trouve en effet une continuité organique parfaite, un équilibre de temple grec ». Cette comparaison porte sur l’organisation très symétrique des mélodies dans ce premier mouvement. La ligne des notes de la portée inférieure dessine effectivement les deux côtés obliques du fronton d’un temple grec.
Cette première ligne de partition (d’une agréable allure Andante) pourrait donc être le signe distinctif de cette sonate. Celle-ci nous réserve toutefois plusieurs surprises.
Après le double exposé de la partition ci-dessus, le même schéma musical est repris, mais les lignes de notes courtes se mettent à explorer des tons nouveaux et insolites. Ce tâtonnement nous ravit tant la recherche aboutit à de belles sonorités.
Certaines phrases débouchent aussi sur des conclusions élégantes:
Le schéma musical initial s’étoffe en jouant des accords plusieurs fois puis en insufflant de la tension dans le jeu des mélodies.
En 2’40, un épisode entraînant met un petit air de gaîté qu’il développe avec brio. C’est la section Allegro. Elle est en do majeur et un rythme de 6/8
En 3’29, retour à la mélodie initiale, dans la tonalité de mi bémol majeur et avec le rythme 4/4
Pour écouter le deuxième mouvement (d’une durée de 2’18), rejoignez la minute 4’ 45 de la vidéo du pianiste Enzo.
Une des surprises annoncées précédemment consiste en l’existence de plusieurs variantes de ce deuxième mouvement. Les interprétations reprises par Youtube en donnent une, ponctuée par des fins de phrases accentuées avec force. Le caractère heurté de ces fins de phrases est lui aussi une surprise par son contraste étonnant avec l’allure douce et avec l’esprit de recherche qui marque le premier mouvement.
L’autre version, plus courte celle-là, n’a été retrouvée que sur partition: un tempo vif (elle est aussi marquée ‘Molto Allegro e vivace’). Après une montée conjointe de six doubles notes, les notes des accords arpégés (étalés dans le temps) sont jouées à la rencontre l’un de l’autre comme si elles cherchaient à se rencontrer. L’effet est surprenant.
(à la septième minute 05 seconde de la vidéo de Enzo).
Ce retour à un rythme très Adagio nous surprend à nouveau. En voici les quatre premières mesures qui présentent déjà un accompagnement et un jeu de la mélodie assez complexes (3 à 5 notes jouées en même temps) :
Ce même passage est joué une deuxième fois à la 9ème minute et la combinaison des notes de la mélodie et de son accompagnement s’est étoffée encore plus (jusqu’à 6 notes en même temps) - à en devenir périlleux - assurant pourtant une très grande justesse de son et provoquant un enveloppement très harmonique de l’auditeur.
L’intermède entre ces 2 passages est joué avec un accompagnement dont les notes sont décalées par rapport aux notes de la mélodie. L’effet en devient insolite.
En la neuvième minute 56 seconde, un roulé de notes se fait plus ferme, se prolonge par un trille très vif et par une descente assez douce de notes qui introduisent, sans coupure, le mouvement suivant.
d’une durée de 5 minutes 28 dans une 2ème vidéo présentant à nouveau le pianiste Enzo (voir site internet ci-contre):
Une cellule significative du début (à la dixième seconde) intervient plusieurs fois à la manière d’un refrain.
Les couplets de ce rondo combinent avec minutie plusieurs lignes mélodiques, dont les débuts sont parfois décalés mais dont la simultanéité et le chevauchement procurent un très bel effet, nous tenant ainsi en haleine pendant près de quatre minutes. C’est ce qu’on appelle le procédé musical du contrepoint très en vogue durant la Renaissance et à l’époque baroque.
En 4’01, une première coda : un retour au tempo de l’Adagio avec une allure très méditative. Le rappel de la mélodie entendue dans ce troisième mouvement apporte un peu d’unité à cette sonate.
Progressivement, le tempo s’accélère puis débouche sur une conclusion de 3 lignes de mesures à l’allure Presto.
Nous avons plutôt affaire à une œuvre exceptionnelle. Elle a été bâtie sur quatre modes de composition musicale qui ont chacune leur spécificité pour émouvoir l’auditeur et pour enchanter ses oreilles :
Le premier mouvement, dans lequel les doigts du pianiste dessinent avec un grand classicisme les lignes d’un fronton de temple grec, pour aussitôt après entreprendre une exploration vers des sons nouveaux.
Le deuxième mouvement avec la vivacité de son tempo et ses fins de phrases dans un style heurté, ‘à réveiller un mort’ !
Le troisième mouvement, un Adagio méditatif mais qui regorge de trouvailles pour nous envelopper par les sons d’accords très complexes, déployant leurs effets de manière verticale (pour reprendre une manière, fréquente en solfège, d’expliquer la différence entre l’harmonie verticale et le contrepoint – comme dans le quatrième mouvement de cette sonate – qui, lui, opère horizontalement).
Le quatrième mouvement, un rondo bien mené, qui nous entraîne dans une danse qui superpose ses mélodies horizontalement en les faisant chanter à plusieurs voix.
De véritables prouesses !