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Étude des princes de la Marche supérieure d’al-Andalus entre les VIIIe et Xe siècles.
La dynastie des Banu Qasi, Banu Kasi, Beni Casi (fils du seigneur Casius), ou Banu Musa (fils du seigneur Musa), règne sur un taïfa (royaume vassal), situé au sud de la Navarre, entre les VIIIe et Xe siècles. Cette famille, certainement d’origine hispano-romaine, devenue muladí (convertie), joue un rôle politique et militaire de premier plan dans la Marche supérieure d’al-Andalus, pendant les premières guerres de la Reconquista et lors des nombreux soulèvements que connaît l’émirat de Cordoue.
I. Fortunius de Borja est un comte wisigoth vivant au VIIe siècle. Les origines de cette dynastie sont-elles hispano-romaines ? Leur nom en tous les cas est d’origine latine et pas wisigothe. Les domaines de Fortunius se situent sur le cours supérieur de la vallée de l'Èbre, entre Tarazona, Ejea et Nájera. C’est un comté de dimensions modestes aux confins de plusieurs provinces du royaume wisigoth : la Tarraconensis (à l’est), la Basconia et la Cantabria (au nord), sans oublier la Celtiberia (au sud). A l’époque où naît le seul fils connu de Fortunius, Cassio, le comte Flavius Ervigius usurpe le trône pendant sept années. La fin du royaume wisigoth va être le début d’un chaos qui va durer des siècles, surtout dans la zone frontière nord.
II. Le comte Casius Fortunius de Borja, né vers 685, va être appelé en arabele Kumis Qasi ibn Furtun(comte Qasi fils de Furtun. Il succède à son père comme seigneur de Tudela, Tarazona et Borja. Les études relativement récentes menées par Juste Cañada montrent que ce comte commande les troupes wisigothes qui protègent la zone frontière des incursions basques. D’autres historiens le disent aussi gouverneur de la moyenne vallée de l'Èbre. L’historien arabe du XIe siècle Ibn Hazm indique que Casius est un comte Kumisal-Tagr (comte d’une marche). Il le reste jusqu’à ce qu’une expédition des musulmans, allant envahir les Asturies, l’oblige à se soumettre à eux. Agissant comme un opportuniste, non seulement il ne les combat pas, mais il s’allie même à eux. Casius de Borja va jusqu’à se convertir à l’Islam en 714 et devient un muladí (client) des Omeyyades (ou Umayyades). Il est converti par le Cadi de Saragosse Hassan ibn Yassar al-Hudhali et adopte les modes de vie islamiques. Cette conversion lui permet conserver ses terres et son rang. Casius joint ses troupes à celles de Musa ibn Nusayr et de Tariq ibn Ziyad. Il va en 715 à Damas faire allégeance au calife Al-Walid Ier (668-715). Toujours selon Ibn Hazm, Casius a plusieurs fils :
Les descendants du comte Casius sont bien connus grâce aux longs développements que leur accordent Ibn Hazm et un autre historien hispano-musulman Ahmad ibn Umar al-Udri.
Du temps des premiers Banu Qasi, la région du cours supérieur de l'Èbre forme une principauté semi-autonome. Ils doivent lutter contre les Basques, les Francs et surtout l'expansion progressive du royaume asturien. De son côté, le califat de Cordoue n’a pas renoncé à imposer vraiment son autorité aux petits royaumes du nord de la péninsule, mêmes musulmans. Mais les Banu Qasi sont des clients du califat et bénéficient de l’appui des populations et d'autres dynasties de muladíes de la vallée de l'Èbre. Toutefois leurs liens avec le califat ne vont pas les empêcher de conclure parfois des alliances avec les rois chrétiens et de faire de nombreux mariages avec des filles ou fils de nobles basques. L'ambivalence culturelle du Banu Qasi est également démontrée par leur utilisation mélangée des prénoms : par exemple, l'arabe (Muhammad, Musa, Abd Allah), le latin (Oria, Lubb) ou le basque (Garsiya). Mais, dans un premier temps, au cours du VIIIe siècle, les Banu Qasi accroissent leur pouvoir, grâce à l’aide des émirs de Cordoue, alors en prise à des luttes internes entre Arabes et Berbères et ayant besoin d’alliés.
III. Fortun ibn Qasi (ca710- 7??), fils aîné de Casius Fortunius, vient au monde avant la conversion de son père, et donc au contraire de ses frères qui naissent après 714 et qui portent des prénoms musulmans, il se prénomme Fortun, comme son grand-père. Il règne sur la majeure partie des terres entre Saragosse, Tudela, Tarazona, Najera, sans oublier les vallées des rivières Arba et Aragon. Fortun dépend néanmoins des califes. Sa principauté n’est pas indépendante. Vers 715 son père va à Damas avec le puissant Musa Ibn Noçaïr, gouverneur et général musulman. Mais, le calife Sulaiman condamne à mort ce Musa pour malversations. La peine est commuée en paiement d’une rançon énorme. L’ancien gouverneur ne peut pas la payer. Il meurt assassiné dans une mosquée de Damas. Avant sa mort il dit à Fortun ibn Qasi vouloir le mariage de sa petite-fille Aisha bint Abd-al-Aziz(717-7??) avec le fils de son ami. Aisha est la fille du gouverneur de l'Ifriqiya (Tunisie) Abd al-Aziz ibn Musa bin Nusair et d’Egilona, dernière reine de l'Espagne wisigothe, veuve du roi Rodéric. Musa Ibn Noçaïr étant marié à une arrière-petite-fille de Mahomet, Fortun ibn Qasi devient donc le cousin par alliance des émirs Umayyades de Cordoue et ses enfants des descendants du prophète. Or celui-ci a dit : Je vous laisse deux choses précieuses : le Livre d'Allah et ma descendance ; le Livre de Dieu est telle une corde tendue du Ciel jusqu'à la Terre et ma descendance est ma famille. Cela n’empêche pas le nouveau calife de Damas de faire tuer Abd al-Aziz ibn Musa bin Nusair, pourtant fils d’une arrière-petite-fille de Mahomet. Certaines rumeurs font craindre qu’il se soit converti au christianisme et veuille s’emparer du pouvoir, du fait de sa femme Egilona.
IV. Musa ibn Fortun (ca740-802) est gouverneur d’Arnedo, de Tarazona et de Saragosse. Il est le petit-fils du comte Casius et le fils de Fortun. Le premier émir indépendant de Cordoue, Abd al-Rahman Ier, un Banu Umayya, l’aide probablement à soumettre Saragosse en 772. Après plusieurs victoires, il obtient plus d’indépendance pour sa principauté. En 788, l'émir de Cordoue Abd al-Rahman Ier meurt, ce qui entraîne une lutte entre ses trois enfants : Sulaiman, Hicham et Abd-Allah pour sa succession. Musa ibn Fortun aide Hicham Ier. Bien entendu quand celui-ci est proclamé émir, Musa gagne en influence et pouvoir. Il aide l’émir Hicham pendant la révolte anti-Umayyades qui se propage de Saragosse à Tortosa. À la fin du VIIIe siècle, une alliance se crée entre Iñigo Jimenez, le père du premier roi de Pampelune, et les Banu Qasi. L’alliance avec les Basques est facilitée par des liens familiaux qui se créent. Musa ibn Fortun s’est marié vers 781 avec Oneca (ca 765-865), une dame chrétienne, qui est veuve du comte Íñigo Jiménez (750-781). Ils sont les parents de Íñigo Arista (781-852), premier roi de Pampelune. Musa ibn Fortun et Oneca ont cinq fils :
En 801, Louis le Pieux, fils de Charlemagne, prend Barcelone à l'émir de Cordoue. En 802, Musa ibn Fortun est assassiné à Saragosse par un ancien proche d'al-Husayn, gouverneur de Saragosse, capturé en 781 par l’émir et tué dans sa prison.
V. Musa ibn Musa (788-862) ou Musa II est le plus important des personnages du clan Banu Qasi. Il est le fils de Musa ibn Fortun et d’Oneca. En 799 des Vascons pro-carolingiens assassinent son jeune frère aîné, le gouverneur de Pampelune, Mutarrif ibn Musa. A la mort du père de Musa II, en 802, on enregistre plusieurs rébellions isolées de membres de la famille des Banu Qasi. Les Cordouans envoient le général Amrus faire la guerre à cette famille et à tous les insoumis de la Marche supérieure d’al-Andalus. Mais il est capturé dès 803 par une coalition de Basques avec le clan des Banu Qasi. En 806, les Navarrais se mettent sous la protection des Carolingiens afin d'échapper aux armées de l'émirat de Cordoue venues réduire les Banu Qasi et leurs alliés Vascons. Il se crée ainsi, pour un temps, une marche franque en Espagne. Musa ibn Musa se marie vers 805/810 avec sa nièce Assona Íñiguez, fille de son demi-frère Íñigo Arista, futur roi de Pampelune.
Les faits et gestes des premières années de la vie de Musa ne nous sont pas connus. Il est souvent confondu avec l'émir Marsile, qui est cité dans La Chanson de Roland. Pourtant Musa ibn Musa et ses troupes aident les Basques contre les Francs uniquement lors de la troisième bataille de Roncevaux, bataille qui donne naissance au royaume de Pampelune. Cette bataille a lieu en 824, alors que Roland est mort en 778. L'émir Marsile règne à Saragosse quarante six ans plus tôt. Dans cette bataille en 824 les comtes Francs chrétiens sont à nouveau battus. Ebles est envoyé comme cadeau à l’émir Abd ar-Rahman II. Le rôle de Musa ibn Musa dans cet affrontement et la création de ce royaume chrétien est décisif.
En 839, son fils Fortun ibn Musa, bien qu’encore très jeune, mène une campagne qui a comme conséquence une déroute du roi des Galiciens Loderik. Il rase les défenses d'Alava.
En 840, Musa ibn Musa vit dans son château d'Arnedo, dans La Rioja. En réponse aux attaques du royaume de son demi-frère, Íñigo Arista, et à l'expulsion de son parent Abd al-Yabbar ibn Qasi par les gouverneurs cordouans de Zaragoza et Tudela, Musa refuse en 841 de participer à l’expédition contre le royaume de Pampelune, dirigée par al-Mutarrif, fils de l'émir Abd ar-Rahman II.La campagne terminée un général cordouan attaque la principauté de Musa II.
En 842, Musa lutte contre Sunifred, comte de Barcelone, dans les Pyrénées.
La même année avec son neveu, García Íñiguez de Pampelune ils battent l’armée de l’émir. Musa ibn Musa essaie d’attirer les commandants ennemis dans un guet-apens en 843. Le général ennemi est fait prisonnier. La conséquence est une réponse militaire massive de Cordoue, menée par l'émir Abd ar-Rahman II, ce qui se traduit par une défaite des deux alliés. Une partie de la population navarraise à proximité de Pampelune est emmenée en esclavage dans les pays musulmans. Une deuxième expédition de représailles en 844 leur inflige une sévère défaite. Musa et Íñigo peuvent s’échapper, mais des centaines de nobles du royaume de Pampelune sont tués.
Musa se soumet en novembre et l’émir lui demande de repousser à Séville et au Portugal des Vikings qui envahissent al-Andalus. Peu de temps après sa nouvelle victoire il se rebelle à nouveau et proclame l’indépendance de son royaume. Toutefois quand Muhammad Ier, fils de l'émir Abd ar-Rahman II, prend Tudela, il doit donner son fils Lubb ibn Musa et son neveu Galindo Íñiguez comme otages. Et puis Musa II est forcé de se soumettre. Il commande les armées de l’émir qui ravagent le sud de la France. Cette soumission ne dure pas longtemps. L’émir Abd ar-Rahman II est forcé de lancer des campagnes punitives contre Musa en 847, et en 850. Musa et Íñigo Arista sont encore alliés lors de ce soulèvement. Ils perdent la guerre et Musa doit donner comme otage un autre de ses fils, Ismail.
L'année islamique 237 (fin 851/début 852) joue un grand rôle dans la vie de Musa ibn Musa. Íñigo Arista qui est à la fois son demi-frère, son beau-père et son allié, meurt. Son émir Abd ar-Rahman II décède lui aussi. Musa remporte une grande victoire en mettant en déroute les armées basques et gasconnes près d'Albelda. Il contrôle désormais la quasi-totalité de La Rioja. L'année suivante, du fait de cette victoire, les pouvoirs de Musa sur sa principauté et ses liens avec l'émirat sont plus clairement définis. Le nouvel émir, Muhammad Ier le nomme wâli (gouverneur) de Saragosse et gouverneur de la Marca Hispanica.Dans la décennie qui suit, ses pouvoirs sont encore plus étendus. Il dirige les régions de Zaragoza, Tudela, Huesca. Il gouverne un immense taïfa (royaume vassal), s'étendant de Najera à Zaragoza et Calatayud. La taille de cette principauté est telle qu’elle est l’équivalent de l'émirat de Cordoue ou du royaume des Asturies, Musa est souvent désigné comme le troisième roi de l'Espagne, tertium regem in Spania. Il vit comme un souverain et échange des cadeaux avec Charles le Chauve (823-877) ou d’autres rois.
En 853, les mozarabes (chrétiens arabisés) de la région de Tolède, dirigés par Eugenio, contestent le gouverneur musulman et conquièrent la forteresse de Calatrava, en demandant son appui militaire à Ordoño Ier d'Oviedo, roi des Asturies et à García Íñiguez. Les chrétiens envoient le comte Gatón du Bierzo, qui met en échec les partisans de l’émir à Andújar en 853. Les troupes asturiennes sont en revanche battues lors de la bataille de Guadalacete, au sud-ouest de Tolède. Cette fois-ci, Musa II combat aux côtés des troupes de l’émir de Cordoue. Le Banu Qasi essaie ensuite de s’emparer de la totalité de la vallée de l'Èbre et de La Rioja. En 855, il attaque Alava et restaure les fortifications d'Albelda de Iregua. À la vue de la menace que fait peser cette forteresse sur les territoires orientaux de son royaume, Ordoño d'Oviedo lance une offensive contre Albelda de Iregua. En 857, Ordoño Ier d'Oviedo doit repousser les troupes envoyées par le gouverneur de Tolède. Il s'avance avec une nombreuse armée sur Logroño et se prépare à assiéger Albelda. Musa II accourt à la tête d'une armée considérable pour délivrer la forteresse. Ordoño ne lève point le siège. Il divise son armée en une partie pour maintenir le blocus de la ville et une autre à la tête de laquelle il marche au-devant de Musa ibn Musa. Les troupes d'Ordoño Ier, bien qu'inférieures en nombre, emportent la victoire. Dix mille musulmans et une foule de chrétiens, entre autres Garcia, le gendre de Musa, restent sur le champ de bataille. Musa ibn Musa lui-même est grièvement blessé, et ne parvient à se sauver qu'avec l'aide d'un ami dans l'armée asturienne qui lui fournit une monture.
En 859, Musa permet à une armée viking de passer par ses terres pour attaquer Pampelune. Ils capturent son neveu, gendre et allié García Íñiguez de Pampelune. Les Vikings lui demandent une rançon de 80.000 dinars d'or. Après avoir payé cette très importante rançon le roi retourne à Pampelune, mais bien entendu la vieille alliance entre les Vascons et les Banu Qasi est désormais rompue. García devient l’allié du royaume des Asturies et attaque les terres de Musa. C’est la deuxième bataille d’Albelda. Les chrétiens divisent leurs forces, assiégent la ville et poursuivent l'armée de Musa. L’un de ses fils est tué. Musa doit s’enfuir. Cette défaite des musulmans est connue chez les chrétiens sous le nom de bataille de Clavijo.La victoire chrétienne d’Albelda provoque la fin de l'autonomie de Musa. Dès 860, l'émir retire à Musa II ses fonctions de wâli (gouverneur). Muhammad commande lui-même une armée qui occupe les terres de Musa et mène une campagne punitive qui dure plusieurs mois contre le royaume de Pampelune. L’émir capture le prince Fortun de Navarre, dit le moine, neveu de Musa. En 861, Muhammad Ier demande à Musa II de jouer un rôle mineur dans une campagne contre Barcelone. L'année suivante, Musa ibn Musa essaie de récupérer un peu de sa puissance passée par une expédition militaire contre son gendre, le Berbère Izraq ibn Mantel ibn Salim. Il attaque Guadalajara, mais y reçoit plusieurs blessures et ne peut plus monter à cheval. Musa ibn Musa se retire à Tudela, où il meurt le 26 septembre 862 de ses blessures.
La mort de Musa II coïncide avec la lente disparition de la scène politique des membres de cette famille. Ils se retrouvent seigneurs d’une petite principauté coincée entre les puissances montantes du califat au sud et du royaume chrétien au nord. Les Banu Toujibi vont progressivement les remplacer.
Le Codice de Roda nous dit que Musa ibn Musa est marié avec Assona Íñiguez, fille de son demi-frère Arista de Íñigo. Ils ont plusieurs enfants :
A la fin de sa vie Musa ibn Musa se remarie avec l’une de ses cousines, Maymuna bint Zàhir ibn Fortun et ils ont un fils Ismail (8??-889).
VI. Lubb ibn Musa (820-875) est fait prisonnier en 842 par l'armée de l’émir qui occupe Borja. Lubb (Loup) est envoyé à Cordoue, à la cour de l'émir, où il reste captif jusqu'en 844. Cette année-là les Vikings ravagent les côtes atlantiques de la péninsule ibérique. Abd al-Rahman II ordonne à Lubb de se mettre à la tête d’une armée pour y faire face. Lubb revient peu après à Cordoue victorieux des Normands. L'émir lui accorde alors la liberté et lui offre une esclave appelée Ayab al-Bulatiya. L'année suivante, le père de Lubb, Musa ibn Musa, se rebelle à nouveau contre l'émir et une fois l'armée cordouane arrivée sur les terres des Banu Qasi, Lubb trahit son père. Il semble que Lubb serve d'intermédiaire entre son père Musa II et l'émir Muhammad pour essayer de le faire amnistier à nouveau. Du fait de son attitude envers son père Lubb en 859 est nommé wâli de Tolède. Mais du temps où il occupe le pouvoir sur cette puissante ville se produit la défaite musulmane de Clavijo. Lubb se met immédiatement au service du roi des Asturies, Ordoño Ier, alliance qu'Alphonse III le Grand, son successeur, maintiendra à la mort de son père en 866. Comme vassal des chrétiens, Lubb participe à plusieurs razzias en territoire musulman. Lors de ces raids il réussit à capturer l'aristocrate Ibn Hamza et il l'échange contre ses deux frères Mutarrif et Fortun, prisonniers de l'émir Muhammad I depuis 860. En 871 Lubb soulève son fief d'Arnedo contre l'émir de Cordoue. Avec ses frères ils réoccupent tous les anciens territoires de leur père Musa ibn Musa. Alphonse III des Asturies prête son appui à toutes ces luttes. Lubb et Ismaïl prennent Sarqusta. Mutarrif entre à Osca et Fortun conquiert Tudela en 872. Immédiatement après l’émir et les Banu Toujibi organisent une expédition depuis Cordoue pour rétablir la paix. Tout d’abord ils prennent Tolède et après cela Saraqusta. Le fils de Lubb, Muhammad ibn Lubb, défend la ville. L'émir décide d'aller rétablir l'ordre à Osca. En arrivant devant la cité pyrénéenne, Muhammad Ier trouve le rebelle Mutarrif ibn Musa et l’emprisonne. Après les Cordouans vont jusqu'à Ejea et pillent les environs de Pampelune. Quand il revient à Cordoue, l'émir fait crucifier Mutarrif ibn Musa et ses trois fils Muhammad, Musa et Lubb. Au lieu de faire la paix, les autres enfants de Musa II se disputent. Fortun et Ismaïl attaquent Lubb en son château d’Arnedo.
En 874, celui-ci désireux d’éviter que les familles arabes importantes de Saragosse se soulèvent contre lui les invite en son château de Viguera et les fait exécuter dans ce qui va devenir le pré des Arabes. Ce crime creuse encore plus le fossé entre les descendants d’Arabes et les muladíes. Le 27 avril 875, Lubb ibn Mussa va chasser et, en poursuivant un cerf se blesse. Il meurt sur la Tierra de Cameros, mais est enterré à Viguera. A cette époque l’ensemble de la Marche supérieure passe aux Banu Qasi. Mais plusieurs membres de ce lignage sont massacrés par d’autres clans ou les troupes de l’émir.
Lubb ibn Mussa est marié avec Ayab al-Bulatiya, une esclave que lui avait offert l’émir. Ils sont les parents de :
VII. Muhammad ibn Lubb (840-898), pendant la décennie qui suit les décès de son père et de ses deux oncles, essaie de devenir le chef de la famille. Il résiste en 879 et 882 aux campagnes des Cordouans, mais doit se rendre. Muhammad tente alors de persuader le général commandant les armées ennemies de s’unir à lui contre les Asturiens d’Alphonse III. Il y réussit. En remontant l'Èbre, les musulmans se dirigent d'abord sur Cellorigo, défendue par Vela Jiménez. La ville résiste à cette attaque lors de la bataille de Cellorigo. Quelques jours après ils avancent sur Pancorvo, défendue par Diego Rodriguez, qui les repousse lui-aussi. En voyant que l'entrée par les Montes Obarenes est impossible, ils se dirigent alors vers une zone récemment occupée par les Castillans. Muhammad estime que les nouvelles forteresses des bords de l'Arlanzón ne sont pas suffisamment organisées. Et effectivement Munio Núñez de Castille chargé de la défense de Castrogeriz doit abandonner la place.
Muhammad ibn Lubbs'allie par la suite avec les rois de Pampelune et des Asturies. C’'est apparemment lui qui est à l’origine de la rébellion du futur roi Ordoño II de León, qu’il a élevé à Saragosse. Dans le même temps la lutte pour devenir le chef du clan des Banu Qasi s’aggrave. En 882, Muhammad ibn Lubb combat, près de Calahorra, une force de 7.000 hommes commandée par son oncle Ismail ibn Musa. Durant ses luttes fratricides suivantes, quatre fils de Fortun de Navarre sont tués et Ismail ibn Musa doit se retrancher dans son château de Monzon. Muhammad ibn Lubb reconstruit Lérida et repousse une armée envoyée par Wilfred de Barcelone. Il récupère la majorité des terres des Banu Qasi du temps de Musa II.
En 883, l'émir a le tort de lui demander la remise de la ville de Saragosse et celle des Banu Qasi qu’il maintient prisonniers. Muhammad ibn Lubb refuse avec indignation. Certes il libère ses parents, mais demande l’aide d’Alphonse III des Asturies. L’émir envoie en 884 une armée qui prend Saragosse. Le chroniqueur ibn Hayyan affirme que Muhammad a déjà vendu la ville au comte Raymond du Pallars. Après cette défaite, les Banu Qasi se replient sur leurs terres et châteaux autour d'Arnedo, de Borja, de Calahorra et de Viguera. De son côté, Ismail ibn Musa possède une sorte d’enclave à l'est, autour de Monzon et de Lérida. Selon le témoignage d'Ibn Khaldoun, il s’installe à Lérida et fortifie la ville. Le comte de Barcelone attaque Ismail ibn Musa mais subit de sévères pertes.En 885 et 886, Muhammad ibn Lubb lance des attaques contre la Castille, et tue peut-être le comte Diego Rodríguez Porcelos, lors de la deuxième attaque sur Alava dans laquelle beaucoup de chrétiens sont tués. L'émir Muhammad de Cordoue meurt lui aussi.
Muhammad teste les réactions du nouvel émir. Celui-ci essaie encore d'équilibrer la puissance des Banu Qasi dans la région, donnant Saragosse aux Banu Toujibi et Huesca à Muhammad ibn Abd al-Malik al-Tawil, du clan muladí des Banu Shabrit. Ismail ibn Musa meurt en 889. Muhammad ibn Lubb récupère ses terres grâce au nouvel émir qui doit supprimer au moins 30 foyers d’insurrections. Une période de paix et de collaboration entre Muhammad ibn Lubb et al-Tawil commence. En 891, Muhammad défait une armée chrétienne à Castro Sibiriano. Toutefois, il consacre la plupart de ses efforts pendant les dernières années de sa vie à lutter contre les Banu Toujibi. Il commence le siège de Saragosse, siège qui va durer 17 ans. En 897, les habitants de Tolède s’insurgent et demandent à Muhammad devenir leur chef. Mais celui-ci étant occupé avec Saragosse y envoie son fils Lubb. Muhammad ibn Lubb est tué lors du siège de Saragosse le 8 octobre 898. Sa tête est envoyée par les Banu Toujibi à l’émir de Cordoue, et elle exposée devant le palais pendant huit jours avant d'être enterrée avec les honneurs dus à un ennemi courageux.
Muhammad a six fils qui continuent la politique menée par leur père, bien que les luttes fratricides aient déjà bien affaibli les Banu Qasi.
VIII. Lubb ibn Muhammad (865-907), fils aîné de Muhammad, est wâli (gouverneur) de Lérida en 890. En 896, il reconstruit les fortifications de Monzon. Al-Tawil de Huesca l’attaque avec une grande armée bien mieux équipée que celle de Lubb. Mais celui-ci les met en déroute et capture le frère de son ennemi. En janvier 897 il va à Tolède pour commander les insurgés. A l'est, il lance une attaque sur l’Aura et tue Wilfred de Barcelone.
Retournant à Tolède en 898, il fonce sur Jaén, avec l'intention de former une coalition avec un autre rebelle, Umar ibn Hafsun. Mais avant qu'Umar ait atteint Jaén, la nouvelle de la mort de son père à Saragosse le contraint à retourner à Tudela. Il reconnaît qu’il est le vassal de l'émir, Abd Allah, et en échange devient le gouverneur de Tudela et de Tarazona. Trois semaines après la mort de son père, Lubb ibn Muhammad capture al-Tawil dans une escarmouche. Pour racheter sa liberté, al-Tawil lui cède des terres entre Huesca et Monzon, et accepte de payer 100.000 dinars-or. Ne pouvant en payer que 50.000 immédiatement, il donne son fils Abd al-Malik et sa fille Sayyida comme otages pour garantir assurer le paiement de la deuxième moitié. Lubb se radoucit, fait cadeau de la dette restante et retournant les otages excepté Sayyida, qu'il épouse.
Lubb ibn Muhammad continue le siège de Saragosse commencé par son père. Vers l’an 900, le roi Alphonse III des Asturies allié à Fortun de Navarre, dit le Moine, lancent une incursion contre Tarazona, dans le royaume de Lubb, qui la stoppe rapidement.
En 903, Tolède se rebelle contre Cordoue et demande à Lubb de venir les commander. Il y envoie son frère Mutarrif. Ce Banu Qasi prend le titre de roi de Tolède, mais est détrôné en 906 par son cousin Muhammad ibn Ismail qui est assassiné par les Tolédans peu de temps après.
Alphonse III des Asturies attaque à nouveau les terres de Lubb. Cette menace neutralisée, en 904, Lubb s'empare du Pallars, ravageant les terres, tuant des centaines de chrétiens et en prenant mille comme esclaves. Parmi eux Isarno, le fils du comte Raymond du Pallars, qui va être prisonnier à Tudela pendant une décennie avant d'être libéré.En 905, une coalition du roi des Asturies, des comtes d'Aragon et du Pallars, et de Lubb ibn Muhammad met sur le trône Sanche Ier de Navarre à la place de Fortun de Navarre. Deux ans après, Lubb lance une attaque sur Pampelune, mais à Liedena le 30 septembre 907 les armées des Banu Qasi sont battues. Lubb est tué.
Cette importante bataille est une victoire qui fait de Sanche Ier de Navarre un grand roi. Elle marque aussi la fin de la dynastie des Banu Qasi. Al-Tawil hérite des biens de Lubb ibn Muhammad et est nommé wâli (gouverneur) de Lérida. En 919, les deux chefs des Banu Qasi, Muhammad ibn Abd Allah et Muhammad ibn Lubb, attaquent al-Tawil. En vain ! Le roi Sanche Ier de Navarre s'allie avec son cousin Bernard de Ribagorza et al-Tawil. Ensemble ils attaquent et brûlent Monzon, qui est donc perdu pour les Banu Qasi. Ceux-ci sont dépouillés peu à peu de tous leurs biens et sont déportés à Cordoue. Puis, en 929, Muhammad ibn Lubb, fils de Lubb, déjà privé de son héritage, est tué dans une embuscade par son beau-frère Raymond de Pallars.
En 1151, le dernier des Banu Qasi, Abu'l Qasim Ahmad ben al-Husayn al-Qasi, qui règne sur un petit taïfa (royaume vassal), est tué par ses propres gardes.
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