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Avitus (395-457)

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Avitus (395-457)
Publié le:19/06/2010

Le soi-disant empereur gaulois.


CPA du lac d'Aydat, à gauche les îles Apollinaire
CPA du lac d'Aydat, à gauche les îles Apollinaire
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Marcus Maecilius Flavius Eparchius Avitus est né vers 395, dans le domaine d’Avitacus, sur le lac d’Aydat [1], près de Gergovie, la future Augustonemetum. Il est officiellement mort le 17 octobre 456, et à Privat selon l'encyclopédie Larousse. D'autres historiens nous disent qu'il est mort sur la route de Rome à Brioude, où il va se réfugier, mais en 457 [2], et il y a peut-être eu une tentative pour remettre Avitus sur le trône [3]. Il a fondé à Brioude la basilique Saint-Julien, où il fut, paraît-il, très longtemps inhumé dans une grande urne de marbre.

La biographie de cet aristocrate auvergnat qui devient  empereur est mal connue et comporte d'autres erreurs. La plus importante est sur ses origines. Certes, il est né en Auvergne mais il n'a aucune origine gauloise. Il est un diplomate et un militaire qui devient empereur d'Occident. Sa vie est très mal connue car la plupart de ses biographies sont rédigées à partir des textes presque hagiographiques de son gendre, Sidoine Apollinaire.

 

  SA FAMILLE

 

Saint Loup de Troyes et Attila.
Saint Loup de Troyes et Attila.
© ???
Détail d'une gravure
Avitus est certainement le fils de [3] : 

 

Julius Agricola (ca. 365 – ap.421) est préfet du prétoire des Gaules (416-418) dans la ville d’Arelate (= Arles). Il est destinataire en 418 de l'édit d'Honorius fixant dans cette cité l'assemblée des Sept-Provinces. Il devient l'un des deux consuls de 421, en compagnie de Flauius Eustathius. Il est peut-être né à Narbonne, où il vit, même s'il possède des terres en Auvergne [3]. Sa première femme est peut-être la fille de Decimus Rusticus et d'Artemia. La seconde est Magna, fille de Constantin III. Il est le grand-père de saint Avit de Vienne. Selon le Deutsches Historisches Institut, Agricola est le fils de : 

 

Flavius Eparchius Philagrius (338-ap. 382), préfet du Prétoire [4], n'est en rien Auvergnat. Il vit parfois à Narbonne [5]. Il est notarius, puis comes orientis et évêque de Chypre. Il se marie à Egnatia Avita Severa, fille de Quintus Flavius Egnatius Placidus Severus et sa femme Antonia Marcianilla. Son beau-père estvicarius urbi en 1365.  Des recherches archéologiques à Ankyra, en Turquie, nous disent que les Severi sont une famille originaire de Galatie celtique en Asie Mineure, qui descend des Attalides de Pergame. Ce préfet est aussi le père de Eparchius, vir nobilis in Tullum Leucorum (= Toul), père de saint Loup de Troyes et de Vincent de Lérins, beau-père d'Hilaire d'ArlesFlavius Eparchius Philagrius (338-ap. 382) est le fils de :

 

Flavius Philagrius (ca 295 - ap. 340), né en Cappadoce, redevient préfet en Égypte en 340 [6]. Selon Settipani, il est peut-être le descendant de Philagrius of Epirus [7].

 

Flavius Felix, consul en 428.
Flavius Felix, consul en 428.
© Anonyme
Ancien trésor de l'Abbaye Saint-Junien (Limoges)
Les préfets du prétoire sont les grands maîtres des offices palatins et ministres des finances. Ils sont clarissimes à partir de 367. Du temps du Haut-Empire, les clarissimes se recrutaient parmi les propriétaires de latifundia ou des vieilles familles patriciennes romaines. Le texte de Sidoine Apollinaire parlant de siècles entre Philagrius est expliqué par  Heinzelmann, en 1982,  qui distingue le patrice Philagrius du IIIe siècle et son éventuel descendant, lenotarius de 361 [7]. Si Avitus est né chez les Arvernes, dans une famille noble de l'aristocratie sénatoriale romaine, cette recherche montre qu'il n'a très certainement aucune origine gauloise.

 

Avitus a deux soeurs et peut-être un frère :

 

* Padusia (ca 385-430) mariée au Consul Flavius Felix de Narbonne (ca 380-430). Ils sont les parents de Flavius Magnus, Consul en 460 et  Felix Ennodius, Proconsul en Afrique en 423, selon Christian Settipani, Continuite Gentilice et Continuité familiale dans les familles sénatoriales romaines à l'époque imperiale, Mythe et réalité (2002) 

 

* Eparchia Avita (ca 400-435) est peut-être l'une des deux femmes de Petronius Maximus (397-455), empereur romain.

 

* (hyp) Ommatius (ca 400-ap.468), selon Christian Settipani. C'est plutôt un parent proche qu'un oncle, selon les textes qui parlent de lui et d'Avitus.

 

UN GRAND SERVITEUR DE ROME 

 

SA JEUNESSE (ca 395-420)

 

Galla Placidia, son fils Valentinien III et sa fille
Galla Placidia, son fils Valentinien III et sa fille
© ???
Musée Chrétien de Brescia

Avitus ne suit pas que des études de droit, comme il est indiqué partout. Le futur empereur est fils d'un Consul en rien décadent.  Son éducation est des plus rigoureuses. Comme pour les autres jeunes Romains, elle est aussi très poussée dans un grand nombre de domaines tant physiques qu'intellectuels. The Decline and Fall of the Roman Empire  d'Edward Gibbon nous dit qu'outre le droit et la littérature, il apprend très jeune l'art militaire et qu'il est un grand chasseur. Ses contemporains nous apprennent qu'encore enfant, il défonce avec une pierre le crâne d'une louve  qui l'attaque. Adolescent, il brise les défenses des sangliers et les transperce de son épée [8]. L'on sait surtout qu'il étudie dans sa jeunesse l'éloquence [9].  La magnifique propriété sur le bord du lac d’Aydat, où il est né, Avitacum, nous la connaissons par son futur gendre, Sidoine Apollinaire. Il y a des thermes, des piscines merveilleuses où les torrents des montagnes viennent rouler dans des vasques bouillonnantes. Il y joue, chasse, pêche... mais Avitus est certainement élevé en grande partie à Narbonne et dès 406, les Barbares sont dans l'Empire. Le 1er janvier 414, le roi wisigoth Athaulf épouse Gallia Placida, la fille de Théodose, dans la ville de Narbonne. Cinquante serviteurs font cadeau à la mariée de plateaux pleins d'une partie du butin du pillage de Rome, quatre ans plus tôt. Après l'assassinat de son mari, elle est humiliée et doit marcher 20 km devant le cheval de Sigéric, le nouveau roi. Gallia Placida survit et déplace la capitale de l'Empire à Ravenne, mieux défendue que Rome par une ceinture de marais.

Avitus est donc élevé au milieu de barbares qui menacent la vie des siens et s'apprêtent à prendre le pouvoir dans tout l'Empire d'occident.

 

AMBASSADEUR (420-430)

 

Le roi Théodoric ramenant le comte Litorius captif à Toulouse.
Le roi Théodoric ramenant le comte Litorius captif à Toulouse.
© Antoine Rivalz
Musée des Augustins, Toulouse
Avant 421, Eparchius Avitus, qui est déjà sénateur, est envoyé par des aristocrates gallo-romains comme ambassadeur auprès du puissant magister militum Flavius Constance pour demander une importante réduction d'impôt pour l'Auvergne. Cette ambassade est un succès. Elle a lieu avant février 421, puisque Constance n'est pas encore empereur [11].

L'empereur l'envoie à la cour du roi de Wisigoths, Théodoric Ier, à Toulouse, en 425/426.  Avitus rencontre le fils de Théodoric, Théodoric II, qui va devenir roi. Il conseille au prince l'étude des poètes latins. Il visite Toulouse et obtient des Wisigoths un meilleur traitement des otages gallo-romains, dont l'un d'eux est son parent. Avitus est très apprécié des Germains et de leur roi. Ils respectent sa virtus (= virilité, valeur, discipline... ), écrit dans The Decline and Fall of the Roman Empire, Edward Gibbon. Théodoric veut faire d'Avitus suus. Celui-ci refuse. Comme va l'écrire Sidoine Apollinaire, son gendre, il sert l'Empire avec loyauté [11]. Néanmoins, cet excellent ambassadeur à de très bons rapports avec les Wisigoths, notamment avec Théodoric II, qui du fait de ses conseils, va devenir un allié des Romains.

Sa présence auprès des Goths fait qu'il ne commence vraiment sa carrière militaire très certainement qu'en 430 [3].

 

MAGISTER MILITUM PER GALLIAS (436-440)

 

Le général Aetius en 447.
Le général Aetius en 447.
© Pat Nicolle
Hutchinson's Story of the British Nation (1920)
Eparchius Avitus combat en 431, sous les ordres du   magister militum Aetius, les Juthunges en Rhétie et détruit un groupe wisigothique près d'Arelate. En 431, ils défont des barbares en Norique. Puis ils reviennent en Gaule, à la demande d'Hydatius, évêque de Aquae Flaviae, qui se plaint des attaques des Suèves.  En 436, les Burgondes du roi Gondicaire sont battus et obligés d'accepter la paix romaine. L'année suivante, Aetius envoie les Huns attaquer les Burgondes. Ce massacre est raconté dans la Chanson des Nibelungen. 

En 437, il est élevé au rang de inlustris vir, et retourne en Auvergne, où il occupe de hautes fonctions, probablement  magister militum per Gallias. 

Avitus venge la mort de l'un de ses serviteurs gaulois. Il tue tous les auxiliaires huns qu'il rencontre jusqu'à ce que leur chef lui désigne l'assassin. Alors, il le provoque en duel et le perce de sa lance. Ce massacre provoque un scandale dans la Rome de la décadence [11].

Nommé par Valentinien, en 439, préfet du prétoire des Gaules (Gaules, Bretagne, Espagne), il obtient du roi des Wisigoths, grâce aux bons souvenirs que ce prince a conservés de lui, une trêve. Ce dernier a constamment refusé jusqu'alors la fin des combats aux autres Romains. Les populations gallo-romaines peuvent enfin respirer sous une administration qui les protège un temps [10]. Ce préfet de la Gaule la gouverne avec une grande intégrité. Les barbares suspendent leurs ravages.

 

UNE RETRAITE ÉCOURTÉE (440-455)

 

La mise à sac de Rome par les Vandales et les Maures de Genséric, en 455.
La mise à sac de Rome par les Vandales et les Maures de Genséric, en 455.
© Karl Pavlovich Briullov
http://2.bp.blogspot.com/_2zSdrUBYTt8/Sbjod8m4puI/AAAAAAAAAVg/YSHvG1mA8TQ/s320/genseric_sacking_rome.jpg
Avant l'été 440, il se retire sur ses terres, appelée Avitacum, près de Clermont. Il vit là, au milieu des siens, pendant onze années, dans sa maison à la campagne. Il lit beaucoup, se promène à cheval, fait deux excellents repas tous les jours, dort même parfois dans la journée, prend des bains chauds... [12].

En 451, les Huns, menés par Attila, envahissent l'Empire romain d'Occident. Aetius a recours à lui pour déterminer Théodoric à se joindre aux Romains, afin de repousser les hordes asiatiques.  Avitus réussit dans cette mission. L'armée de Théodoric contribue à la victoire qu'Aetius remporte en 451 dans les Champs Catalauniques sur les bandes d'Attila [10].

Valentinien III fait assassiner Aetius en 454. Pétrone Maxime  monte sur le trône le 17 Mars 455, après que l'empereur III  ait été tué par un complot dans lequel il est impliqué. 

À la fin du printemps 455, Avitus reprend du service. Le nouvel empereur Pétrone Maxime l'élève au grade de magister militum, probablement praesentalis. Il a le même grade qu'Aetius et doit donc protéger l'Empire. Il renouvelle les traités d'alliance avec les Francs et les Alamans [8]. Il combat contre les pirates saxons qui pillent les côtes de la Gaule et de la Bretagne.

Maximus envoie Avitus comme ambassadeur à la cour de Thorismond, qui a succédé à son père, à Toulouse. Le nouveau roi demande son soutien au nouvel empereur et lui promet le sien [8].

Étant à la cour de Thorismond, frère de Théodoric II,  Avitus apprend la mort de Pétrone Maxime et le sac de Rome par les Vandales et les auxiliaires maures de Genséric. Pendant 14 jours, la ville est détruite et pillée. Les hommes sont massacrés, les femmes violées, puis emmenées en esclavage avec leurs enfants encore vivants. La femme de l'empereur, Eudoxie, et ses deux filles qui ont demandé à Genséric de les débarrasser de Petrone Maximus, ne sont pas épargnées. Les barbares leur prennent leurs bijoux et les emmènent en esclavage [12].

 

EMPEREUR (455-456)

 

LE NOUVEL EMPEREUR ROMAIN

 

Théodoric, roi des Wisigoths
Théodoric, roi des Wisigoths
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Théodoric II proclame Avitus empereur d'Occident, à Toulouse, le 9 juillet 455 [12], écrit Sidoine Apollinaire. Le roi barbare pousse son ami malgré sa grande modestie à prendre le pouvoir [12]. Mais, Grégoire de Tours n'oublie pas de rappeler que le nouvel empereur reçoit les insignes de l'Empire des chefs gallo-romains qui  se sont réunis à Viernum,  près d'Arles, la capitale des sept provinces. Les délibérations sont peut-être influencées par la présence de  Théodoric II et de ses bandes armées venus à Arles avec leur empereur [12]. Il est vrai qu'il est accepté de tous, même des Burgondes.

Selon Sidoine Apollinaire,  Avitus reçoit un torque, le collier gaulois typique. Mais, les torques sont portés par les officiers romains depuis des siècles. La coutume s'est perdue au IIIe siècle, nous la retrouverons chez les Vikings quelques siècles plus tard.

Depuis plus de trente ans,  Avitus s'est fait un nom par la sagesse avec laquelle il a rempli divers hauts emplois. Donc, quand le 5 août, Avitus arrive à Rome, et reçoit la reconnaissance du sénat romain. Certains sénateurs parlent d'usurpateur gaulois [12], car il n'est pas né à Rome ou à Ravenne et que ses guerriers wisigoths leur font peur. Il s'empresse de notifier son avènement à l'empereur d'Orient Marcien, qui ne le reconnaît pas [10]. Par la suite, il conclut un accord avec les Ostrogoths de Pannonie qui s’engagent à protéger les frontières de l’Empire.

Avitus retourne  en Gaule pendant trois mois, pour consolider son pouvoir dans cette région. Puis il se rend en Italie avec une armée formée de Gallo-romains et de Wisigoths. Il va en Norique pour restaurer l'autorité impériale dans cette province, puis se rendant à Ravenne, il y laisse une armée de Wisigoths, commandée par le nouveau Patricius et magister militum Remistus, un Wisigoth. Le 21 septembre 455, enfin, il revient à Rome.

 

LIMITES DE SES POUVOIRS

 

Monnaie représentant Eparchius Avitus
Monnaie représentant Eparchius Avitus
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
L'empereur Avitus, à la demande des Romains et de leur sénat, commet l'erreur de s'installer à Rome.

Sidoine Apollinaire fait un panégyrique de 600 vers sur son beau-père. Ce texte est bourré d'exagérations, de mensonges et de propos ineptes. Cet évêque, ce poète, ne se grandit pas en faisant un portrait aussi louangeur de son beau-père, écrit dans The Decline and Fall of the Roman Empire, Edward Gibbon [12]. Le soi-disant digne empereur vit sous la menace et doit travailler dur pour que les Romains le tolèrent. Jusqu'ici relativement vertueux, il se met à vivre  dans la luxure comme les Romains de la décadence. Non seulement, malgré ses soixante ans, il séduit des femmes mariées, mais il va jusqu'à commettre des viols. Il passe le reste de son temps à se moquer des maris trompés ou dont il a pris la femme de force [12]. Il introduit plusieurs sénateurs gallo-romains dans l'administration impériale, ce qui ne plaît pas.

Les Romains ne sont pas enclins à lui pardonner ses fautes graves. Pour eux, il reste le Gaulois, même s'il a bien plus d'origines que bien des Romains. Genséric a fait esclave tous les vrais Romains et les riches non-Romains. Avitus est méprisé et même haï de ce peuple aux origines désormais des plus variées et les pseudo-élites de Rome [12]. La puissance effective d'un empereur doit s'appuyer sur tous les acteurs majeurs de l'Empire romain d'Occident au Ve siècle. Il a effectivement besoin du soutien des deux institutions civiles, le sénat romain et l'empereur romain d'Orient Marcien, ainsi que celui de l'armée. Et puis, il faut que les Vandales de Genséric n'envahissent pas de nouveau Rome.

Le 1er janvier 456, Avitus devient Consul comme tous les empereurs romains avant lui. Toutefois, son consulat n'est pas reconnu par l'empereur d'Orient, même si  Hydatius écrit qu'Avitus envoie des ambassadeurs à Marcien pour discuter de la séparation de leurs sphères d'influences, et ajoute plus loin que les deux empereurs tombent d'accord.

 

LES BARBARES

 

Famille romaine cachant ses biens du temps des invasions barbares.
Famille romaine cachant ses biens du temps des invasions barbares.
© Pat Nicolle
Hutchinson's Story of the British Nation (1920's)
Le problème posé par les incursions Vandales est si grand que Marcien a déjà tenté d'obtenir en vain l'interruption des raids sur les côtes italiennes. Le premier soin d'Avitus est d'assurer la tranquillité générale pour jouir en paix de sa royauté. Mais Genséric ne se rend point aux pressantes sollicitations du nouvel empereur, et refuse d'observer les anciens traités. Enorgueilli par la prise de Rome, il dédaigne de garder encore quelque ménagement avec ceux qui n'ont pu sauver Rome de sa colère. Les raids Vandales redémarrent après la trêve d'hiver en mars 456, avec la destruction de Capoue. 

Pour dernière ressource, Avitus confie les quelques vaisseaux qui restent à l'Empire au général Ricimer, et l'envoie en Sicile pour surveiller les courses des Vandales.  Les Romains défont les Vandales deux fois, dans une bataille terrestre, près d'Agrigente, et une autre dans une bataille, celle-là navale, au large de la Corse.

Théodoric II, qui a éliminé son frère, passe les Pyrénées avec une armée de Wisigoths, de Francs et de Burgondes. Ils se disent au service de l'empereur Avitus. Mais tous savent qu'ils veulent s'emparer de l'Hispanie et ceci pour leurs propres intérêts. Le but d'Avitus est de faire la paix avec les envahisseurs suèves. En 455, il leur a envoyé en vain un ambassadeur.  Théodoric II leur demande à nouveau de reconnaître officiellement la domination romaine qu'il représente. Lorsque les Suèves envahissent la province romaine, les Wisigoths les attaquent et les vainquent lors d'une bataille sur les rives de la rivière Urbicus, près d'Astorga, le 5 octobre 456 [12]. Théodoric va à Braga, la capitale du royaume suève, et réduit toute la population en esclavage. Il pille Merida, Pollenta, Astorga. Cet allié infidèle, ce dévot, se comporte comme le pire des ennemis avec les populations chrétiennes d'Hispanie [12]. Lorsqu'il repasse les Pyrénées, Théodoric II est en colère car son ami Avitus qu'il a placé sur le trône vient d'en être chassé.

 

DÉPOSITION DE L'EMPEREUR AVITUS

 

L'empereur Majorien (457-461)
L'empereur Majorien (457-461)
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Ricimer, fils d'un prince suève et d'une fille de Wallia, roi des Visigoths, méprise le nouvel empereur. Après sa victoire, il est  rempli d'une ambition démesurée. Indigné de rester plus longtemps sous l'autorité d'un supérieur, et excité par de puissants amis à prendre le pouvoir, il revient en Italie. Ricimer et Majorien, vient domesticorum d'Avitus, rallient autour d'eux  les troupes barbares et romaines qui défendent la Gaule Cisalpine et le Latium.  Ils soulèvent contre Avitus le sénat romain, et déclenchent à Ravenne une insurrection. Avitus quitte Rome. Ses ennemis brûlent une partie de Ravenne et le patrice Ramitus est massacré. La   population de Rome subit une pénurie de nourriture en raison des flottes vandales qui contrôlent les routes maritimes. La pénurie est aggravée par la présence des troupes barbares d'Avitus. Le trésor impérial est presque vide. Avitus paie le salaire de sa garde par la fonte et la vente de certaines statues.

À la première nouvelle de cette révolte, Avitus, à Arles, rassemble toutes les forces disponibles, notamment sa Garde wisigoth qui vient d'être dissoute. Il repasse les Alpes. La prudence aurait dû lui conseiller d'attendre l'aide  des Wisigoths ses fidèles alliés, pour réduire Ricimer. Mais se fiant sur les preuves de dévouement que le sénat et Rome ont manifestées lors de son avènement, il espère que sa présence seule va suffire pour apaiser la révolte. Mais, l'empereur et son armée entrent dans la ville de Plaisance et là, il est attaqué par l'immense armée dirigée par Ricimer. Après un grand massacre de ses hommes, Avitus fuit. Cerné par les troupes de Ricimer, il tombe entre leurs mains après une résistance désespérée.

 

SA FIN TRAGIQUE

 

Cpa de l'église de Brioude où est inhumé l'empereur Avitus
Cpa de l'église de Brioude où est inhumé l'empereur Avitus
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD

Ricimer, le 16 octobre 456, après avoir déposé Avitus, le fait sacrer évêque de Plaisance. Mais peu de jours après, Avitus, ayant appris que le sénat veut le faire mourir, prend le parti de se sauver dans les Gaules.

Son dessein est-il de se retirer à Brioude en Auvergne, dans l'église de Saint-Julien, comme dans un asile inviolable ? Il  emmène avec lui de riches présents, qu'il destine à l'ornement de cette basilique.

Il est toutefois possible qu'il veuille revenir à Rome avec une armée de Wisigoths.

Avitus est officiellement mort le 17 octobre 456, et à Privat selon l'encyclopédie Larousse. D'autres historiens nous disent qu'il est mort sur la route de Rome à Brioude, où il va se réfugier, mais en 457 [2]. Ils se basent sur la Chronique gauloise de 511 qui nous dit qu'Avitus a été tué par Majorien, comte du palais, à Plaisance. Hydatius parle de l'année 457. Il écrit : Avitus, dans la troisième année après qu'il a été fait empereur par les Gaulois et par les Goths, perd l'empire. En Gaule, il s'est produit entre Octobre 456 et la fin de 457 une révolte gauloise pour s'emparer de l'empire. Sidoine fait référence au coniuratio Marcellana. Cette conspiration implique effectivement une personne nommée Marcellus. Elle est attestée par plusieurs sources. C'est peut-être une tentative pour remettre Avitus sur le trône [3]. Par conséquent, non seulement il vit encore en 457, mais certains milieux continuent à le reconnaître comme empereur.

Selon Grégoire de Tours, Avitus est mort pendant un voyage. Selon d'autres sources, il est tué par Majorien et Ricimer, qui l'ont étranglé ou fait mourir de faim.

Avitus a fondé à Brioude la basilique Saint-Julien, où il fut, paraît-il, très longtemps inhumé dans une grande urne de marbre, aux pieds du saint martyr Julien. Il a régné quatorze mois et quelques jours.

 Après la mort officielle Avitus, l'empire resta vacant le reste de cette année et la plus grande partie de l'année suivante. Majorien lui succède comme empereur.

 

MARIAGE ET DESCENDANCE 

 

Vitrail représentant Sidoine Apollinaire
Vitrail représentant Sidoine Apollinaire
© Guy de RAMBAUD
Guy de RAMBAUD
Nous ne connaissons pas le nom de l'épouse d'Avitus. Mais nous savons qu'il a trois enfants :

 

* Ecdicius Avitus (ca 430-ap. 475), patrice et magister militum praesentalissénateur, résiste aux invasions des Wisigoths, mais doit se réfugier à la fin de sa vie chez les Burgondes [3].

 

* Papianilla, clarissima Femina, n'épouse pas  le préfet du prétoire de la Gaule Ferreolus Tonantius. C'est une autre Papianilla. Elle se marie avec Sidoine Apollinaire, issu d'une famille sénatoriale du Lyonnais, préfet de Rome et évêque d'Auvergne. Ils ont quatre enfants : Apollinaris, Severiana, Roscia and Alcima. Grâce à elle, son mari est richement possessionné en Auvergne [3].

 

* Agricola II (440 - ap. 507), Vir illuster, prêtre, est le gendre de saint Ruricius, évêque de Limoges (440-507) [3].

 

Avitus est l'ancêtre de beaucoup de princes germains. Mais ceux-ci se marient rarement avec des descendants de l'aristocratie romaine et il s'agit toujours de familles d'ecclésiastiques qui, à l'époque, peuvent se marier et avoir des enfants.

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

1. Lignes et lignages dans la littérature arthurienne: actes du 3e Colloque arthurien organisé à l'Université de Haute-Bretagne, 13-14 octobre 2005, Volume 2005, Christine Ferlampin-Acher, Denis Hüe, Presses universitaires de Rennes, 2007, p.159. Avitus célèbre pour ses fonctions en 420. Comme Sidoine Apollinaire nous dit qu'il est jeune, cela veut dire dans l'empire romain 25 ans et pas la trentaine.

2. Avitus

3. Martindale, John R.; Morris, John (1980), The Prosopography of the Later Roman Empire - Volume II, AD 395–527, Cambridge University Press.

4. Francia, Volume 18, Partie 1, Deutsches Historisches Institut (Paris, France), Thorbecke, 1991.

5. Histoire générale de Languedoc: avec des notes et les pièces justificatives, composée ..., Volume 1, Claude de Vic, Joseph Vaissete, Alexandre Louis Charles André Du Mège, J.B. Paya, 1840.

6. Recherches sur l'Histoire Auguste: Avec un rapport sur les progrès de la Historia Augusta-Forschung depuis 1963, Antiquitas. Bd. 6, Volume 6 de Antiquitas. Reihe 4, André Chastagnol, R. Habelt, 1970, p.59.

7. Christian Settipani. Continuité gentilice et continuité sénatoriale dans les familles sénatoriales romaines à l'époque impériale, 2000.

8. Avitus, empereur romain

9. France: dictionnaire encyclopédique. 12 tom, Volume 1, Histoire et description de tous les peuples. Philippe Le Bas 1847.

10. Dictionnaire de la conversation et de la lecture ..., Volume 2, William Duckett (Fils), Firmin Didot, 1860, p.299.

11. Envoys and political communication in the late antique West, 411-533, Andrew Gillett, Cambridge University Press, 2003

12. The Decline and Fall of the Roman Empire, Volume 4,  Edward Gibbon, J. B. Bury, Wildside Press LLC, 2004.