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Augé, Claude

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Augé, Claude
Publié le:30/04/2008

Document Larousse (1924). Le second "père" de la maison d'édition.


Document Larousse (1924).

Présentation.

Après Pierre Larousse lui-même, Claude Augé a été le second « père » de la maison d'édition Larousse. Cet article a été écrit pour le Larousse mensuel à l'occasion de son décès. Les intertitres et les notes ont été ajoutés par nous. YV

 

 

Augé (Jean-Claude), lexicographe français, né à l'Isle-Jourdain (Gers) le 31 octobre 1854, mort à Fon­tainebleau le 22 juillet 1924.

Un véritable vulgarisateur.

Il débuta dans l'enseigne­ment, mais n'y resta que peu de temps, juste assez pour faire apprécier son esprit net et sa volonté ferme. La destinée, qui l'apparentait par mariage à la famille de Pierre Larousse1 décida de sa carrière, et donna au célèbre lexicographe un continuateur digne de lui. Bientôt entré à la Maison Larousse, dont il allait devenir en 1885 un des codirecteurs (avec Jules Hollier-Larousse, Émile et Georges Moreau, Paul Gillon), Claude Augé se trouva tout de suite, au milieu des questions lexicographiques et grammati­cales, dans son élément. Il se fit la main, en quelque sorte, dans un premier remaniement de la partie historique du Petit Larousse2, qu'il remit à jour avec cette conscience qu'il devait apporter dans tous ses travaux. Épris de clarté, il s'attachait obstinément à une idée, une définition, un exemple jusqu'à ce qu'il les eût rendus parfaitement clairs pour lui-même et pour autrui. Son expérience de l'enseignement lui avait appris que si telle chose semble aller sans dire, elle va encore mieux, selon le mot de Talleyrand, en la disant. En cela, Claude Augé se montrait un véri­table vulgarisateur, et un maître bien français. Les classiques primaires qu'il entreprit aussitôt après durent à des mérites de ce genre leur vaste succès.

 

Musicien et pédagogue.

Claude Augé débuta par ce qui, dans une vie si remplie, est resté pour lui, jusqu'à la fin, une chère préoccupation : l'enseignement de la musique. Le Livre de Musique (1889), qui lui valut les félicitations des maîtres de l'art, est un traité de solfège primaire du caractère le plus attrayant, où les règles, les exemples, les morceaux, les biographies, les illustra­tions, tout est ordonné avec le sens le plus juste de ce qui plaît aux jeunes esprits. Les Chants de l'Enfance (1892), conçus sur le même plan, connurent un égal succès. Il n'y a pas de village en France où les petits ne sachent par cœur des airs du Livre de Mu­sique ou des Chants de l'Enfance. Claude Augé connaissait bien les enfants. D'instinct, sans théories pédagogiques ambitieuses, il savait que pour les instruire il faut d'abord leur plaire, et qu'une façon gaie et aimable de présenter les choses est toute-puissante pour les intéresser. Couverture, illustra­tion, choix des caractères, disposition variée du texte, tout, dans ses livres, frappait l'imagination avant d'atteindre l'esprit.

Il appliqua ces mêmes principes dans les Cours d' Histoire qu'il entreprit avec son ami Maxime Petit (Premier livre, 1891 ; Deuxième livre, 1892 ; Livre préparatoire, 1893 ; Histoire en images, 1896) ; autant d'ouvrages vivants, nourris d'anecdotes caractéris­tiques et pourvus d'une illustration bien choisie qui gravait à jamais dans les âmes enfantines les grands épisodes de notre histoire.

Vers la même époque, il commença de publier son Cours de Grammaire (Grammaire enfantine, en 1890 : mince volume, dont les exemplaires vendus, empilés les uns sur les autres, auraient atteint, dit-on, une hauteur prodigieuse, quelque chose comme trois fois l'altitude du mont Everest ; Deuxième livre en 1890 ; Troisième livre en 1892 ; Grammaire du Certificat d'études en 1895 ; ces divers ouvrages furent complétés dans la suite par le Livre du Maître corres­pondant à chaque Cours). On ne saurait dire avec quelle conscience, dans ces livres si minutieusement étudiés, chaque règle, chaque exemple, chaque phrase des exercices était passé et repassé au crible d'un contrôle sévère.

Claude Augé se sentait prêt désormais pour une grande entreprise.

 

Le Nouveau Larousse illustré.

C'est alors que, d'accord avec ses associés, il conçut le plan du Nouveau Larousse Illustré. Son idée fut, non pas de refaire en le met­tant au courant le Grand Dictionnaire Universel en dix-sept volumes de Pierre Larousse, mais de créer une œuvre nouvelle plus alerte, plus ramassée, éclairée par une illustration abondante et documen­taire, impartiale surtout, et défendue avec un soin rigoureux contre tout esprit de parti. Sept volumes, sept années d'un travail écrasant et d'une pesante responsabilité ! Pour se jeter dans une œuvre de cette ampleur où un échec eût été irrémédiable, il fallait un mélange singulier de hardiesse et de pru­dence, et une volonté d'une constance rare.

Qui dira ce tour de force de publier pendant sept ans, chaque semaine, sans un arrêt, sans un retard, en suivant ce fatal ordre alphabétique, un fascicule rédigé sans lacunes et illustré sans défail­lance ? Que de veilles représentait pour le chef ce problème hebdomadaire ! Il fut bien secondé parce qu'il méritait de l'être. Il avait su réunir autour de lui un groupe de collaborateurs choisis : écrivains, savants, artistes, esprits de mérites variés, très atta­chés à leur spécialité, mais dont, à force de cour­toisie, de bonne humeur, de volonté soutenue, il savait ramener les efforts divers à une unité absolu­ment indispensable dans une œuvre encyclopédique. Dans les moments difficiles, il savait qu'il pouvait tout exiger de ses collaborateurs de tout ordre : il savait commander, persuader, rendre l'effort facile et le dévouement naturel ; louable avant tout dans cette publication comme dans celles qui suivirent, d'être resté fidèle, dans les grandes lignes, au plan qu'il avait une fois fixé. Avant de commencer, il réfléchissait longuement, faisant son profit des sug­gestions, pesant les choses avec son bon sens, son sentiment merveilleux des besoins du public, son horreur des chimères et des coteries ; mais, une fois l'œuvre mise en marche, résistant avec une inflexible et aimable fermeté aux donneurs de conseils aussi nombreux que. contradictoires.

 

Les succès éditoriaux.

Le succès éclatant qui accueillit1e Nouveau Larousse Illustré fut un nouvel excitant pour son esprit toujours en mouvement et pour lequel réussite ne signifiait pas repos. Il n'avait pas terminé une œuvre que, dans sa pensée, une autre était en formation. Déjà tout en dirigeant le Nouveau Larousse, il surveillait d'autres publications et, quand il avait quelques moments de libres, comme on prend un délassement ou un plaisir, il élaborait quelque œuvre musicale, par exemple ces trois séries de la Lyre de France, pour 36 instruments (1re série en 1896; 2e en 1900; 3e en 1903) qui sont aussi fameuses dans les orchestres, musiques ou fan­fares, que le Livre de Musique ou les Chants de l'En­fance le sont dans les maisons d'enseignement.

Mais toute sa pensée allait aux dictionnaires ency­clopédiques. Il était le directeur type, et comme le « père des dictionnaires ». Sans cesse il voulait les compléter de toutes les dernières nouveautés (car les événements vont vite) ; les renouveler aussi en les faisant autrement et mieux, les varier et les multi­plier pour les mettre à la portée de tous les esprits, de tous les âges, de toutes les bourses.

En 1905, il mène à bien une re­fonte complète du Petit Larousse qui, sous sa nouvelle forme de Petit Larousse Illustré, représente en un seul volume comme un chef-d'œu­vre inégalable de richesse et de con­densation. En 1906, un Supplément vient compléter le Nouveau Larousse Illustré en sept volumes, sur une foule de points intéressants d'actua­lité. Avec le Larousse pour tous, Claude Augé conçoit un type nou­veau de dictionnaire qui, composé en caractères petits quoique dans un grand format, permet de faire tenir en deux volumes un nombre considérable d'articles. Dans la fa­mille des petits dictionnaires, à laquelle appartenait déjà le Petit Larousse illustré, le Larousse clas­sique (1910) allait faire la part des écoliers ; le Larousse de poche (1912) contenter ceux qui veulent avoir leur patrimoine de mots français dans un petit volume ; le Larousse élémentaire (I9I4), ceux qui ne pou­vaient l'acquérir qu'aux moindres frais. Pour ces deux derniers ou­vrages, Claude Augé avait abandonné une part de la direction à son fils Paul, qui se formait ainsi à la bonne école.

Depuis longtemps, Claude Augé songeait à créer une revue, mais une revue qui fût animée du même esprit qui avait inspiré les diction­naires encyclopédiques. Dès 1907 il fonda le Larousse Mensuel. Aux lecteurs de cette revue il serait oiseux d'en définir le caractère, et malséant d'en faire l'éloge; qu'il nous suffise de rappeler que ce périodique encyclopédique, alphabétiquement ordonné, a été conçu par son fondateur de manière à se suffire à lui-­même tout en servant de supplément perpétuel aux « Larousse » du passé, et de réservoir de documen­tation pour les « Larousse » de l'avenir.

 

Le Larousse mensuel et la guerre.

La guerre survint. Refoulant ses inquiétudes pa­ternelles, privé de la plus grande partie de ses habi­tuels collaborateurs, faisant face lui-même à toutes les difficultés, il redoubla d'efforts dans un âge qui cherche ordinairement le repos. Malgré des diffi­cultés de toutes sortes, le Larousse Mensuel conti­nua de tenir ses lecteurs au courant des événe­ments de la guerre. Par tous ses efforts, Claude Augé préparait l'heure où, la paix venue, il pour­rait reprendre son œuvre.

Ce moment arriva. La face du monde était changée.

La géographie de l'ancienne Europe était à refaire. Des hommes nouveaux avaient surgi. Un vocabu­laire spécial était né de la guerre. Toutes ces nou­veautés, il fallait les enregistrer. En d'autres termes, il ne s'agissait de rien moins que de refondre les dic­tionnaires. À cette tâche énorme Claude Augé s'attela avec son entrain coutumier. Prenant comme type le Larousse pour tous, dont le succès avait été prodi­gieux, il commença par créer le Larousse Universel, également en deux volumes, mais plus gros (1920), le premier dictionnaire d'après-guerre, où toutes les véri­tés d'hier, erreurs d'aujourd'hui, étaient mises au point, où, à l'ancien fonds, déjà si riche, tant de nou­veautés étaient ajoutées. Le succès de ces deux vo­lumes bourrés de faits vint dépasser encore celui du Nouveau Larousse. Sans se lasser, Claude Augé fit mettre en chantier, aussitôt après, une nouvelle édi­tion du Petit Larousse, nouvelle par son aspect, plus nouvelle encore parce que, elle aussi, elle était mise au courant des choses de la guerre et d'après-guerre.

 

Un homme exemplaire.

Au moment où Claude Augé voyait cette œuvre se terminer et formait déjà d'autres desseins, la mort le surprit. Depuis .longtemps déjà, par d'insi­dieuses atteintes, la maladie avait commencé son œuvre. Quarante ans d'un labeur acharné finirent par avoir raison d'un organisme naturellement robuste. Une maladie de foie, une diète sévère, une grave opération l'affaiblirent à l'extrême. Il prit froid à Fontainebleau où il avait espéré goûter quelques jours de repos, et fut emporté par une double pneumonie.

Il laissait d'unanimes regrets. Parmi ses collabo­rateurs, il vivait comme en famille, exerçant avec une bonté patriarcale et une bonhomie souvent malicieuse une autorité respectée. Il tenait à eux, et ils s'attachaient à lui. Sa rondeur, sa manière large de traiter les affaires, sa bonne humeur avaient vite fait de lui gagner ceux qu'intimidaient, au premier abord, son regard perçant et sa brièveté militaire. Doué d'une surprenante vitalité, il communiquait à tous ceux qui l'entouraient sa confiance et son optimisme. Il a été un étonnant animateur.

Il a donné un grand exemple. Selon l'adage romain, il faisait ce qu'il faisait et pas autre chose. Son métier était sa vie, et le travail à peu près son unique plaisir. Il avait commencé de bonne heure à être populaire : combien d'hommes faits se souviennent avec émotion d'avoir appris la musique dans les livres de Claude Augé ! Depuis, les travaux encyclopédiques qu'il a fondés ont assuré à son nom la plus large réputation.

Il laisse en manuscrits une série .de travaux importants et de divers ordres, qui seront publiés chacun à son heure.

Ajoutons enfin que Claude Augé avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1910, et qu'il venait d'être promu officier (1924).

 

Louis COQUELIN.

 

Notes.

1. Claude Augé avait épousé Laurence Jury (1862-1927), petite-nièce de Suzanne Larousse, femme de Pierre Larousse.

2. Il semble s'agir d'une erreur de l'auteur de l'article, puisque le Petit Larousse illustré ne sera créé qu'en 1905, comme il est indiqué plus bas. En réalité, Claude Augé aura travaillé sur l'« ancêtre » du Petit Larousse, le Dictionnaire complet illustré, lui-même successeur du Nouveau dictionnaire de la langue française, de Pierre Larousse.

 

Source.

Article « Augé » du Larousse mensuel  n° 211 de septembre 1924.